QUELQUES PLAISIRS D'ETE AU CANADA
AU Canada, si l'hiver à ses charmes, la suison d'été est d'autant plus agréable qu'elle est Plus courte, et ln JC, ls amusements, leg Plaisirs des Canadiens croissent en raison direcie de la brièveté des beuux jours. Aussi est-c Plaisir de voir Comme tout un chacun met à profit les Journées ensoleillées des mois de juin, juillet et août, que l'on voudrait Voir Curer encore, lorsqu'apparaissent les premières
feuilles jaunies par les baisers trop fruis de l'automne, Trois mois, 90 Jours sur 365, un Quart de l'année tout au plus, pour jouir dé la na ture, les mains libres et le front à découvert : c'est peu, mais suffisant Pour celui qui saura mettre le temps et los Clrconstuncés à profit,
A la Campagne, c'est l'époque des plus rudes travaux A la ville, c'est lu saison du repos plus ou Moins complet, en un mot, la morte Saison ; autant, là, r gne l'activité, le souci des récoltes ; autant hi, domine ln mollesse, le marasme des affaires Les citadins, ayant peu Où Point à faire, désertent à l'envi cité, Magusins et f0ye:s, surchauffés par les rayons trop ardents et concentrés de l'astre du jour, Pour se précipiter à la recherche de la fraicheur des bois, des rivières et des lacs, et devenir les témoins inutiles et béats des rudes travaux d nos robustes Campagnards,
Les plus huppés, ceux que le Fortune comble de ses caresses, donnent le signal du branle-bas et Partent, à l'apparition des Premiers lilas, pour les villas Princières qui jes attendent sur quelques rives enchanteresses, Comme il y em à tant au Canada, laissant à la garde vigilante et dés intéressée de nos braves policemen leurs palais clos, et leurs coffres-forts, dans lesquels ils n'ont eu gard d'oublier leurs titres de rente : les cambrioleurs sont si adroits, si malins, et la poli Les rues des Quartiers fashionables se vident rondement, et bientôt les chats et les chiens, oubliss volontairement où Par mégerde, en sont les seuls occupants. Pauvres EE tes ! Poursuivant sa Course, le soleil monte toujours à pic vers ie’ Gnith ; ses rayons perpendiculaireg tentent comme du plomb fondu sur le CoMmun des mortels, qui, n’en pouvant mais, se préparent à leur tour à laisser le soleil et la poussière grise de nos rucs pour le verdoyant gazon des plaines et l'ombre des montagnes de not fertiles Campagnes. L'8t8 bat Son plein; chacun veut en goûter les plaisirs et les charmes, et si l'état de fortune, l'amour du 1@cre, la passion de l'argent, ou toute autre Passion plus où moins avouable, ne Permettent pointe ee Passer en villégiature des semaines, des mois entiers, on s'arrange de façon à laisser tout souci durant une huitaine Pour se livrer, sans r@ PTve, aux plaisirs st sains ee ,j variés de la campagne, ou simplement à un doux tarniente. sur une île ombragée et déserte.
D'autres, et c’est le Plus gmud nombre, n'ayant ni le loisir et surtout ni les moyens de se payer le luxe d’une villégiature Prolongée, s’ingénient, pour ravir À l'atmosphire embrasée de la Ville, un, deux ou trois jours par semaine, afin de se livrer sans arrière-pensée à leur £oût prononcé pour le canotage, l& chasse et la pêche; heureux et fiers de rapporter, à leur retour, Quelques maigres goujons, en guise d’esturgeons, une demi-dou ‘sine d’étourneaux en guiss Pcrérix, et üatre écureuils comme orignals : ce qui ‘ne les empêchera nullement de raconter emPhatiquem nt à jeurs amis une infinité d'ex-
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ploits cynégétiques tous plus extræordinaires les uns que les autres. Quelques-uns, moins avisés, en fait de gibier, ne tuent que le temps, et, soit dit entre nous, c'est sans contredit la Chasse, sinon la plus fructueuse, de fait, la moins dispendieuse.
