‹ Nouveaux élémens d'anatomie descriptiveChapitre 8 sur 88 · IX · texte numérisé non relu

IX

i5o ANATOMIE

La formation calcaire des dents de la première dentition procède absolument dans le même ordre que l’apparition de leur follicule, et que leur éruption ultérieure. Elle commence d’abord pour l’incisive centrale inférieure, puis pour l’incisive centrale supérieure, et successivement pour l’incisive latérale, la première molaire , la canine et la seconde niolaiie.^

Les dents temporaires commencent d assez bonne heure a pa* raître hors de leurs alvéoles. Communément, c est du quatrième au huitième mois après la naissance que sortent les premières dents de lait. Les exemples cités par Fauchard et Bourdet , de quelques individus qui n’ont jamais eu de dents, ou qui ne les ont jamais eues toutes, sont tout-à-fait exceptionnels.

Vers le huitième mois, comme je viens de le dire, on voit sortir les deux incisives centrales } puis ensuite, du dixième au douzième, les deux incisives latérales, du douzième au quatorzième, les quatre premières molaires , à dix-huit mois les canines, et les quatre dernières molaires à deux ans environ.

Les dents temporaires se distinguent par des caractères bien tranchés des dents qui doivent leur succéder. On en compte vingt; c’est tout-à-fait par erreur que quelques personnes ont porté leur nombre a vingt-quatre. Les quatie dents qui paraissent vers l’âge de quatre ans ne doivent pas tomber ; elles n’appartiennent par conséquent point à la classe des dents temporaires; ce sont les premières grosses molaiies. Les dents temporaires ont leur couronne plus blanche et plus ronde que les dents permanentes. Leur collet est surmonté en dehors par une saillie légère , qui leur donne une apparence ventrue toute particulière. Les incisives et les canines sont un peu plus petites ; les molaires, au contraire, sont beaucoup plus grosses que celles de la seconde denWilion. Les incisives et les canines sont configurées, à peu de chose près, comme celles qui leur succéderont, mais il n’en est pas de même des molaires; celles-ci, en effet, sont de grosses molaires et non des dents bicuspidées, comme celles qui les remplaceront.

La raison de la différence remarquable qui sépare les molaires de la première dentition, et les petites molaires qui leur .succèdent, se déduit de l’usage même des grosses molaires. Ces dents sont bien plus importantes pour broyer les alimens que les petites ; aussi les mâchoires de l’enfant , trop peu éteii-

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dues pour admettre les molaires de tous les genres que Ton rencontre chez Fadulte, ont du être pourvues des plus utiles , des grosses par conséquent.

A la mâchoire supérieure, la première molaire de la première dentition est quadricuspidëe ; sa racine a trois divisions, dont deux sont accolées l’une à l’autre. La seconde molaire, plus grosse que la précédente , est pourvue de cinq cuspides et soutenue par trois racines divergentes.

Les dents molaires infantiles de la mâchoire inférieure sont à peu près semblables à celles de la mâchoire supérieure ÿ seulement elles sont un peu moins grosses cju’elles.

Les racines des dents temporaires sont généralement plus courtes et plus grêles que celles des dents permanentes ; mais croire, avec Van-Swieten et Auzébi, c]ue ces racines manquent tout-à-fait, c’est une erreur qu’il est à peine nécessaire de combattre, et à laquelle a seulement pu donner cours cette circonstance, que le plus souvent cette racine est détruite à l’époque de la chute spontanée de ces dents. Auzébi, toutefois, adhérait si fermement à cette opinion , qu’il critiquait très plaisamment ceux qui discutaient la question de savoir si les racines des dents temporaires sont usées ou non par la pression des dents de remplacement.

La substance des dents de lait est très analogue à celle des dents secondaires; cependant elle est un peu moins dure. Ces dents éclatent sous l’influence de la dessiccation , avec une facilité toute particulière, et que je n’ai vue signalée par aucun auteur.

Les frottemens usent les dents de lait avec une promptitude extrême. Marat a rapporté à l’académie le fait d’un jeune médecin, sur lequel les premières dents n’étant point tombées , elles ont été rapidement détruites presque jusqu’à la racine , comme les dents d’un vieillard. Quelques autres personnes ont fait des observations du même genre.

Les dents temporaires reçoivent leurs artères d’une branche particulière de l’artère dentaire, qui occupe un conduit distinct du canal dentaire lui-même. Ce conduit a été aperçu il y a long-temps , à la mâchoire inférieure, par Jourdain ; mais sa description avait été entièrement oubliée , lorsque M. Serres, se livrant à des recherches sur l’odontogénie, Ta

lôa ANATOMIE

trouve de nouveau , en a donné une description plus exacte , et a montre' qu’il est représente' par un canal analogue dans l’os maxillaire supérieur.

A la mâchoire inférieure , ce canal commence en arrière de l’ouverture supérieure du conduit maxillaire inférieur; il marche au-dessous de celui-ci, se porte ensuite un peu en dehors, et se termine au-dessous des alvéoles des dents de lait , après s’être en partie confondu avec le diploé de l’os, et s’être ouvert par un trou spécial situé au-dessous du trou mentonnier. Très grand chez le fœtus , il reste encore très développé chez l’enfant; mais il se rétrécit de plus en plus à mesure que les dents secondaires se forment et qu’elles pressent sur ses branches. Enfin , J sauf quelques cas exceptionnels, il disparaît après l’éruption des secondes dents.

Les dents de lait, en général, ne persistent pas au-delà de l’âge de six à douze ou treize ans. Vers cette époque de la vie elles deviennent vacillantes et tombent, à peu près dans Tordre de leur formation et de leur éruption.

Mais cette chute des dents primitives ne s’accomplit que sous certaines conditions , qui parfois ne se rencontrent pas toutes réunies ; ce qui empêche ou retarde le phénomène , comme les auteurs en rapportent des exemples.

Au moment de leur chute, les dents temporaires ont toujours subi un certain nombre de modifications , qu’il importe de faire connaître : leur racine est détruite dans une partie plus ou moins grande de son étendue , constamment, si c’est une molaire, moins constamment, si c’est une incisive ou une canine. L alteiation de ces dents, au reste, ne se borne pas à 1 extiéniité des lacinesî elles deviennent plus grêles, plus irrégulières dans toute leur étendue, leur canal s’élargit, et, d’après les observations de M. Duval , la partie interne de la couronne est elle-même érodée.

Ilj était impossible cjue des phenomenes aussi constans et aussi curieux n’occupassent pas vivement l’attention des physiologistes ; c est aussi ce qui est arrive , et les explications ont surgi de tous les côtés pour en rendre compte.

Ceux-ci, (Delécluse , Ungebaur , et M. Serres) les ont attribués à la compression exercée sur l’artère dentaire et à son oblitération ; ceux-la , a 1 action mécanique de la dent secon-

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daire sur la dent primitive ; Huiiter, à une action particulière; M. Delabarre, à la production d’un organe absorbant spécial.

De quelque façon qu’on retourne cette question , il faut reconnaître, avant tout, que c’est l’absorption qui y joue le rôle principal, comme Hunter l’a fort bien exprimé. Mais pourquoi cette absorption a-t-elle lieu? Sous quelle influence commence-t-elle et finit-elle à un âge déterminé? C’est là qu’est toute la difficulté. Sans aucun doute, ce n’est pas la seule pression exercée sur la racine de la dent de lait qui en détermine la chute ; car Hunter et tous les auteurs ont vu des dents de cette espèce tomber, sans les circonstances de cette pression.

Sans doute, il arrive parfois que les premières dents persistent après l’éruption des dents correspondantes de la seconde dentition ; mais il pourrait bien y avoir eu là autre chose que le défaut de pression exercée sur la dent de lait par la dent de nouvelle formation.

La dent de lait parait altérée, au moment de sa chute, comme si elle était réduite depuis long-temps à la condition d’un corps étranger ; elle est érodée comme certains pessaires qu’on a laissés trop long-temps séjourner dans le vagin; n’est-il pas très probable, par conséquent , comme Delécluse et Ungebaur l’ont prétendu, et comme M. Serres l’a soutenu de nouveau dans ces derniers temps, que les vaisseaux qui se rendent à la papille des dents de lait sont détruits par la compression qu’exerce sur eux la dent de remplacement ? La chose me paraît aussi bien établie que puissent l’être des faits de ce genre. Qu’on jette, "en effet, un coup d’œil sur une mâchoire d’enfant, sur laquelle on aura préparé les alvéoles des dents des deux dentitions et les conduits qui leur portent les vaisseaux, ce qui frappera au premier abord, c’est le trajet compliqué que ceux-ci doivent parcourir, pour se porter, du canal où leur tronc est placé, vers les alvéoles des dents de lait. Ce canal, en effet, occupe la partie la plus inférieure de l’os maxillaire, au dessous des alvéoles des dents de la seconde dentition; de sorte que les vaisseaux nourriciers des dents primitives, doivent se glisser sur les côtés des alvéoles des dents de remplacement , pour arriver à leur destination, Dans cet état, il est physiquement impossi-

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bleque ces vaisseaux ne soient pas promptement oblitérés par la pression, de jour en jour plus forte, que les dents secondaires exetcent sur les parties voisines, en se développant.

