‹ Nouveaux contes bleusChapitre 13 sur 27 · IS · texte numérisé non relu

IS

Sa voix nous importune.

On devrait, entre nous,

Clouer h quatre clous,

Comme des hibous.

Ces fous

Qui n’adorent pas la fortune.

Et tous les oiseaux, ravis de cette éloquence, se mirent à siffler d’une voix perçante :

Fi de la liberté !

Vive la cage! etc., etc.

Pendant qu’on entourait la volière magique, la dame des Écus- Sonnants était accourue.

Comme on le pense bien, elle ne fut pas la dernière à convoiter cette merveille.

— Petit, dit-elle au joueur de zampogne, me vends-tu cette cage au même prix que le carrosse V

— Volontiers, madame, répondit Violette, qui n’avait pas d’autre désir.

— Marché conclu ! dit la dame, il n’y a que les gueux pour se permettre de pareilles folies.

Le soir, tout se passa comme la veille. Perlino, ivre d’or potable, entra dans sa chambre sans même lever les yeux; Violettle se jeta sur sa natte, plus misérable que jamais.

PERLINO

Elle chanta comme le premier jour ; elle pleura à fendre les pierres : peine inutile, Perlino dormait comme un roi détrôné ; les sanglots de sa maîtresse le berçaient comme eût fait le bruit de la mer et du vent. Vers minuit, les trois amis de Violette, affligés de son chagrin, tinrent conseil ; « 11 n’est pas naturel que cet enfant dorme de la sorte, disait mon compère l’écureuil. — Il faut entrer et l’éveiller, disait la souris. — Comment entrer? demandait l’abeille, qui avait inutilement cherché une fente tout le long du mur. — C’est mon affaire, » dit la souris. Et vite, et vite elle ronge un petit coin de la porte ; ce fut assez pour que l’abeille se glissât dans la chambre de Peiiino.

Il était là tranquillement endormi sirr le dos, ronflant avec la régularité d’un chanoine qui fait la sieste. Ce calme irrita l’abeille, elle piqua Perlino sur la lèvre ; Perlino soupira et se dorrna un soufflet sur la joue, mais il ne s’éveilla point.

— On a endormi l’enfant, dit l’abeille revenue auprès de Violette pour la consoler. 11 y a de la magie. Que faire?

— Attendez, dit la souris, qui n’avait pas

laissé rouiller ses dents, je vais entrer à mon tour, je l’éveillerai, dussé-je lui manger le cœur.

— Non, non, dit Violette, je ne veux pas. qu’on fasse de mal à mon Perlino.

La souris était déjà dans la chambre. Sauter sur le lit, s’insinuer sous la couverture, ce fut un jeu pour la cousine des rats. Elle alla droit à la poitrine de Perlino ; mais avant d’y faire un trou, elle écouta : le cœur ne battait pas ; plus de doute! Perlino était enchanté.

Comme elle rapportait cette nouvelle, l’aurore éclairait déjà le ciel; la méchante dame arriva, toujours souriante. Violette, furieuse d’avoir été jouée, et qui de colère se mangeait les mains, n’en lit pas moins une belle révérence à la marquise, en disant tout bas : A demain.

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