‹ Nouveaux discours sur quelques sujets religieuxChapitre 22 sur 22 · LA · texte numérisé non relu

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réfiulUt^ que nous unir plus étroitement et nous identifter, pour ainsi dire^ avec la poudre et avec la chair. C'est un moment de joiè^ un éblouissant éclair^ que ce contact de rftme avec son Dien^ ce sentiment fugitif d'une ooihmunioii avec le Père des ^prits; mais c'est une vie de profonde et d'amère tristesse qu'une vie comme est la nôtre^ sans DîRi et sans avenir; ou> pour achever la vérité^ une vie avec Qieu> mais avec un'Dieu q|f6nsé; avec un avenir^ mais avec un avenir de colère. ■

Des moments^ soit; des éclairs dans la nuit; des échappées vers le pays de la paix et de la manière; des rayons à travers les barreaux de la prison^ à la bonne heure; mtis une joie ilurable*et suivie^ une joie propre et naturelle à notre condition^ une joie qui fasse partie de nous^ une joie qui se confonde pour naus avjpc la vie elle*méme^ et sur laquelle la tristesse ne passe que comme passent^ en un beau jour^ sur l'azur du ciel ^ quelques^ rares et transparentes nuées. ^.. mes frères^ une telle |oie^ une telle vie^ l'Évangile seul peut la donner; et^ comme seul il en renferme I^Sjponditions^ seul il a le droit de la conseiller et de la prescrire.

Nous vous arrêterons peu (car aujourd'hui notre dessein ndtis porte ailleurs) sur les motifs et les fondements de cette joie que l'Évangile a créée pour le chrétien. Nous ^ vous dirons pas que cette joie^ si chèrement payée par notre Sauveur, renferme en soi toutes les joies, absorbe toutes les douleurs; nous ne vous dirons pas qu'outre davantage attaché à toute joie, et que nous avons signalé en commençant, elle a tous les caractères qui manquent aux joies humaines, et qu'elle est pure de tout ce qui les déshonore, étant à la fois sainte, calme, sérieuse, douce enfin à ceux qui l'envisagent comme à ceux qui la ressentent. Dignes objets, mes frères, de notre attention et de notre

étude ! Maia d'autres peosées nous appellent, et noua avon» k \iiiii inonti'er Aujourd'hui, non pas que ta certitude de notre réconciliation avec Dieu, et le sentiment du rétablisseoient de l'unité et de l'harmonie en nous, font pénétrer dans notre cœui' la joie, et, après la joie qui ouvre le cœur k l'amour, une joie plus suinte encore , que l'amour seul peut créer; nous avons à vous montrer que cette joie qu« l'Évangile inspire aux chrétiens, il a dû aussi la leur coia ~ mander.

Mes frères, nous voyons le monde, au sujet des enseignements pratiques de l'Ëvangile, se partager entre deux erreurs opposées. Les uns voudraient que l'Évangile eût tout dit; les autres s'étonnent qu'il n'ait pas dit moins. Les uns, ignorant quel principe de direction et quelle force d'impulsion Dieu a cachés dans les dogmes fondamentaux de la nouvelle alliance, croient nécessaire une énumération exacte et minutieuse de toutes les applications des doctrines premières; ils veulent en quelque sorte qu'on leur épèle, lettre après lettre, toute la vérité chrétienne. Les autres, frappés de la clarté et de lu fécondité des doctrines qui sont au point de départ de la vérité chrétienne, |)ensent que, ces doctrines étant vivement saisies, tout le reste doit venir de soi-même; et ils auraient raison s'il ne fallait pas jusqu'au bout tenir compte, dans le chrétien même, de la faiblesse et de l'inconséquence de l'honjme. Il Aimez Dieu, et fuites ce que voua voudrez; s c'est un cri sublime de la reconnaiâsance et de l'amour; c'est la vive proclamalion du vrai principe de la vie humaine ; mais ce n'est pas la devise de l'homme, ni même celle du chrétien. Il est plus sûr de lui dire : u Aimez Dieu, et faites ce que Dieu veut, a Et c'est ce que lui a dit Dieu lui-même, qui pit mieux que t'homm» ce qui est dans l'homme. Et il a

rilt quelle est sa volonté; Il l'u dit au chrétien comme à

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rhomme naturel. Il ne s'est pas contenté de nous mettre sur le chemin et de nous dire : Marchez! Le chemin luimême a marché et nous a portés. Les directions^ les secours nous ont été multipliés; et^ toujours en âtttacbfuit chaque devoir à sa source vivante^ afin que ce devoir lui- Hiéme fût une chose vivante^ Dieu pourtant a nommé le devoir^ Fa rappelé^ Ta défini^ Ta recommandé par des motifs prochains; il en a usé ainsi pour les devoirs dont Taccomplissement est une action proprement dite; mais il Fa fait aussi pour d'autres^ tout intérieurs^ et qui s'accomplissent dans Tâme. Ainsi ce n'est pas de loin en loin seulement que nous retrouvons sa main directrice^ c'est tout près de notre point de départ^ c'est à notre premier pas; et nous le voyons^ dans sa sollicitude paternelle^ nous montrer celiu'il nous donne^ et nous commander ce qQ^ nous inspire.

