IX
CHANSON
C'est depuis l'aube qu'on marche; Les hommes n'en peuvent plus ; Qu'elle est humble, leur démarche?
Qu'ils sont tristes, les vaincus!
La retraite est consommée, C'en est fini des combats.
Pauvre France ! pauvre armée !
Dieu n'aime pas tes soldats!
m CHANTS DU SOLDA.T.
Au premier bourg où l'on passe :
« Qu'ils sont pâles! » a-t-on dit; Et d'un accent qui les glace :
« C'est qu'ils ont eu peur, pardi! »
Alors un pauvre Mobile Triste et fier se retourna, Et forçant sa voix débile :
« Il n'a pas peur, le soldat!
• — Peur ou non, dit un brave homme,
») Entrez et buvez un coup,
» Vous êtes Français, en somme...
»» — Non, je suis Français surtout,
n Et c'est pourquoi je réclame...
n Dieu bon ! En sommes-nous là
» Si le paysan le blâme,
I) Qui donc plaindra le soldat?
w 11 a lutté, je vous jure, » Et si vous doutez encor, » Tenez! Est-ce une blessure?
» Et quand j'en parle ai-je tort?
M Et plus d'un sans en rien diro
CHANSON. J!3
0 Kst frappé qu'on ne voit pas...
» Alil ce n'est pas bien de rire » Au passage des soldats!
» Nous fuyons ; la chose est tristt.
n Mais comment faire à la fin ?
» Voilà trois jours qu'on résiste, » En voilà huit qu'on a faim.
I) Avoir froid, on s'habitue, ») On se réchauffe, on se bat ; .> Mais ne pas manger, ça tue.
I» C'est un homme, le soldat?
» Impuissants à nous défendre, » Dans les bois qu'ils dcvastaieiit » Nous pouvions encor nous rendre, » Et les Prussiens y comptaient.
» Et nous n'avions qu'à les suivre, » Et le pain cuisait là-bas, » Mais sans souliers et sans vivre 1) Ils ont marché, les soldats.
» Le canon nous fit escorte
Il Sans rompre nos rangs meu:tri?;
IM CHANT o DU SOLDAT.
u II vente, il neige, qu'importe!
•> La liberté vaut ce prix.
. H" dans ce coin de la France » Où nous arrivons si las, » On jette à notre souffrance :
» — Ils ont eu peur, ces soldats! »
„ — Ils ont eu faim, c'est moins drôle!
» Pas vous, n'est-ce pas? Tant mieux[ ^
Et, le fusil sur l'épaule.
Il s'éloigna sans adieux.
Mais déjà dans le village
Les vaincus marchaient au pas,
Entendant sur leur passage :
« Que Dieu garde nos soldats!
SUR CORNEILLE
SUR CORNEILLE
O France, écoute bien celui-là, c'est Corneille! Un autre est orateur, poëte, historien ; H te forme l'esprit ou te charme l'oreille. Celui-là, c'est Corneille! ô France, écoute hien!
1. stances dites au Théâtre-Fran£ais, par M. Coquehn, le 6 juia 18-:2.
us CHANTS DU SOLDAT.
Va si tu veux reprendre et retrouver ta force, Si tu veux te guérir du coup qui t'ébranla, Aspire cette s^ivc au cœur do ton écorcei Sinon, vieil arbre mort, les bùcncrons sont là:
Plus d'un l'a beaucoup dit que l'on n'écoutait guère Avant d'être abattu, ce peuple est abaissé; 11 méconnaît la gloire; il désapprend la guerre.. . lîélas ! nous étions un contre trois! — Je le sai.
Mais nous ne croyions plus au cri du vieil Horace,
Mais s'il fut des vaillants qui l'ont osé jeter.
Un groupe de Iiéros n'en refait pas la race,
i:t cest un piuvrc peuple où l'on doit les compter!
Le même sang pourtant coule bien dans nos veines. L'air que nous respirons traverse bien nos bois. Les vins de nos coteaux et les blés de nos plaines Mûrissent bien encore au soleil d'autrefois.
Oui, cette terre ardente, et diverse, et ft-rtile, Bonne à tous les produits, prête à tous les essais, Ce sol puissant, ces eaux vives, ce ciel mobile, Tout cela, c'est la France! Où donc sont les Fraurai»^
SUR CORNEILLL. 119
OÙ donc ce peuple fier de son sang et prodigue, Que le danger commun trouvait prompt à s'unir; Ce peuple, qui jetait le dt^i de Rodrigue, Et qui, l'ayant jeté, savait le soutenir?
Le devoir et l'honneur, l'héroisme et la gloire. Ce faisceau de grandeur aux immortels liens, Ces mots qui sont la langue et qui furent THistoirc, Ces grands mots qu'un Corneille a faits cornéliens,
Quel fou les a raillés de sa lèvre flétrie?
D'où nous vient sur nos dieux ce doute désolé?
Quel être sans famille a nié la Patrie?
Qui donc a dit : « ïu mens î » quand Corneille a parlé.
Ab! faiseurs de pamphlets et chercheurs de doctrines, C'est vous, les impuissants, qui nous avez détruits! C'est votre esprit qui vient crier sur nos ruines Ne sois d'aucun Devoir, tu n'es d'aucun Paysl
Ah ! la fraternité des peuples vous enchante? Eh bien! l'heure est propice à vos enivrements, Votre chanson est belle et vaut bien qu'on la chante. Regardez-les passer, vos frères allemands!
Oui, VOUS avez raison; c'est hideux le carnage; Oui, le Progrès blessé recule et se débat; Notre siècle en fureur retourne au moyen âge, Mais sachons donc nous battre au moins puisqu'on se bat.
Oui, le sort nous a pris de bien chères victimes, Et Regnault expirant est là comme un remord : La guerre a de ces coups, la gloire a de ces crimes, Mais l'égoisme humain est plus laid que la mort... —
Il est sous le soleil des heures de vertige Où la vertu d'un peuple hésite et s'interrompt. Où, couvrant de grands mots l'instinct qui la dirige, La peur même, la peur n'a plus de rouge au front-
C'est là, c'est au travers de ces époques noires Qu'un ennemi rampant s'est glissé jusqu'à nous; Ses monstrueux anneaux ont étouffé nos gloires. Et la France enlacée est encore à genoux.
Pauvre France I que Dieu te protège... et te change! Ton espoir était fou, que ton deuil soit sensé. Tu parles déjà haut de l'avenir qui venge. L'avenir qui répare est-il donc commencé?
SUR CORNEILLE. 121
On t'excite, on te plaint, on crie, on te harangue. Ali! mon pauvre pays, souviens-toi de Babel! N'écoute qu'une voix, ne parle qu'une langue, Quand tu n'as qu'un devoir et que tu sais lequel.
Et quoi que l'on te prouve, et quoi que l'on t'allègoe, Quel discours peut valoir ces trois mots triomphants : « Meurs ou tue! » Un soufflet t'a renversé, don Diègue? Ne pleure pas ta honte, appelle tes enfants î
Et toi, Corneille, toi. Père du grand courage, Redis-nous ces leçons dont tu formais des cœurs, Le calme dans Tefiort, la haine après l'outrage. Redis-nous la Patrie, et refais-nous vainqueurs!
V^ VICTOKIBUS!