Des dents permanentes, (deuxième dentition.). Quand on songe combien est compliqué, combien est difficile, combien est long le travail de la formation des dents; quand on considère à travers combien d'écueils nous devons passer, pour obtenir enfin les dents dont nous avons besoin pour les usages ordinaires, celles qu’à moins d’accidens nous conserverons jusqu’à la fin de notre carrière, on se demande si la nature ne s’est pas un peu écartée, sous ce rapport, de sa marche ordinairement si simple et si prévoyante, et si , par exemple , elle n'eût pas dû nous éviter un double travail de dentition , et nous donner tout d’abord les dents que nous appelons permanentes ? Eh bien! on peut assurer , sans crainte d’être accusé d’optimisme, que la chose était impossible , et que la nature a été ici tout aussi admirable dans ses dispositions qu’on devait l’espérer.

En effet, l’enfant a besoin de dents dans ses premières années; mais ses mâchoires eussent été trop grêles, trop faibles, pour admettre des dents semblables aux permanentes. En outre, l’étendue très restreinte des arcs maxillaires dans le sens antéropostérieur, ne permettant pas d’y loger toutes les molaires, il a fallu y placer d’abord les plus importantes, les grosses; et comme par la suite, des dents de cette nature auraient gêné dans la position c|u’elles auraient conservée, force était bien de les remplacer par d’autres, plus en rapport avec les changemens apportés par le développement des parties.

Les dents permanentes sont au nombre de trente-deux, comme on le sait. Ces dents se partagent naturellement en deux séries : la première, seulement formée par les véritables dents de remplacement , comprend les vingt dents antérieures, qui doivent succéder aux dents de lait ; la seconde est constituée par douze dents qui sont primitü’ement permanentes ^ et qui représentent les grosses molaires de l’aclulte.

On connaît les caractères des dents permanentes; ces dents sont celles que l'on rencontre chez le sujet adulte et celles, par conséouent, qui ont dû servir de type à la description que j’ai donnée en commençant. Qu’il me suffise d’ajouter, pour opposer ces dents à celles de la première dentition, que les six

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dents centrales de la seconde dentition, les quatre inciswes et les deux canines , forment ensemble une masse supe'rieure à celle des quatre molaires réunies ; tandis que c^est l’inverse pour les dents correspondantes de la première dentition. Disons aussi que les deux premières molaires permanentes sont des dents bicuspidées, tandis qu’il en était autrement auparavant. C’est, en effet, une règle générale, dit Cuvier, que les molaires de remplacement aient une couronne moins compliquée que celles auxquelles elles succèdent, et que la çomplicaÿon de la couronne se trouve reportee sur les molaiies permanentes qui poussent plus en arrière.

Les dents permanentes reçoivent leurs vaisseaux du tronc même de l’artère dentaire, qui passe immédiatement au dessous ou au-dessus de leurs alvéoles.

On commence à apercevoir le germe des dents permanentes antérieures dès les premiers temps de la vie intia~uterine , a trois mois, presque à l’époque à laquelle on distingue les germes des dents temporaires. Alors ces germes sont très petits, suspendus à la membrane gengivale par un filet muqueux long d’une ligne à peu près, et placés en arrière des germes de la première dentition.

Les germes qu’on remarque d’abord, sont ceux des dents permanentes de la première série, de celles qui doivent remplacer les dents de la première dentition. L’ordre dans lequel ils se forment et se traduisent à l’œil de l’anatomiste , est celui qui a été précédemment indiqué pour les germes des dents temporaires. M. Serres a constaté la formation du germe de la grosse molaire pendant les derniers temps de la vie intra-utérine; ceux des d-Cux dernières dents n apparaissent qu après la naissance. Chez le fœtus, les germes des dents permanentes sont beaucoup plus petits que les autres. D’abord les uns et les autres sont placés sur le même plan ; mais bientôt l’os maxillaire acquérant plus de hauteur, ils se portent en bas, en glissant sur les germes des dents de la première dentition, et se placent au dessous d’eux, à la faveur *d’un alongement remarquable de leur

collet ou ductus dentis.

Dans le principe, les germes des deux dentitions sont réunis ensemble dans la rigole alvéolaire des mâchoires; plus lard

seulement des cloisons les séparent et leur constituent des alvéoles séparés.

Après la naissance, à la mâchoire inférieure, les incisives centrales sont adossées à la partie postérieure des racines de celles qu’elles doivent remplacer; et comme elles sont plus larges qu’elles, elles anticipent un peu sur leurs cloisons. Les incisives latérales, plus fortes encore que les précédentes, sont placées derrière la cloison qui sépare Lincisive latérale de la canine de la première dentition. La canine est plus enfoncée dans l’épaisseur de la mâchoire que les autres ; elle est placée hors de rang, en avant de la précédente, sous la lame antérieure du procès alvéolaire , qu’elle soulève quelquefois d’une manière remarquable. La première molaire est placée au-dessous et en arrière de la dent qu’elle doit remplacer; tandis que la seconde molaire est tout-à-fait sous-jacente à la seconde molaire de la première dentition.

On conçoit parfaitement, d’après cela , pourquoi la canine se trouve rejetée hors de rang: en effet, ainsi que je l’ai montré, les molaires de remplacement correspondent exactement aux molaires de la première dentition , et comme les germes des incisives permanentes sont à eux seuls aussi gros que les incisives et les canines de la première dentition, force est bien à la canine rudimentaire de chercher une position excentrique à celle des dents de sa série.

Un an environ après l’époque de la naissance, les germes des dents de la seconde dentition sont séparés les uns des autres et des dents de lait, par des cloisons osseuses, qui leur forment des loges spéciales. Ces loges ou alvéoles sont percées d’un canal à cliacune de leurs extrémités opposées, d’un côté, pour les vaisseaux et nerfs qui forment le pédicule delà papille dentaire, de l’autre, pour le collet ou Xe ductiis du follicule delà dent. Ce dernier , qu’on n’avait d’abord observé qu’antérieurement , et qu’on avait appelé incisif ^ pour cette raison, est d’une existence beaucoup plus générale ; il ne s’ouvre pas dans l’alvéole de la dent de la première dentition , comme Fallope le croyait; mais il se termine sur le rebord alvéolaire, en arrière des alvéoles des dents primitives.

Le follicule des dents permanentes est une dépendance de la membrane muqueuse de la bouche, comme celui des dents

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caduques. Il se continue avec cette mem brane au moyen d’un long diictus , qui a été parfaitement bien décrit par Fallope qui l’appelait second pédicule du germe. Ce ductus traverse le conduit osseux que présente la partie supérieure de l’alvéole, et vient se mettre en rapport avec la membrane muqueuse buccale ; Albinus croyait à tort que celui des molaires allait se terminer dans les alvéoles des dents de lait.

Meckel considère les follicules des dents primitives et secondaires comme réunis les uns aux autres par leur membrane fibreuse. Il suppose même que ceux des dents permanentes procèdent, par gemmation^ de ceux des temporaires-, ils reposent, dit-il, d’abord immédiatement sur eux, et plus tard même encore, lorsqu’ils se sont alongés, ils communiquent avec eux par de longs et minces cordons. Cependant mes observations m’ont appris que cette communication n’a lieu qu’entre les feuillets externes des follicules dentaires, et que les feuillets internes, bien autrement essentiels, sont tout-à-fait isolés les uns des autres; de sorte que le nouveau sac dentaire se développe près de l’ancien, sans que sa cavité soit en communication avec la sienne. Si cette communication existait , il faudrait au moins qu’elle n’eût lieu qu’à une époque très reculée, puisque je n’ai jamais pu la découvrir, même en examinant les follicules des dents permanentes au moment de leur première apparition.