La joie n'est pas seulement un privilège du chrétien ; la joie est sa force ^ par les mêmes raisons générales qui font que toute joie est une force. C'est dans ce terrain que Dieu a planté la nouvelle créature. Cela est si vrai qu'on pourrait dire sans exagération : être chrétien^ c'est être joyeux. Mais cette joie^ que Jésus-Christ a allumée dans le chrétien^ le vent de la tristesse menace continuellement de réteindre; Taliment qui l'entretient a besoin d'être sans cesse renouvelé; il ne faut pas s'en fier à la "première provision d'huile d'allégresse dont la lampe a été remplie; il faut remplacer de jour en jour, de Veille en veille, celle qui s'est consumée; il faut sentir la nécessité d'entret^ir toujours, pour continuer à vivre, les mêmes sentiments qui nous ont été donnés afin que nous pussions vivre ; il faut prendre au plus profond sérieux, et comme une instante recommandation du Maître, ces paroles de son apôtre : Soyez toujours joyeux/

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J'ai dit que le vent de la tristesse, et par conséquent de la mort, menace continuellement la flamme de In joie ; j'aurais dft dire, mes frères, le vent de nos tristesses; car la tristesse qui souffle sur la joie du chrétien n'est pas d'une seule espèce.

n y a la tristesse de la nature. La nature n'est pas détruite cbez le chrétien; elle subsiste en lui tout entière; et, quoique l'élévaiion de ses principes, et surtout de ses aflections nouvelles, le mette au-dessus de bien des atteintes, il reste néanmoins en lui bien des parties sensibles et vulnérables. Ce n'est point à ignorer ces atteintes, c'est à les dominer que consiste son privilège. Il souffre autant qu'un autre, plus qu'un autre peut-âlre; et il ne serait pus difficile de prouver que ce qui multiplie sa joie multiplie aussi fia douleur. Le christianisme, bien loin de détruire la senùbilité naturelle, l'exerce et la développe. Mais, quel qu'en ,BOit le degré, toujours est-il que c'est une sensibilité d'homme. Le chrétien, comme tout homme, a besoin d'estime et d'affection, et souffre à s'en voir privé; comme tout homme, il a des godts, des habitudes, auxquelles il peut renoncer sans éprouver un vide angoissant et im jsrofond ennui; il a des attachemcnis naturels et sacrés, " int la mort lui arrache les objets avant le temps, — hélas '. «toujours avant le temps; il a des opinions, des conviclions, des espérances dont le Iriomphe lui est cher, et qu'il ne peut, sans amertume, voir péricliter ou succonilier; que dirai-je ? il a un corps dont les douleurs deviennent aisément des douleurs de l'fime, une santé dont les altérations ^■lièrent aisément à ses yeux (ous les aspects de lu vie. Il vAiffit bien souvent d'une de ces causes pour noyer son iCCeur dans la trisleâsc : que sera-ce quand plusieurs se ,léuniront? et presque toujours, vous le savez, un abinie appelle un autre abîme. Je veux croire qu'alors sa foi lui

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restera entière ; mais de qiieHe âtQon t qu'eat-ee qtt\iiie foi sans joie? qu'est-ce qu'un navire sans voiles? Ne craignons pas de le dire^ mes frères : il faut que de ces différentes épreuves^ ou de leur réunion^ le chrétien sorte plus joyeux qu'auparavant, ou que sa joie y périsse. Il faut que Tépreuve du temps {présent le repousse vers la gloire du siècle à venir; il faut que, se dédommageant de ses propres vnhita, il se paie à lui-même le prix de ses sacrifices ; il fîaut que les ténèjbres de son malheur fassent, comme celles de la nuit, reluire avec plus de âplendeur les étoiles de son ciel; il faut que, dépouillé de ses richesses iniques, il puise à pleines mains dans les trésors de son Père> il faut qu'il s'élève de la soumission à l'acquiescement complet, et que ses accents de résignation se perdent dans un hymne de reconnaissance.

Telle est la loi de l'Évangile et la loi de notre nature; c'est quand nous sommes faibles que nous sommes forts; c'est quand l'homme extérieur se détruit que l'homme nouveau grandit et se glorifie. Où donc abonderait la joie^ si ce n'est où la douleur a débordé? Mais, pendant le combat, pendant cette crise solennelle, il faut que la joie chrétienne soit appelée au secours de la nature qui succombe. 11 faut d'avance, si je puis ainsi parler, s'être exercé à la joie, en avoir fait son habitude et son tempérament, l'avoir nourrie de tout ce qui d'abord lui a donné naissance; l'avoir, chaque jour de nouveau, reformée tout entière et toute fraîche dans son cœur, pour qu'à l'heure du péril elle ne se trouve pas faible, pour qu'elle ne recule pas devant la tristesse qui s'avance, pour que cette tristesse ne reste pas seule maîtresse dans l'âme, en présence de je ne sais quelle foi aussi triste qu'elle; foi qui soupire et ne bénit plus, foi qui n'engendre plus ni l'action ni l'amour.

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Soyez donc loujourg joyeus, dit l'Apôtre ; que votre joie soit cofilinuelle, constante; qu'elle ne laisse aucun intervalle par OH la tristesse puisse pénétrer; car la tristesse, c'est le monde sous la forme qui le déguise le mieux; la trietesse, c'est la mort avec les apparences de la vie. La joie est votre devoir de tous les jours, votre premier devoir ; elle vous lie à tous les autres, elle garde tous vos trésors. Soyez toujours prêts à l'opposer aux tristesses selon le monde; et j'ajoute , mes frères, à l'excès des tristesses selon Dieu.

