‹ Nouveaux élémens d'anatomie descriptiveChapitre 7 sur 88 · CHAP]TRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAP]TRE PREMIER

Organes formateurs de la salive.

La salive, ou le fluide buccal^ est plus composée qu'il semble au premier abord ; elle est forme'e par le mélange de plusieurs fluides secondaires produits , par la muqueuse elle-même, par les follicules de cette membrane, par les glandes buccales, par les glandes [linguales et par les glandes salivaires proprement dites.

Les follicules muqueux de la bouche n’ont rien de particulier dans leur disposition. Les glandes linguales ^ labiales , molaires , ont été décrites précédemment. Les seules glandes dites salivaires doivent maintenant appeler toute notre attention; aussi bien, comme leur nom l’indique suffisamment, sont-elles les principaux organes producteurs du fluide buccal.

Glandes salivaires.

Les glandes salivaires sont placées le long des bords inférieur et postérieur de la mâchoire inférieure ; de sorte que , continuellement excitées pendant les mouvements de la mastication, elles puissent secréter alors un fluide plus abondant. Elles forment une sorte de chaîne autour de la mâchoire inférieure,, sans cependant se continuer réellement ensemble , comme on l’a dit. Leur disposition est exactement symétrique. Leur couleur est rosée ou blanchâtre. Leur forme n’offre rien de général.

Les glandes salivaires constituent des appareils de secrétion incomplets, dans lesquels on ne trouve que l’organe sécréteur, et le canal par lequel le fluide formé est versé sur la surface buccale. Jamais on n’y rencontre ce réservoir placé sur le trajet du canal excréteur, qui caractérise d’autres appareils de sécrétion, et que j’ai signalé, en particulier, à l’occasion de celui des larmes ( 1 ) .

Les glandes salivaires sont formées d’un certain nombre de lobes, subdivisés eux-mêmes en lobules, et ceux-ci en granula-

(i) Voyez tom. 1, page 742.

g5 ANATOMIE.

tiens creuses. Leurs granulations fournissent les radicules des conduits excre'teurs et ont un tissu éminemment vasculaire. Du tissu cellulaire re'unit ensemble les granulations, les lobules, les lobes, et revêt en outre la surface extérieure de ces glandes; il va en augmentant de densité à mesure qu’il enveloppe des sections plus importantes de ces organes, et se continue à l’extérieur avec les parties voisines.

Les glandes salivaires ont ceci de particulier, que presque toutes sont traversées par un gros tronc artériel qui y distribue une foule de fines ramifications, et dont les battements ont , peut-être, une certaine influence sur leurs fonctions.

Leurs nerfs émanent presque exclusivement de la cinquième

paire.

Leurs conduits excréteurs naissent par des rameaux très fins, qui se réunissent en troncs de plus en plus gros , se portent vers la bouche, et qui , après un trajet plus ou moins long , surtout après avoir cheminé quelque temps sous la membrane muqueuse de cette cavité , s’y ouvrent obliquement , comme on verra plus tard les uretères s’ouvrir dans la vessie. Ces canaux sont tapissés intérieurementpar un prolongement de la membrane muqueuse de la bouche, tandis qu’à l’extérieur ils sont formés par une membrane fibreuse.

Quoi qu’il en soit, on compte six glandes salivaires, trois de chaque côté ; la parotide ) la sous-maxillaire et la suhAinguale»

Glande parotide.

La glande parotide (i), ainsi nommée à cause de son vois!na^^e de l’oreille, est la plus volumineuse des glandes salivaires. Située sur les parties latérale et postérieure de la face, audevant du conduit auditif externe, en dehors et en arrière du bord postérieur de la branche de la mâchoire inférieure, elle plonge profondément dans l’espace compris entre ces parties, et s’étend verticalement de l’arcade zygomatique à l’angle de la mâchoire inférieure. Sa forme, quoique irrégulière, peut être comparée à celle d’une pyramide dont la base un peu alongée serait tournée en dehors.

Sa Jace externe j large, ovalaire, un peu convexe, s’avance plus

(i) Uà^îc auprès, ovj, wtos oreille.

DES ORGANES DlGESTiFS. 97

ou moins en avant sur le muscle inasséter , et se trouve recouverte par quelques fibres du peaucier , par quelques filets nerveux, et plus en dehors par un feuillet fibjo-cellulaire qui la sépare de la peau. Sa circonférence est très irrégulière , et présente en avant le commencement du canal excréteur.

Sa face antérieure est appliquée sur rarticulatiou temporomaxillaire, et sur le bord postérieur du muscle inasséter et de la branche ascendante de la mâchoire intérieure, dans l’intervalle desquels elle se prolonge un peu.

Sa face postérieure répond, de haut en bas, au conduit auditif externe, à l’apophyse mastoïde, à l’extrémité supérieure du muscle sterno-mastoïdien, au ventre postérieur du digastrique et à l’apophyse styloïde.

Son extrémité inférieure avoisine la glande sous-maxilaire , au niveau de l’angle de la mâchoire, et en est séparée par un feuillet de l’aponévrose cervicale. La supérieure est comprise entre rarticulation temporo-niaxillaire et le conduit auriculaire.

Dans la profondeur de l’intervalle compris eptre la branche ascendante de la mâchoire et le conduit auditif externe, la parotide est en rapport avec la carotide interne et la jugulaiie interne. Elle offre ordinairement , dans le même point, un sillon profond qui reçoit la carotide externe, et l’origine de la temporale superficielle. Le nerf facial la traverse obliquement d’arrière en avant, de dehors en dedans et de bas en haut.

Structure. La structure de la parotide ne diffère pas de celle des autres glandes salivaires. De ses granulations partent de petits conduits excréteurs qui, se réunissent pour former des rameaux y ceux-ci se joignent à leur tour pour produire des branches, desquelles résulte enfin un canal excréteur unique, appelé généralement canal de Sténon, du nom de l’anatomiste qui le premier l’a le mieux décrit.

Ce canal se détache de la glande un peu au-dessus de la partie moyenne et antérieure de sa circonférence, se dirige en avant sur la face externe du inasséter, à un demi-pouce environ audessous de l’arcade zygomatique, et, parvenu au-devant du bord antérieur de ce muscle, il s’enfonce de dehors en dedans dans le tissu cellulo-graisseux de la joue , et arrive au muscle buccinateur. Dans ce trajet, il est ordinairement accompagné par l’artère transversale de la face qui est au-dessus de lui , et par quelques

rameaux du nerf facial. Il traverse ensuite perpendiculairement le muscle buccinateur , niarclie quelque temps entre lui et la muqueuse buccale, à Tinstar de Turétère dans les parois de la vessie, et s’ouvre enbn dans la bouche, un peu en arrière de la seconde dent molaire supérieure , non loin de l’angle de séparation de la gencive et de la joue. Son orifice est très étroit , difficile à découvrir et entouré d’un repli très mince de lamem" brane muqueuse. En passant entre celle-ci et le muscle buccinateur, le canal de Sténon forme une espèce de coude, qu’on est obligé d’effacer en tirant légèrement la joue en avant, quand on veut le sonder.

Recouvert par quelques fibres du muscle peaucier et par la peau, le conduit de Sténon est croisé obliquement par le muscle grand zygomatique et par quelques filets nerveux.

Les parois du canal parotidien , très-épaisses comparativement au diamètre de sa cavité ordinairement très-petite , se composent de deux membranes, l’une externe , l’autre interne. La première, blanchâtre, dense, résistante, se continue avec l’aponévrose génienne, au point où le canal traverse le muscle buccinateur. La seconde , mince , rougeâtre , véritable prolongement de celle qui tapisse la face interne des joues , est unie assez intimement avec la précédente par du tissu cellulaire.

Les artères de la glande parotide viennent particulièrement de la carotide externe, de la transversale de la face, de la temporale superficielle et des auriculaires. Ses veines suivent le même trajet que les artères. Ses nerfs lui sont fournis surtout parle maxillaire inférieur; quelques rameaux ascendants du plexus cervical superficiel et le facial qui la traverse , lui en donnent aussi quelques-uns. Ses vaisseaux lymphatiques se portent dans les ganglions situés derrière l’angle de la mâchoire , et dans ceux cju’on remarque à sa surface ; ordinairement même on trouve deux ou trois de ces derniers engagés dans son épaisseur.

Quelques auteurs ont décrit sous le nom de petite jjarotide un lobule isolé de la glande qui m’occupe , lobule cju’on rencontre quelquefois sur le muscle niasséter, tantôt au-dessus, tantôt au-dessDUS du conduit de Sténon. Ce lobule figuré d’abord par Santorini, bien décrit par Haller, est un peu plus lisse et plus homogène que le reste de la parotide. Il est muni d’un

petit canal excrëtenr cjui ya s’ouvrir à une distance variable dans celui de Sle'non.

J^ariélés. Les variéte's de la glande parotide sont rares et portent particulièrement sur son volume. Quand sa masse principale est petite, la parotide accessoire est ordinairement plus grosse que d’iiabitude. Haller l’a vu manquer complètement d’un côté.

Glande sous-maxillaire,

La glande sous-rnaxillaire située au côté interne du corps et de l’angle de la mâchoire infe'rieure , entre les deux portion^ du muscle digastrique, offre un volume variable, mais toujours inférieur à celui de la parotide. Sa forme est celle dhin ovale irrégulier.

En haut elle est en rapport avec le muscle raylo-hyoïdien, et se prolonge plus ou moins entre lui et le ptérygoïdîen interne. En has^ elle répond au muscle peaucier et à la peau. En dedans elle est contiguë au nerf lingual, à l’artère faciale et aux muscles stylo-glosse et hyo-glosse. En dehors, elle touche la face interne de l'os maxillaire inférieur. Son extrémité antérieure est divisée en deux portions , entre lesquelles se trouve reçu le bord externe du muscle myio-hyoïdien. De ces deux portions , l’une, sujierJicieUé ^ est appliquée sur la face antérieure du muscle précédent; tandisque l’autre, profonde ,, re*pose sur sa face postérieure et sur la glande sublinguale. Son extrémité postérieure avoisine l’angle de la mâchoire et l’attache inférieure du muscle ptérygdidien interne , et répond à la parotide, dont elle est cependant séparée par un feuillet fibreux.

