‹ Nouveaux chants du soldatChapitre 47 sur 52 · L'ÉBAUCHE · texte numérisé non relu

L'ÉBAUCHE

XS'lll

L'RBAUCHE

A JEAN PORTAELS.

C'était avant la guerre, et je t'aimais déjà, Non de ce seiitiinent que rien ne présagea, Qui te mit dans ma vie et qui te rend mon frère, Mais je t'aimais, j'aimais ta naïveté fière, Tes leçons de croyance à mon doute moqueur; Enfin, ami, j'aimais ton génie et ton cœur.

Ce que ton cœur a fait, nul ne peut le redire, C'est trop beau pour se croire et trop vrai pour s'ccrin Mais, vois-tu, si mon doute est si bien corrigé, Ce n'est pas la douleur seule qui m*a change.

Ce dont je parle ici date d^avant hi guerre ;

Personne n'y songeait, et nous n'en parlions guère,

Quand, un jour, descendant causer à l'atelier,

Je te trouvai si bien en train de travailler

Que je m'assis et pris un iivre sans rien dire ;

Tu peignais avec rage et presque avec délire.

Enfin, te retournant, les yeux comme ravis :

« Tiens! viens voir, » me dis-tu. —Voilà ce que je vis.

Une plaine sans fin et morne, au sol funèbre. Dans le ciel un chaos de jour et de ténèbre, Sous des nuages noirs un soleil empourpré. Puis, au fond, le combat affreux, désespéré. Ce sont les Francs joyeux qui luttent sans armure : On voit à l'horizon, comme une moisson mûre, Flotter leurs cheveux d'or sur leur front découvert; Mais sur ce flot d'épis passe un torrent de fer. C'est le vieux mois^omu-ur Attila qui les fauche.

Page 1