Car ici le danger est plus grand parce qu'il est moins soupçonné. Les tristesses selon Dieu, celles dont il est dit qu'elles pi-oduist-nt une repciuance tk salut dont on ne se repeol jamais, pourquoi les redouter? pourquoi les fuir? Los fuirl non sans doute; ce serait fuir des envoyés de Dieu. Ce qu'il faut redouter et fuir, c'est l'homme; l'homme ifui se glisse et s'introduit, pour la dénaturer, dans toute auvre de Dieu. Cherchons donc, mes frères, à démêler dans les plus saintes douleurs cet homme caché qui ne tarderait pas à les corrompre. Montrons quelle prise peuvent otfrir de tf^les douleurs k cet homme de péché, et Ucbons ainsi de prouver que les meilleures tristesses ont besoin d'être tempérées et corrigées par la meilleure des Joies.

Rien n'est plus selon Dieu que la tristesse du chrétien itprès qu'il a péché. On peut même dire en un sens qu'elle oe peut jamais filre excessive. Le péché, qui a nécessité, de la part de Dieu, un excès de miséricorde, peut bien mériter, de la part de l'homme, un excès de douleur; et comme le premier de ces excès n'a produit aucun désordre en Dieu, le second ne donne lieu à aucun désordre 4Ans l'homme. Mais nous ne pouvons, fuihips que nous tommes, soutenir toute la douleur qui en ellc-mËme serait

juste; nous ne saurions aller^ sans||érir^ jujKiu'au bout de notre douleur; notre âme serait épuisée elle-même avant d'avoir épuisé tout son mal. 11 faut^ avant ce dernier moment^ si jamais il pouvait venir ^ il faut que la joie nous vienne en aide^ et une telle joie qu'est celle de l'Évangile (ô admirable et vénérable sagesse de mon Dieu!)^ une joie aussi sainte que notre douleur^ une joie qui nous sanctifie autant et plus que n'aurait fait notre c^leur^ une joie capable^ aussi bien que la tristesse^ de produire en nous cette repentance à salut dont on ne se repent jamais.

Hélas ! la tristesse du péché ne nous fera pas mourir^ je le sais assez ; ce sont d'autres douleurs^ ce n'est pas cellelà^ qui tuent; mais n'est-ce pas assez qu'elle nous abatte^ qu'elle nous décourage, et qu'en nous dégoûtant de nousmêmes elle nous enlève toute notre énergie ? Les apôtres, dans ces heures à jamais bénies où leur Maître et le nôtre répaftdait en gouttes de sueur ce même sang qui allait plus abondamment couler sur le Calvaire, les apôtres s'endormirent de tristesse ; et Jésus, acceptant cette amertume encore, leur adressa ce tendre et douloureux reproche : « Eh quoi ! n'avez-vous pu même veiilej une heure avec « moi ? » C'est qu'ils étaient tristes; c'est qu'aucune joie, non pas même celle de l'amour, ne soutenait leurs membres fatigués et leurs esprits languissants. Quelle était leur tristesse? Celle du repentir? Se reprochaient-ils, mais vainement, leur peu d'amour et de zèle? Comparaient-ils, avec une aride mélancolie et un juste ennui d'eux-mêmes^ leur égoïsme avec l'abnégation de leur Maître? Étaient-^ls tristes de sa mort, qu'ils n'avaient pu empêcher, de leurs espérances mortes, qui allaient descendre avec lui dans le sépulcre ? Je l'ignore, et il ne m'est pas nécessaire de le savoir. Je vois seulement que la tristesse les avait endormis ; je sais que la tristesse endort l'âme aussi bien que le

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corps ; jfl sais que la tristesse du péulié peut avoir les mêmes effets, et que, née du péché, elle peut à son tour engendrer le péché. Celte vue m'alarme; je cherche le remède, et, guidé par l'Apôtre, je ne le cherche pas longtemps. Je ne dis point : Mettez des borues à voire douleur; car où sont-elles ces bornes ? Je ne dis point : Mettez de justes bornes à votre douleur; car, au fond, ce qui est juste, c'est de n'en point metlre. Je dis avec l'Apûtre : (T Surmontez le mal par le bien, n la tristesse par la joie ; U joie est le vrai remède de la tristesse, et la tristesse n'en eut jamais, n'en peut avoir d'autre. 11 faudra toujours doltner à l'âme qui pleure une raison de se réjouir; tOute autre consolation est vaine comme le néant.

Ne quittons point ce sujet sans avoir démasqué une ruse très couverte du cœur humain. Il défend volontiers, il excuse du moins sa Irislesse comme un signe et un gage d'humilité. Elle ue l'est pas toujours. Il faut descendre au fond de sa tristesse; il faut savoir ce qui la cause. Il faut démêler si elle a pour principe le regret d'avoir otVenso Dieu, déshonoré son image, contrislé son Esprit, ou la confusion d'être tombé de la hauteur où l'on se croyait élevé, et d'élre déchu dans sa propre opinion. Or, notre mesure et notre règle, ce n'est point quelque idée de perfection que nous nous serons faite, et qui n'est encore que notre orgueil; la seule mesure et la seule règle, c'est Dieu; l'ol>jet de nos devoirs, c'est Dieu; le juge de nos actions, c'est Dieu ; et nous prosterner, fût-ce dans la poussière et dans la boue, mais devaiTt un autre que lui, c'est nous prosterner devant une idole.