Structure, La structure de la sous- maxillaire est la même que celle de la parotide ; seulement cette glande est entourée par une enveloppe celluleuse moins résistante.

Son conduit excréteur, nommé conduit de EE'arthon , mais à tort, car il était connu bien avant cet anatomiste, est beaucoup plus petit, plus dilatable et plus mince que celui de la parotide. Après avoir pris naissance par des ramuscules qui se réunissent bientôt en un canal unique , il quitte la

glande en se dégageant de la languette profonde de sa bifurcation ; de là , il se porte de dehors en dedans et un peu en avant , accompagné par le nerf lingual , placé d’abord entre les muscles mylo-liyoïdien et liyogîosse , puis entre le génio-glosse et la glande siib- linguale, et parvient sur le côté du frein de la langue, où il s’ouvre par un orifice très étroit, creusé au centre d’une espèce de mamelon. Ce conduit est, du reste, si mince, si extensible et si transparent , qu’il ne paraît guère constitué que par la muqueuse buccale.

Les artères de la glande soiisnnaxillaire viennent de la faciale et de la linguale. Ses veines suivent la mênae direction que ses artères. Ses nerfs lui sont fournis par le lingual, par la branche mylo- hyoïdienne du dentaire inférieur et par le ganglion sous-maxillaire. Ses vaisseaux lymphatiques se portent dans les ganghons qui l’entourent.

Variélés. Quelquefois le canal de Warthon s’ouva’e dans la bouche, par un double ou par un triple orifice (Rufsch). Dans les cas d’adhérence de !a face inférieure de la langue , l’ouverture de ce conduit excréteur a heu immédiatement derrière l’os maxillaire inférieur. Assez souvent la glande sous-maxillaire offre, dans son épaisseur, un canal complet pour Tarière faciale.

Glande sub~lin^uale.

Encore plus petite que la précédente , la glande sub-Tmguale est située, comme son nom l’indique, au-dessous de la langue, derrière le corps de Tos maxillaire inférieur et dans l’épaisseur de la paroi inférieure de la bout lie. Elle est obioiigue d’avant en arrière , aplatie transversalement et obliquement dirigée de dehors en dedans et d’arrière en avant.

Elle est recouverte en haut par la muqueuse buccale. En has elle repose sur le muscle mylo-byoïdien. En. dedans elle répond au muscle génio-glosse. Son extrémité antérieure louche au corps de la mâchoire près de la symphyse. La postérieure est condguë au muscle hyo-glosse, à Textrémité de la. bifurcation profonde de la glande sous-maxillaire et au canal de Warihon.

Structure. La structure de la glande siib-ünguale est la même que celle des précédentes.

Ses conduits excréteurs , appelés par quelques auteurs conduits de RUnnus^àvi nom de fanatomiste qui les a le premier décrits sur le veau, sont ordinairement au nombre de sept ou huit. Les uns, vont, après un trajet fort court, s’ouvrir directement sur les côtés du frein de la langue. Les autres se portent, isolément ou réunis en un seul tronc, dans le canal de Wartbon. Leurs parois sont extrêmement minces et formées exclusivement par des prolongemens de la membrane muqueuse de la bouche.

La glande sub* linguale reçoit ses artères de la sub-linguale et de la sous-mentale. Ses veines accomnafrnent les artères.

Ses nerfs viennent de l’hjpo-glosse et du lingual. Ses vaisseaux lymphatiques se rendent dans les ganglions sous-maxillaires voisins.

Les dents.

Les dents sont des parties résistantes placées à Centrée du xanal digestif, destinées à saisir ou à diviser les alirnens, et emplo.yées quelquefois, chez les animaux, comme moyen d’attaque ou de défense.

Il y a trente -deux dents, chez Tadulte , seize à chaque mâchoire. Mais ces petits organes ont entre eux la plus grande analogie; de sorte qu’on peut, très heureusement pour la mémoire des détails anatomiques qui s’y rapportent, les étudier d’une manière générale , et ne laisser que peu de chose pour les descriptions particulières.

1“ Description générale des dents.

Les dents sont des productions de la membrane muqueuse de la bouche ; ce sont de véritables phanéres de cette membrane, comme on le verra par la suite.

Logées dans les alvéoles, elles sonbréunies en deux séries ^ appelées arcades dentaires, et opposées par leur extrémité libre.

Conformation des dents. Comme les poils et les plumes des oiseaux, les dents , leurs analogues, sont formées de deux parties distinctes, Vosiéide et \q follicule.

\J Ostéide dentaire^ {la dent dans le langage ordinaire ), est la partie ossiforme de la dent. Une portion de son étendue fait saillie hors des alvéoles. Son apparence osseuse a long-temps abusé les anatomistes ^ et est encore aujourd’hui la source de plus d’une erreur du même genre.

L’ostéide dentaire a généralement la forme d’un cône creux plus ou moins simple , libre par sa base et adhérent par son sommet.

Sa surface extérieure est nettement divisée en trois parties , la couronne f la racine et le collet.

La couronne est placée hors des alvéoles et en contact continuel avec l’air , la salive , ou les autres agens extérieurs. Sa longueur varie assez peu. Sa forme, au contraire, devient différente suivant l’espèce de dents que l’on considère. Son sommet, tourné en haut ou en bas, n’est tout à fait plat que lorsqu’il a été 'usé par les frottemens : dans une dent vierge de toute action, ce sommet est relevé par une ou plusieurs saillies, appelées cuspides. Sa circonférence est plus arrondie et plua saillante vers Textérieur que vers rintérieur. Toute sa surfack j enfin offre une teinte d’un beau blanc, et une apparence lante et vitreuse très remarquable. • ‘

La racine est la portion de l ostéide dentaire qui est reçue dans les avéoles (i). En général plus longue que la couronne, elle est tantôt simple et tantôt divisée plus ou moins complètement ; quelquefois elle offre seulement la trace d’une division longitudinale qui ne s’est pas effectuée. Sa forme est celle d’un cône irrégulier adossé, par sa base à la partie adhérente de la couronne , et dont le sommet ou les sommets , quand la racine est multiple, sont percés d’une ouverture qui transmet les vaisseaux et les nerfs dans la cavité centrale de la dent. Sa surface offre une teinte jaunâtre, qui contraste avec la couleui blaïuhe I de la couronne. Dans l’état frais, elle est unie d’une manière in- i

(i) On a voulu donner une autre définition de la racine, en la repré- j eentant comme la partie des dents qui manque d* émail- Cette manière de | considérer les choses serait bonne pour l’homme et pour beaucoup d’a- j nimaux; mais elle ne conviendrait pas à quelques autres, dont les dents | ont de l’émail jusque sur leur partie implantée , ou leur iacine. Eu adoptant cette singulière définition , on serait conduit à refuser une certaine racine à ces dents, on tomberait ainsi presque dans l’absurvde.

DES ORGANES DIGESTIFS. io5

time à la paroi alvéolaire, au moyen de la membrane du follicule dentaire.

Le collet des dents est représenté par le point de jonction de la couronne et de la racine ; c’est le lieu où cesse la partie vitreusfe de la surface extérieure de l’ostéide. Le collet est souvent marqué par deux lignes courbes, dont la convexité est tournée vers la racine, et qui se réunissent à angle sur les côtés. Il est intimement uni, dans l’état frais, au goulot du follicule et au tissu gengival qui lui fait suite.

A l’intérieur, l’ostéiJe dentaire est creusé d’une cavité située au niveau du collet et f[ui s’étend jusqu’au centre de la couronne. Cette cavité présente à peu près la forme de la dent dans laquelle on l’examine ; fermée du côté de la couronne, elle se prolonge en se rétrécissant de plus en plus vers le sommet de la racine , où elle s’ouvre à l’extérieur au moyen du trou qui a été signalé plus haut. La cavité dentaire se prolonge dans clîacune des racines quand il y en a plusieurs , et sert particulièrement à loger la papille.

Le Follicule dentaire [portion molle ou pulpeuse des dents, pulpe centrale, Cuvier ), est la partie qui produit l’ostéide dentaire, et l’üii tîe ses moyens d’union avec l’alvéole. C’est un sac très analogue à ceux des follicules c[ui servent de matrice aux poils, et aux plumes.

Les follicules dentaires sont placés dans les alvéoles et en nombre égal aux dents ; ils sont foi mes par des dépressions de la membrane muqueuse buccale, au niveau du collet des dents. A l’extérieur, ils sont intimement unis au périoste alvéolaire et s’enfoncent dans toutes les anfractuosités des alvéoles , du fond desquelles ils reçoivent les vaisseaux et les nerfs qui leur sont destinés. A Liutéi ieur , les follicules des dents sorties des alvéoles, follicules que je décris seuls^' maintenant, sont remplis par les racines des dents et leur adhèrent intimement. Leur goulot, ou jP^r ouverture buccale, embrasse le collet des dents et s’y fiW. Leur fond donne naissance à la papille ou noyau pulpeux.

La papille ou noyau pulpeux des dents est analogue à la papille des poils et des plumes , c’est une papille muqueuse qui a pris , dans ce point spécial, un développement considérable pour devenir un organe de sécrétion. Elle est logée dans la

io4 ANATOMIE

cavité de dent. Son volume est en raison inverse de i’àge. Sa forme est exactement celle de la dent : elle est renflée au niveau du collet de celle-ci, terminée, du côté de la couronne, par une ou plusieurs saillies qui répondent aux cuspides , et insérée sur le fond du follicule dont elle fait partie , au moyen d’un ou de deux pédicules grêles, qui traversent la racine de la dent et l’ouverture qui la termine. Sa couleur est grisâtre. Elle a la mollesse des fongosités muqueuses, et jouit d’une

sensibilité très-exquise.

