LE MOINEAU PENDU
La semaine dernière, vers “rois heures de l’aj re- idi, je flan s sur lc Carré Viger, jouissant par tnticipation de j'enx ra jitur de ses beaux arbres encore en deu:l, lorsque j'aperçus sur le bord üu toit d'une maison Voisine, deux moineaux Pépiant tendrement tout près d'un nouveau nid aux trois Quarts construit. C'était à n'en pas dou ter, le mâle avec sa femelle ; tant ils Paraissaient se conter de douces choses,
La ‘‘Petite’’, néanmoins, semblait inquiète et de temps à autre, tCurnait furtivement ses deux petites perles noires vers l'horizon.
— Tout à coup, poussant dés Pia, pia formidables, une douzaine de moineaux conduits Par un mâle superbe, mais hérissé et furieux, passent en coup de vent au-dessus de ma tête, filant droit sur le nid
L'un des amoureux reste coi. L'autre—ja tète noiré-essauye de s'enfuir, mais en Vain: il est entouré, frappé " dix becs robustes qui certainement, vont le Plumer tout Vivant s’il fait mine de résister. Moulu, résigné, le Pauvre moineau, pris on flagrant délit, fait le mort Les membres de la bande le SaiSiSSent, qui par une patte, qui par une aile, qui par une plume «4 Vivement l'emportent sur l'arbre le plus proche
Ce qui survint alors dépasse toute imagination
Le moineau hérissé, d'un Coup sec de béc violent, casse net l'extrémité d’une jeune branche qu'il saisit ensuite et ser e fortement de son gros bec, l'obligeant ainsi à se fendre par son milieu Les ‘‘bourreaux'"" y introduisent : ‘droitement le bout de l'aile de leur Coupable victime
Le moineau courroucé ouvre le bec,
Les deux parties de la branche sereferment br Quement, comme autrefois le tronc d'arbre sur les doigts imprudents de l'infortuné Milon de Crotone.
Voilà donc le pauvre Pierrot pendu.
Il veut s'envoler : vaine efforts.
Je le vois qui se balance désesp crément en poussant des cris de détresse, qui ne tardent pas à attirer autour de lui la gent ailée des environs.
Une foule de curieux—flaneurs attitrés du Carré Viger—s'empressent autour de l'arbre sur lequel S'agite le ‘‘pendu”’, et restent bouche bée ne pouvant comprendre un phénomène Que seul j'étais en état d'expliquer.
Satisfait, le moineau offen: avait rejoint sa compagne infidèle Lui administra-t-il une sage correction pour s'être laissé conter fleu-
te par un Voisin trop galant ? Je l'isgnore; mais ce Que je puis affirmer en toute vérité, c'est que plus d'un parmi nos bons Canadiens sont moineaux sur ce point, et que le nombre en serait fort restreint, si la justice humaine traitait les prévaricateurs à la façon de nos petits Pierrots du Jardin Viger