Oh 1 que l'orgueil est un sophiste habile ! U nous veut voir grands à tout prix, et, s'il était possible, aux dépens même de Dieu. Et comme nous savons fort bien que nous ne saurions être grands piir le péché, nous chcrclions

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quelque autre grandeur dans la tristesse du péché. Une grandeur qui soit à nous est bien difficile à trouver dur U terre; ni la fortune^ ni les honneurs^ ni le talent ne nois fournissent une draperie assez ample pour envelopper toute notre misère; tout bien examiné^ il n'y a que noê douleurs qui soient bien à nous^ il n'y a que notre misère qui ne puisse nous être disputée : eh bien^ nous nous grao' dirons de notre misère et de nos douleurs; noud tâdieroi» de nous convaincre que de ce côté du moins nous valons quelque chose. Si ce n'est pas là Teffet d'une expresse dé* libération (car enfin une douleur commlhndée n'est dus unéMouleur), c'est un moyen de caresser notre tristeAe; c'est un motif pour ne pas nous presser d'en guérir. Si la douleur endort souvent^ la douleur quelquefois enivre; elle nous donne un secret sentiment de notre importanee; elle nous occupe de nous^ elle nous absorbe dans lu contemplation de nous-mêmes^ et nous dispense de la joie dont les consolations humilient.

Car c'est là, ô joie chrétienne, c*eôt là ton adcMrable caractère, et le sceau de ta divinité? Tu consoles, mais en humiliant; tu nous fais partager nos regards entre non^ mêmes et ta source adorable; tu nous entretiens d'une autre grandeur que de la nôtre ; plus tu nous montres grand le bienfait qui nous sauve, plus, à nos yeux, tu noas fais paraître petits; la bonté qui nous vient en aide, eli même temps nous accable ; nous nous sentons heureui de voir si grand un Dieu si bon ; nous sommes heureux, d&* vant un tel Dieu, de nous connaître petit*; nous nous complaisons à être humiliés devant l'amour; nous Jouissons de sentir plus léger le poids de notre égoïsme, d'être moins occupés de nous-mêmes, et plus occupés de Dieu; nous le bénissons de pouvoir nous oublier enfin pour penser à hii !

Il est d'autres douleurs donl l'occasion est plus pure, quoique la source ne le soit pas davantage; des douleurs ■vraiment chrétiennes, mais de l'excès desquelles nous de- Tons nous défier. De l'excès? ai-je dit; non, ce n'est pas dire assez; c'est de ces douleurs elles-mêmes qu'il faut nous défier, ou du moins de ce qui peut s'y mêler, de ce qui s'y môle trop souvent. Je vais m'expliquer.

Vous êtes chrétien; vous devez avoir, par l'effet de la grâce qui vous fit chrétien, quelque rapport avec Celui dont les yeux sont trop purs pour voir le mal. Ce mal, répandu dans le monde, débordant sous vos regards, jetant jusqu'à vos pieds son écume impure, vous le voyez, et vous pleurez. L'inimitié du monde contre l'Évangile s'exaspère; elle devient furieuse, elle passe des paroles aux actions ; les scènes les plus hideuses la déclarent autour de vous; vous voyez ces choses, et vous pleurez plus amèrenienl. Est-ce tout? Non; les chrétiens se font les ennemis du christianisme; leur conduite le déshonore; leurs dissensions en font un th^tre de scandales et un objet de risée; la folie de la croix, qui est toute-puissante, fkit place à leur propre folie, qui est l'impuissance même; vous voyer ces choses, et vous n'avez plus assez de larmes, car te mal vient de \k même où devait se trouver le remède, et la douleur jaillit des sources de la consolation.

Malheur, sans doute, k qui, se disant chrétien, ne frapperait point alors sa potirine I Mais surveillez votre douleur. A peine s'est-elle fait jour dans vos larmes que je vois 1r source même de ces larmes empoisonnée par l'ennemi. "De quoi donc sont faits vos pleurs? de douleur ou de «rfère? Ab! il faut le savoir. Sur quoi pleurez- vous? sur te» dangers de In vérité ou la défaîte d'un parti ? De quel asH i^gardez-vous ceux qui vous afiligcnt? de l'œil de la oonxmisérstion ou de celui de la haine ï He voyei-voue

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pas^ 6 pauvres chrétiens^ que vos regards se sont souillés eii se fixant sur des images souillées^ et qu^ils vous ont rapporté^ qu'ils vous ont communiqué une partie du mal dont vous gémissez? Un mal différent, je le veux, mais non pas moindre ; car dites-moi si rien est plus funeste que l'orgueil, si rien est pire que de haïr.

Mais, dira-t-on, si tels sont les effets de la tristesse, pourquoi nous est-elle imposée, et même recommandée? Pourquoi? pour nous conduire à la joie, dont elle est Tunique chemin. « Heureux ceux qui pleurent, dit Jésus- « Christ, car ik seront consolés; » par où nous voyons qu'on n'arrive au bonheur que par les larmes, et que la véritable félicité ne consiste pas à ne point pleurer^ mais à être consolé; comme aussi le vrai malheur ne consiste pas à pleurer, mais à n'être point consolé. Mais aussi comment douter, après cela, que cette consolation ne soit excellente, qu'elle ne soit une joie, et la plus parfaite des joies? Gomment douter après cela qu'elle ne soit le vrai nom de notre vrai bien, et qu'elle ne renferme tout ce qui mérite le nom de bien? Comment douter qu'elle ne doive être le but et le caractère de toute notre existence, et que si le christianisme accorde des moments à la tristesse, il ne voue à la joie notre vie tout entière ? Toutes ces choses ressortent de la déclaration de notre Seigneur : mais combien elles ressortent avec une évidence encore plus éclatante de la nature même de la joie qu'il nous a apportée! Cette joie est celle du pardon; c'est celle de nous voir et de nous sentir unis pour l'éternité à la source de notre être et à notre bien suprême; c'est celle de nous voir affranchis à la fois des liens de la mortalité et des chaînes du péché; c'est celle de goûter la sainteté, celle d*aimer Dieu et d'aimer en lui tout l'univers; c'est celle d'appeler du tendre nom de Père, c'est celle d'aborder comme un

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intime ajiii Celui que les deux îles cieux ue peuvent conleiiir, et qui a dit de lui-même, dans sa Parole et dans Is: marche de sa Providence, qu'il est nn feu consumant, et que nul homme ne peut subsister devant lui ; c'est celle de connaître que rien ne pourra jamais nous ravir de sa main, et que, quoi qu'il arrive, dût le monde dussent les deux passer avec un bruit de tempête, et toute la création jeter dans l'infini un cri d'épouvante et mon, sa bonté envers nous demeure éternellement.