M. Serres a décrit , il y a vingt ans, une série de petits corps qu’il a appelés glandes dentaires ^ et qui sont disposés en cercle sur les bords alvéolaires , autour du goulot du follicule des dents. Ces corps sont eux-mêmes de petits follicules , f]ui sécrètent une matière destinée à lubrifier le bord alvéolaire avant la sortie des dents , et qui forment le tartre un peu plus tard , suivant l’anatomiste que j’ai cité. M. Serres compare les glandes dentaires aux glandes de Meïbomius. Elles me paraissent plutôt analogues à ces petits follicules que l’on trouve autour du goulot du follicule des poils.

Il est facile de voir par ce qui précède, combien grande est l’analogie que j’avais annoncée en commençant , entre le follicule dentaire et celui des poils. Ces deux sortes d’organes sont également formés par un repli d’une membrane îégumentaire; tous deux sont principalement unis aux parties voisines par un pédicule nerveux et vasculaire ; tous deux ont un goulot rétréci, adhérent à l’organe qu’ils produisent, et entouré d’un cercle folliculaire ; tous deux donnent naissance à une papille dans leur lond ; tous deux enfin ils tiennent renfermés , celui - ci la dent , celui-là le poil. Les seules différences bien sensibles qui séparent ces parties , consistent en ce que le follicule dentaire est muqueux , enfoncé dans les alvéoles , et pourvu d’une papille pédiculée , tandis que les follicules pilifères |(|nt presque toujours cutanés, plongés dans le tissu cellulaire général et munis d’une papille sessiîe. On verra plus tard comment cette dernière différence implique l’acroissement borné de la dent , au lieu d’un accroissement indéfini comme celui du poil.

Union des dents avec les paj'ois de la Louche. Les dents sont fixées dans des cavités creusées dans les os maxillaires, ca-

io5

vîtes qui portent le nom d’alvéoles et qui appaiTiemient à des portions spéciales des mâchoires, qu’on est convenu d’appeler procès alvéolaires^ processus alveolares.

Les alvéoles sont coniques et plus ou moins subdivisées suivant c{ue les racines des dents qu’elles doivent recevoir, sont ellesmêmes plus ou moins composées. Leur ouverture est dirigée en haut dans la mâchoire inférieure, et en bas dans la supérieure. Leur fond est percé de pertuis qui communiquent avec les conduits dentaires, et qui servent à transmettre au follicule de la dent le pédicule nerveux et vasculaire qui lui appartient.

Les alvéoles sont exactement embrassées par les deux lames opposées des procès alvéolaires, de sorte que chacune d’elles fait un relief sensible en dehors et en dedans des mâchoires. Il est d’ailleurs inutile de dire qu’elles sont en rapport de capacité avec les dents auxquelles elles sont destinées, et que, petitcs pour les dents incisives, un peu plus grandes pour les canines, elles acquièrent leur summum de développement dans la région des dents grosses molaires.

Les dents sont reçues dans les alvéoles à la manière d’un

clou; d’où le nom de gomphose qui avait été donné à cette réception, à une époque à laquelle les dents étaient considérées comme des os, et à laquelle on comparait leur union avec les os maxillaires aux articulations des pièces du squelette.

Les parois du follicule dentaire , confondues en dehors ,avec le périoste des alvéoles, forment le seul moyen d’union des dents avec les procès alvéolaires dans l’état normal, union dont l’intimité fait toute la force et toute la résistance.

Cependant il arrive quelquefois que les dents sont retenues dans leurs alvéoles, beaucoup plus solidement que je ne viens de le dire, par le fait d’une disposition particulière : le sommet du cône des racines peut être recourbé en forme de crochet, et fixé à une saillie du fond de l’alvéole ; les racines des molaires peuvent être fortement divergentes et former, de cette manière, des espèces de pinces à pointes recourbées en dehors et reçues dans l’os ; enfin, par une disposition contraire à la précédente, les racines composées des memes dents sont parfois convergentes, et interceptent une portion osseuse qui fait presque corps avec elles.

Les dents et leurs alvéoles forment sur les mâchoires deux

séries non interrompues qui constituent les arcades dentaires ou alvéolaires. Ces arcades ont la forme elliptique ; leur convexité est tournée en ayant vers les lèvres et vers les joues ; leur concavité est dirigée en arrière vers la langue. Leur direction est sensiblement horizontale. L’arcade dentaire supérieure est un peu plus étendue dans tous les sens que l’arcade dentaire inférieure ; aussi la déborde-t-elle en avant et en dehors, de telle façon que, dans leur rapprochement, les dents antérieures se croisent à la manière de lames de ciseaux , et que les cuspides et les ênfoncemens de la couronne des dents postérieures s’engrénent entre eux de haut en bas.

Structure des dents, La nécessité d’examiner séparément la partie ossiforme et la partie folliculaire des dents, se fait senti n ici plus vivement encore que dans les pages précédentes. En effet, sans rien préjuger encore sur l’importante question du degré de vitalité de la première, il est évident qu’il existe entre elle et la seconde une différence fort grande, différence que l’on ne pourra bien saisir, que lorsque l’on connaîtra la disposition relative de chacune.

La partie ossiforme des dents est formée par la réunion de deux sub tances bien distinctes , Vivoire et Xémail. Bertia et M. le docteur Emmanuel Rousseau, préparateur du BIuséum d’bistoire naturelle , ont décrit une troisième substance qui se déposerait dans la cavité dentaire, en dedans delà couche la plus interne de Tivoire , et qui finirait par obstruer cette cavité , en refoulant et atrophiant la papille qui y est renfermée. J’ai moi -même observé la formation qui a été signalée par ces anatomistes ; mais il m’a semblé qu’elle n’était autre choses dans certains cas, qu’une secrétion d’ivoire altéré par une papille altérée elle-même dans sa composition, et que d’autres fois ce n’était qu’une ossification ou pétrification de la papille.

' Quoi qu’il en soit, les deux véritables élémens de Fostéide dentaire de l’homnie sont l’ivoire et Féinaü.

L’ôwe constitue à lui seul presque toute la partie ossiforme des dents ; il forme exclusivement la racine , et la partie centrale de la couronne. Sa coupe offre une couleur blanche et un aspect cbatoyant comme du salin. On n’j distingue ni fi-.

bres ni cellules , mais bien des lamelles emboîtées les unes dans les autres et parallèles à la surface extérieure de la dent.

L’ivoire offre une densité conside'rable* Traité par l’acide nitrique faible , il se comporte comme le tissu des os , se débarrasse de sa matière calcaire et se transforme en une masse flexible, en apparence homogène , que l’on peut réduire en gélatine par la eoction. Quand on le soumet à l’action du feu, il noircit , brûle et laisse un résidu friable.

D’après Berzélius, cette substance est composée sur 100 parties, de phosphate de chaux, 61 95 ; fluate de chaux, 2 ïo^ phosphate de magnésie , i o5; carbonate de magnésie , 5 3o; soude et chlorure de sodium , i [\o \ Matière animale et eau , 28 00.

D’après Pépys, les racines des dents sont formées sur 100 parties, de phosphate de chaux , 58 o ^ carbonate de chaux , '4 O ; matière animale , 28 o; eau et perte; 10 o.

Morichini annonça en i8o2 la présence du fluate de chaux dans l’ivoire des dents ; mais' Berzélius s’est seul rencontré avec lui. Fourqueroi, Vauquelin, WoÜaston etBrandt ont vainement cherché ce sel.

\J émail ^ substance vitrée^ substance corticale^ est borné à la couronne des dents, suivant la plupart des anatomistes; Bertin seul soutient qu’il s’étend aussi en une lame extrêmement mince sur toute la surface de la racine. Il forme une couche plus épaisse sur le sommet de la couronne que partout ailleurs, *sur les cuspides surtout. Il cesse au collet en s’amincissant , et suivant une ligne ondulée dont il a été question.

L’émail est d’un blanc laiteux et d’une apparence vitreuse. Sa dureté est extrême: il fait feu avec le briquet. Sa cassure est fibreuse, et ses fibres s’élèvent perpendiculairement ou un peu obliquement de la surface extérieure de l’ivoire, comme celles du velours, il se dissout presque en totalité dans l’acide nitrique. Au feu, il noircit, devient terne et friable.

D’après Berzélius, il est composé, sur 100 parties , de phosphate de chaux, 85 3; carbonate de chaux, 8 o; phosphate de magnésie , 1 5 ; matière animale et eau , 20 o.

Pépys l’a trouvé formé de phosphate de chaux, 78 o ; carhonate de chaux, 6 o ; eau et perte, iG o.

L’émail diffère donc beaucoup de l’ivoire : il est presque

io8 ANATOMIE

entièrement calcaire , tandis que celui-ci contient un peu d’une matière animale analogue à celle des os, ainsi qu’on peut le voir sur plusieurs préparations de cette espèce, qui ont cté dér posées dans les collections de la faculté par M. le professeur Cloquet.

Entre la couclie émailleuse et l’ivoire , il existe une ligne grisâtre que Cuvier a parfaitement décrite, et sur l’importance de laquelle M. le docteur Duval a justement insisté dans ces derniers temps. Au collet des dents , cette ligne se continue avec la lame de la paroi du follicule qui adhère à la racine de celles-ci (i).