Les dents permanentes de remplacement se développent dans leur follicule, et s’accroissent suivant un ordre, d’après des lois que j’ai formulées dans la description générale, et sur lesquels il est par conséquent inutile de revenir. Lorsque ces dents ont acquis un certain développement, elles font effort de toutes parts sur les parois de leurs loges : en arrière, elles refoulent la lame linguale du bord alvéolaire; en avant, elles 'Compriment les vaisseaux qui viennent du canal dentaire accessoire et qui se portent aux dents caduques, y gênent la circulation d’abord, et plus tard en produisent l’atrophie ; en avant et en haut, elles pressent sur le septum qui sépare leurs alvéoles de celles des dents de la première dentition ; enlin, en bas ou en haut, suivant la mâchoire que l’on examine, elles refoulent les troncs meme des vaisseaux et du nerf dentaires.

Au bout d’un temps assez court, comme je l’ai déjà expliqué

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en parlant de la chute des dents de lait, le pe'dicule de la papille de ces dernières est détruit , leur follicule s’atrophie et les dents elles-mêmes, réduites à la condition d’un véritable corps étranger, subissent toutes les modifications que ces corps éprouventj lorsqu’ils se trouvent pendant un certain temps au milieu de nos tissus : elles se ramollissent, se détruisent par leur base et tombent plus ou moins promptement, suivant que ces phénomènes se succèdent avec une plus ou moins grande rapidité.

Dans cette élévation successive de la dent de remplacement par le sacrifice de la dent primitive, tantôt, le plus souvent même, le septum qui sépare l’alvéole de ces deux dents est détruit; les deux alvéoles sont confondues en une seule, et la couronne de la dent de la seconde dentition presse immédiatement la racine de la dent de la première ; tantôt, la dent se fraie un passage vers le bord alvéolaire , sans altérer la paroi de l’alvéole de la dent qu’elle doit remplacer. Dans le premier cas, la pression de la dent secondaire vient ajouter un élément nouveau de destruction à tous ceux dont la dent caduque était déjà entourée , sa chute en devient plus certaine et son époque plus rapprochée ; alors aussi la dent permanente se place dans l’alvéole^devenue vide, et se porte au dehors ultérieurement sans aucune difficulté. Dans l’autre cas, que Hunter représentait bien à tort comme l’état normal, les dents se pnr-. tent en arrière de l’alvéole de la dent de lait, dirigées de ce côté par leur ducliis ; elles se creusent une ouverture particulière en dilatant le pertuis osseux qui a été décrit plus haut, et les alvéoles des dents de lait se resserrent et s’oblitèrent.

Il est Inutile de faire remarquer que les changemens qui viennent d’être décrits ne se rapportent qu’aux vingt dents permanentes antérieures , puisqu’il n’j a que vingt dents car \ duques.

Les dents permanentes, comme celles de lait, sortent suc- I cessivement de leurs alvéoles dans l’ordre suivant : la première j grosse molaire, l’incisive centrale, l’incisive latérale, la pre- i mière petite molaire, la canine, la seconde petite molaire et la j seconde grosse molaire; la troisième grosse molaire paraît la i dernière. D’abord, comme on le voit, la première dent de la | seconde série sort de son alvéole ; ensuite toutes les dents de j la première série remplacent les dents caduques , et enfin j

l’issue de la dernière grosse molaire termine la seconde den^ tition.

C’est à quatre ou cinq ans environ que la première grosse molaire sort de son alvéole ; elle se place immédiatement derrière la seconde dent molaire de lait. Son éruption suit de très près celle de la précédente ; de sorte que quelques personnes l’ont rangée , mais à tort , parmi les dents de la première dentition.

L’incisive centrale se montre de six à huit ans, après la chute de la dent de lait correspondante. L’incisive latérale sort peu de temps après la précédente.

La première petite molaire paraît au dehors vers l’âge de neuf ans ; la canine, de dix à onze ; la seconde petite molaire , de onze à treize ; la seconde grosse molaire, de douze à quatorze; et enfin la troisième grosse molaire, dite dent de sagesse j sort de son alvéole à une époque qui varie entre dixhuit et trente ans.

Blake et Bichat ont avancé que la première molaire de lait est remplacée par les deux petites molaires de la seconde dentition; c’est une erreur que la plus simple inspection suffit pour faire reconnaître , erreur que j’ai relevée dans mon édition de l’anatomie générale de Bichat.

Toutes les grosses molaires sont dirigées obliquement au moment de leur apparition; plus tard elles se redressent lorsque les bords alvéolaires, refoulés par elles, se modifient euxmêmes dans leur direction.

Placée au pied et à la partie antérieure de l’apophyse coronoïde, la dernière dent grosse molaire inférieure se développe si près de cette partie, que par fois elle éprouve une grande difficulté à se dégager de la lame osseuse c{ui la recouvre, et que même assez souvent elle reste enfermée dans les parois alvéolaires , ou se dévie vers la langue, après avoir donné naissance à des accidens variés.

La seconde dentition ne s’accomplit pas toujours aussi exactement que je l’ai indiqué ; diverses circonstances peuvent la troubler, comme je l’ai laissé entrevoir dans le cours de ma description , et imprimer aux dents des caractères assez curieux.

Un premier fait qu’il m’importe de signaler avant tout^ sous

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ce rapport, c'est l'absence du développement des dents permanentes de la première série , avec persistance des dents primitives, absence de développement qui peut comprendre toutes les dents auxquelles je fais allusion, ou bien en atteindre quelques-unes seulement.

J’ai en ce moment sous les yeux une personne de trente- huit ans, qui a conservé jusqu’à trente ans la seconde molaire inférieure droite de lait, et chez laquelle cette dent n’a pas été remplacée. Il est plus commun d’observer des cas d’issue des dents secondaires, sans la chute des dents primitives; et ce vice de conformation , comme le précédent , peut porter sur une partie plus ou moins, étendue de la mâchoire. Pline dit que l’on a observé ainsi deux et même trois rangées de dents; Plaff a observé souvent trente-trois ou trente-quatre dents ; Sœmmering en a vu trente-six, etc. Certains individus ont une disposition particulière à présenter ces sur-dents. On a expliqué de diverses manières l’origine de cette variété; on l’a surtout attribuée au défaut de communication des alvéoles de la première et de la seconde dentition, et à l’absence de pression des dents caduques et permanentes les unes sur les autres. Sans vouloir nier le moins du monde l’influence que peut avoir cette circonstance dans le cas qui m’occupe , je dois dire que , peutêtre, cette variété dépend-elle quelquefois de l’absence de l’artère de la première dentition, comme M. Serres l’a observé, et de l’origine , par un tronc commun , des artères des dents primitives et des dents secondaires.

Il est plus ordinaire de voir les dents sortir dans un ordre et à des époques qui ne sont pas tout-à-fait ceux que j’ai indiqués. La seconde petite molaire sort souvent avant la canine ; quelquefois aussi l’issue de celle-ci est retardée ; bien plus, j’ai déjà cité un cas dans lequel cette dent n’a jamais paru.

Dents séniles. (Troisième dentition.) S’il est un fait que mette ; en lumière l’histoire de la formation des dents , c’est assuré- : ment celui-ci, que les deux dentitions ont été calculées d’après la durée ordinaire de la vie, et qu’elles suflisent, à moins | de circonstances particulières auxquelles notre genre de vie i ne donne que trop souvent naissance, pour assurer des dents | à chaque individu pendant toute son existence. Aussi , doit-on I reconnaître que ce nombre de dentitions est primiiivement I

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dans notre destine'e, que les exceptions à cette loi doivent être extrêmement rares, et qu’elles n’apparaissent que comme des jeux que la nature se permet quelquefois, pour nous laisser entrevoir sa force et sa puissance.

Joubert rapporte qu’une dame de qualité ayant perdu toutes ses dents, il lui en repoussa vingt nouvelles à lage de soixantedix ans. Senner rend compte d’un fait semblable chez une dame de Silésie, â laquelle il perça, à un âge à peu près pareil, vingt dents nouvelles, dont l’éruption fut accompagnée d’accidens analogues à ceux qu’éprouvent les enfans, lors de leur première dentition. Eustacbi assure que les dents incisives ayant été arrachées à un jeune homme de vingt ans, elles lui revinrent la même année. Dufay, médecin du port de l’Orient, a vu dans cette ville un homme de quatre-vingt-quatre ans que la nature dota à cet âge de deux incisives et de deux canines. Geli- 1er parle d’une canine qui s’est renouvelée jusqu’à trois fois. Hunter cite également des cas de dents qui s’étaient renouvelées après soixante-dix ans. Moi-même j’ai trouvé dans une mâchoire d’adulte, immédiatement au-dessous de la première petite molaire, une dent nouvelle dont la couronne était à moitié formée , les deux petites molaires existant de ce côté.