Elle demeure éternellement, et notre joie ne demeurerait pas! et nous ne serions pas toujours joyeuxl et nous n'aurions, pour une bonté qui ne tarit et ne diminue jamais, que des moments de reconnaissance, séparés par de longs intervalles d'ingratitude? Ne vous étonnez pas, mes frères, que, sans préparation, je change ici les termes; les termes seuls sont changés ; la reconnaissance, en effet, se conçoit-elle sans la joie, et la tristesse, au fond, n'est-elle pas de l'ingratitude? A Dieu ne plaise que, faisant d'une grâce de l'Évangile un fruit du tempérament, j'impose à la joie chrétienne une certaine physionomie et de certains traits, et que je lui prescrive de rayonner autour d'elle comme un soleil! Permettons au tempérament, aux circonstances, d'amortir l'éclat de cette joie; mais n'accordons pas qu'ils puissent jamais l'éteindre; la foi peut bien être sans allégresse et sans transports ; mais la foi sans joie n'est plus la foi. Dépouillée de ce caractère, que lui restet-il? Elle n'a plus de substance. ReprésenlcK-vous, si vous le pouvez, un croyant au cœur morne, à l'âme abattue, à la vie inanimée, se traînant par la foi vers ie trône de l'Agneau, et laissant tomber à ses pieds ces languissantes paroles : n Agneau de Dieu, ma victime et mon Dieu ! ton a amour a vaincu les ennemis de mon âme; tes pleurs et a Ion sang ont coulé sur ma vie, et l'ont arrachée à la puisif»'"

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a sance des ténèbres; tu m^as ouvert Taccès auprès de a Dieu; tu m'as réconcilié avec ton Père, avec la nature « entière, avec moi-même; tu m'as assuré dans les cieux « une éternité de délices ; tu m'as donné dès ici-bas, par a ton Esprit, les gages de mon salut. Je crois en toi, Sei- « gneur; je t'adore, ô naon Maître; je t'aime, 6 mon Saua veur I mais, je ne sa^arais me réjouir de ce que tu as fait a et de ce que tu es pour moi^ ma joie du moins ne sauce rait balancer mes douleurs ; ma joie s'absorbe dans a l'abime de mes tristesses; elle ne surabonde point; il ne « m'en reste rien dans le cœur; et il semble que je me sois a laissé envelopper dans tes bras, non pour réveiller sur a ton cœur mon cœur engourdi, mais pour m'y endormir «d'un plus profond sommeil, n

La contradiction, mes frères, est si forte qu'un tel langage, qu'un tel état doit paraître impossible; mais s'il était impossible, à quoi tendrait tout ce discours, à quoi seniraietit, que signifieraient ces invitations à la joie répandues dans l'Évangile? C'est qu'en effet on peut croire, et d'une foi sincère, et n'avoir pas, à beaucoup près, toute la joie de sa foi; c'est qu'on peut, si l'on ne veille pas sur ce trésor^ le voir pillé peu à peu par les douleurs du monde et môme par les tristesses chrétiennes; c'est que le poids de l'homme naturel, de son égoïsme et de son orgueil, nous tire incessamment vers les ténèbres de la tristesse; c'est que, pour avoir, selon le mot sacramentel de l'ancienne Église, les cœurs en haut^ il faut d'abord avoir les yeux en haut ; c'est que la foi chrétienne, qui comtnfence dans la conviction de la misère et du péché, comme dans un berceau douloureux, n'y doit demeurer que le temps nécessaire pour prendre son élan avec plus de force vers Celui qui est son chef et son consommateur. Même dans un but de pieus(d humiliation^ il ne faut piEis que l'homme demeure

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trop constamiuent avec lui-roéme et trop réduit à lui seul. Ce n'est pas en se contemplant^ c'est en contemplant son Sauveur qu'il lui deviendra semblable. La sûreté^ la force^ le salut^ sont dans la vue du soleil de justice qui porte la santé dans ses rayons. Les yeux donc en haut^ disciples de Jésus-Christ I Opposez d'avance, opposez à mesure, à tous les maux de la nature, à toutes les tristesses de l'âme, à tous les deuils de la conscience, l'inelTable beauté des biens éternels ! Que vos regards s'en pénètrent, qu'ils ne puissent plus voir autre chose ! qu'ils ne voient plus rien 'qu'à travers cette divine image ! Entretenez constamment vos pensées, et remplissez vos discours du Dieu de la nouvelle alliance; aimez à considérer en lui tous les traits dont la vue porte à l'âme la joie avec l'humiliation, l'humiliation avec la joie! Contemplez assidûment (et que ce soit là un exercice journalier de votre foi) sa miséricorde qui vous a cherchés dans l'abîme, qui vous embrasse et vous tient étroitement pressés; sa fidélité qui vous assure de la fermeté de ses promesses et de la perpétuité de son amour; sa puissance infinie, tout entière au service d'une infinie bonté; son éternité, qui ouvre une carrière sans bornes à tous les desseins de sa miséricorde, à tous les engagements de sa fidélité, à tous les développements de sa puissance. Dites-vous que ce Dieu tout bon, tout fidèle et tout-puissant, est votre Père ; qu'il vous aime plus qu'un père, et que vos parents selon la chair auraient pu ou pourraient cent fois vous abandonner avant que votre Père qui est dans les cieux vous abandonne; en un mot, vivez dans un commerce habituel avec la pensée de ce Dieu, à la droite duquel il y a des rassasiements de joie pour jamais; et vous éprouverez qu'il y a un rassasiement de joie aussi dans sa pensée ; que sa contemplation est douce comme sa présence; que le contempler, c'est le posséder; et que.