On peut comparer la disposition relative de l’ivoire et de l’émail' des dents, à celle des extrémités osseuses et des cartilages des articulations diarthrodiales, parties qui ont été disposées, comme les dents, pour supporter des pressions et des frottemens très répétés. Non seulement les fibres de l’émail sont implantées à-peu-près perpendiculairement sur l’ivoire, comme celles du cartilage sur l’os ; mais encore une membrane atrophiée est interposée à ces deux substances, comme la sjnoviale est interposée à l’os et au cartilage, ainsi que je l’ai montré précédemment (2).

il est également impossible de ne pas reconnaître une certaine analogie , sous le rapport de la structure , entre la sub-

(1) Voici comment Cuvier s’exprime à cet égard dans son magnifique ouvrage sur les ossemens fossiles ; « Il faut remarquer qu’entre !a préiendue substance osseuse et l’émail , il y a encore une mernbiane très fine que je crois avoir découverte. Lorsqu’il n’y a aucune partie de la première substance de transsudée , celte membrane enveloppe immédiatement la papille et la serre de très près. A mesure que la papille s’éloigne de cette substance , elle se rapetisse , se retire en dedans et s’éloi gne de la membrane qui lui sert toujours de tunique, mais de tunique commune à elle et à la matière qu’elle a transsudée par dessous. L’émail, de son coté , est déposé sur cette tunique par des productions de la lame interne de la capsule, et il la comprime tellement contre la substance in terne ou o.sseu.se qu’elle .sépare de lui, que bientôt cette tunique devient imperceptible dans la portion durcie de la dent, ou du moins qu’elle n’y paraît que sur la coupe, comme une ligne grisâtre très fine, qui sépara l’émail de la substance interne. Mais on voit toujours que c’est elle seule qui attache ces parties durcies au fond du follicule; car sans elle il y aurait solution de continuité. »

(2) Voyez tome l**", page 325.

stance cornée, celle des poils, par exemple, et Tivoire des dents. Cette analogie, du reste, comme on l’a vu précédemment , a été aperçue dès la plus haute antiquité par Aristote , dans lequel on trouve le germe de beaucoup des grandes idées qui ont été développées après lui. L’ivoire est formé de lames emboîtées les unes dans les autres, comme la partie cornée des poils; il repose sur sa papille comme celle-ci est placée sur la papille qui lui appartient ; enfin il s’accroît absolument de la même manière, comme on le verra un peu plus loin.

Fortement serré, chez l’adulte, entre la racine de la dent et la paroi de l’alvéole, le follicule dentaire a ses parois tellement amincies et tellement adhérentes à ces deux parties , que c’est avec peine qu’on le suit alors dans toute son étendue. A cet état cependant on peut encore parfaitement reconnaître sa continuité avec la muqueuse buccale , comme je l’ai déjà fait remarquer. Il est formé de deux feuillets membraneux : l’un externe de nature fibreuse, confondu avec le périoste propre de l’alvéole; l’autre, interne, plus vasculaire que le premier, adhérent à la racine de la dent, jusqu’au collet inclusivement. Ces deux feuillets réunis constituént le périoste alvéülo- dent aire des anatomistes. L’avulsion des dents produit souvent la séparation de ces deux feuillets ; l’interne conserve avec les dents les adhérences qu’il avait avec elles dans l’alvéole, et il est seul arraché.

Il est difficile de dire précisément en quoi consiste l’organisation de la papille dentaire; la seule chose bien positive à cet égard, c’est qu’elle est formée par la terminaison des nerfs et des vaisseaux des dents , et que ces deux élémens organiques y sont réunis en proportion sensiblement €*gale.

Les dents reçoivent des vaisseaux de deux sources distinctes , suivant qu’ils appartiennent à la paroi du follicule ou à sa papille.

Les vaisseaux de la paroi du follicule dentaire font suite à ceux de la membrane muqueuse gengivale. Leurs troncs principaux sont placés du côté du goulot du follicule, vers le collet de la dent ; tandis que leurs rameaux, anastomosés en plexus, sont dirigés vers le fond du follicule.

Les vaisseaux de la papille sont ceux qui forment le pédi-

cule du follicule dentaire. Ils e'manent de troncs spéciaux logés, avec les nerfs dentaires , dans des conduits creusés dans répaisseur des os maxillaires. Ces vaisseaux ne s’anastomosent point avec les préce'dens , et sont disposés d’une manière inverse de la leur : leurs troncs , en effet , correspondent au fond de Falve'ole , et leurs plus fines ramifications à rextrémité de la papille, c’est-à-dîre à un point supérieur itu collet de la dent.

Les artères et les veines des dents sont faciles à voir et à injecter ; mais je ne sache pas que personne ait jamais aperçu les vaisseaux lymphatiques de ces organes. L’assertion de Mascagni, relativement aux lymphatiques de rémail(i), montre seulement une chose , savoir : que les hommes les plus instruits , que les hommes qui ont le plus observé la nature elle-même , et qui par conséquent devraient plus que les autres s’attacher aux faits, ne sont pas toujours exempts de la tendance qu’ont' les esprits légers et superficiels, à prendre pour la vérité les fruits de leur imagination.

Les nerls des dents sont de deux ordres, comme les vaisseaux. Ceux des parois du follicule sont très fins et continus avec les nerfs de la membrane muqueuse de la bouche. Lès autres, divisés seulement dans la papille concourent auparavant à former son pédicule.

Les vaisseaux et les nerfs des dents forment, comme oii le voit, deux systèmes distincts; l’un pour l’extérieur du follicule, l’autre pour la partie de celui-ci qui est’rentrée dans la cavité de i’ostéïde dentaire. Le premier est immédiatement continu au système vasculaire et nerveux de la membrane buccale; l’autre présente une source spéciale. Les différens états pathologiques des dents permettent journellement de constater la séparation que je viens d’établir, séparation sur laquelle les anatomistes n’ont pas assez insisté.

Les mêmes troncs fournissent les artères et les nerfs des deux rangées dentaires , Vartère maxillaire interne et le nerf trifacial. Il y a seulement cette différence entre les dents supérieures et les dents inférieures, que des rameaux spéciaux fournissent, pour les premières, aux dents antérieures et aux

(0 Que celte substance est entièrement composée de vaisseaux lymphatiques.

DES ORGANES DIGESTIFS. iii

dents postérieures, tandis que, pour les dernières, le même rameau donne à toutes les dents.

Quoi qu’il en soit, les troncs des vaisseaux et nerfs dentaires placés au-dessous ou au-dessus des alvéoles, suivant les mâclioires , et au niveau de chacune de ces cavités , leur envoient un ou plusieurs rameaux , qui traversent de petits’ pertuis dont le fond de l’alvéole est creusé. Ces rameaux forment le pédicule du follicule , pénètrent immédiatement dans la dent, traversent l’ouverture de rextréinité de sa racine et se ramifient dans la papille.

Les vaisseaux et les nerfs vont-ils au-delà du follicule des dents? Se répandent-ils dans la partie ossiforme de ces organes? Rien n’est plus important à décider dans l’anatomie des dents; niais rien aussi n’a été plus controversé.

Reconnaissons d’abord un fait qui domine toute cette question, savoir : Que personne na vu nimerfs ni vaisseaux dans la partie ossiforme des dents ^ et que tout ce qui a été avancé à cet égard^ est marqué au coin de la plus pure hypothèse. • Cependant à l’époque à laquelle les dents étaient comptées parmi les pièces du squelette, on les considérait comme vasculaires au meme degré cpae les os ; mais alors même plus d’un anatomiste , s’en tenant à la sévère observation des choses, se leva pour professer une opinion différente. Il faut avouer, du reste, que le défaut de notions précises sur le follicule dentaire, et sur sa séparation de la partie ossiforme des dents , a dû mettre souvent dans des camps opposés , des hommes qui au fond professaient la même doctrine, ceux-ci attribuant à la dent tout entière ce qui n’appartenait qu’à son follicule , ceux-là généralisant en sens inverse, des faits qui n’appartenaient qu’à la partie ossiforme de ces organes.

Heureusement aujourd’hui que les deux élémens anatomiques des dents, l’ostéide et le foliicule , sont parfaitement appréciés , une semblable confusion n’est plus possible ; le moment parait donc arrivé de poser la question de nouveau, et de décider entre les doctrines de la vascularité et de la non-vascularité des dents, doctrines cpii ont été professées avec un égal talent , par Mascagni , Blake , etc. , d’une part , par Hunier et Cuvier de l’autre.

Qu’il me suffise ici de formuler seulement l’état de la science

112 ANATOMiE

sous ce rapport , et de repéter qu’iZ j" et deux choses dans les dents , V organe producteur et la partie proauite ; que l organe producteur , ou le follicule , est la partie essentiellement neroeuse et xasculaire ^ que le produit^ c est-a-dire l ivoire et l émail sont des substances calcaires, dans lesquelles on rencontre bien quelque peu de matière organique , mais d'une matière qui réa pas subi l organisation nervoso-vasculdire (i).

Sans doute , il n’est pas impossible que des vaisseaux se développent dans certaines dents qui se soudent avec les alvéoles, et qui font corps de la sorte avec les os maxillaires; mais c’est là un état anormal, qui dépose seulement en faveur de ce fait; que de la matière organique , sécrétée dans un point de notre corps, peut être mise en œuvre, en quelque sorte, et revêtir une organisation véritable, et qui ne renverse en rien la doctrine que j’ai professée plus haut-

Développement des dents ou odontogénie. La formation des dents est le point le plus intéressant à la fois et le plus compliqué de l’histoire de ces organes.

Dès les premiers temps de la vie intra-utérine , au second mois, si l’on examine avec soin les arcades alvéolaires , on y trouve déjà un grand nombre de follicules dentaires. Les follicules sont très-petits , placés dans la gouttière cjui représente les alvéoles à cet âge, et recouverts par la lame la plus profonde du tissu gengival. Leur forme est globuleuse; supérieurement et inférieurement ils tiennent, d’une part, à la gencive et, de 1 autre, à la gouttière alvéolaire et aux troncs des vaisseaux et nerfs qui parcourent celle-ci. Latéralement, ils sont contigus aux follicules voisins. En avant et en arrière , ils correspondent à la gencive.

