PARIS CHEZ LES ÉDITEURS, RUE DE RIVOLI
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HARVARD CÔILEGE LIBRARY
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AVANT-PROPOS
Quoique ces discours présentent çà et là quelques-unes des formes de la prédication, ce ne sont pourtant pas des sermons; aucun n*a été prêché ; ^presque aucun n'a été écrit en vue de la chaire; mais tous ont été destinés à une assemblée publique, devant laquelle aussi presque tous ont été lus. Je fais cette- observation pour justifier la forme de ces composi* tions, dont l'intention est oratoire, et non purement didactique, mais qui ne sont ni ce que des sermons sont ordinairement, ni surtout ce que des sermons doivent être.
Le relief oratoi|9e;,dé ces discoiu*s n'est pas même tellement saillant que je n'eiÉiin'pu, en faisant disparaître quelques formules, leur donner presque aussi bien le titre d'Etudes, Ce ■ont en effet des études sur quelques-ims des caractères principaux ou dqi principales applications de la loi chrétienne. Là ^8t toute l'unité de ce volume. Je ne le donne point pour un cours de morale énmgéhque ; mais si c'est le propre d'un ■jstéme vrai de présenter dans chaque vérité toute la vé- • rite (1), je crois qu'im lecteur intelligent et sérieux retrouvera,
(1) • Les réritét moralef iont toutes enveloppées lei unes dans les autres, et It ■éditiHo»! ptrvitnt tôt oo tard à les en «itriûre. •
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dans ce petit nombre de discours sans liaison apparente, tout le fonds et tout l'organisme intérieur de la morale chrétienne. Pour qu'elle parût dans toute sa vérité, et, si j'ose risquer ce mot, dans toute sa ratiœuilité, j'ai dû la présenter dans toute sa rigueur : au-dessous de cette région , elle peut sembler moins inaccessible, mais elle est certainement moins intelligible ; en morale, l'homme ne comprend et ne peut comprendre que la perfection, et pour la conscience droite tout sens incomplet est un non-sens.
Par là je n'entends point que toute vie qui n'est pas entièrement irréprochable et absolument pleine soit aussi un nonsens. Le non-sens , dans la vie, c'est de ne point se proposer la perfection pour but; la perfection, dans la vie, c'est de tendre sans cesse à la perfection. La perfection , c'est le progrès, mais toujours et sans limite le progrès, dont la carrière est essentiellement infinie. Celui qui se flatterait d'avoir atteint la perfection absolue aurait dès ce moment le droit de s'arrêter; il ne pourrait pas même se contester ce droit; il serait entraîné à se le reconnaître; et par là même il aurait nié l'idée de la perfection, car c'est la nier que de s'arrêter. Une telle présomption se confondrait avec le désespoir, et peut-être qu'elle en dérive; on comprend que le bemn de la perfection, joint au sentiment de l'impossibilité de l'atteindre, fasse imaginer une perfection arbitraire et fantastique, dont chacun fixe la mesure, dont chacun détermine les caractères, et qui varie d'un individu à l'autre ; or la perfection n'fr qu'une me- Biu*e, qui est de n'en point avoir. Si le dogme de la perfection immobilisée venait à prévaloir, ce serait définitivement au profit de la faiblesse et de la lâcheté. Le critère de la perfection deviendrait de jour en jour plus matériel et plus grossier.
Je sens néanmoins tout ce que la prédication de la loi parfaite a de redoutable et de douloureux; il est impossible d'y vaquer sans se dire souvent avec effroi : Eheu l quàrri temerè
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m nosmei legem sancimus iniquam (1)1 On y pçrsiate néanmoins; Vesprit, qui est aussi prompt que la chair est faible, s obstiné malgré le danger ; V esprit, qui n*est autre chose que le sens du vrai, du bon et du divin, en poursuit avec ardeur les saintes images ; il ne s'aperçoit pas, dans son rapide essor, que la chair, qui est lente, ne le suit que de très loin, ou ne le suit pas ; il traverse à tire-d'aile le domaine spacieux et libre de l'idée; il se livre sans réserve à une contemplation qui ne lui coûte rien, car la vue de la vérité est l'élément naturel et la joie de Y esprit : que sais-jel l'homme, qui est esprit et chair, aime peut-être à se diviser, saint dans ses contemplations, profane dans sa conduite ; peut^tre encore est-ce par un mystérieux besoin de se châtier lui-même qu'il oppose aux inspirations de la chair celles de l'esprit, et pour ainsi dire sa pensée à sa vie. Ne lui demandez pas son secret; mais plutôt, si son esprit a été prompt^ faites-en votre profit plus qu'il ne le fait lui-même; empressez-vous de trouver la règle de votre vie dans cette exposition rigoureuse, et pourtant toujours impar- Éaite, qu'il vous aura tracée de la loi évangéUque.
Ces déductions sévères du principe chrétien semblent demander des auditeurs qui aient accepté If principe, nous voulons dire des croyants. Qui sait pourtant si elles ne trouveront pas une opposition plus tenace chez certains croyants que chez certains incrédules] Qu'il nous soit permis du moins de penser que cette seconde classe leur promet quelques juges impartiaux et non suspects. Hors de l'enceinte de la profession chrétienne, il est sans doute des hommes dont l'esprit est prompt, et à qui la rencontre du vrai complet cause un ravissement involontaire. C'est ce vrai complet (nous ne disons pas complet quant à la diversité de ses appUcations, mais dans sa mesure) que nous présentons aujourd'hui à leurs regards. Qu'ils le
(i) • lapmdentf ! noaf votons la loi qui nous condamne I ■
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contemplent, qu'ils Tapprofondissent, qu'ils le multiplient en le transportant successivement dans toutes les sphères de la vie individuelle et sociale. Qu'ils interrogent V esprit qui est en eux, ce juge involontaire du juste et du vrai, cet irrécusable témoin des vérités premières ; nous n'en demandons pas davantage, et s'ils le font, nous croirons avoir beaucoup obtenu.
Veuille Celui qui est le maître des cœurs bénir, même dans notre bouche, la publication de sa loi ! Besoin, pressentiment, amour, intelligence, pratique de la vérité , tout vient de Lui comme la vérité même.
Veytaux, le 18 mars 1841.