CHAPITRE SECOND
Branches fournies par la crosse de V aorte.
La crosse de 1 aorte envoie , par sa convexité, trois troncs volumineux vers la tête et les membres thoraciques , troncs qui sont de droite à gauche : le tronc brachio-céphalique j la carotide primitive et le tronc brachial gauche.
En raison de la direction oblique de la crosse aortique , ces
trois troncs ne sont pas placés sur le même plan : le tronc bracbio-cépbalique, en effet, est plus antérieur, tandis que la sousclavière gauche est plus postérieure et un peu plus inférieure que les deux autres.
Les troncs fournis par la crosse de l’aorte présentent souvent des variétés à leur origine; tantôt leur nombre est changé, et tantôt le nombre restant le même, il y a cependant modification dans V espèce et dans la disposition.
1° Le nombre des troncs fournis par la crosse de l’aorte peut être augmenté ou diminué.
Les circonstances qui peuvent produire l’augmentation de ces troncs , sont : l’origine à la crosse de l’aorte de l’une des eertébrales^ de la gauche le plus souvent, de l’une des thyroïdiennes inférieures ou de la thyroïdienne moyenne àe Neubauer^ artère anormale qui remonte au-devant de la trachée artère;, vers le corps thyroïde ; l’origine d’une des mammaires internes ; l’absence du tronc brachio-céphalique , et la séparation , dès leur origine, des artères carotide et sousclavière droites.
Les circonstances qui peuvent rendre moins nombreux que de coutume les troncs qui émanent de la crosse de l’aorte, sont les suivantes : l’existence de deux troncs innominés , l’un à droite, l’autre à gauche ; la réunion des deux carotides et des deux sous-clavières, en un seul tronc semblctble à Vaorte ascendante des mammifères; l’existence d’un tronc commun pour les carotides et d’un autre pour les deux sous-clavières ; la production de la sous-clavière droite et des deux carotides par le tronc innominé.
2'’ On conçoit facilement que de la combinaison de quelques-unes des précédentes variétés puissent résulter des anomalies d’un autre ordre , dans lesquelles le nombre des troncs fournis par la crosse aorticjue reste fixé comme de coutume. Ainsi l’origine d’une vertébrale , d’une thy roïdienne , d’une mammaire interne, peut coexister avec la disposition trifide du tronc innominé , ou bien avec l’existence de deux troncs innominés, run droit et l’autre gauche, etc. etc.
3® Enfin, les variétés des troncs qui viennent de la crosse de l’aorte peuvent consister principalement dans un changement, une transposition d’origine. Ainsi, l’artère sous-clavière droite, branche du tronc innominé, vient quelquefois la dernière de
la crosse de Faorte ; d’autres fois, la sous-clavière gauche est, au contraire, produite avant toutes les autres; chez certains sujets, la carotide gauche vient du ti'onc bra-cliio-céphalic|ue, et la droite de la crosse de l’aorte, etc. etc.
ARTICLE PREMIER
Artère brachio-céphalique.
artère hr achio-céphalique ^ tronc innommé des auteurs, naît de la partie droite de la convexité de la crosse de l’aorte. Séparée de l’artère carotide primitive gauche par un intervalle triangulaire qu’occupe la trachée artère , elle monte un peu obliquement en dehors, et au bout d’un pouce environ de trajet , elle se divise en deux grosses branches , la carotide primitive droite et le tronc brachial du même côté.
Le tronc brachio-céphalique répond en avant^ à la veine sousclavière gauche , au thymus quand il existe , au sternum , à l’extrémité inférieure des muscles sterno-thyroïdien et sternoliyoidien , et même plus superficiellement au tendon sternal du sterno-cléido-mastoïdieu. En arrière, il est en rapport avec la trachée dont il croise obliquement la direction , avec le muscle long du col du côté droit, et près de sa terminaison, avec le nerf récurrent du même côté. En bas, il touche la plèvre et médiatement le sommet du poumon droit. En haut, dans l’espace qui le sépare de la carotide primitive gauche , il est contigu à la trachée et à f œsophage. Il ne fournit ordinairement aucune branche dans son trajet.
arietès. Le tronc brachio-céphalique donne quelquefois la thyroïdienne inférieure de Neuoauer que j’ai précédemment décrite. On l’a vu fournir la mammaire interne droite. Il manque lui-même complètement chez certains sujets, tandis que chez d’autres il est trifide, et fournit surnumérairement la carotide primitive gauche, ou la sous-clavière de ce côté.
ARTICLE second.
Artère carotide primitive.