A partir du quatrième mois, d’après M. Serres, des cloisons fibreuses se développent entre les follicules dentaires, cloisons qui s’ossifient plus tard et changent ainsi les rapports des germes entre eux. A l’époque de la naissance, les follicules dentaires sont déjà parfaitement isolés les uns des autres et des vaisseaux et nerfs dentaires : le canal de ceux-ci, confondu d’abord avec la gouttière alvéolaire, s’est déjà complété de ce côté.

Quand on ouvre les follicules dentaires sur un jeune em-

(i) Pour de plus amples détails, voyez mon anatomie du système dentaire, Paris, i836, in-8.

DES ORGANES DIGESTIFS. ii5

bryon, on les trouve remplis par une liqueur jaunâtre , visqueuse comme la synovie, acide suivant quelques personnes, alcaline suivant d’autres, présentant quelquefois aussi une apparence graisseuse qui a trompé Ungebaur. Ce liquide va en diminuant, sous le rapport de la quantité, depuis le moment de la première apparition de la dent jusqu’à l’époque de sa sortie au dehors , époque à laquelle il disparaît.

Le fond du follicule dentaire de l’embryon est occupé par une papille très-grosse, et dont la forme varie comme la dent à la sécrétion de laquelle elle doit concourir. L’extré)nité opposée est continue avec la gencive, au moyen d’un prolongement qui constitue Yiter^ ou le guhernaculum dentis.

Le guhernaculum dentis est le goulot du follicule dentaire • il est contracté sur lui-même, au point de ne présenter qu’une cavité possible dans les premiers temps, cavité cpii doit se dilater par la suite pour laisser passer la dent. Tous les anatomistes ne sont pas -d’accord sur la perméabilité de cette partie. Fallope, qui me paraît l’avoir décrite le premier, la représente comme un cordon plein. Hérissant assure que ce prolongement est creux, qu’il est bouché par ce qu’il appelle la seconde gencive, la gencive temporaire, mais qu’il s’ouvre à la surface de ce qu’il nomme la gencive permanente. MM. Serres et Delabarre soutiennent qu’il est réellement creux , opinion qui n’est pas partagée toutefois par M. Rousseau et par M. Cruveilhier. M. Rousseau avoue bien l’avoir injecté comme M. Delabarre ; mais il croit que la cavité cju’il a obtenue ainsi , '"était le résultat du procédé qu’il avait mis en usage. Enfin Hérissant assure que le gouvernail de la dent se rencontre dans tous les follicules , comme on commence assez généralement à Tadmettre ; tandis que Fallope et M. Serres l’attribuent exclusivement aux dents de la seconde dentition.

Quoi qu’il en soit, la structure du follicule de la dent du fœtus doit être étudiée avec un soin d’autant plus grand, que la connaissance approfondie de ce point de fine anatomie est ab* solument nécessaire, pour comprendre le développement de la partie ossiforme de la dent. Or, voici ce qu'on sait de plus posi tif à cet égard.

Il y a deux points de l’histoire de cette structure qui ne souffrent aucune contestation, et sur lesquels s’accordent tous

les anatomistes, savoir: la formation de la papille, aux dépens des extrémités des vaisseaux et des nerfs qui y arrivent par son pédicule, et la constitution des parois du fonicule , au moyen d’une membrane unie à la gencive. Les seules choses qui restent à déterminer par conséquent, sont la disposition et la structure de cette dernière membrane.

Jourdain, Hérissant, Desmoulins, M. Serres et M. le professeur Cruveilbier pensent que la paroi du follicule est formée par une membrane unique, qui tapisserait Falvéole jusqu’au pédicule de la papille, au niveau duquel elle se terminerait, suivant les deux premiers, tandis que d’après les autres elle se réflécliirait vers la papille, sans qu’on puisse la suivre bien clairement jusque sur son soixiinet. Hérissant ajoute que cette membrane est froncée dans sa partie moyenne, et qu’elle adhère intimement au collet de la dent.

Hunier et Blake considèrent la paroi folliculaire comme formée par la juxta-posiiion de deux feiiiîiets, qui viendraient se terminer sur le pédicule de la papille, sans se réfléchir sur lui.

Bichat et Cuvier admettent également la disposition bilaminaire de la paroi du follicule de la dent. Ils affirment que la membrane externe se termine sur le pédicule de la papille, tandis que l’interne, semblable sous ce rapport à une membrane séreuse, se réfléchit vers la papille et en recouvre toute la surface.

Enfin, M. Delabarre décrit aussi un double feuillet dans la paroi du follicule : l’externe procède, suivant lui, du tissu fibro-cartilagiueiix qui recouvre les alvéoles et qui concourt à former la gencive, et descend, sans rien présenter de particulier, jusqu'au pédicule de la papille, près duquel il se termine; l’interne, au contraire , continu immédiatement avec la membrane muqueuse buccale, se porte en bas, se dirige vers la partie latérale de la papille et se termine dans le point où devra correspondre par la suite le collet de la dent. Ainsi, le follicule dentaire, d’après M. Delabarre, présente réellement deux cavités, une qui embrasse le sommet de la papille, l’autre qui correspond au pédicule de cette partie; la première dans laquelle doit paraître la couronne; la seconde qui est réservée à la racine de la dent.

Quelque différentes que paraissent au premier abord les des-

DES ORGANES DIGESTIFS. nS

criptions du follicule d^^ntairè qui précèdent, en y réfléchissant un peu, on ne taide pas a reconnaître qu^eües se ressemblent^ au contl au e J beaucoup quant au fond. Il est facile de voir, en effet, que l’opinion qui représente la paroi de ce sac comme formée d’une seule membrane, n’est pas essentiellement différente de celle dans laquelle on y admet deux membranes distinctes. Cet apparent désaccord dépend, en effet, de ce que ceux-ci ont compté le périoste alvéolaire comme appartenant au follicule, tandis cjue ceux-là l’en ont soigneusement distingué.

On peut, par conséquent, rapporter à trois les opinions des principaux auteurs, touchant l’organisation de la paroi du follicule dentaiie : la première , dans laquelle les membranes qui constituent ce sac sont représentées comme se terminant sur le pédicule de la papille , et se réfléchissant plus ou moins sur lui ^ la seconde, dans laquelle on montre la papille recouverte par îe feuillet membraneux le plus interne; la troisième, enfin, fondée sur l’insertion de ce feuillet interne sur la partie latérale de la papille.

Cette dernière manière de voir réunit en sa faveur moins de probabilités que les deux premières, qui se ressemblent d’ailleurs beaucoup, comme je l’ai déjà fait remarquer. D abord, l’analogie des follicules, des ongles ei des poils ne lui est point favorable ; et, en second lieu, ce qai parait beaucoup plus décisif, je ne saclie pas que personne lui ait fait subir l’épreuve de la dissection ; pour ce qui me concerne, au moins, je me bâte de déclarer que je l’ai toujours entrepris en vain.

Huntei considéré la membrane interne du follicule comnre essentiellement vasculaire , et sa membrane externe comme fibreuse ; Biake est d un sentiment opposé. Fox assure , au contraire , que toute l’épaisseur de la paroi du follicule est abondamment pourvue de vaisseaux.

Hérissant a reconnu sur la membrane interne du follicule une disposition fort curieuse et fort importante ; « si l’on aetacbe avec précaution, dit -il, cette membrane de dessus la couionne, et qu on examine au même instant sa surface intérieuie avec une loupe de trois à cjualre lignes de foyer, on est sui -le-cliamp frappé d’admiration à l’aspect d’une multitude infinie de très petites vésicules, qui, par leur transparence, sont assez semblables à celles dont la plante appelée glaciale

,i6 ANATOMIE

est couverte. Ces vésicules sont disposées avec beaucoup d’ordre, par rangées qui posent les unes sur les autres par étage , et qui sont, pour la plupart, presque parallèles à la hase de la dent. Elles contiennent en certain temps une liqueur très claire et très limpide, tandis qu’à une époque plus avancée, leur liqueur devient laiteuse et s’épaissit. »

M. Rousseau, Desmoulins et M. le professeur Cruveilhier, ont fait des observations semblables à celles d’Hérissant, sur les saillies vésiculeuses de la face libre de la membrane interne du follicule.

Peu de temps après l’apparition du follicule , la portion oS' seuse de la dent commence à s’y développer; c’est-à-dire, pour les. dents les plus précoces, vers le troisième mois de la vie intra-utérine.

On sait bien que c’est à l’intérieur du follicule que cette formation s’accomplit ; mais les auteurs ne sont pas tous d’accord relativement au point précis sur lequel on aperçoit les premiers linéamens de la portion calcaire de la dent : Cuvier assure que c’est entre la papille et la partie de la membrane interne du follicule qui revêt celle-ci ; les autres soutiennent que c’est dans la cavité de la membrane interne.

Quoi qu’il en soit, c’est la eouronne de la dent, et particulièrement la partie cuspidée de cette couronne qui paraît la première. La déposition de la matière calcaire est précédée par une rubéfaction manifeste de la papille; cette déposition a lieu par autant de points que la ÿent doit présenter de cuspides, et ces points ont la forme d’écailles ou mieux de petits chapiteaux qui recouvrent les tubercules de la papille ; ainsi, pour les incisives , trois points suivant Hunier, un seul , au contraire, suivant Becker, Blake, A Ibinus; ainsi, un seul pour les canines, et autant pour les molaires qu’elles ont de cuspides.

