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lége de quiconque sent davantage ; et les sillons que trace une pensée puissante deviennent sous elle des abîmes, n serait bien étrange^ mes frères, qu^à mesure qu'une âme a plus de valeur elle eût moins de bonheur^ et que la joie habitât de préférence dans les âmes les plus profanées! Tout ce que nous avons de raison et de justice proteste contre un si grand désordre; mais ce désordre existe; la joie n'est pas le fruit de la raison. Quelle est donc cette raison^ quelle est cette philosophie qui vient nous conseiller, nous commander la joie ? C'est une philosophie qui s'interdit de connaître le monde et d'approfondir la vie, ou qui, ayant découvert la vérité, nous Tinterdit comme dangereuse et funeste ; c'est une philosophie qui renferme l'aveu sinon le plus formel, du moins le plus décisif, de la misère de notre condition; car qu'est-ce que notre nature, si nous n'osons pas la regarder en face , et qu'estrce que la vie, s'il faut nous en cacher le vrai caractère et la juste valeur ?
Vous n'avez donc, ô hommes, point d'autre choix possible : pensez et pleurez; ou bien soyez heureux, mais à condition de ne point penser. Je dis : à condition de ne point penser à ce qui vous est le plus proche et vous intéresse le plus; car, du r^te, je sais bien qu'appliquée à d'autres objets la pensée est aussi une distraction, et qu'à mesure même qu'elle est plus profonde, plus grave en apparence, elle nous rend plus légers. Parmi les moyens de nous dissiper, de nous séparer de nous-mêmes, il n'en est point de plus sûr que des études fortes et sérieuses; ce sérieux prétendu chasse le véritable ; les amusements du monde n'y parviendraient pas plus sûrement ni plus vite. Faut-il vous apprendre, mes frères, ce qui étoufie, ce qui fait mourir le germe de la joie dans le cœur de l'homme qui pense? Vots Rapprendre ! J'aime à croire que je ne
ferai que vous le rappeler, ou seulement peut-être donner une voix aux sentiments muets dont votre Ame est remplie. Votre vie se passe en tentations <i la joie incessamment réprimées; lu joie n'a que des moments, la tristesse a l'ensemble de la vie. C'est un moment de joie que celui qui VAÎt s'accomplir une espérance ; c'est une vie de tristesse que celle qui sent que l'accomplissement successif de toutes les espérances n'a point comblé le vide infini de rftme. C'est un moment de joie que celui d'un triomphe dont l'amour-propre s'enivre; c'est une vie de tristesse que celle qui déveliqipe à nos yeux et nous rend toujours plus évidente la vanité des plus glorieux succès. C'est un moment de joie que celui qui nous rapproche d'un objet aimé; mais, sans parler ici du moment affreux qui nous en sépare, c'est une vie de tristesse que celle qui se passe se rappeler ou à prévoir des pertes. C'est un moment de le que celui que nous donne le sourire d'un beau jour, soleil si doux à voir, te libre développement de quel- 'une de nos forces, le sentiment de l'existence dans la initude de la santé; mais c'est une vie de Ii^esse que le qui emporte pôle-raéle vers l'abîme nos bons et nos luvais moments, nos peines et nos plaisirs, notre ôme même, puisque les pensées et les affections dont elle compose nous précèdent dans la tombe, et que, de tout qui nous appartient, de tout ce que nous avons été^ jyius ne pouvons rien retenir, non pas même nos plus
'lères douleurs.
. C'est encore un moment de joie que celui qui nous soupive au-dessus de la poudre, noire berceau, au-dessus de Ift cliair, notre prison, et nous approche de l'air du ciel mr quelque élan d'amour ou de vertu; hélas! et c'est une |ie de tristesse que celle qui, daus son ensemble, appariaient à la poudi'e et à In chair, et qui n'a fait, en dernier