‹ Nouveaux échos du Mont-Royal [microforme]Chapitre 49 sur 64 · SECOND ABIME · texte numérisé non relu

SECOND ABIME

Je sors Vivement de l'affreux gouffre,

Est-ce donc là l'Humanité ? me dis-je : mais alors, l'Univers n'est qu'un vaste champ, où paradent l'Hypocrisie et le Mensonge !

Le découragement torture mon âme : J'erre dans la vallée, titubant comme un homme ivre,

Brusquement un second abîme s'ouvre devant moi. Je me penche sur le bord. Cet abime me parait plus vaste, plus profond, plus insondable que le premier.

Plaçant, encore une fois, l'échells de la Curiosité entre les mains de l'Observation, et poussé par le désespoir, peut-être, je veux tenter une nouvelle exploration, parfaitement convaincu Que j'en mourrai, si l'expérience ne m'apporte que déceptions

Nénnmoine, je descende h

Où vus-tu ? dit une voix de sirène

Visiter l'abime,

Et J'aperçois, entourée de trois swurs 'AYOnnantes de fraicheur, une Vierge au rogurd brillant, au sourire nant et mystérioux fixant à son opulente chevelure des aitiets et des roses

Qui es-tu donc » demandai-je étonné

“Je suis La CoQuetterie : gt v EU Hem rois Compagnes : La Grace, l'Hlusion ot la Diplomatie Je ne suis Qu'à lu surface Va, des- Cends, et Lu verras Plus bus

la Heine inc OMparulle de cet &tapire sans Hinites

Pardessus l'épaule de la Coquetterie, je dstingue le ininois, espièet rieur de l'Amour à l'affût

Au-dssous, j'entre dans un ravissant boudoir, dont les meubles reluisants, Suns Poussière ot sans tache, sont ran- KÜS uvec une symétrie parfaits Une jeune Fée, un plumeu u À la muin est secondée par ur KraCieux Lutin ordonnant ça et là de riches bibelots. Je reconnais la Propreté et l'Ordre Autour d'eux voltige l'Activité sous la forme d'un Papillon aux ailes d'or

Encouragé, Je Poursuis ln descente

Dans une salle immense, éclairée avec discrétion, s'aligment de hotti= breuses rangées de couchettes, aux couvertures immuculées, sous les- Quelles. aux serres dé la souffrance, sémissent de pauvres infortunés. Deux 'ehgietises, suivies de deux aide ant un platenu chargé, vo-

lent d'une couct tte À l'autre, SOolgnant les blessures et les Plaies, pro-

diguant aux corps les rem "S, et aux cœurs les encouragements et les Consolations,

J'admire la Cornpussion et l'Abnégation servies Par le Dévouement et la Douceur

Le cœur étrangement remué je continue ma route vers le fond de l'abime.

En face d'un Christ artistoment sculpté dans de l'ivoire, deux Prin:.sses au front d'une sérénité Parfaite et d'une noblesse frappante, adressent, à genoux leurs vœux au divin Crucifié,

Je salue avec respect la Religion et la Pié fille de la Religion

Plus bas, debout, immobile sur le bord d’un sentier qui se perd dans des montagnes escarpée*, une Vierge, en Costume de fiancée, porte obstinément ses Yeux interrogateurs vers l'horizon, afin d'y décou- Vrir la silhouette de l'être ardemment désiré, mais qui, fauché Par la mort, ne reviendra plus jamais, hélus !

Cette Vierge, c'est la Fidélité

Plus bas encore, deux Naïades plongent leur Corps ravissunts duns les eaux claires d’une Source sortant d'un portor Leurs gestes et leurs regards sont si chastes, si réservés, que je nomme la Pudeur et la Modestie : mais à peine m'ont—ælles entrevus, qu'elles disparaissent sous les eaux

Souriant, je m'élance de nouve àu dans le vide, et Pose, enfin, le Pied sur le sol d'un jardin sans bornes, émaillé de Mille fleurs odoranet ombragé, de distance en distance, par des bouquets d'arbres

68 des fruits les plus savoureux. I Fititude innombrabie de biiliants oiseaux Voltigent à l'envi dans cet Eden, qu'ils charment de leurs harmonieux Concerts ; tandis qu’une lumière d'une douceur infinie enveloppe le tout de son manteau de soie nimbé de pourpre et d'or.

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Oh ! qu'il ferait bon vivre toujours dans ce Paradis !

De chaque brin d'herbe, de chaque feuille, de chaque corolle, de chaque rayon de lumière, s'échappent les effluves d'un bien-être, d'un bonheur, qu'il me semble avoir déjà goûté autrefois—Quand j'étais petit, tout petit.

Palpitant d'allégresse, je foule ce tapis de verdure et de fleurs, cherchant des yeux, ia maîtresse fortunée de ce domaine enchanteur.

Des cris joyeux, des rires frais et perlôs frappent soudain mes oreilles, et je vois, débouchant d’un bosquet voisin, deux ravissants enfants, le frère et la sœur, rsYOn nunts de joie, de candeu: et de santé

À ma Vue, ils restent un moment interdits ; puis, se donnant la main. ils rentrent vivement dans le bosquet.

Jo me précipite à leur suite #1 me trouve brusQuement en face d'un trône d'or massif, incrusté de damants et de pierres précieuses, autour duquel s'empressent de nombreux courtisans : entr'autres, l'aimable Douceur, les ineffables Caresses, le profond Dévouement, l’admirable Abnégation, le généreux Sacrifice et le divin Héroiïsme, Sur ce trône d'une richesse inouïe et symbole de ln Maternité, une Reine incomparable de majesté, de bonté, de douceur, entoure de ses bras et presse avec amour, sur son cœur, les deux chérubins qu'elle couvre de baisers

Saluant très bas, et profondément ému : Quel est done, demandaije, cet abime que je viens de Parcourir, et vous, ; Madame, qui donc étes-vous ?

— "Cet abime qui, par mon royaume, se perd dans l'infini de Dieu, dit-elle, c'est le Cœur de la Femme :

Et je suis la Tendresse maternelle.”

Le cœur de l’homme est dune un abime profond, Et le cœur de la femme, un abîme sans fond

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