Les artères carotides prirsiitives , troncs céphaliques (Giiaussier), h’ont pas la même origine : la droite vient du tronc brachio-
céphalique^ la gauche émane directement de la crosse de l’aorte. Toutes deux s’étendent jusqu’au larynx et s’y termi" nent, au niveau du bord supérieur du cartilage thyroïde;, en se divisant en deux branches qui forment la cVrelide externe et la carotide interne. Semblables pour le volume , les carotides diffèrent entre elles sous le rapport de l’étendue. La droite est, en effet, plus courte que la gauche de toute la longueur du tronc brachio-céphalique ; elle est aussi située sur un plan plus antérieur qu’elle près de son origine. Toutes deux montent un peu obliquement en dehors, au-devant de la colonne vertébrale , laissant entre elles un intervalle occupé , en bas , par la trachée et l’oesophage , en haut, par l’extrémité inférieure du pharynx et le larynx.
Dans le trajet que l’artère carotide primitive gauche parcourt dans le thorax, elle a des rapports particuliers qu’il est important d’indiquer : elle est recouverte en a^ant par la veine sous-clavière gauche , le thymus , les muscles sterno-hyoïdien et sternothyroïdien qui la séparent du sternum ; elle répond , en arrière aux artères vertébrale et sous-clavière gauches ; elle est contiguë en dedans à la trachée et à l’œsophage , en dehors à la plèvre.
Dans la région cervicale , au contraire, les rapports des deux artères sont identiquement les mêmes. En avant , elles sont recouvertes par les muscles sterno-mastoïdien, sterno-hyoïdien, sterno-thyroïdien et par le scapulo-hyoïdien qui les croise obliquement ; le peaucier, qui en est séparé inférieurement par ces muscles, les recouvre immédiatememt en haut ; enfin, l’anse nerveuse de l’hypoglosse et la veine thyroïdienne supérieure sont aussi en rapport immédiat avec elles. En arrière, elles reposent sur la colonne cervicale, dont les séparent les muscles droit antérieur de la tête et long du col, l’arîère thyroïdienne inférieure et le nerf grand sympathique. En dedans, elles sont en rapport avec roesophage, surtout la gauche, et en outre avec la trachée, le 1 et le corps thyroïd d’elles. jÈJ/z dehors, elles sont côtoyées par la veine jugulaire interne , les nerfs vague et grand sympathique, et au milieu du col parla branche descendante du nerf grand hypoglosse. Quel- ^ quefois, quand la veine jugulaire interne est très gonflée , “elle i recouvre entièrement la carotide. Du reste, toutes ces partiesssj
ryn^, Textrélnité inférieure du pharynx, qui quelquefois se prolonge au-devant
DES ORGANES CIRCULATOIRES. 58i
sont réunies en un faisceau par un tissu cellulaire filamenteux fort lâche.
Les artères carotides primitives ne fournissent ordinairement aucun vaisseau dans leur trajet; aussi conservent-elles leur calibre jusqu’au moment de leur division.
Va riétés. Les carotides primitives naissent quelquefois de l’aorte par un tronc commun , et embrassent la trachée artère en se séparant. La carotide droite peut venir du tronc brachiocéphalique, et passer immédiatement après au-devant de la trachée. Chez certains sujets , elles se bifurquent prématurément. D’autres fois, suivant A. Burns, elles se prolongent, au contraire, sans se diviser jusqu’à la base du crâne. Pour mon compte, j’ai vu plusieurs fois cette division n’avoir lieu qu’au niveau de l’angle de la mâchoire. Quelquefois aussi, par exception rare, elles donnent naissance à quelques branches , les thyroïdiennes supérieures et même les inférieures, comme je l’ai observé. Neuhauer parle même d’une branche thymique et de la mammaire interne du côté droit, qu’il a vu naître de la carotide primitive correspondante, etc.
§ Artère carotide externe.
\J ai'ière carotide externe, carotide faciale, Chauss., s’étend depuis le bord supérieur du larynx jusqu’au niveau du col du çondyle de la mâchoire inférieure , où elle se divise en deux branches , la temporale et la maxillaire interne.
Spécialement destinée à la face et à l’extérieur du crâne, l’artère carotide externe offre un volume égal à celui de la carotide interne chez l’adulte , parce que , chez lui, le crâne et la face sont à peu près également développés ; elle est, au contraire, plus petite que celle-ci chez l’enfant, à cause de la prédominance du crâne sur la face à cette époque de la vie.
A son origine, elle est située en dedans et en avant de la carotide interne ; mais au niveau du bord inférieur du muscle digastrique, elle la croise en se portant en dehors. Continuant son trajet ascendant, elle se rapproche de l’angle de la tête, puis monte verticalement entre le pavillon de l’oreille et la branche de la mâchoire.