même dans le ciel^ personne ne le possédera mieux que celui qui le contemplera davantage. Faites ainsi^ mes frères; prenez à la lettre la parole de TApôtre; faites-vous de la sainte joie du chrétien un devoir positif^ un devoir de tous les instants; et votre foi^ votre reconnaissance^ votre obéissance seront gardées par votre bonheur.

Oh ! qu'il est doux de posséder une joie dont il est déjà si doux de parler ! Oh ! qu*il est pénible de se sentir tellement inférieur à ses propres paroles^ à ses propres pensées! Qui nous mettra dans le cœur tout ce que nous avons dans Tesprit et dans la bouche? Qui nous donnera la joie dont nous exaltons la douceur et la beauté? Qui nous rendra aussi sensibles^ plus sensibles aux atteintes de cette joie que nous ne le sommes^ hélas ! aux atteintes de la tristesse ? Qui amortira dans notre cœur une sensibilité maladive^ et perfectionnera en nous le sens divin par lequel nous recevons Timpression des choses divines ? O Dieu de joie et de bonheur! toi seul tu le peux; toi seul es assez fort contre nos mauvaises tristesses et contre tout ce qui rend nos tristesses mauvaises. Viens donc nous dépouiller de cette tristesse qui est encore un attachement au monde; égaie notre âme en toi; rends-toi visible^ dans toute la splendeur de ta bontés à tous les points de Tunivers et à tous les moments de la vie ; place-toi toi-même^ Bonté suprême^ entre tous les objets et nos regards; oue nos yeux soient forcés de te rencontrer partout; que tout nous parle de ton amour et de nos espérances; que tout se transforme en promesse et en bénédiction; et que notre voix, ô Dieu notre Sauveur, se mêlant à l'universel concert, te bénisse à son tour, et répande autour de nous la joie et la reconnaissance que tu auras mises dans nos cœurs !

Note relative au dernier discours.

Ce discours dissipera peat-étre quelques-uns des nuages qu'un des précédents a pu amasser.

Je fais allusion au second des deux discours intitulés V Œuvre de Dieu» J'y montre que la vraie foi a tous les caractères d'une œuvre. Un ami vient de me reprocher le rôle dont j'investis la foi^ à laquelle j*httribue^ selon lui ^ ce qui n'appartient qu'à Jésus-Christ. « La foi^ « dit-il^ quelle qu'elle soit^ ne peut jamais ^ parce qu'elle est une « œuvre ^ être imputée à justice^ c'est-à-dire devenir la cause ^ ou^ « mieux^ la source de notre justiûcation devant Dieu. »

Mon honorable ami sait bien que la foi nous est^ ainsi qu'à Abraham^ imputée à justice; seulement il ne veut pas que ce soit à titre de mérite. Le mérite est tout entier hors de nous. Il a parfaitement raison^ et si l'idée d^ceuvre emporte celle de mérite, le nom (Tceuvre n'a pu convenablement être appliqué à la foi. Cependant il ne faut pas^ de peur d'une erreur^ nous jeter dans une autre. Ces mots : être imputée à justice, sont appliqués à la foi chrétienne; ces mots ont un sens : cherchons-le soigneusement.

Sans doute que ces mots : être imputée à justice, s'entendent naturellement dans le sens de : tenir lieu de justice; et la justice^ dans cet endroit^ signifie l'observation des rites qu'Abraham n'observait pas encore^ et que les chrétiens n'observent plus; mais ces rites sont la figure des œuvres. Saint Paul entend donc^ par rapport aux hommes en général , que la foi leur tiendra lieu des œuvres qu'ils n'ont pas faites^ et c'est dans ce sens qu'il parle en plusieurs lieux de la justice de la foi ou de la justice qui est par la foi : c'est toujours la foi rempla-

çant les œuvres, la foi comptée comme jigtice, la foi devenant la condition d'une nouvelle alliance, comme Tobéissance Tétait de l'ancienne (1). Et maintenant, cette condition est une condition légale on une condition naturelle. Si elle est légale, nous rentrons dans la notion d'oeuvre et peut-être de mérite. Si elle est naturelle, il faudra entendre qu'elle serre le ncQud de J'alliance, parce qu'il est de la nature de cette foi de nous unir à Dieu, et que cette union est le fond de la sanctification et du salut; mais ici Vœuvre reparaît, l'œuvre, dis-je, et non le mérite. Si la foi n'est une condition en aucun sens, qu'est-elle? En attendant qu'on me le dise, je continue à croire que la foi, c'est-à-dire quelque chose qui est en nous, quelque chose qui est de nous, est, dans le sens du fait, la condition du salut, lequel, dans le sens du droit, est ineonditioDneL II s'agit d'accepter à titre gratuit un salut qu'on ne peut obtenir à titre onéreux. Cette acceptation pure et simple nous est imputée à justice, ou, si l'on veut, nous tient lieu de justice ; là-dessus nous sommes d'accord. Qu'après cela je dise que la foi est une œuvre, ou dans ce qui la prépare et la produit, ou en ellemême, ou enfin dans son dôveloppem^t, je dis une chose qui est vraie et que je puis prouver, mais qui, en tous cas, n'apporte aucun embarras de plus dans l'exposition de la doctrine chrétienne. S'il y a de la diUllcuUé à faire la part respective de l'élément objectif ou divin d»k grâce, et de l'élément subjectif ou humain de la ibi, cette difiicolté n'existe pas plus dans mon système que dans celui qu'on m'oppose. Qu'est-ce qu'ajoute à une telle difficulté celle qu'on prétend trouver dans ma théorie? C'est de la difficulté qul^nous est conmiune, qu'il faudrait s'occuper d'abord. J'y reviendrai; mais voyons d'abord si, comme on vient de nous le dire, c'est une seule et même chose que de présenter la foi comme une condition naturelle du salut, et d'en faire la cause ou la source de la justification devant Dieu. J'estime que ce n'est pas une seule et même chose, et que la cause ou la source reste ed Dieu. Un bienfait est perdu pour moi si je ne l'accepte; cela ne veut pas dire qu'en l'acceptant je sois mon propre bienfsdteur. Mon bien£û-

