ENTHOUSIASME
Le soleil est triste et neigeux :
Invoquant sa clarté jalouse, Dans un parc, sur une pelouse, Les Turcos ont placé leurs feux.
Et le bûcher est fantastique,
Et sur leurs manteaux pour tapis.
Psalmodiant leurs chants d'Afrique, Les Arabes sont accroupis. .
Ils sont là, graves, immobiles, Tendant les mains vers cet éclair; Pauvres nègres! pauvres Kabyles!
La France est froide cet hiver.
La flamme monte et se ravFve; Leurs yeux brillent, joyeux miroirs; Et les torrents de pourpre vivo Vont ruisselant sur les fronts noirs.
Dans son château, de sa fenêtre, Notre hôtesse les aperçoit.
Laide, à coup sûr, jeune... peut-être, Notre hôtesse est tout en émoi.
Et se penchant, les yeux humides.
Vers le capitaine qui dort:
« Ah! monsieur, quels hommes splendides M Que ces enfants du soleil d'or! »
ENTHOUSIASMIi.
Le capitaine se rOvcilIc :
c( Splendides, madame. — Est-ce pas?
» Puis ces poses, quelle merveille!
» Ils sont artistes, ces soldats!
» — Artistes en diable, madame.
» — Et ce grand feu, comme il est faiti M Ils ont le secret de la flamme !
» — En eiïet, madame, en effet!
» — Tenez, les voilà qui s'ûlancont.
» Qui raniment \eurs feux... et puis... » Jesu-Maria, mais c'est qu'ils dansent! » Oh! ces Turcos sont inouïs!
» Ces beaux chants, cette ronde ardente, 1) Tout cela vous trouble à l'excès, » Et l'on pense à l'Enfer du Dante, » N'est-ce pas, monsieur? — J'y pensais.
a — Ou leur donne ce bois, sans doute? » — l'as le moins du monde. — Ah I vraiment
» Ils le ramassent sur la route?
» — Encore moins, madame. — Comment?.
» Mais alors... c'est mon bois qu'on brûle ! » Mais ils me volent mes fagots !
» Mais ils n'ont ni foi ni scrupule!... » Ce sont aes bandits, vos Turcos ! »
UNE LEÇON
UNE LEÇON
Le camp des prisonniers est tout au pied du fort, Les barariues de bois craquent à peine closes; Lt sous le ciel brumeux de ces pays moroses, La neige tombe drue, et le vent souffle fort.
Puis, par crainte du feu, l'on ne nous chauffe guère, La lumière, le soir, est défendue aussi;
[Is n'imaginaient pas, se rendant à merci, Quelle mprci c'était, les prisonniers de guerre!
ï,c malin, Ton partage un pain rare et sans blé, On partage, le soir, une soupe noirâtre. Et, las de remuer la pioche et le plâtre, Sur une paille humide on repose accablé.
Et ce n'est pas, hélas 1 seulement leurs baraques. Leurs tentes ou leurs toits, qu'ils construisent le jour; Le travail de la honte est encor le plus lourd : Les Français fortifient la Prusse en cas d'attaq-ie.
Ai»! combien ont voulu refuser ce travail! Combien refaisaient mal une tâche mal faite! Mais l'aiguillon prussien était la ];aioonette. Comme ces malheureux n'étaient que leur bétail.
Tin jour qu'on revenait do la triste besogne, Escortés do geôliers, cruellement choisis. Baïonnette au canon et cartouche aux fusils. Un vigoureux enfant de la vieille Bourgogne
UNE LEÇON
Aperçut un Prussion frappant un moribond : « Marche, lui criait-il, marclie, ou je t'exécute! Le soldat arracha cet homme à cette brute, Se retourna terrible, et retendit d'un bond.
« Ahl messieurs les Français, nous faisons les rebelles? » Ils sont bien étourdis ces jeunes étrangers, u Un peu de plomb rendra leurs cerveaux moins légers.»» Et l'on fit sur les rangs doux décharges mortelles.
« C'est assez! ramenez le reste au campement; » La kçon leur suffit... » disait le capitaine. Oui, certe, elle suffit cette leçon de haine •, Nous la savons par cœur, nous la dirons souvent.
BAZEILLE
BAZEILLE
Le blàme qui voudra, moi je l'aime ce prêtre! Est-ce sa faute à lui s'il perdit la raison, Si des frissons de haine ont traversé son être, Lorsque L»s Bavarois, les poings pleins de salpêtre, Brûlaient homme par homme et maison par maison?
Ils avançaient ainsi, dévastant le village, Ne laissant derrière eux que ruine et que mort. Et qu'importait le sexe, et que leur faisait l'àgc ! N'avait-on pas tenté d'arrêter leur passage? Féroces par calcul, ils tuaient sans remord.
La place de l'Église était encore à prendre, Mais nos soldats luttaient d'un cœur mal assuré, Et quelques-uns déjà murmuraient de se rendre, Lorsque sur le parvis un cri se fait entendre : « Aux armes! mes enfants! » C'était le vieux curé.
Et, passant sa soutane aux plis de sa ceinture, faisant aux paysans signe de l'imiter, Il ramasse un fusil que la mort lui procure : Chacun s'arme, cbacun s'excite et se rassure, Et la poudre aussitôt recommence à chanter.
Pif! paf! Les Bavarois s'avançaient on colonne; Derrière un petit mur on se mit à couvert ; «Feu! commandaitleprêire, et que Dieu me pardonne! > Les habits bleus tombaient comme les bois d'automne, Mais leur flot gro::>sissait toujours, comme la mer.
BAZEILLE. 7
La lutte se finit, hélas I comme on peut croire. Mais les fiers Allemands ont regardé, surpris, Ces paysans couchés sous la muraille noire; Ce fut court, mais ce fut assez long pour la gloiro: Le curé de Bazcille est mort pour son paysl