Inférieurement, la carotide externe est superficielle et se trouve seulement cachée par le muscle peaucier, l’aponé-
ANATOMIB
vrose cervicale et la peau. Partout ailleurs elle est en rapport, en dehors^ avec le ventre postérieur du muscle digastrique , le nerf ;grand hypoglosse, le muscle stylo-hyoïdien et la glande parotide, en dedans^ avec la carotide interne, les muscles stylo-pharyngien , styîo-glosse et Tapophyse styloïde du temporal. Au niveau de la parotide, cette artère est reçue dans un sillon de la face interne de cette glande, et se trouve de toutes parts embrassée par elle.
Les artères fournies par la carotide externe sont divisées en antérieures , postérieures , internes et supérieures ou terminales . Elle en envoie, en outre, c|uelques autres plus petites, variables pour le nombre et le volume, à la peau, aux muscles peaucier, sterno-niastoïdien, sterno-hyoïdien, digastrique, stylo-hyoïdien et à la glande parotide.
Branches antérieures de la carotide externe.
Les branches antérieures de la carotide externe sont ; la thrroïdienne supérieure ^ la linguale et la faciale.
Artère thyroïdienne supérieure.
L’artère thyroïdienne supérieure, proportionnellement plus volumineuse chez l’enfant que chez l’adulte, naît de la carotide externe, près de son origine, quelquefois du même point qu’elle, quelquefois aussi d’un tronc commun avec la linguale , ou bien encore de la carotide primitive elle-même. Elle descend ensuite en dedans et en avant, en décrivant quelques sinuosités, et se recourbe sur le côté du larynx, pour se porter verticalement sur le sommet du lobe correspondant du corps thyroïde, j où elle se termine en se divisant.
En haut, elle est seulement recouverte par la peau et le peaucier, et plus bas par les muscles omoplat-byoïdien, sternohyoïdien , sterno-thyroïdien et par l’aponévrose cervicale.
Dans son trajet, la thyroïdienne supérieure envoie succès- ■ sivement des rameaux à chacun des muscles précédens : elle p donne , en outre, d’abord un rameau laryngé , plus bas , un [( rameau crico-thyroïdien et à une hauteur variable, un autre à f peu près constant au muscle sterno-mastoïdien. |
Rameau laryngé. D’un volume variable, ce rameau naît | ; quelquefois directement de la carotide externe. Accompagné J du nerf laryngé du pneumo-gastrique , il se dirige transver-
salement entre le muscle tliyro-byoïdien et la membrane de même nom , à laquelle il envoie quelques ramuscules qui s’anastomosent en avant avec ceux du côté opposé. Après un court trajet, il traverse la membrane tliyro-bjoïdienne, pénètre dans le larynx , entre les cartilages thyroïde et cricoïde, et s’y divise en deux rameaux secondaires , un qui monte se ramifier sur la face antérieure de l’épiglotte , l’autre qui descend derrière le cartilage thyroïde et se subdivise en rameaux plus petits , qui se perdent dans les muscles crico-arythénoïdiens postérieur et latéral , crico-tliyroïdien et dans la membrane muqueuse du larynx.
Rameau crico-tkyroidien. Celui-là , plus petit que le précédent se porte obliquement en bas et en avant , au-devant de la membrane crico-thyroïdienne sur laquelle il se termine en s’anastomosant avec celui du côté opposé. Il fournit dans son trajet des ramuscules peu importans , aux muscles tliyro-hyoïdien et crico-tbyroïdien, et eu envoie quelques autres à la membrane muqueuse du larynx, à travers les trous de la membrane crico-tliyroïdienne.
Rameau sîerno-mastoïclien. Né de la tbyroïdieniie supérieure en un^point qui peut varier, mais le plus souvent entre les deux précédens , ce raîiieau descend un peu obliquement en dehors , croise la direction de la carotide primitive et va se distribuer dans la face interne du muscle sterno-mastoïdien.
Parvenue enfin au sommet du corps Üiyroide , l’artère thyroïdienne supérieure se divise ordinairement en trois branches ; l’une interne , suit le bord correspondant de la glande et s’anastomose par arcade avec celle du côté opposé ; l’autre externe , se ramifie dans le côté externe du même organe; îa troisième enfin, moyenne , descend entre le corps thyroïde et la tracliée. Toutes trois pénètrent dans l’épaisseur du corps thyroïde , se distribuent dans son tissu et s’y anastomosent avec les dernières divisions des autres artères thyroïdiennes.
Artère faciale (i).
L’artère faciale , labiale , maxillaire externe , des auteurs ,
(i)Je décris celte artère avant la linguale qui vient plus bas quYdie de la carotide externe, parceque dans les dissections , on doit procéder dans le même ordre pour ménager le plus possible les parties.