{i) Si l*Éyangile parle quelquefois de justification par la grâce, la foi est toujours sous-entendue, et ces termes : être JuHifié par la foi^ sont les plus habituels: c*est l'expression consacrée. Voy. Gai., T, 5; Phil.,111, 9; Hébr.,X, 39; ltoni.,in, S4; Rom., IV, 11, etc. Ainsi ce n*est pas ahfolutnenl et nûment la grâce ifai tient lieu de justiee, nais la /o«, qui d'ailleurs est no don de la grâce. Toyet ^•i» ▼, & On M préUndy* murs doute pas que dms eea piiMget U (•% tipMê

teur, dans rÉvan^ile, est Celui qui a voulu que ma foi me tint lieu des œuvres que je n'ai pas faites. Cette substitution ou cet échange dépendait-il de moi? Pouvais-je le rételamer? pouvais-je même l'imaginer? N'est-il pas évident que tout l'honneur de cette commutation reviendra à Dieu seul? Si cette conclusion n'est pas évidente^ ce n'est point ma théorie qui l'obscurcit. Si la gloire de Dieu se trouve diminuée, elle l'est tout autant par le système qu'on m'oppose que par le mien. Car, dans tous les deux, il faut que l'honune mette du sien, il faut que l'homme croie. Dans tous les deux il i^ut que, quelque chose s'étant passé hors de nous, quelque chose te passe en nous. De ces deux choses, et non de Tune des deux^ résulte le salut. Arrêtons-nous ici un moment.

L'œuvre totale du salut, depuis sa racine jusqu'à sa consommation, appartient à Dieu. Partons de là. Mais le salut, cette œuvre de Dieu, a deux parties distinctes : Tune olijective : c'est le pardon sous la forme de la rédemption : les bras paternels nous sont rouverts; nous nous trouvons, sans aucune participation de notre part, purifiés de nos péchés passés; (9 Pierre, f, 9.) une nouvelle carrière nous est l^vrée^ où nous marchons constamment à l'ombre du pardon divin, toujours actif et toujours inépuisable comme le mérite de Jésus-Christ; — l'autre partie est subjective : c'est la foi, que j'ai beau réduire à sa plus simple notion, elle n'en est pas moins subjective; c'est toujours moi qui crois, bien que ce soit Dieu qui me donne de croire; cette foi, qui produit la joie et l'amour, m'unit à Dieu indissolublement, et couronne l'oBuvre de mon salut, qui ne peut être consommé qu'autant que je suis uni à Dieu, ou, en d'autres termes, que ce n'est plus moi qui vis, mais Christ qui vit en moi. Il y a donc dans mon salut quelque chose de moi; Dieu a pris quelque chose de moi pour me sauver; il m'a employé à mon salut. On ne peut se refuser à cette conclusion dans aucun système, si l'on veut rester dans les termes de la déclaration du Sauveur : « Dieu a tant aimé le monde qu'il a donné son Fils <f unique au monde, afin que quiconque croit en lui ne périsse point, « mais qu'il ait la vie éternelle. » Ce n'est donc pas moi qui me sauverai, en aucune façon, en aucune mesure ; mais on ne me sauvera pas sans moi.

Saint Paul était plein de ces pensées lorsque, écrivant à des hommes qui croyaient, il les suppliait d'être réconciliés avec Dieu. (2 Cor.,V, 20). Supplier a pour corrélatif accorder; accorder est un acte de volonté; or cet acte de volonté n'était que la continuation immédiate , la pro

long^tion de Pacte de la foi^ ou de Tacceptation du pardon de Dieu. Il y a donc dans la foi^ comme dans ce qui la continue^ un acte de yolonté, qui, pour être un don de Dieu^ n*en est pas moins un acte de volonté. Et quand Paul dit à des croyants : « Travaillez à votre salut,» (Phil.^ll.) il fait sans doute encore appel à leur volonté. Travaillez à votre salut! ou^ selon le sens littéral^ opérez, accomplissez, achevez votui salut! Qui oserait parler de la sorte, si un apôtre n*avait pris les devants? Mais si l'on est obligé de concéder qu'à partir de la foi l'homme travaille, que coûte-t-il de concéder que dans sa foi même il y a du travail? et pourquoi Tune de ces propositions scandaliserait-elle plus que Tautre? 11 faut les accepter l'une et l'autre, et il ne faut pas, pour cela, dire que la foi est la cause ou la source du salut. Car ce travail de rhomme est encore une grâce : c'est Dieu qui donne le vouloir et le faire selon sa bienveillance. (Phil., Il, 12) . Il y a d'ailleurs des passages plus directs. Saint Paul (Act., XIV, 22.) exhorte ses disciples à persévérer dans la foi ; il avait donc pu, avant leur conversion, les exhorter à croire, et la matière d'une exhortation est un acte libre.

