‹ Nouveaux contes bleusChapitre 6 sur 27 · CONTE TURC · texte numérisé non relu

CONTE TURC

Il y avait une fois, à Bagdad, un pacha fort aimé du sultan, fort redouté de scs sujets. Ali (c’était le nom de notre homme) était un vrai musulman, un Turc de la vieille roche. Dès que l’aube du jour permettait de distinguer un lil blanc d’un fil noir, il étendaitun lapis à terre, et le visage tourné vers la Mecque, il faisait pieusement ses ablutions et ses prières. Ses dévotions achevées, deux esclaves noirs, vêtus d’écarlate, lui apportaient la pipe et le café. Ali s’installait sur un divan, les jambes croisées, et restait ainsi tout le long du jour. Boire à petits coups du café d’Arabie, noir, amer et brûlant, fumer lentement du tabac de Smyrne dans un long narghilé, dor-

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inir, ne rien faire et penser moins encore, c’était là sa façon de gouverner. Chaque mois, il est vrai, un ordre venu de Stamboul lui enjoignait d’envoyer au trésor impérial un million de piastres, l’impôt du pachalick; ce jour-là, le bon Ali, sortant de sa quiétude ordinaire, appelait devant lui les plus riches marchands de Bagdad et leur demandait poliment deux millions de piastres. Les pauvres gens levaient les mains au ciel, se frappaient la poitrine, s’arrachaient la barbe et juraient en pleurant qu’ils n’avaient pas un para^; ils imploraient la pitié du pacha, la miséricorde du sultan. Sur quoi Ali, sans cesser de prendre son café, les faisait bâlonner sur la plante des pieds jusqu’à ce qu’on lui apportât cet argent qui n’existait pas, et qu’on finissait toujours par trouver quelque part. La somme comptée, le fidèle administrateur en envoyait la moitié au sultan et jetait l’autre moitié dans ses coffres, puis il se remettait à fumer. Quelquefois, malgré sa patience, il se plaignait, ce jourlà, des soucis de la grandeur et des fatigues du pouvoir; mais, le lendemain, il n’y pensait plus,

* Le para vaut quelques centimes.

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