‹ Nouveaux contes bleusChapitre 3 sur 27 · LES DEUX EXORCISTES · texte numérisé non relu

LES DEUX EXORCISTES

Au temps jadis, il y avait dans un petit village d’Islande un prêtre qui savait autant de latin qu’un poisson. Un jour qu’on lui apportait au baptême un enfant nouveau-né, au lieu de regarder dans son livre, il se mit à réciter de travers la formule de l’exorcisme.

— Aüi, dit-il, abi, male spirite.

Mais le diable, qui a inventé la grammaire (grammaire et grimoire, c’est tout un), n'était pas d’humeur à se laisser chasser par un solécisme.

— Pessime grammatice, s’écria-t-il à la grande terreur des assistants.

Le prêtre, sentant qu’il s’était trompé et prenant son courage à deux mains, dit d’une voix tremblante :

— Abi, male spiriiu.

A quoi le diable, qu’on ne prend pas en défaut, répondit :

CONTES ISLANDAIS

— Maleprius, nuncpcjus.

Le prôlrc furieux reprit : Abi, male spirüus.

— Sic debuisli dicere prias, répondit le diable, et il sortit tranquillement.

L'histoire n’est pas mauvaise ; on en conte une autre en Allemagne qui peut-être vaut mieux.

— Exi tu ex corpo, dit fièrement le prêtre.

— Nolvo, répond le diable.

— Cur tu notvis?

— Quia, répond insolemment le diable, quia tu male limjuis..

— lloc est aliud rem, dit majestueusement le prêtre, et il se relire avec dignité, laissant tout camus ce pédant solennel.

Que de folies, dira-t-on, et chez un homme que son état et son âge condamnent au sérieux à perpétuité.

— Holà, graves censeurs, laissez-moi rire avec vos enfants. Vous aussi vous me faites rire, et souvent, mais ce rire-là attriste mon cœur. Grands hommes d’aujourd’hui, j’ai toute l’année pour admirer votre étonnante sagesse, laissez-moi vous oublier un jour et jouer avec ces âmes innocentes qui, grâce à Dieu, ne savent pas encore tout ce que vous savez.

ZERBIN LE FAROUCHE

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