D'autre part, pendant que les maris, les pères, se morfondent À la poursuite de quelque lièvre imaginaire, ou se livrent aux délices de la pêche à la ligne dans une anse s0;itaire, « omaine des grenouilles, les femmes et les enfants, tranquillement assis à l'ombre d'une haie naturelle d’arbustes en fleurs, protégeant le verger d'un fermier, se livrent à cœur-joie au plaisir de la lecture, de la musique, des cartes et... des pommes, que, à qui mieux mieux ils croquent À belles dents. La langue des femmes, grisée par le grand air, ne reste pus inactive, Je vous prie de le croire. C'est un chassé-croisé perpétuel d'anecdotes, de mots piquants, de questions et do réponses à rendre jaloux les avocats d'une cour de justice, mais toujours en tout bien tout honneur. Nos mères et nos filles canadiennes sont trop chrétiennes pour se per. mettre de déchirer une amie absente, avec les dents de la calomnie ou de la médisance.
À quelques pas, les demoiselles rivalisent & ardeur et d'harmonie avec les rossignols des bosquets d’alentour, tundis que les jeunes garçons barbotent tout à leur aise sur le bord de la rivière, dont le murmure mystérieux semble redire à tousla puissance .t la bonté du Créateur,
Mais qu'aperÇoit-on, là-bas, au milieu ds roseaux levant fièrement leur tête verte a“-dessus des eaux limpides du lac? Vite, en barque, mesdemoisellés, et prudemment, en côtoyant les bords—il faut se défier de l'onde perfide qui, chaque année, hélas ! ravit tant de précieuses existences—en côtoyant les bords, maniant la raine comme de vieux pécheurs, vous verrez les roseaux s'incliner gracieusement comme pour vous saluer au passage, vous, les gracieuses nymphes terrestres ; et cueilliant de Vos blanches mains une abondante moisson de superbes nénuphars, vous en parerez vos soyeuses chevelures ot paraîtrez ainsi plus charmantes, plus belles.
Et puis, quelles belles parties de plaisir à l'orée et sous le couvert des bois touffus, où il suffit d'étence la main pour cueillir les délicieux fruits sauvages que la nature produit partout à profusion ! Que de douces idylles écloses à l’ombre d’un chène séculaire ou au milieu de framboisiers ployant sous le poids de leurs gracieuses grappes rouges ! Les tracas, les soucis, les affaires... il s’agit bien de cela ! On les retrouvera toujours assez vite. Amusons-nous, jouissons sans arrière-pensée de tout ce que le séjour à la campagne offre de bon, de sain et d'agréable, et à demain les affaires sérieuses !
Tel est le cri général. Et l'on fait ample provision d'air pur et de forces pour recommencer le lendemain le dur combat de la vie enfiévrée de nos rues.
Mais déjà le soleil décline à l'horizon : il faut songer au retour. Comme au départ, les Voyageurs se précipitent en foule vers les quais les plus proches. Hommes, femmes, enfents, dans un pêle-méle indescriptible, l’un trainant l'autre, se poussant, se bousculant, s'engoufrent comme une trombe dans le bâteau qui les ramènera près de leurs foyers déserts, où rôdent, surpris et fort en peine, les chiens ou les chats qu'on y a laissés, tandis que le Serin dans sa cage, ou le perroquet sur son perchoir, semblent paralysés de saisissement et d'effroi par le silence inaccoutumé et mystérieux de la maison déserte.
Sur le pont, dé la poupe à la Proue, charyr # case comme il peut, afin de jouir le plus commodéinent possible ds divers panoramas qui se dérouleront en cours de route.
Sur les différents Quais du parcours, Les Héros scènes d'embarquement, fort prosaïques en somme, Mais toujours nouvelles, intéresse nt les Voyageurs, surtout fillettes et BarÇons, Qui n'ont Pas assez d'yeux et no peuvent se lasser do contempler les Vaux, les vacties, les cochons, les moutons, imfortunés COMpagnons de Voyage, destinés À la boucher #t que l'on purque plus où moins hélicatement dans l'entrepont, malgré ln résistance désespérée des és de soie'’, qui, eux, selon leur bonne habitude, poussent dis de bites qu'on égorge. Entre temps, vaches et veaux font entendre (71 Leuglements plaintifs, dernier concert fort peu harmonieux, dix HE aux orvilles de tous la brièveté des plaisirs terrestres, de ja vie, ;4 * Vanité des choses humaines ! Ce qui, lo retour une fois effoet né # mpéche nullement les citadins de s'écrier : A l'année prochaine !