Les dimensions de chacune de ces parties rudimentaires sont d’environ une demi-ligne de largeur, sur un sixième de ligne de hauteur, d’après M. Rousseau; elles sont d’ailleurs d’autant plus développées que , par leur position , elles s’éloignent plus de la partie linguale de la mâchoire. Leur volume respectif diminue aussi à mesure que l’on considère les dents dans une situation plus rapprochée des condyles.

Suivant Auzebi , Jourdain et M. Rousseau , Pemail est sécrété avant Tivoire. Desmoulins partage la même opinion ; et il assure en particulier, non seulement que les choses se passent ainsi chez les poissons cyprins dont la couronne est aussi compliquée , à son avis, que celle des incisives des rongeurs , mais encore que la calotte d’émail reste pendant long-temps molle et flexible , et que c’est lentement qu’elle prend de la consistance et qu’elle se moule sur les creux et sur les reliefs de la papille. La plupart des anatomistes soutiennent, au contraire, que l’ivoire est sécrété le premier, et que l’émail est "formé aussitôt que la surface de la couronne est dessinée ; tandis que Cuvier dit avoir vu les deux substances apparaître presque en même temps.

Diverses hypothèses ont été émises relativement au mécanisme de la formation des deux substances dentaires.

Séduits par une fausse analogie admise à priori entre les os elles dents, les anatomistes ont cru long-temps que l’ivoire résultait de la transformation osseuse de la papille. On doit convenir, en effet, que le rétrécissement progressif de la cavité dentaire , et que son oblitération chez les sujets avancés en âge , prêtaient quelque apparence à cette théorie, qu’on a vue encore professée dans ces derniers temps par Leveillé. La plus simple inspection directe suffit néanmoins , pour montrer que les choses se passent tout autrement: la petite dent rudimentaire est simplement superposée à la papille, sans lui adhérer d’une autre manière, ce qui n’aurait pas lieu, si elle résultait delà transformation osseuse de la partie la plus superficielle de celleci. Bunon , en 174a, Hunter et Cuvier plus tard, se sont fortement élevés contre cette doctrine, et ils ont montré que Tivoire est secrété par la papille dentaire, comme l’ongle par sa matrice, comme l’épiderme par la peau. Bunon, en particulier, compare cette formation à celle de l’enveloppe de certains crustacés.

L’histoire de la formation spéciale de l’émail est un peu plus compliquée que celle de l’ivoire. Il faut même tout d’abord en convenir, la théorie de cette formation est beaucoup plus difficile à formuler d’après des faits bien observés. La sécrétion de l’émail, en effet, d’ff'ère de tous points de celle de 1 ivoire ; elle n’est que temporaire; un espace fort court sépare le moment où elle commence de celui où elle finit ; de sorte

n8 ANATOMIE

qu’il est beaucoup plus difficile de pénétrer , sous ce rapport f les mystères de la nature.

Berlin, Huiiter et plusieurs autres ont dit, que rémaiî e'tait se'crété par la ineinbrane interne du follicule , peut-être même par la papille, dès les premiers temps de rapparilion du germe de la dent ; qu’il restait à i’état de dissolution dans le liquide du follicule jusqu’à la formation de la couronne, et qu’alorsil se disposait en cristaux sur la surface externe de celle-ci. Hunter compare cette déposition de la matière de l’émail sur la couronne, à la cristallisation des sels de l’urine autour d’un corps étranger qui tombe dans la cavité de la vessie. Une circontance vient prêter quelque appui à cette lliéorie : le liquide du follicule, abondant dans les premiers temps , diminue à mesure que la dent se développe et disparaît complètement, dit-on, emporté, sans doute, par les vaisseaux absorbans , lorsque tout l’émail est formé. Hunter assure que les choses se passent manifestement ainsi chez le cheval , Vâne et la brebis , et il ajoute : « il n’y a pas de raison pour ne pas admettre qu’il en est de même chez l’homme.» Cuvier et M. Serres se sont élevés contre la doctrine de îlimler. Le liquide du follicule , suivant M. Serres , n’a aucun rapport avec la formation des dents; il s’épanche sur l’ouverture du follicule au moment de la sortie de celles-ci , et disparaît quand ce mouvement est terminé.

On admet presque généralement aujourd’hui avec Hérissant, Meckel, Cuvier, etc. , que l’émail est très mou au moment de sa formation, et qu’il est direclement déposé sur la dent par une sécrétion de la membrane interne du follicule , sécrétion à laquelle paraissent destinées les petites vésicules ou glandules qui ont été attribuées à cette membrane par Hérissant.

' SuivantCuvier , l’émail n’est pas déposé immédiatement sur la couronne de la dent , mais sur la portion du feuillet interne du follicule qui revêt cette couronne. De la sorte , comme je l’ai fait remarquer plus haut, ce feuillet se trouverait serré entre les deux substances de la dent, entre les quelles il resterait une ligne grisâtre, qui témoignerait pendant toute la vie de cette disposition première.

Quant à l’opinion de M. Delabarre, dans laquelle l’émail est considéré comme formé par la papille et comme transsu-

dant à travers les premières couches de i’ivoire, pour aller se de'poser à la surface extérieure de celui-ci, malgré l’autorité de son auteur dans la matière qui m’occupe, il est lout-à-fait impossible de l’admettre.

Une circonstance embarrasse nécessairement au premier abord celui qui étudie le mécanisme de la formation de i’émail. Gomment, par exemple, arrive-t-il que cette substance se dépose seulement sur la couronne et jamais sur la racine des dents? cette question est sérieuse , en effet , et mérite qu’on la prenne en grande considération ; or , voici comment 00 y a répondu :

D’abord, il est évident que la difficulté précédente ne s’applique en aucune manière à la théorie de ia formation de la dent que donne Cuvier; car, dans cette théorie, l’ivoire se forme hors de la cavité du follicule dans laquelle l’émail est sécrété, et vers laquelle la couronne de la dent fait seule hernie. Les partisans de ia doctrine presque abandonnée de la cristallisation de l’émail soutiennent que le liquide du follicule , qui tient cette substance en dissolution , disparaît lorsque la couronne en est couverte, et qu’alors la racine se formant , il ne peut plus se faire sur elle aucune déposition vitreuse. Hérissant , au contraire, et ceux qui ont observé après cet anatomiste les glandules destinées à la sécrétion de l’émail,, supposent que ces petits organes s’alropîiient après l’achèvement de la couronne de ia dent, et qu’ainsi la racine, dont le développement est postérieur au sien, n’a rien de commun avec i'émaii.

Quoi qu’il en soit , une fois commencée par la papille , la sécrétion de l’ivoire continue aussi long-temps que cet organe reçoit les matériaux nécessaires à cette formation. De nouvelles couches semblables aux premières apparaissent au dessous d’elles, à la surface de la papille ; ces couches sont d’abord de plus en plus étendues, à mesure cpi’on s’éloigne de l’époque où la dent a commencé à paraître , mais plus tard elles offrent une disposition inverse. Elles emboîtent les précédentes , les soulèvent de plus en plus, et les éloignent de la papille qu’elles embrassent bientôt dans toute sa circonférence, jusqu’à sa base» Alors la couronne de la dent est formée tout entière ; l’émail s’y dépose comme il a été dit précédemment , et le travail

^ao ANATOMIE

d’ëvcliition reprend son cours, après avoir subi une sorte de temps d’arrêt , suivant quelques personnes; la papille est soulevée du fond de l’alvéole ; les couches nouvelles d’ivoire qu’elle produit l’embrassent de ce côté, en formant des chapitaux de moins en moins évasés inférieurement ; elles entourent le pédicule de la papille, descendent jusqu’à son extréniité et forment la racine de la dent.

A partir de l’époque à laquelle nous sommes arrivés, l’ostéide dentaire a terminé son aceroissement en longueur ; les couches éburnées qui se succèdent ne peuvent alors qu’augmenter som épaisseur , et comme c’est toujours par une juxta-position intérieure que cet accroissement a lieu, la cavité dentaire est de plus en plus rétrécie , et la pulpe comprimée.

On vient de voir comment procède dans son accroissement une dent unicuspidée et à racine unique. J’ai dû choisir d’abord ce cas particulier , parce qu’il est le plus simple. Etudions maintenant l’accroissement d’une dent multicuspidée et a racine multiple.

L’éburnification de ces dents commence , comme je l’ai dit plus haut, par plusieurs points séparés , représentant autant de petits chapiteaux que la dent doit avoir de cuspides , et que |a papille présente de prolongemens. Ces chapiteaux sont naturellement convergens par leur base; accrus, chacun de leur côté, par addition de couches successives de plus en plus alongées à l’intérieur des premières , leur convergence augmente de plus en plus; ils se rencontrent bientôt et se réunissent tout à-fait, ceux c[ui sont en dehors avant ceux qui sont en dedans ; et à dater de ce moment, ils ne forment plus à la partie supérieure de la papille qti’un seul grand chapiteau , ondulé à sa surface et dont l’accroissement continue, comme si le développement primitif s’était opéré par un seul point. Enfin , lorsque le fût ossiforme de la dent est parvenu à l’union de la papille avec ses pédicules, la matière calcaire est sécrétée à la fois autour du corps de cette papille et autour de ses pédicules ; elle les entoure chacun séparément d’une enceinte tubuleuse continue avec l’enceinte du reste de la papille, et l’accroissement procède ultérieurement comme dans le cas simple que j’avais supposé tout d’abord, avec cette seule différence, que les lames

osseuses, au lieu de représenter une série de cônes simples, sont subdivisées en autant de cônes creux secondaires que la dent doit avoir de racines. Pour tout le reste enfin, je le répète, cette dent plus composée , se comporte absolument comme la dent la plus simple.

Ainsi les dents s’accroissent du sommet de la couronne vers le sommet de la racine , et de l’extérieur à l’intérieur ; elles gagnent à la fois en longueur et en épaisseur, en se moulantsur la papille et l’embrassant dans tous ses poins d’une manière de plus en plus étroite.