Quoi qu’il en soit, les auteurs ne sont pas d’accord relativement à la manière dont on doit interpréter les faits qu’on cite généralement comme appartenant à une troisième dentition. Les uns prétendent qu’ils se rapportent tout simplement à des éruptions retardées des dents de la première ou de la seconde dentition ; les autres trouvent plus simple de les nier, et d’en appeler à une observation plus éclairée.

Des deux côtés il y a exagération, et par conséquent erreur. Peut-on croire , par exemple , qu’il y eut simple retard, dans l’issue de la canine de remplacement, dans le cas de Gehler, où cette canine se renouvela trois fois ? Est-il possible de conserver quelque doute sur un rudiment de troisième dentition, en face de l’observation qui m’appartient? On ne saurait soutenir, en effet, que dans ce cas la dent rudimentaire n’était pas une dent nouvelle ; car elle était placée sous des dents bicuspidées, et, comme on le sait, les dents de cette espèce ne paraissent qu’à la seconde dentition.

Du reste , ce qui apparaît le plus clairement dans les cas de

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troisième dentition qui sont rapportés par les auteurs, c’est que la plupart de ceux dont l’autlienticité ne saurait être contestée, ont trait à des dentitions extrêmement incomplètes , au renouvellement isolé d’une ou de deux dents : aussi Hunter fait-il remarquer, avec juste raison, que cette troisième dentition, au lieu d’être un bienfait de la nature, est au contraire un inconvénient, lorsqu’elle a lieu chez un vieillard qui a perdu toutes ses dents. Isolés , en effet, le plus souvent sur les arcades dentaires, et manquant de points d’appui de la part des dents opposées, ces ostéides irritent, enflamment, ulcèrent les gencives, et peuvent mettre la personne qui les porte dans la nécessité d’en faire pratiquer l’avulsion.

Influence des dents sur la face. Il est peu nécessaire d’insister pour montrer à priori^ combien doivent être grandes les modifications imprimées aux parties voisines par les dents ; il suffit de dire que ces ostéides doivent se ménager des cavités de réception , et qu’ils écartent les mâchoires de toute la hauteur qui leur est propre.

Les dents font plus particulièrement sentir leur influence aux os maxillaires : aussi devons-nous porter toute notre attention sur cette partie de leur hisîoire.

L’action des dents sur les mâchoires s’exerce de deux manières distinctes : directement, sur les arcades dentaires ; indirectement, sur le bord inférieur de l’os maxillaire inférieur, sur le canal dentaire inférieur, sur l’angle de la mâchoire, sur l’apophyse mentonnière, sur le trou mentonnier, sur les rapports du condyle et de l’apophyse coronoïde, sur l’apophyse ptérygoïde, sur la tubérosité molaire et sur le trou sousorbitaire.

Les changemens imprimés par les dents aux arcades dentaires portent sur la forme et sur les dimensions de ces arcades.

Les os maxillaires sont réellement formés de deux parties distinctes, l’une étrangère aux dents et l’autre dentaire proprement dite. La partie dentaire, la seule qui doive nous occuper ici , est la moins étendue ; elle est toujours en rapport de développement avec le développement des dents ; et de même que les extrémités de la vie se ressemblent beaucoup sous le rapport du système dentaire , de même aussi la

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partie correspondante des os maxillaires subit, dans le premier âge , une série de modifications qui se répètent très exactement dans un âge avancé.

D’abord nulle ou presque nulle, la partie dentaire des os maxillaires se présente sous l’apparence d’une simple rigole, à l’époque où les germes des dents commencent à se développer. Plus tard , elle est séparée en un certain nombre A^ahéoles communs aux dents de la première et de la seconde dentitions. Plus tard encore elle présente deux séries d’alvéoles distinctes, pour les dents de lait et pour celles qui les remplaceront. Après Téruption des dents permanentes elle n’offre plus qu’une seule série d’alvéoles pour ces dents. Enfin, après la cliute des dents permanentes, les alvéoles s’oblitèrent, la partie alvéolaire des os maxillaires s’affaisse, et reprend graduellement les caractères qu elle offrait chez les plus jeunes embryons.

Les bords alvéolaires sont modifiés d’une manière remarquable dans leur dimension, par l’accroissement des dents. Sous le rapport de la hauteur , ils suivent très exactement le développement de la racine de cés ostéides, comme on a pu l’inférer de ce qui a été dit dans le précédent paragraphe. Sous le rapport de la largeur, ils sont à leur maximum de développement vers l’âge de cinq ou six ans , lorsqu’ils recèlent à la fois les dents de la première et de la seconde dentitions; avant et après cette époque, leur largeur proportionelle diminue graduellement. Enfin, sous le rapport de la longueur, ils offrent des changemens plus compliqués, et dont il importe de bien apprécier toutes les circonstances.

L’étendue en longueur des bords alvéolaires est nécessairement proportionnée, jusqu’à un certain point, au volume et au nombre des dents qu’ils renferment. Aussi peut-on affirmer, sans crainte d’être démenti par personne , que ces bords croissent continuellement, sous ce rapport, depuis le commencement de la vie, jusqu’à la sortie de la dent de sagesse , et c{ue s’ils ne décroissent pas beaucoup en longueur chez le vieillard, après la chute des dents , cela tient unicpiement à ce f|u’ils sont maintenus par les parties non dentaires des os maxillaires, qui ne peuvent pas diminuer de leur côté.

Chez l’adulte , les bords alvéolaires sont séparés en deux

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portions de longueur égale, par une ligne qui passerait au devant de la première dent grosse molaire de chaque côté. Jusqu’à Te'poque de l’eViiption de la dent de cinq ans, la première grosse molaire , les bords alvéolaires sont réduits à leur portion antérieure. A partir de cette époque, leur portion postérieure existe, mais elle est de beaucoup inférieure, sous le rapport de sa longueur, à la .portion antérieure. A Tâge de dix ans environ, la portion postérieure du bord alvéolaire s’alonge en arrière, de toute la place nécessaire à la deuxième dent grosse molaire, qui sort de son alvéole. Enfin plus tard encore, lors de l’éruption de la dent de sagesse, les deux parties des bords alvéolaires sont égales en longueur, comme je l’ai déjà dit en commençant.

Ce simple énoncé des phases que parcourt successivement le bord alvéolaire , à mesure que les dents se développent, suffit pour montrer, d’une part, que les dents sont la cause de ces modifications , et d’autre part , que celles-ci portent exclusivement sur la partie postérieure des mâchoires, comme Hunter et et Miel l’ont prouvé, contrairement aux assertions de Blake et de Léveillé.

Après la chute des dents, les arcades alvéolaires diminuent de longueur d’arrière en avant, et tendent à reprendre leurs conditions premières sous ce rapport. Chez l’enfant de cinq ans, les bords alvéolaires sont demi-circulaires^ ils sont paraboliques chez l’adulte; ils redeviennent demi-circulaires chez le vieillard.

C’est Miel qui a attiré l’attention des anatomistes sur les changemens imprimés par les dents au bord inférieur de Vos maxillaire inférieur. Il a montré que ce bord est légèrement arqué , surtout en arrière , et qu’il ne peut pas reposer sur un plan horizontal chez l’enfant et le vieillard , tandis qu’il est tout-à-fait horizontal chez l’adulte.

M. Duval est le premier qui ait fait connaître les changemens imprimés par le développement des dents au trou rnenlonnier. Il a constate que ce trou est très voisin de la symphyse à l’époque de la naissance , et qu’il s’en éloigne de plus en plus, en se portant en arrière, à mesure que les dents de lait se développent. D’après ses recherches , à la naissance , cette ouver-

turc répond â la cloison inter-alvéolaire de la canine et de la }3remière molaire. Lorsque les quatre incisives sont sorties , elle se trouve au dessous de l’alvéole de la première molaire. Après l’e'ruption des dix dents de lait, elle devient un peu plus postérieure que dans les cas précédens. Lorsque la première grosse molaire paraît au dehors , elle répond à la cloison qui sépare les deux molaires de la première dentition. Enfin lorsque la dent de sagesse a paru, cette ouverture se rencontre presque toujours, à quelque chose près, au dessous de l’alvéole qui sépare la première et la seconde molaires.

