‹ Nouveaux contes bleusChapitre 22 sur 27 · I,E SECOND VOYAGE DU CAPITAINE JEAN · texte numérisé non relu

I,E SECOND VOYAGE DU CAPITAINE JEAN

Mes causeries avec les nègres avaient fait do moi un interprète et un courtier; le capitaine avait en mon zèle une pleine confiance ; malgré mon jeune âge, c’est moi qui traitais avec tous les marchands. La cargaison fut bientôt faite à des conditions excellentes, et à mon retour à Marseille, j’eus outre ma part, un beau et riche cadeau des armateurs. Ma réputation commençait, et après quelques voyages dans la Méditerranée, on m’offrit de partir pour l'Orient comme subrécargue d’un brick, de la plus belle taille ; je n’avais pas vingt ans.

Qui m’avait valu une si belle condition? Mon travail. Partout où j’avais abordé, j’avais fait connaissance avec les matelots de tous pays ; grecs, levantins, dalmates, russes, italiens, et je parlais un peu la langue de tous ces gens-là. Le navire allait chercher des grains dans la mer Noire, à l’embouchure du Danube : il fallait un homme

qui baragouinât tous les patois ; on m’avait trouvé sous la main, et quoique je n’eusse guère do barbe au menton, on m’avait pris.

Me voilà donc en mer, et cette fois pour mon compte, faisant un commerce loyal, et n’étant l’esclave que de mon devoir. Dieu sait si je prenais de la peine pour défendre l’intérêt de mes armateurs! En arrivant à Constantinople, je trouvai moyen de placer notre cargaison d’articles divers à des eonditions avantageuses, et nous parûmes pour Galatz, bien munis de piastres d’Espagne et de lettres de change. En entrant dans la mer Noire, notre navire portait des passagers de toute langue et de toute nation. L’un des plus singuliers était un Dalmate qui retournait chez lui par le Danube. Il était tout le jour assis à l’avant, tenant entre ses jambes un long violon qui n’avait qu’une corde, c’est ce que les Serbes nomment la (juzla ; il grattait cette corde avec un archet et chantait d’un ton plaintif et dans une langue douce et sonore les chansons de son pays : celles-ci, par exemple, qu’il récitait tous les soirs à la clarté des étoiles, et que je n’ai pas oubliées :

LA SAGliSSIi DES NATIONS.

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