JUDEX VINDEX
Qu'ils invoquent pour nous la liaine séculaire, Qu'ils croient par la vengeance excuser le trafic, Soit ! leur chasse aux gros sous traduit bien IcurcoKn Que notre passé même ait de quoi leur déplaire, Soit encore! léna dépasse trop Lcipsick.
Mais quelle haine alors invoquer contre Vienne?
Pourquoi sur les Danois porter cette fureur ?
Et qu'Hanovre, qu'Hambourg, que Francfort se souvienne,
Ils ont sur eux aussi senti la dent prussienne,
Les bons impériaux de ce bon empereur.
En vain pour ennoblir leur métier de pirate, Ces reîtres vont parlant Jusiice et Talions, Ils se donnent en vain ce rôle qui les flatte: Non î ils ont beau porter des griffes sous leur patte, Non ! ces carnassiers-là ne sont pas des lions !
Non. non! quand la vengeance est un jeu qui profite ; Quand le patriotisme est fait d'avidité ; Quand c'est la faim qu'on fuit: quand c'est le froid qu'on quit Quand pour trouver ailleurs bon souper et bon gîte, On se rue au travers du monde épouvanté,
Non ! quoi que soit le chef auquel on s'inféode, Encore qu'un drapeau vous donne un air guerrier: De tels exploits n'ont plus de nom que dans le code, Et l'Histoire inscrivant ce sanglant épisode, Vovant l'or dans leurs mains en ôte le laur'cr.
Vî
CHANSON
CHANSON
Dai:s lu l'rance, que tout divise;, Quel Français a pris pour dcviso Chacun pour tous, tous pour l'État Le Soldat.
Dans nos heures d'indiiïcrenco, Qui garde au cœur une espérance Que tout heurte et que rien n'abat,
Le Soldat.
Qui fait le guet qusn.] tout sommeille, Quand tout est en péril qui veille, Qui souiïre, qui meurt, qui combat?
Le Soldat
O rôle immense! O tâche sainte.
Marchant sans cris, tombant sans plainte, Qui travaille à notre rachat?
Le Soldat
Et sur sa tombe obscure et fièrc, Pour récompense et pour prière Que voudrait-il que l'on gravât?
Un Soldat.
VI i
FRAGMENT
FRAGMENT
Sans doute, nous aussi, nous sabrions l'Histoire; Nous mettions, nous aussi, l'univers aux abois. Mais diclcs en soldat et signes la main noire, Nos traités de vainqueurs sentaient cncor la gloire, r.t les droits des vaincus restaient toujours des droits.
Sans doute, nous broyions les peuples dans nos course: Mais du grand Cluirlemagne au grand Napoléon Jamais soldat n'a pris les guerres pour ressources; Nos abatteurs de rois ne coupaient pas les bourses. - Et les voleurs n'ont pas de place au Panthéon ! —
COLLOQUE
COLLOQUE
LE C A r I T A 1 N B
Viens çà, conscrit, qu'on t'examine.
D'où viens-tu? quel est ton état?
Sais-tu riionncur qu'on te destine?
Connais-tu ce mot : « Discipline? »
Comprcnd-tu ce titre : Un so'.d-it.
Mais ne fais pas si triste mine, Voyons, viens çà, qu'on t'examine.
D'où viens-tu? Quel est ton état?
LE CONSCRIT
Ma foi, monsieur le capitaine, Moi, je suis vigneron chez nous; Mon chez nous c'éuit la Touraine Je vivais là, sans peur ni peine, Aimant chacun, aimé de tous...
Et puis voilà que l'on m'emmène.
Et moi, monsieur le capitaine.
Moi, je suis vigneron chez nous.
LE CAPITAINE
Qu'a donc la chose qui t'étonnc?
Que vois-tu là qui soit mauvais?
Quel que soit le nom qu'on vous donne Tourangeaux, Picards, Béarnais, L'armije est la grande patronne Qui vous baptise tous Français.
Qu'a donc la chose qui t'ctonne?
Que vois-tu là qui soit mauvais?
COLLOQUE. 41
LE CONSCr. IT
Mais, j'y vois de mauvais la ^'ncrro, La guerre qui ne me plaît point, Le danger qui ne me plaît guère.
Quand le pauvre fils de ma mère, Vivait paisible dans son coin, La France en fait un militaire...
Ah ! j'y vois de mauvais la guerre, La guerre qui ne me plaît point!