Pour bien apprécier les changemens imprimés par le dévelop^ pement des dents à V apophyse ptérygoïde, il ne faut pas perdre de vue que cette apophyse est à l’arcade dentaire supérieure^ ce que le bord postérieur et l’angle de l’os maxillaire inférieur sont à l’arcade dentaire inférieure ; que l’un et l’autre servent de point d’appui à la partie postérieure du rebord alvéolaire ; et que tous deux étant libres en arrière, ils sont bien disposés à suivre le bord alvéolaire dans tous ses changemens. Au reste , comme on va le voir , l’analogie qui rapproche ces deux parties n’est pas seulement fondée sur des vues théoriques,, robservatiori et la comparaison des modifications qu’elles subissent sous l’influence du développement des dents, en donnent la confirmation la plus positive.

Bans le jeune âge, à la naissance particulièrement , l’apophyse ptérygoïde, comme le bord laostérieur de la mâchoire infeiieuie, est oblique en bas et en avant. Lorsque les trentedeux dents sont sorties de leurs alvéoles, l’angle que cette apophyse forme avec l’horizon est sensiblement droit. Enfin après la chute des dents de la mâchoire supérieure, l’apophyse ptérygoïde reprend la direction oblique en bas et en avant qu elle avait dans les premiers temps de la vie.

Les changemens imprimés par le développement des dents au trou sous-^orbitaire , sont analogues à ceux que subit le trou mentonnier à la mâchoire inférieure. A la naissance, en elïèt le trou sous-orbitaire est placé à la hauteur de la cloison qui sépare les alvéoles de la canine et de la première molaire. Lorsque les dix dents de lait supérieures paraissent au dehors, il devient un peu plus postérieur. Il est placé au dessus de la cloison de séparation des deux molaires de la première

I46 AINATOMIE

dentition, lorsque la première grosse molaire supérieure s’est dégagée de son alvéole. Enfin à partir de ce moment , ses rapports ne changent plus d’une manière sensible.

La tubérosité molaire^ dans la mâchoire supérieure , \ apoplijse coronoïde dans la mâchoire inférieure , subissent des changemens assez importans sous l’influence du développement des dents. Long-temps ces parties renferment les dernières molaires, et en reçoivent un volume considérable. A I^l naissance , la tubérosité molaire , en particulier , est tout -à-fait rudimentaire , elle commence à se i enfler peu de temps après lors du développement de la première grosse molaire. Après l’éruption de cette dent, elle conserve encore son renflement en dehors et en arrière , parce qu’elle doit successivement renfermer les germes de la seconde et de la troisième grosses molaires. Enfin , après l’éruption de la dent de sagesse , la tubérosité molaire n’existe plus à proprement parler ; le bord alvéolaire n’a pas plus d’étendue transversale en ce point que partout ailleurs ; il en offre même un peu moins qu’à la hauteur de la première grosse molaire.

U angle facial subit aussi des cliangemens 8ous ï influence du développement des dents. Appuyé en arrière sur les apophyses ptérygoïdes, le bord alvéolaire supérieur ne peut, malgré ce que j’ai dit plus haut des cliangemens de direction de ces apopliy- , ses, se développer beaucoup de ce côté ; il est par conséquent forcé d’exprimer son alongement , jusqu’à un certain points par une saillie plus grande de sa partie antérieure , et de rendre, de la sorte, plus oblique à l’horizon la ligne faciale de Camper. C’est aussi ce qui ne manque pas d’arriver , à mesure que les dents sortent de leurs alvéoles , et ce qui ôte à la physionomie de l’enfant quelque chose de cette finesse , de cette intelligence qui la caractérisent.

Dans l’âge adulte, les dents molaires moyennes de la mâchoire supérieure exercent, par leurs racines, une influence reîiiarquable sur la paroi inférieure du sinus maxillaire , elles la soulèvent et la rendent en quelque sorte flexueuse. Quelques auteurs ont dit que c’est pour diminuer le plus possible l’action des racines de ces dents sur le sinus, que la nature les a rendues divergentes. Quoi qu’il en soit, chez f enfant , la brièveté des racines dentaires , d’une part, l’état ru-

dimentaire du sinus^ de l’autre^ rendent nulle Faction que je mentionne ici. Chez Fadulte, au contraire, tout se réunit pour lui donner une importance très grande : le sinus est très large, les racines des dents ont dès long-temps acquis toute leur longueur , et surtout elles plongent tout entières dans leurs alvéoles. Chez le vieillard, sans doute le sinus a pris un développement nouveau, sans doute, pour cette raison, sa paroi inférieure s’est portée d’elle-même à la rencontre des racines des dents; mais celles-ci ont déjà été repoussées parla contraction des parois de leurs alvéoles, de sorte que le phénomène est moins marqué que vers le milieu de la vie.

Quant aux chan^emens produits par les dents ^ sur le canal dentaire , sur V angle , sur r apophyse mentonnière et sur la position relative du condyle et de V apophyse coronoïde de la mâchoire inférieure y pour les étudier, voyez tom. 1. page 128 et 129.

Usages des dents. Les dents jouent dans l’économie de l’homme un rôle d’une importance assez grande et assez variée. Elles concourent à former une barrière qui retient la salive dans l’intérieur de la bouche ; elles agissent dans, la préhension, dans la mastication de certains alimens, dans la prononciation ; elles sont susceptibles de recevoir des corps extérieurs et de transmettre au cerveau certaines impressions; enfin elles peuvent même, jusqu’à un certain point , être un moyen d’attaque et de défense.

Toutes les dents peuvent être employées à la préhension des substances solides, mais, le plus souvent, ce sont les incisives qui sont chargées de ce soin ; ces dents pressent en sens opposés le corps qui doit être porté dans les voies digestives, et en séparent une portion plus ou moins considérable. Les incisives sont merveilleusement disposées pour cette fin, car elles sont tranchantes à leur extrémité libre et se croisent , de manière à agir comme des branches de ciseaux. Mais, d’un autre côté, placées à l’extrémité du levier des mâchoires, elles ne peuvent presser avec force les corps qui leur sont opposes ; aussi lorsque ceux-ci doivent offrir une très grande résistance à la section, est-il nécessaire de les présenter aux incisives sous un petit volume , afin de ne pas avoir un grand écartement de la mâchoire inférieure , circonstance dans laquelle les muscles élévateurs de celle-ci , dirigés plus oblique-

i48 ANATOMIE

ment, auraient une force efficace beaucoup moins grande.

Les dents canines sont plus propres à déchirer qu à couper les alimens; à la faveur de la pointe de leur couronne, elles peuvent pénétrer profondément les substances qui leur sont opposées; et la longueur de leur racine leur permet de résister avec une grande énergie. Ajoutons que les canines sont déjà placées plus près du point d’appui du levier maxillaire que les incisives, et que, pour cette raison, elles rendent plus avantageux à la puissance, le bras de levier par lequel elles agissent.

Les molaires ne sont que rarement employées à la préhension des alimens , parce que leur forme les rend toul-à-fait inhabiles à les diviser ou à les déchirer; leur secours n’est guère invoqué, que dans les cas où Ton veut faire concourir à la préhension, la main d’une part, et les muscles extenseurs de la tête de l’autre. Mais alors les molaires agissent seulement comme une pince, avec laquelle on retient le corps que l’on veut déchirer, soit qu’on le tire avec la main en résistant seulement au moyen des muscles de la nuque, soit qu’on le sollicite en sens contraire avec ces deux puissances. Les molaires, au reste, sont aussi bien disposées pour exercer une forte pression, qu’elles le sont mal pour trancher ou pour lacérer ; non seulement , en elfet , elles sont très rapprochées du point d’appui du levier par lequel elles agissent , ce qui donne très peu de longueur au bras de la résistance de celui-ci ; mais encore, à la faveur de rengrènement réciproque de leurs eus p ides, elles retiennent les corps, comme le font ces pinces c{u’on appelle à dents de loup^ et ne peuvent presque pas lâcher prise. C’est plutôt cependant chez les animaux carnassiers que chez l’homme, que les molaires deviennent instrumens de préhension; chez nous, les incisives et les canines servent bien plus souvent en cette qualité.

Mais si les dents molaires, chez l’homme, sont peu utiles à la préhension des alimens, il n’en est pas de même pour la mastication ; elles réunissent, en effet, les conditions les plus avantageuses pour écraser et réduire en parcelles très fines les substances qui sont soumises à leur action : leur couronne est i large à son sommet, et munie de quelques inégalités qui al- |

ternent d’une mâchoire à l’autre; de sorte qu’elles peuvent j

retenir long-temps les substances sur leur surface, et mieux en i

assurer la trituration. Si l’on ajoute ensuite que les molaires sont pourvues d’une racine souvent subdivisée en plusieurs brandies 5 et reçues dans des alvéolés particulières, on verra que tout, chez elles, a été calculé pour en faire des instrumens très parfaits de mastication.

