LA PREMIERE COMMUNION OÙ LE CRI DU COEUR
Aimable jusque dans ses défauts, Hélène B.., gracieuse fillette de neuf ans, inestimable trésor et unique consolation de sa mère, veuve depuis plusieurs années, est appelée à faire sx première communion
La touchante cérémonie eut lieu le 5 mui dans l'église Saint-Jac- Ques. La petite Hélène s'est préparée À cet acte si important de la vie chrétienne, avec toute la dévotion, toute la ferveur dont son petit cœur est capable,
Son excellente mère, comme aussi ss Compagnes ont 6t& les té moins étonnés et ravis du changement qui s’est opéré dans sa conduite.
D'étourdie, babillarde, capricieuse, volontaire ct légérement colère, la mignonne était devenue subitement sérieuse, discrète, obéissante et, douce comme un agneau ; une véritable métarmophose opérée par la Baguette magique de la Fée bienfaisante qui s'appelle la Religion catholique. Arrive la retraite : le recucillement d'Hélène fut si profond, si extraordinaire, la pensée de sa Première communion l’absorbait si complètement, que déjà elle semblait ne Plus appartenir à la terre.
Son âme, son cœur, toutes ses facultés s'élançaient vers Jésus-Hostie, vers le ciel. Dans sa ferveur exaltée, s'étant adressée À chacune de ses Compagnes, elle les avait suppliées de demander à Dieu pour elle une grande grâce :
Mourir le jour de sa Première communion.
Toutes le lui promirent sans peine: car toutes auraient volontiers demandé pour elles-mêmes une semblable faveur, si elles avaient su ne Point laisser dans la désolation et les pleurs un père, une mère Qui les adorent et qu'elles aiment tant.
Enfin, voici le grand jour, l'heureux jour et, sans contredit le Plus beau de la vie. Hélène reçoit son Dieu avec une piôté, une fer- Veur, une adoration vraiment angéliques. Ah ! quel ravissement indicible dans son âme de petit Séraphin ! C'est le Ciel tout entier qui la possède et qu'elle possède.
Toute à son divin Sauveur, elle ne voit, n'entend plus rien. Au milieu des divins transports qui l’inondent, elle parle à son Bien-aimé et lui dit du fond du cœur :
“Mon Dieu, faites-moi la grâce de mourir aujourd'hui, afin que je puisse Vous voir et vous aimer POU toujours dans votre Paradis.’
Et il lui semble Que son âme se dégage insensiblement de sa terrestre enveloppe. Les yeux de l'enfant s'ouvrent comme pour contem- Pler le ciel et rencontrent les regar ds — oh ! combien émus ! — de sa mère qui, À quelques Pas d'elle, pleure de joie et de bonheur.
Tel un tendre ramoau agité par le vent, le corps de la fillette est secoué d’un grand et étrange frisson.
‘Mon Dieu ! fait-elle... Maman ! O Jésus, un peu plus tard !…. ce soir !.… la nuit prochaine !.… Oh !‘laissez-moi l’embrasser encore !
Une heure après, l'heureuse Communiante se jette palpitante dans les bras de sa mère qui la baise avec un respect et une tendresse infinis.
La journée se passe sans incidents. Cependant la fillette ne veut Point s'éloigner de celle qui lui donna le jour: elle parait agitée, nerveuse.
Voici l'heure du repos : Hélène, sur le point ce se mettre au lit, tremble de tous ses membres et violemment éclate en sanglots.
Surpr inquiète, sa mère l'interroge vivement :
—‘""Ma fille, mon enfant, pourquoi trembles-tu ? Pourquoi pleurestu ? Qu'’as-tu ?
L'enfant sanglote de plus belle.
Vaincue enfin par les caresses maternelles, elle s'écrie au milieu de ses larmes :
—"Maman, Maman, je l'ai demandé à Jésus... toutes mes compagnes l'ont demandé pour moi. et je ne veux Pas te quitter !.... Je ne veux plus mourir ! !.
Madame B. émue au-delà ce toute expression, sent, malgré sa joie, son cœur se serrer douloureusement et, frémissant à la pensée que la prière imprudente pourrait étre exaucée, elle console sa fille, la rassure et ne tarde pas à l’endormir sous ses Caresses et ses buisers,
Puis tombant à Senoux et levant vers le ciel ses yeux novés de larmes :
‘‘’Mon Dieu, fait-elle, dans un cri de détresse,
“Mon Dieu, laiss:z-noi ma Fe! 1!’