L’accroissement de l’ostéide dentaire est nécessairement renifermédans des bornes fort restreintes , que l’on peut prévoir et calculer d’après le volume et la longueur de la papille, puisqu’il se moule exactement sur cette partie. A mesure que l’accroissement avance, comme on l’a vu, la papille, embrassée de toutes parts par les couches ossiformes, est dé plus en plus étroitement serrée par elles , bientôt ses fonctions en sont gênées, elles s’arrêtent même tout-à-fait, et dès ce moment l’acci oissement de la dent est accompli. Ainsi , au fur et à mesure que la dent fait des progrès, la papille devient de moins en moins propre à en permettre de nouveaux; et ce qui paraissait .d’abord devoir être pour elle une source inépuisable d’accroisse- Tnent, lui porte, au contraire, un mortel préjudice sous ce rapport.

Il était aisé de prévoir que la forme imprimée par la papille au têt calcaire dont elle s’entoure, est la seule cause de cet accroissement si exactement défini des dents; la réflexion suffisait. Eli bien I cette conséquence si naturelle des faits depuis long-temps connus sur la formation des dents, n’a été qu’ assez tard appréciée d’une manière convenable; c’est Lava— • gna qui le premier l’a fait connaître dans son Mémoire sur la dentition des rongeurs. Cet anatomiste a établi, en effet, que c’est à la forme pédiculée de leur papille que les dents de l’iiomme doivent d’embrasser exactement cette partie , de la presser de plus en plus, de la détruire à la longue et de borner elles-mêmes leur accroissement en longueur. Ensuite, pour compléter la démonstration , il a prouvé que les incisives des rongeurs , qui jouissent de la propriété de s’alonger indéfiniment, présentent une papille disposée en sens inverse de celle

de la dent de Phomme. Celte papille , en effet, dépourvue de pédicule , conique et appuyée par la base du cône qu’elle représente sur le fond du follicule et de l’alvéole^ peut, à la faveur de cette conformation , sécréter continuellement des couches calcaires, sans être jamais embrassée par elles, du côté vers lequel elle reçoit ses vaisseaux et ses nerfs ; par conséquent, ne se trouvant jamais le moins du monde comprimée , le moins du monde gênée dans ses fonctions, elle continue à pousser la dent à l’extérieur jusqu’à la fm de la vie, à moins que quelque circonstance étrangère ne vienne l’altérer ou la détruire.

L’accroissement continu de certaines dents, chez les animaux? leur donne avec le temps une longueur considérable , comme on le voit pour les defenses de l’éléphant. Chez les rongeurs même, lorsque les incisives ne sont pas usées par les frotte— mens à leur extrémité, dans une proportion égale à leur accroissement vers la base, elles acquièrent parfois des dimensions démesurées et causent de graves accidens.

Véritables phanères, suivant l’expression de M. de Blainville, les dents se développent en grandissant comme eux. Leur accroissement n’est pas indéfini comme celui des poils et des ongles , parce que leur papille n’est ni conique , ni sessile, comme les leurs; il est au contraire, borné comme celui des plumes des oiseaux , parce que leur papille est alongée comme la leur , et, comme elle, aussi supportée par uiî étroit pédicule. ^ ^ *

Il faut bien se garder de prendre pour un véritable accroissement en longueur, la saillie plus considérable en dehors qui résulte, pour les dents, des progrès mêmes de l’âge et de la contraction des alvéoles. Cet accroissement n’est qu’apparent , et, tout compte fait, chez les vieillards, quand on estime bien exactement l’étendue des dents, on acquiert la certitude qu’elles ont sensiblement diminué en longueur, au contraire, par l’usure de leur extrémité. C’est faute, sans doute, d’avoir tenu compte des circonstances qui viennent d'être mentionnées , que plusieurs anatomistes , Fallope, en particulier, ont attribué aux dents de rbomme un accroissement indéfini. ..

crois sement de la portion calcaire des dents diffère conx r

DES ORGANES DIGESTIFS. laS

plètement de celui des autres parties de notre corps: ilalieu par simple juxta-position, comme celui des substances inorganiques, et non par intus-susception. Les belles expériences de Hunter sur la nutrition de jeunes animaux avec de la garance, établissent ce, s faits de la manière la plus positive, puisque, comme on Ta vu, les dents ne deviennent rouges, que dans la partie qui a été formée pendant le temps où l’animai a été' soumis à ce genre d’expérimentation.

Divers accideus de la dentition déposent également en faveur de la doctrine que je soutiens ici : on sait qu’il est souvent facile de reconnaître , en regardant parler une personne dont fes dents se découvrent, si elle a éprouvé une grave affection dans son enfance, à l’époque de la formation des dents; on remarque, en effet, souvent sur la couronne de ces osteïdes, tantôt des lignes saillantes, ondulées, îransverses ; tantôt des rainures rugueuses ou des enfoncemens pointillés , qui constituent ce qu’on appelle Vérosion. Eli bien î ces altérations présentent l’image fidèle de l’état dans lequel s’est trouvée l’organisation, au moment où elles se sont développées. Une maladie grave a-t-elle exercé ses ravages au début de la dentition, dans le moment où le follicule commençait la sécrétion de la couronne ? c’est à la partie supérieure de celle-ci que les marques indiquées se rencontrent, tandis que la base offre toutes les conditions de l’état normal. On peut même en quelque sorte, dans certains cas , où raltération est disposée par bandes séparées par des intervalles de substance de bon aloi, compter, comme l’illustre Ciiaussier le faisait remarquer dans ses leçons, les périodes de santé et de maladie cjui se sont succédée, dans le jeune âge, chez la personne que l’on examine. ’ ,

' Eruptian des dents. Lorsque les dents ont subi un certain degré d’accroissement en longueur, elles cessent de pouvoir être renfermées dans le sac dans lecjuel elles ont pris naissance ; elles font eflort pour se porter au dehors ; et bientôt elles paraissent à nu dans l’intérieur de la bouche.

En général, c’est après l’époque de la naissance que commence l’éruption des dénis; mais cette époque varie cependant suivant les individus, et surtout .suivant l’espèce de la dent que l’on examine, ainsi qu’on, le verra par la suite ; elle peut aussi

être avancée ou retarde'e par des maladies, comme Alphonse*

Leroy Tavait remarque'.

L'ordre suivant lequel a lieu l'éruption des dents est plus exactement déterminé que l'époque où commence ce phénomène. Ce sont, en général, les dents inférieures qui paraissent les premières au dehors ; non cependant que toutes ces dents précèdent sous ce rapport toutes les supérieures : on voit seulement sortir des alvéoles une paire de dents inférieures , et immédiatement après, la paire correspondante de la mâchoire supérieure.

Une foule de causes ont été assignées à l'éruption des dents , et ici, comme en beaucoup d’autres choses, à mon avis , on est passé le plus souvent à côté de la vérité. Qui croirait, en effet, que l’on attribué ce phénomène à l’action de la pesanteur, aux pulsations des troncs des artères dentaires, à une lutte qui s’établirait entre la dent et la gencive, et dans laquelle la première resterait victorieuse I De semblables théories ne méritentcertes pas riionneur d’une réfutation sérieuse ; mais il n'en est pas de même de celle de Hérissant, de MM» Serres et Delabarre. Suivant ces anatomistes , en effet , la dent est attirée au dehors par la contraction du feuillet interne de la membrane du follicule qui se fixe à son collet, comme on l’a vu; ce collet est porté vers la surface de la gencive, et, arrivé là, il ne va pas plus loin, parce que la' force contractile de la membrane est épuisée. Cette doctrine est très simple , très ingénieuse* même, mais malheureusement difficile à soutenir. Comment supposer, en effet, que la membrane, presque arachnoïde, qui tapisse la face interne du follicule, puisse suffire à amener au dehors un corps comme f ostéide dentaire ? Pourquoi, du reste, se creuser ainsi l'esprit à chercher la cause de l’éruption des dents ? Cette cause est toute simple, elle se présente d’ellemême ; les dents sortent de leurs alvéoles parce qu'elles ne peuvent plus y demeurer renfermées, en raison de l'accroissement qu'elles ont subi ; elles sortent de leurs follicules comme les plumes, les poils et les ongles de leurs matrices particulières. C’est gravement s’abuser que de supposer que les parois alvéolaires, par leur rapprochement, et le fond de l’alvéole, en s’élevant, favorisent cette éruption; car d’un côté les alvéoles ne se rétrécissent pas transversalement, et, de l’autre, elles devien-

DES ORGAÎS'ES DIGESTIFS, lient de plus en plus profondes à mesure que les dents se développent. On voit en même temps^ en effet, les bords alvéolaires s’élèver et doubler la hauteur du corps de l’os, dans la mâchoire inferieure, par exemple.

Quoi qu’il en soit, voici les phénomènes qui caractérisent Téruption des dents : le tissu gengival est soulevé, la membrane muqueuse se gonfle, rougit d’abord, s’enflamme et devient douloureuse. Bientôt elle blanchit, une ou plusieurs ouvertures apparaissent à sa surface, suivant que la dent est munie d’un ou de plusieurs cuspides, et celle-ci paraît au dehors, dans le premier cas, après avoir simplement dilaté la voie unique qu’elle s’était préparée, dans le second, après avoir opéré la déchirure des différons points qui séparaient toutes les ouvertures particulières, et avoir transformé celles-ci en une seule.