Ce n est pas seulement dans la disposition , dans ^arrangement des dents que la nature a pris les précautions les plus heureuses pour le but qu’elle se proposait, elle a encore établi l’harmonie la plus parfaite entre les efforts exercés par la mâchoire inférieure et la résistance que leur oppose la mâchoire supérieure. Au niveau des dents incisives supérieures qui ne supportent jamais que des efforts peu considérables de la part des incisives infeiieures, 1 arcade alvéolaire n’avait pas besoin d’être beaucoup soutenue ; aussi répond-elle à l’ouverture antérieure des cavités nasales. Au niveau des dents canines qui devaient, dans quelques cas, être fortement ébranlées , et qui sont aux animaux carnassiers d’une utilité si journalière pour déchirer leur proie, le bord alvéolaire a été solidement appuyé contre l’apophyse orbitaire interne de l’os frontal , par 1 intermediaire de la colonne fronlo-jicisalc de la mâchoire supérieure. Enfin en arrière , au niveau des dents molaires qui font presque tous les frais de la mastication, et qui devaient etre pressées par la mâchoire inférieure avec une grande force, la nature a doublement arc-bouté le bord alvéolaire supérieur contre la base du crâne, par l’intermédiaire des colonnes zjgomato^jugale et ptérjgoïdienne .

H est superflu de faire remarquer que c’est à la condition de passer à plusieurs reprises sous la meule des dents molaires, que les alimens peuvent être modifiés d’une manière suffisante pendant 1 acte de la mastication ^ et qu’ainsi les mouvemens des levres et de la langue doivent se combiner avec ceux de la mâchoire inférieure, pour reporter entre les dents les alimens c[ui leur échappent sans cesse, et qui pourraient autrement se soustraire à leur action.

Il est egalement inutile de dire tout l’avantage qui résulte, pour la transmission des forces, de la forme conique de la racine des dents; en effet, la force qui presse celles-ci, et qui tend à les enfoncer dans leurs alvéoles, est entièrement décomposée : une partie fait effort pour écarter, l’autre pour

i5o ANATOMIE

abaisser les parois alvéolaires , et au lieu d’agir à rextrémité de la racine et de porter sur les vaisseaux et les nerfs qui forment le pédicule de la dent , elle agit sur toute la surface de l’alvéole. Remarquez d’ailleurs, que les dents ont d’autant plus de racines, c’est-à-dire de moyens de transmission des forces à la mâchoire, que les efforts qu’elles doivent supporter sont plus considérables.

Lorsque l’on ne continue pas la mastication assez long-temps, la chymification se fait difficilement ; l’estomac irrité par des alimens trop réfractaires, parce qu’ils ne sont pas assez divisés , souffre , s’enflamme , des accidens se développent. Les vieillards qui ont perdu leurs dents sont obligés d’adopter un régime particulier, sous peine d’éprouver les accidens qui viennent d’être signalés.

L’influence des dents sur l’articulation pure et nette de certains sons, est un fait qu’il suffit d’énoncer ici , pour qu’il soit immédiatement compris par tout le monde ; mais les dents ne sont pas toutes également importantes sous ce rapport ; les incisives doivent être placées en première ligne, les canines ensuite, puis les premières molaires ; les dernières dents n’ont aucune ou presque aucune influence sur la prononciation.

Les dents, et surtout les dents antérieures, n’agissent pas seulement dans la prononciation, en conservant à celle-ci sa netteté et sa précision; elles empêchent en outre l’expulsion continuelle de la salive pendant la conversation.

Variétés des dents. Les variétés des dents sont fort nombreuses, et comme celles de presque tous les organes, elles peuvent être rapportées à l’âge, aux races et aux individus. Le sexe y est entièrement étranger.

Suwant les âges , la racine des dents est toujours développée en raison inverse de la couronne. Chez l’enfant très jeune, cette racine est nulle , tandis que la couronne est déjà pour le volume ce qu’elle devra rester par la suite. Chez l’enfant plu? avancé en âge, la racine n’a pas encore atteint toute sa longueur, et pourtant la couronne commence déjà à s’user à son extrémité. Chez l’adulte , déjà certaines dents sont rasées , comme on le dit, c’est-à-dire qu’elles ont perdu tous leurs cuspides, que depuis long-temps aussi leurs racines ont fini leur accroissement. Enfin, chez le vieillard, la couronne est quel-

DES ORGANES DIGESTIFS. i5T

quefois complètement détruite, alors que îa racine conserve à peu près son e'tat normal. Cette opposition, sous le rapport de la racine et de la couronne des dents, est, comme on le voit, un effet compose, d’une part, de la formation de ces ostéides qui a lieu de la couronne vers la racine, et d’autre part, de l’usure de la première par les frottemens.

L’usure des dents commence par le sommet de la couronne, et , comme il est facile de le supposer a priori^ par les cuspides. Les incisives s’usent les premières, parce que développées les premières, elles servent avant les autres. Enfin la disposition croisée des arcades dentaires fait que, par l’usure, le sommet de la couronne des incisives devient oblique en avant et en bas à la mâchoire inférieure, oblique en arrière et en haut à la mâchoire supérieure; tandis que la couronne des molaires et des canines se détruit beaucoup plus en dehors qu’en dedans.

On comprend par ce qui précède, pourquoi la nature a revêtu d’une couche vitrée très dure la surface des dents, pourquoi elle a rendu cette couche plus épaisse sur le sommet de la couronne et sur les cuspides surtout, qu’en tous les autres points.

Au bout d’un temps qui varie, suivant le genre de vie, suivant l’état des dents après leur formation, etc., les cuspides desdents disparaissent, l'émail qui revêtait l’extrémité de la couronne est enlevé , et l’on dit alors que la dent est rasée. En cet état, son extrémité offre une apparence remarquable : le centre de celle-ci présente une teinte jaunâtre , et sa circonférence est entourée d’une ligne d’un blanc mat, disposition produite par l’ivoire et l’émail de la couronne dont on peut ainsi bien étudier la disposition relative. Lorsque l’usure est un peu moins avancée , si l’on examine une dent multicuspidée, on observe quelque chose d’un peu plus compliqué : l’émail n’a pas encore été détruit dans le fond des dépressions du sommet de la couronne , et l’on peut voir un certain nombre de points blancs d’émail sur le fond jaunâtre qui représente l’ivoire.

L’usure des dents fait de continuels progrès avec i’age ; chez les vieillards quelquefois elle affecte la couronne tout entière ; et cependant, chose assez remarquable, mais c|ue l’on comprendra bien, d’après ce qui a été dit précédemment du

développement des dents, il ne survient aucun pliénomène d’irritation de la pulpe ; la cavité dentaire ne se trouve même pas ouverte.

Il suit nécessairement de ce c[ui précédé, que le degié d usure des dents devrait fournir des données assez bonnes pour la détermination des âges. Cela est parfaitement exact pour les animaux qui ont une nourriture et un genre de vie uniformes ; mais il n’en est pas tout- à-fait de même chez l’homme, dont la nourriture est variée comme les goûts, dont les habitudes et les maladies impriment souvent aux dents des alterations, qui en modilient la composition et en lendent 1 usuie beaucoup plus prompte.

Les races n’impriment aux dents que d’insignifiantes variétés : les nègres les ont seulement un peu plus larges, un peu plus longues, et un peu plus obliquement dirigées que nous.

Lufïon dit oue les Calmoucles ont les dents leinaïquables par leur longueur et par les espaces qui les sépaient 5 mais des observations postérieures de Blumenbach ont démenti cette assertion.

Du reste , il faut prendre garde de considérer comme des variétés de race, des modifications produites simplement par l’âge et par le genre de vie des sujets que l’on examine. On rapporte qu’on était tombé dans cette erreur, en examinant les dents de certaines momies égyptiennes, mais que des observations ultérieures ont rectifié les idées sous ce rapport. Il faut éviter également de regarder comme caractérisant les dents de certaines races , certaines modifications qui sont le résultat des habitudes de certains peuples, comme de les teindre de diverses couleurs, ou de leur imprimer une forme particulière en usant leur couronne.

Suivant les individus , les variétés des dents sont fort nombreuses ; on peut les rapporter à cinq chefs principaux : au nombre, à la forme, à la direction, à la position et à la structure.