Du reste, dans le discours dont il s'agit, je n'ai rien prescrit; je n'ai pas même dogmatisé : j'ai seulement expliqué conmient un fait tel que la foi a pu être nommé une œuvre et même une œuvre morale. On peut même croire que, quand je verrai la foi produire les œuvres^ je n'irai pas curieusement l'analyser pour y découvrir l'élément actif et volontaire dont j'ai parlé : je me tiendrai pour assuré que celui qui vit selon Dieu a cru et bien cru. Si l'on estime superflues mes explications et mes distinctions, à la bonne heure. Toujours n'aurai-je pas entamé les principes, puisque j'aurai dit : qu'on est sauvé par le moyen ou Vintermède de la foi; (Ëph., Il, 8.) qu'il est impossible d'être agréable à Dieu sans la foi; (Hébr., XI, 6.) que la vraie foi est fondée sur la puissance de Dieu, (1 Cor., II, 5.) et que nul ne peut dire, sinon par le Saint- Esprit, que Jésus-Christ est le fils de Dieu. (1 Cor., Xlf, 3.) Et ici je reviens à ce que j'ai dit du brigand. On me reproche l'exégèse que j'ai faite de ce trait de l'histoire sacrée. Mais qu'est-ce donc que j'ai dit? qu'il fut sauvé par le moyen de la foi. Et maintenant raisonnons. Sans la sanctification pouvait-il voir le Seigneur ? Non. Était-il actuellement saint? Non. Mais dans la foi au Sauveur était le germe de la sainteté, et l'œil divin voit l'arbre dans le germe. Ce que je dis, vous le dites aussi : disons-nous par là même que la foi fut la cause, la source de son salut? Non certes, mais la condition; ce qu'on peut rendre par ces mots : une source secondaire naissant de la source première, un canal d'irrigation découlant du fleuve. Et si maintenant j'ajoute que le cri

NOTU. 357

da brigand fat la confession d'une âme humiliée^ si je dis que^ tout brigand qu'il était^ il reçut apparemment la parole dans un cœur honnête et bon^ (Luc^ VllI^ 15.) ou que Dieu lui avait ouvert le cœur, (Act.^ XVI, 14.) pour croire en Jésus-Christ, il me semble que je ne le fais pas pour cela l'auteur de son salut, et il me semble, d'une autre part, que je comprends un peu mieux comment il put lui être dit : i( Tu seras aujourd'hui en paradis. »

Je désire que cette note ait expliqué, et même, au besoin, rectifié ce qui, dans le discours dont il s'agit, aurait pu donner quelque scandale ou exciter quelque inquiétude. C'est tout ce que j'ai pu faire au terme de l'impression de ce volume. Si j'avais été averti plus tôt, j'aurais certainement revu le discours en question, et il est probable que je ne l'aurais pas laissé absolument tel qu'il est. J'invoque donc la critique, et je remercie d'avance ceux qui, discutant à fond les opinions que j'ai exprimées, sépareront l'ivraie du bon grain, et réduiront ma pensée dans des termes ou plus exacts ou plus clairs. Personne, j'ose le dire, ne leur en sera plus obligé que moi.

Au reste, voici la définition que donne de la foi un des théologiens les plus sages de l'Église anglicane. Elle ne diffère, ce me semble, en rien de l'idée que j'en donne moi-même :

« I^ foi, dans son acception la plus générale, est la croyance en la « vérité, ou l'assentiment que notre cœur donne au témoignage de Dieu, « témoignage qu'exprime sa Parole et dont nous faisons l'application « à nous-mêmes. Croire en Christ, c'est recevoir du cœur le témoi- « gnage que Dieu a rendu de son Fils; c'est recourir humblement, « avec sincérité et fréquence, à ce divin Rédempteur^ pour obtenir la « délivrance; c'est faire un accueil franc et cordial à sa personne, et au a salut qu'il a consommé dans son triple office de roi, de prophète et de (f sacrificateur. »

{Fondement et Nature de la foi en Jésus-Christ, par Thomas Scott.)

Mestrezat avait dit : « La foi justifiante n'est autre chose qu'une a sérieuse et véhémente considération de Jésus-Christ ; » et un homme qui sera cité à son tour a récemment défini la foi : « le regard du tt cœur vers Jésus-Christ crucifié. »

(M. Bumier, Instructions pastorales, p. SS.)

8(8 irofu.

Soie des Éditeurs,

La première édition des Nouveaux discours sur quelques sujets religieux a paru en 1S41. La deuxième a été publiée en 1842; elle comprend les mêmes discours. L*auteur les ayait tous revus avec soin. C'est dans le premier discours sur le Temps de faire le bien qu'il a fait les plus grands changements.

Une note^ qui se trouvait à la suite du discours sur la Joie, a été introduite dans le texte. Elle a été remplacée par la note ci-dessus, qui répond à quelques remarques auxquelles le quatrième discours avait donné lieu.

Le discours sur /a Joie est le sixième dans la première édition. C'est par ce sujet que pendant l'impression M. Vinet avait désiré clore le volume ; il était trop tard alors^ mais dans la deuxième édition ce discours est devenu le dernier. Nous signalons la transposition, parce qu'elle peut aider le lecteur à se rendre mieux compte de l'enchaînement et du rapport de ces discours entre eux, en le mettant sur la voie d'une intention de Tauteur.

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