38/J. ATÎATOMIE
-palaio-lahiale (Cliauss.) , est particulièrement destinée à la foce, ainsi que son nom l’indique. Nee de la carotide externe, au dessus de la linguale et quelquefois a^ ec celle-ci par un tronc commun , elle se porte ensuite obliquement en avant et un peu en dehors, vers le bord inférieur de Fos maxillaire inférieur, se recourbe en haut , sur cet os, monte obliquement en avant , entre les muscles triangulaire et masseter , jusqu’au niveau de la commissure des lèvres, s’engage sous le point de réunion des muscles canin , grand zygomatique et triangulaire, arrive sur le côté du nez, et se termine au grand angle de l’œil en s’anastomosant avec l’ophtlialmique.
Dans ce long trajet , la faciale décrit de nombreuses fl exuosités. Au col^ elle est recouverte par le nerf grand hypoglosse, par les muscles stylo-hyoïdien , digastrique et par la glande sous-maxillaire dans un sillon de laquelle elle se trouve reçue. A la face, depuis la base de la mâchoire , jusqu’au moment où elle s’engage sous les muscles de la commissure deslèvres, elle est seulement en rapport en dehors avec la peau et le muscle peaucier, tandis que dans le reste de son trajet, elle est séparée des tégumens par une couche assez épaisse de tissu cellulaire graisseux. Dans tout son trajet, elle répond successivement en dedans, à l’os maxillaire inférieur, à une couche épaisse de tissu cellule-graisseux qui la sépare du muscle buccinateur, à l’orbiculaire des lèvres, à lé’lévateur commun de l’aile du nez et de la lèvre supérieure, à l’élévateur propre de celle-ci.
Les branches fournies par la faciale peuvent être divisées en sous-maxillaires^ et en siis-maxillaires ou faciales proprement dites.
Branches sous-maxillaires. Les branches sous-maxillaires de la faciale sont assez nombreuses ; quelques-unes, inférieures, descendent dans les muscles de la région sus-hyoïdienne; d’autres, supérieures, vont à l’os maxillaire , a la glande sous-maxillaire ; au muscle ptérigoïdien interne, à la muqueuse delà bouche et à la partie latérale de la langue. Deux d’entre elles seulement méritent une description particulière, la palatine inférieure et la s ous -mentale ,
Ordinairement d’un petit volume, V artère palatine inférieure naît de la faciale près de son origine , quelquefois de la carotide externe elle-même ou de la pharyngienne inférieure.
Elle monte aussitôt entre les muscles stylo-pliaryngien et styloglosse auxquels elle envoie quelques rameaux; puis elle s’applique sur la partie latérale du pharynx, au niveau de l’intervalle des piliers du voile du palais , et se divise en un grand nombre de ïamuscules, dont les uns se distribuent à l’amy^gdale, au pharynx et à la partie correspondante de la langue , tandis que les autres remontent jusqu’à la trompe d’Eustachi et an voile du palais, où ils s’anastomosent avec ceux de la palatine supérieure et de la ])haryngienne inférieure.
V artère sous-mentale , plus volumineuse que la précédente, naît de la faciale près de la base de la mâchoire inférieure. Dirigée en avant, le long de l’attache supérieure du muscle mylo-hyoidien et recouverte en dehors par le muscle peaucier , elle arrive au bord externe du ventre antérieur du muscle digastrique, où elle se divise en deux ordres de rameaux : les uns, supérieurs^ se distribuent dans les muscles digastrique et mylohyoïdien, ou traversent ce dernier et vont s’anastomoser avec l’artère sub-linguale qui , quelquefois même est exclusivement constituée par l’un d’eux; les autres passent au-dessous de l’insertion maxillaire du digastrique, s’anastomosent sur la ligne médiane avec ceux du côté opposé, et se distribuent à la peau et au muscle peaucier, ou se recourbent en haut sur les muscles du menton, et communiquent avec des rameaux des artères dentaire et labiale inférieures.
Branches sus-maxillaires. Les branches sus-maxillaires de la faciale sont divisées en postérieures et en antérieures.
Les postérieures, très nombreuses mais peu constantes, vont se distribuer successivement aux parties qui occupent la région postérieure de la face et particulièrement aux muscles masséter,
buccinateur, à la peau, au muscle peaucier, au tissu cellulo-graisseux de la joue, à la parotide et à son canal excréteur. Elles communiquent largement avec la transversale de la face, la buccale et la sous-orbitaire , et envoient quelques rameaux jusque dans l’épaisseur de la membrane muqueuse de la joue.
Les branches antérieures, également très nombreuses, se distribuent successivement aux muscles triangulaire et carré , au