Tantôt on trouve moins de dents que de coutume , et tantôt on en trouve un plus grand nombre. Il y en a moins que de coutume , lorsque quelques-unes d’entre elles ne se sont pas développées primitivement, ou ne se sont pas renouvelées plus tard , et lorsque plusieurs se trouvent réutdes ensem-

DES ORGANES DIGESTIFS. i55

ble. L’absence de développement des dents va rarement jusqu’à laisser les mâchoires tout-à-fait dégarnies ; cette circonstance a pourtant été observée : Baumes dit avoir connu un homme adulte, qui n’avait jamais eu de dents; Borelli a vu une femme de soixante ans qui était dans le même cas. Dans d’autres circonstances, quelques dents seulement apparaissent: Schmitt, Fauchard , en rapportent des exemples. On lit, dans les Ephémérides des Curieux de la nature , qu’un magistrat de Fréderikstadt n’avait jamais eu que des molaires, point de canines ni d’incisives. Plus souvent enfin , on voit manquer seulement une ou deux dents , vice de conformation qui paraît même rester héréditaire dans quelques familles : tantôt c’est une canine, et tantôt c’est une incisive ou une molaire qui n’ont pas paru.

La diminution du nombre des dents, parce que deux d'entre elles ou davantage sont réunies, est une anomalie plus rare que le manque absolu de quelques dents ; ce qui est rare surtout , c’est la réunion de toutes les dents d’une même mâchoire. Si l’on en croit Plutarque, Pyrrhus était dans ce cas; Pline rapporte une observation du même genre , concernant le fils de Prusias , roi de Bithynie. Mais ces observations sont— elles bien authentiques ? Je n’oserais le soutenir, quoiqu’il soit possible, à la rigueur, de concevoir ce vice de conformation, puisque d’autres du même genre ont été observés même d' nos jours, quoique cependant sur une échelle moins étendue. Les incisives et les canines offrent plus souvent des exemples de reunion par la couronne c]ue par les autres points de leur contour. Les molaires, au contraire, adhèrent plus souvent par leurs racines.

Les variétés de J'orine affectent ou la couronne ou la racine des dents. Elles dépendent souvent de la persistance des dents de la première dentition ; un de mes amis a gardé jusqu’à 1 âge de trente ans, du côte droit, sa seconde molaire de la première dentition, et jusque là l’arcade dentaire inférieure offrit, chez lui, sept grosses molaires et seulement trois petites.

Les variétés de direction des dents sont assez rares : tantôt elles consistent dans une simple obliquité , tantôt elles sont caractérisées par la position horizontale des dents, plus rarement par

Finversion complète de ces ostéides. L’obliquité de la direc-

i54 anatomie

tion est quelquefois telle, suivant Sœmmering, que l’on dirait l’existence d’une double série de dents.

Sœmmering a vu une dent incisive coucliee boiizontalement, la couronne en avant. Albinus en a vu une autie dont la couronne regardait en arriéré. Albinus et Sandifoit lappoitent des cas d’inversion complète, le premier d’une incisive supérieure, le second d’une deuxième molaire. Dans ces derniers cas ,' la dent resta renfermée dans l’os maxillaire supérieur; niais on ' conçoit qu’elle eut pu se faire jour dans la narine -ou dans le sinus maxillaire.

A la faveur de l’une des directions vicieuses que j’ai signalées , les dents , celles de la mâchoire supérieure surtout, peuvent abandonner le bord alvéolaire^ en quelque sorte, et se porter, soit du côté du palais, soit vers le sinus maxillaire, soit vers tout autre point. Ces migrations , 'ces ehangemens de position des dents sont fort interessans a connaître pour le chirurgien ; il doit les prendre en considération toutes les fois ou’d est appelé à porter un diagnostic sur une tumeur développée dans le voisinage des arcades dentaires (i).

Enfin , on a quelquefois vu des dents implantées tout-àfait à la surface du bord alvéolaire , et dans Tépaisseur de la membrane muqueuse, au lieu d’être reçues dans une alvéole, llunter et Miel ont rapporté plusieurs cas de cette variété.

SECOND GENRE

Pharynx.

Le pharynx (2), arrière-houchc^ est la partie cervicale du canal alimentaire. L’œsophage commence bien aussi, à la vérité, dans

(i) Voyez , à cet égard , mon Anstomie du système dentaire.

(?) Four étudier le pharynx, séparez la tête de la colonne vertébrale, en procédant d’arrière en avant et avec beaucoup de soin ; dejetcz la sur ia poitrine, en entraînant avec elle toutes les parlies molles qui recouvrent l’épine cervicale; remplissez la bouche et le pharynx avec de l’étoupe , et, après avoir étudié la surface extérieure de celui-ci , faites en arrière de lui une incision verticale qui comprenne toute sa longueur, et qui permette d’apercevoir sa cavité.

la légion du col ; mais il n y présente qu’une petite partie de son trajet, tandis que le pharynx s’y trouve tout-entier.

Etendu de la base du crâne vers un point placé un peu au-dessous de la partie moyenne du col , le pharynx est irrégulièrement infundibuliforme. Sa longueur varie entre quatre pouces et quatre pouces et demi , et peut être considérablement diminuée par l’action musculaire. M. Gruveilhier a justement fait remarquer que le raccourcissement du pharynx , suivant sa longueur , ne porte que sur la partie de ce tube qui répond à l’ouverture postérieure de la bouche , la seule , en effet , dont les parois ne soient pas soutenues par des parties osseuses ou cartilagineuses.

La largeur du pharynx est un peu plus grande à la hauteur de la bouche que dans les autres points ; de sorte que l’infundibulum qu’il représente n’est pas très régulier , comme je 1 ai déjà fait remarquer. Ses dimensions en ce sens sont invariables en haut , à^cause du point d’appui qu’il prend latéralement sur les apophyses ptérygoïdes; tandis qu’il n’en n’est pas de meme au niveau de la bouche et du larynx , quoique dans le deiniei point, il se trouve soutenu par l’extrémité des grandes cornes de l’os hyoïde et du cartilage thyroïde.

Considéré extérieurement , le pharynx est fixé en haut , sur la surface basilaire de l’occipital, et correspond à cette zone de la base du ciane qui a été appelée phciryngienTic pour cette raison (i). En bas, il se continue avec l’œsophage, en se rétrécissant gi adueliement. En avant, il est en rapport avec la partie postérieure des fosses nasales, de la bouche et du larynx. En aiiieie , il repose sur la partie anterieure de la colonne verténrale, et en est seulement séparé par les muscles longs du col, glands Ciioits antérieurs de iatete, par l’aponévrose prévertébrale et par un tissu cellulaire lamelleiix très lâche. Latéralement, il avoisine les gros vaisseaux et nerfs latéraux du col.

La cavité du pharynx, bien fermée en arrière et sur les côtés, est essentiellement incomplète en avant, oii elle se continue avec les fosses nasales, la bouche et le larynx. Elle sert de vestibule'

commun au canal aérien et au conduit digestif, et reste contimieliemeiit béante pour permettre le passage de l’air pendant la respiration. Le pharynx doit cette dernière disposition à la

(i) Voyez tom. p^gç

i56 anatomie

résistance des parties osseuses ou cartilagineuses auxquelles adhèrent ses parois , à l’apophyse ptérygoïde , à la ligne myloïdienne de la mâchoire inférieure , et aux cornes de l’os hyoïde et du cartilage thyroïde. Cette cavité peut être divisée en trois parties distinctes : une supérieure , qui répond aux fosses nasales ; une moyenne buccale proprement dite , la troisième laryngée,

La surface interne du pharynx est rougeâtre et continuellement humectée de mucus. Sa face postérieure n’offre rien de particulier ; on peut, en partie, l’apercevoir à travers la bouche. Ses faces latérales sont également peu remarquables ; on y trouve supérieurement , près de l’ouverture des fosses nasales, l’évasement du pavillon de la trompe d’Eustachi(i). Sa face antérieure présente , en haut , l’ouverture postérieure des fosses nasales , au milieu , l’ouverture bucco-pharyngée surmontée par le voile du palais , et en bas, la base de la langue , la partie postérieure du larynx et l’ouverture supérieure de cette partie.

