LES MOINEAUX PRISONNIERS
Qui vit sans liberté, vivra € ns le mañheur.
Deux moineaux babillards, tout près de ma fenêtre, un beau jour d printemps, bâtirent, pondirent, Cuuvèrent, eurent enfin des petits, Feu nombreux, deux en tout : les parents étaient vieux.
Les petits devinrent bientôt gros et gras, sous les soins empressés du père et de la mère, que Je voyais infatigables, leur Porter, du matin au soir, la délicieuse becquése.
Déjà les deux petits pierrots essaYaient leurs ailes Pour aller bientôt, eux aussi, comme leurs cousins, sous les yeux de leur mère, picorer sur la re, entre les pieds des chevaux, sans souci des passants’; lorsque, allongeant le bras, je les bris l’un après l'autre, très délicatement. Voil:, les oisillons en Cage, sur le bord de ma fenétre,
Surpris d'abord, les Pauvres Petits se tapissent au fond de leur nouvelle demeure, serrés l'un contre l'autre, bec clos. Le naturel ce- Pendant reprend bien vite le dessus De nombreux et vibrants ‘‘pia- Pia’ ne tardent Point à résonner dans ma Chambre, comme une sonnerie dé clairons félés.
Gosier et bec Pleins, l& mère arrive, Etonnée, elle voltige avec avec méfiance, en avant de la Cage, se demandant sans doute, comment il se fait que sa chère couvée se trouve dans un nid si grand et tout barbelé de fer. Les petits, à sa vue, lancent PIES pressants leurs cris de famine—les petits moinsaux, comme les gros, ayant toujours faim-—et ne permettent point à leur mère de résoudre lg question.
Entrainée Par leurs pressants appels, celle-ci se Pose hardiment sur le bord de la prison de fer.
Les deux frères (ou le frère et la sœur, je ne sais trop) ouvrent tout grand leur jeune bec, battent des ailes, s'approchent, aVides, des barreaux, entre lesquels ils reçoivent, goulus, la riche et tendre becquée qui leur est équitablement distribuée. La mère s'envole,
Une minute après, nouveaux “‘Pia-pia’”, timides d’abord, puis allant crescendo.
Le père arrive à son tour, ma: plus défiant ou moins tendre, j] hésite, s'éloigne, revient et, finalement, la scène Précédente se renouvelle,
Emu jusqu'aux larmes d'une telle sollicitude, je forme le projet de réunir tous les membres de la petite famille,
Plaçant un tabouret Près ce la fenétre, je porte, à chaque nouvell becquée, la cage légèrement en arrière, puis, ramenant l’un des volets, j'attache à l'autre “ne ficelle dont ie garde l'extrémité entre ines doigts et, m'effaçant de mon mieux, tel un chasseur à l'affût, j'attends
Moins d'une minute s'écoule. La mère arrive et, sans se préoccuper du volet fermé, se pose, comme par le passé, sur le bord de la cage, commence la distribution.
: je ramène violem- Mais sinistre pour l'oiseau.
La pauvre mère surprise et effrayée, lâche le reste de la becquée, voltige, fort en peine, un peu partout dans ma chambre: s'étourdit légèrement contre le mur ; tombe haletante, angoissée et, prisonnière À son tour, après m'avoir fortement mordu le doigt de son gros bes d'acier, elle rejoint ses petita
J'ouvre le volet. Quelques escondes après, le père subit le mime sort, au moment où, intrigué, il demande à sa vieille compagne pour- Quoi elle a passé de l'autre côté.
Voilà donc la famille réunie. Seront-ls heureux? Hélas ! le père et la mère ne reconnaissent plus leurs Petits et ceux-ci, étonnés et muets, se demandent avec effroi quels sont ces gros oiseaux hérissés qui se meurtrissent les ailes et le bec contre les barreaux de la cage de fer cherchant, désespérés, le chemin du ciel, le chemin du bonheur.
Plus d'amour, et partant, plus de famille sans liberté.