Une dilficulté se présente naturellement ici : l’ouverture que traverse la dent pour se porter au dehors , est-elle le goulot dilaté de son follicule, ou bien résulte-t-elle d’une ulcération de la gencive? M. Delabarre n’hésite pas à se prononcer pour la première opinion: Le canal fibro-muqueux de Viler dentis, dit-il, n'est ni coupé ni divisé par les pointes que présente la partie émaillée des dent s ^ ainsi quon Va enseigné jusqii ici ; la route est toute tracée, elle n a besoin que d' etre élargie. Sans contester entièrement cette manière de voir, il est évident qu’elle a besoin d’une distinction. Sans doute, en effet, il est possible d’admettre que les dents canines, que les incisives même se bornent à dilater et à franchir le goulot de leur follicule, sans déchirer en rien la gencive ; mais la même explication ne convient plus pour les molaires, au niveau desquelles le tissu gengival présente plusieurs ouvertures qui, évidemment, ne sauraient toutes être attribuées à Viter demis ! '

M.^D^ih^arre. au reste, n’est pas le premier qui ait supposé -qùe’les dents sortent des alvéoles par l’ouverture naturelle de leur follicule. Hérissant s’est exprimé de la manière la plus claire à cet égard : en effet, après avoir établi une distinction importante entre la gencive proprement dite, qU’il appelle , comme nous l’avons déjà vu, gencive vraie, gencive permanente, et le cartilage qui la recouvre, cartilage c|u’il appelle gencive temporaire, il ajoute : Les vraies gencives, ies gencives pcrma-

nentes^ ne sont point déchirées ni percées par les dents qui sortent^ comme on parait Vaooir cru jusqu ici.

Modifications produites par le développement des dents. Il' èAt peu nécessaire d’insister, pour montrer ^ /?rion combien doivent être grandes les modifications imprimées aux os de la face par le développement des dents. Il suffit , en effet, de dire que ces ostéides doivent se ménager des cavités de re'ception, et qu’ils tiennent les mâchoires écartées de toute la hauteur qui leur est propre.

L’action des dents sur les parties molles de la face se réduit à une tension plus ou moins grande de ces parties.

Description des dents en particulier.

On compte trente-deux dents chez l’adulte, seize à chaque mâchoire.

Conformation. Les dents sont disposées symétriquement et semblables par conséquent à droite et à gauche ; toutefois les supérieures diffèrent un peu des inférieures; les premières sont généralement plus développées que les secondes. Les dents antérieures ne ressemblent ni aux postérieures ni aux latérales.

Les différences qui séparent les dents antérieures latérales et postérieures sont de toutes, les plus tranchées et les plus importantes, car elles sont fondées, non seulement sur la conformation, mais encore sur les usages de ces dents. Elles ont mérité leur distinction en trois espèces, les incisives ^ les canines et les molaires. Examinons successivement leur cstéide, et leur follicule* Considérées seulement sous le point de vue de leur partie ossiforme, les trois espèces de dents présentent des différences bien tranchées dans leur conformation

Les incisives , au nombre de huit , cjuatre à chaque mâchoire, occupent la partie antérieure de celles-ci, et, comme leur nom l’indique, elles servent surtout à diviser les alimens. Leur couronne est spliénique et comprimée d’avant en arrière. Leur face antérieure est convexe, et la postérieure concave. Leurs faces latérales sont planes et triangulaires. Leur bord libre est tranchant et présente trois dentelures inégales, la moyenne plus élevée que les latérales. Leur

racine €st simple, comprimée transversalement, quelquefois marquée d’un petit sillon longitudinal sur les côtés , et terminée par une extrémité ordinairement indivise. Leur cavité est simple dans le plus grand nombre des cas.

Il est inutile de répéter que les incisives supérieures sont plus grosses que les inférieures ; c’est un caractère que j’ai déjà indiqué , et qui d’ailleurs n’est pas particulier à ces dents. Mais ce qu’il importe de dire, c’est qu’à la mâchoire supérieure les deux incisives centrales sont plus fortes que les latérales, et que l’inverse a lieu à la mâchoire inférieure.

Les canines ,ou lanières sont au nombre de cjuatre, deux à chaque mâchoire. Elles sont placées de chaque côté à la suite de l’incisive latérale correspondante.

Destinées à déchirer les alimens, comme leur nom l’indique, ces dents ont une couronne conique, convexe en dehors, un peu déprimée en dedans, terminée par une pointe aiguë un peu élevée au dessus du niveau des autres. Leur racine est longue, grosse, toujours unique et moins aplatie latéralement que celle des incisives. Leur cavité intérieure est tout-âfait simple.

Les dents molaires sont plus nombreuses et plus postérieures que les autres ; 011 en compte vingt à chaque mâchoire. Elles servent particulièrement à moudre les' alimens, comme leur nom l’iiidique.

Ces dents sont remarquables par l’aplatissement du sommet de leur couronne. Cette partie est peu élevée, arrondie ou un peu carrée, et terminée par des cuspides qui ne sont jamais solitaires sur chaque dent, ce qui a valu à celles-ci la qualification de dents multicuspidées . Leur racine est le plus souvent composée, soit que ses diverses parties paraissent tout-à-fait isolées, soit cjue la matière calcaire les réunisse en un seul faisceau. Leur cavité intérieure, simple dans la couronne, est divisée dans la racine, et en raison directe de la division de celleci. La conformation de la partie ossiforme des dents molaires permet de les séparer en deux genres, les petites et les grosses.

Les petites molaires ou bicuspidées sont placées en avant des grosses , après les canines. Il y en a quatre à chaque mâchoire, deux à droite et deux à gauche. Leur couronne est aplatie d’avant en arrière , peu volumineuse , et terminée par

ia8 7 ANATOMIE

deux cuspides, l’un en dedans et l’autre en dehors^ celui-ci plus élevé que celui-là. Leur racine est tantôt simple et tantôt plus ou moins profondément bifide.

Les grosses molaires ou multicuspidées sont les plus fortes de toutes les dents. Leur couronne est quadrilatère, fort large et surmontée de trois, quatre ou cinq tubercules. La racine est toujours multiple, et ses branches divergentes, convergentes, séparées ou rapprochées, ce qui varie. La première grosse molaire, en procédant d’avant en arrière, est la plus grosse ; la seconde et la troisième vont en diminuant graduellement sous ce rapport. La troisième grosse molaire porte le nom de dent de sagesse , à cause de l’époque avancée de la vie vers laquelle elle sort de son alvéole.

Par exception à la règle générale que j’ai posée un peu plus haut, I® la couronne , mais la couronne seulement des grosses molaires supérieures est moins développée que celle des grosses molaires inférieures; 2® le follicule n’est pas disposé de la même manière dans les dillérentes espèces de dents; et on le concevra facilement, si l’on réfléchir cjue cette partie est la matrice de la dent proprement dite, et que celle-ci en particulier se moule sur la papdie.

Sans parler des différences c{ui dépendent de son volume, toujours en rapport avec la dent qu’il doit produire, le follicule dentaire en présente encore d’autres plus importantes.

Le sac du follicule des dents incisives et canines est simple comme les alvéoles dans lesquelles il est enfoncé; celui du follicule des dents molaires est subdivisé , au contraire , en quelque sorte, en un certain nombre de follicules secondaires.’

La papille est simple et uni-pédiculée dansles dents antérieures et latérales ; elle est plus compliquée et mulli-pédkulée dans les molaires. Son sommet est surmonté d’éminences, égales en nombre aux cuspides de la couronne, dans les dents multicuspidées.

Développement. L’histoire du développement particulier des dents doit naturellement être divisée en trois parties , suivant qu’elle se rapporte aux dents temporaires , aux dents permanentes , ou qu’elle traite plus particulièrement de ces curieuses anomalies , qui dotent l’homme avancé en âge d’une troisième espèce de dents que, pour cette raison, on pourrait appeler séniles.

Dents temporaires . (Première denlilion). Les vingt premières dents de renfaut , savoir les huit incisives , les quatre canines et les huit molaires, ne sont destinées qu’à une existence très courte; elles ne persistent pas ordinairement audelà des premières années de la vie*, pour cette raison, elles ont été appelées dents temporaires y dents infantiles y dents de laity et Ton a réuni sous le nom commun de première dentiiiojiy tous les détails qui se rapportent à leur histoire.

Tout ce que j’ai dit précédemment , en parlant de l’époqua à laquelle on commence à apercevoir les follicules dentaires, se rapporte aux dents temporaires ; je ne reviendrai pas sur ces détails. Je n’anticiperai pas non plus ici sur ce que je dois dire dans le paragraphe suivant, au sujet de l’origine des dents secondaires.

Les germes des dents de la première dentition se montrent justement dans l’ordre dans lequel devra se faire, un peu plus tard, l’éruption de ces dents. Leur disposition sous la gencive n’offre ’ ien qui n’ait été déjà indiqué ; j’ajouterai seulement , qu’à leur niveau, cette partie est plus dure , plus résistante qu’elle ne le sera par la suite ; qu’elle est même recouverte par une production cartilagineuse qu’on a | appelée ca/’fi/âtgc dentaire , et qu’on a comparée avec quelque raison au bec des oiseaux. Ce cartilage peut être isolé du reste de la gencive ; il forme une sorte de crête tranchante, sur laquelle on remarque souvent quelques saillies, quelques dentelures; ses bords forment un renflement léger à la surface de la muqueuse gengivale. Le cartilage dentaire a été considéré par Hérissant comme une gencive temporaire. « Soulevezde , dit ce savant, et au dessous vous trouverez la gencive permanente, la vraie gencive, et vous apercevrez les ouvertures des follicules dentaires. »

L’ossification, ou, pour parler plus exactement, la sécrétion calcaire des dents de lait commence de très bonne heure, vers le second mois de la vie intra-utérine. Tous les cinquante jours, à partir de cette époque jusqu’au septième mois de la gestation, il y a formation de quelque point d’une nouvelle dent, suivant M. Rousseau ; et ce n’est que vers le commencement de ce dernier terme, que les vingt premières couronnes dentaires, plus ou moins avancées dans leur développement, deviennent enfin appai’entes.

Page 1