L’ouverture bucco-pharyngée , V isthme du gosier , la seule partie qui nous reste à étudier parmi celles qui viennent d’être comptées, a la forme quadrilatère. Son côté supérieur est constitué par le bord postérieur de la voûte palatine. Son côté inférieur appartient à la face supérieure de la langue , et spécialement à la partie vers laquelle cette face devient verticale, d’horizontale qu’elle était auparavant. Ses côtés sont limités par deux replis muqueux appelés piliers du 'voile du palais y l’un antérieur^ Vawire postérieur ^ replis convergens supérieurement, divergens en bas et séparés par un espace triangulaire, qui sert à loger une glandule appelée amygdale. L’ouverture bucco-pharyngée peut être fermée par une sorte de soupape qui procède de son bord supérieur, et qui est représentée par le 'voile du palais.

Le voile du palais ( portion, molle du palais de quelques auteurs, septum staphylin, Chauss. ) , est une lame mobile, disposée de manière à clore ou à laisser béante l’ouverture bucco-pharyngée, suivant les circonstances. lia sensiblement la forme quadrilatère de cette ouverture. Sa face antérieure présente un raplié médian peu prononcé; revêtue par un prolongement de la muqueuse buccale, elle fait suite à la voûte pala-

(i) Voyez tome I*’’, page yi5.

DES ORGANES DIGESTIFS. iSj

tine. Sa face postérieure , muqueuse également et marquée par le raphé comme la précédente , continue le plancher des fosses nasales. Son bord supérieur adhère au bord postérieur de la voûte palatine osseuse et aux os palatins en particulier. Son bord inférieur est libre et diversement dirigé , suivant les positions qu affecte le voile ; sur la ligne médiane , il donne naissance a un appendice conique j plus ou moins développé et qui constitue la luette j tandis que sur les cotes il est distinctement cintré, et continu en dehors avec les piliers. Ses bords latéraux sont embrassés par le pharynx.

Le voile du palais est essentiellement formé par deux membranes muqueuses , qui se rencontrent sur son bord libre, Tune venant de la bouche, l’autre continue avec la membrane pituitaire. Les muscles péristaphylins externe et interne , le palatostaphylin , le pharyngo et le glosso-staphylins , du tissu cellulaire , des vaisseaux et des nerfs sont compris entre ces deux feuillets tégumentaires.

La membrane muqueuse du voile du palais est remarquable pai les nombreuses granulations glandulaires qu’elle recouvre et qu elle produit à la maniéré des follicules , granulations plus abondantes en avant, surtout en bas, et qui forment spécialement la plus grande partie de la luette. Ses artères viennent surtout de la maxillaire interne. Ses veines et ses lymphatiques se réunissent a ceux du pharynx. Ses nerfs émanent du ganglion sphéno- palatin et du glosso-pharyngien.

Le voile du palais se développe par deux parties latérales qui se reunissent sur la ligne médiane ; non cependant qu’à aucune époque de la vie intra-uterine , on le trouve divisé par une fissure médiane. Semblable, en effet , à la lèvre supérieure et à la voûte palatine , il n offre de division qu’à l’état anormal, et son organisation procède par points isolés, au sein d’une matière muqueuse qui établit une continuité bien réelle entre les différons lieux de son étendue.

Les piliers du voile du palais sont distingués en antérieur et en postérieur, le premier buccal^ le second pharyngien. Le pilier antérieur descend du voile du palais vers la langue, et renferme le petit muscle gloss o-staphy lin dans le repli muqueux qui le forme principalement. Le pilier postérieur se dirige en bas et un peu en arrière, vers la paroi latérale du pharynx; il

i58 ANATOMIE

est constitué intérieurement par le muscle pharyngo-staphylin.

Les amygdales , ou tonsilles sont deux organes giandiforines placés dans l’intervalle des piliers du voile du palais. Elles ont la forme et le volume d’une petite amande ; et sont très susceptibles cependant de varier , sous ce rapport , suivant les individus, et surtout suivant qu’elles ont été plus ou moins irritées. Dans l’état normal , elles ne dépassent pas en dedans le bord libre des piliers du voile du palais , et ne se prolongent pas , en bas, au dessous du niveau de la partie voisine de la langue.

La face interne des amygdales est entièrement libre , et - criblée d’une foule d’ouvertures plus ou moins larges ^ qui conduisent dans les lacunes ou follicules muqueux qui les constituent essentiellement. Leur face externe , appuyée immédiatement sur le muscle constricteur supérieur du pharynx , avoisine les vaisseaux et nerfs de l’espace carotidien. Ces petits organes enfin correspondent au pilier antérieur du voile du palais en avant , et au pilier postérieur en arrière.

Les amygdales sont formées par un groupe de follicules muqueux à parois glandulaires , qui se continuent avec ceux de la base de la langue , d’une part , et avec ceux du voile du palais, de l’autre, de manière à entourer d’un cercle complet l’isthme du gosier, et à assurer la parfaite lubréfaction du bol alimentaire , au moment où il traverse cette ouverture. A vrai dire , les amygdales sont des glandes sans conduits excréteurs , ou plutôt dont les conduits excréteurs, rudimentaires, sont représentés par ces lacunes intérieures dans lesquelles viennent s’ouvrir les divers grains folliculaires. Leurs artères viennent principalement de la palatine inférieure de la faciale. Leurs veines ont un trajet analogue. Leurs lymphatiques se rendent dans ceux des ganglions latéraux du col qui répondent à leur face externe. Leurs nerfs viennent du glosso-pharyngien , et forment un petit plexus particulier qui a été appelé circulas tonsillaris.

On ne connaît pas très positivement la nature du fluide que sécrètent les amygdales ; il paraît avoir beaucoup d’analogie avec celui des glandes salivaires , et fournit souvent, comme celui-ci, la matière de concrétions, de calculs , qui séjournent quelque temps dans les lacunes amygdaliennes. Il sert

DES ORGANES DIGESTIFS. i5g

bien évidemment à faciliter le passage du bol alimentaire, pendant la déglutition , sur l’ouverture rétrécie de Fistlime du , gosier.

Structure. Des parties aponévro tiques et musculaires, une membrane muqueuse , des vaisseaux et des nerfs entrent dans la composition du pharynx.

Les aponévroses et les muscles du pharynx ont été déjà décrits (i), ce sont l’aponévrose céphalo-pharj^ngée,à'mie part, les muscles constricteurs et stylo -pharyngiens , de l’autre. On a encore attribué au pharynx une petite aponévrose latérale, qu’on a appelée péiro-pharyngée ^ aponévrose qui procéderait de la partie postérieure de la ligne myloïdienne et de la face inférieure du rocher, et qui servirait,' vers ces points, à l’insertion du muscle constricteur supérieur du pharynx ; cette lame est tout simplement un prolongement de l’aponévrose buccinatopharyngée.

La membrane muqueuse du pharynx se continue avec celle des fosses nasales, des trompes d’Eustachi, de la bouche, du larynx et de l’œsophage. Elle ofïre une couleur rosée, qu’elle ne conserve pas au même degré dans toute son étendue ; elle devient, en effet, de plus en plus pâle à mesure qu’elle s’approche de l’œsophage. Le tissu cellulaire qui l’unit à la couche charnue est fort lâche, surtout inférieurement, jamais on n’y rencontre de graisse. Cette membrane est appuyée sur des glandules muqueuses, qui abondent surtout au voisinage des ouvertures bucco-pharyngée et laryngée , et dont les produits servent à lubrifier ces parties pour la déglutition. Elle est revêtue d’un épithélium d’une extrême tenuité.

Les artères du pharynx émanent principalement de la pharyngienne inférieure de la carotide externe et de la pharyngienne supérieure de la maxillaire interne ; quelques petits vaisseaux analogues lui viennent encore de la faciale et de la thyroïdienne supérieure. Ses veines se jettent dans les jugulaires internes, après avoir formé sur lui un très beau plexus. Ses lymphatiques se rendent dans les ganglions latéraux du col. Ses nerfs émanent du grand sympathique , du phary ngoglossien et du pneumo- gastrique.

(i) Voyez tome x, page SyS.

i6o ANATOMIE

Usages. Le pharynx est une sorte de vestibule commua aux trompes d’Euslaclii, aux fosses nasales, à la bouche, au larynx et à l’œsophage. Il fait à la fois partie du canal aérien et du tube digestif. Sa cavité' est maintenue continuellement béante pour la respiration. Dans la modulation de la voix, il se raccourcit, s’alonge, se dilate et se rétrécit, suivant les cas. Dans la déglutition, aussitôt qu’il a reçu le bol alimentaire, il est élevé et rétréci par la contraction de ses muscles, il se porte en quelque sorte à la rencontre du bol alimentaire, l’embrasse, et le conduit vers l’œsophage, sans en laisser pénétrer la plus petite partie dans les trompes d’Eustachi , les fosses nasales ou le larynx.

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