LES DEUX FLEURS DU MONT-ROYAL
Une vieille légende m'ayant appris que, dans un coin ravissant du Globe terrestre—où ? je l’ignorais alors—abritées par un arbre gracieux dont la feuille est devenue l'emblème d'un pays le plus libre, le plus généreux du monde, pays jeune encore, mais plein de gloire et d’avenir, fleurissent, sans jamais se flétrir, deux plantes, deux fleurs, d'ux sœurs d'une incomparable bowoté, je résolus de les découvrir. Ces fleurs divines sont si délicat 5, si belles Que nul n'a le droit d'en murmurer le nom magique s'il n'a eu aa préalable, l'ineffable bonheur de les cucillir: et leur possession fait largement le bonheur de la vie,
Désireux de posséder un trésor si rare, si précieux, et vivement entrainé par l'enthousiasme de mes Vingt ans, je quitte tout sans hésiter, et me voilà par monts et Par vaux, fouillant, scrutant l'univers avec ardeur et porsévérance,
Après avoir inutilement scaladé les volcans éteints de l'Auvi rgne, les pics de la Suisse, les Pyrénées, les Alpes, je traverse l'Italico, l'Autriche, l'Allemugne, la Russie, grimpe en Hindoustan, sur l'immense Gaurisankar (Everest, ) explore l'imposant Himalaya, visite les sommets célèbres de la Grèce antique, parcours, en vain, sous le soleil brûlant de 1 frique, la massive Chaîne de l'Atlas, domaine du lion farouche ; fais un saut dans le Nouveau-Monde, et, conduit par ma bonne étoile, je foule enfin le sol enchanteur du Canada.
J'arpente sans suce les Montagnes Rocheuses, les Alleghanys, (Apalaches), les Monts Notre-Dame, la mystérieuse et insondable grotte du ‘‘Pain-de-Sucre’’ (mont Saint-Hilaire) avec son petit lac, Miniature du terrible Mont-Pelée. J'arrive sur les Lords féériques @u majestueux et royal Saint-I aurent et, avec les premiers rayons de l'astre qui se lève radieux à l'Orient, je gravis jusqu'au sommet le flane ombragé mais abrupt du modeste Mont-Royal. Là, avec une loie, un transport, un ravissement impossible à décrire je découvre, protégées par les rameaux Lénis d'un gracieux érable, les délicieuses tt incomparables fieurs que je cherche én vain depuis si longtemps.
Leurs ravissantes corolle l'une rose, l'autre plus éclatante que la plus blanche neige, sont supportées gracieusement Par deux calices Vert-émeraude dont les tiges, en leur milieu, s'unissent étroitement en une seule, mrariant ainsi dQuelques-uns de ler pétales, qui paraissent se donner mutuellement le Plus pur, le plus tendre baiser.
Le cœur débordant de joie, d'une main avide mais tremblante, je Cueille—oh ! combien délicatement, —les deux fleurs divinss, exholant autour d'ellés un partum d'une Suavité incomparable et les portant avec ivresse à mes lèvres frémissantes, perçois au fond au sœur des brillantes corolles, de superbes Gtamines pourpre et or, ontrelacées avec un art infini autour d'un ravissant pistil, et formant distinctement es mots célestes, écrits per l'aile d'u ange exilé sur la terre : Amour