CAUSES DES GUERRES PUNIQUES
Les Mamertins, peuple originaire de la Campante, massacrèrent les citoyens de Messine , dont ils venaient de s'emparer. Hiëron, roi de Syracuse, se déclara contre eux, et demanda des secours aux Carthaginois, maîtres deLilybëe et de quelque autres postes; les Mamertins, de leur côté, s'adressèrent aux Romains. Yoilàla cause ou du moins le prétexte des guerres des Romains et des Carthaginois que Ton a nommées puniques , du latin Pœni, qui signifie Carthaginois ou plutôt Phéniciens, parce que les Carthaginois étaient originaires de la Phénicie. Le motif réel fut la jalousie des Romains contre Cartilage, puissante par les armes et riche par son commerce.
Il y eut trois guerres puniques :
La première commence en 264 avant Jésus-Christ, et dura vingt-trois ans. L'issue de cette guerre fut que les Carthaginois évacuèrent la Sicile et toutes les îles situées près de l'Italie.
Du côté des Romains Appuis Claudius , Duilius, Régulus et Lutatius se distinguèrent ; et, du côté des Carthaginois , Amilcar Barcar , père d'Annibal, et Xantippe , le Lacédémonien.
La deuxième commença en 219, et dura dix-sept ans. Elle offre la rivalité de Scipion et d'Annibal. Rome écrase Carthage et s'empare de l'Espagne.
La troisième enfin commença en 149, et dura quatre ans. La prise et la destruction de Carthage par
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Scipion Emilien, que l'on a surnommé l'Africain lï, la termina.
Première g-ifles-r© punique ( de 264 à 241 ).
Rome, quoique novice dans l'art des batailles navales, triomphe, entre Milet et les îles Lipàriennes, de la science et de la dextérité des Carthaginois : leur flotte est coulée à fond ou mise en fuite par Duilius Nepoç, en l'honneur duquel on éleva une colonne rostrale. Lucius Cornélius Scipion chasse les Carthaginois de la Corse et de la Sardaigne. Régulas, vainqueur à Clypéa, est aux portes de Carthage ; il est à son tour vaincu parXantippe, général lacédémonien, envoyé au secours de cette ville ; il tombe entre les mains des ennemis, et, député vers Rome, pour demander l'échange des prisonniers , il vote lui-même contre cet échange, et retourne à Carthage, où il meurt au milieu des tourmens.
Le consul Metellus remporte une victoire près de Panorma, et chasse les Carthaginois de la Sicile ; mais la flotte de Claudius Publier est submergée près de Lilybée. Celte défaite est attribuée au sacrilège envers les poulets sacrés, commis par Claudius avant le combat.
CONSÉQUENCES
Enfin, après la victoire du consul Caïus Lutatius sur Amilcar Bar car, les Romains accordent la paix aux Carthaginois, à condition que ces derniers leur céderont toutes les îles situées entre l'Italie et l'Afrique, excepté la ville de Syracuse, où régnait Hiéron, allié des Romains , et qu'ils leur paieront pendant dix ans 2,200 talens par an (plus de 11 millions); ainsi se termine la première guerre punique.
L'année suivante, le temple de Janus est fermé pour la première fois depuis Nu ma.
Lecture. — La tragédie de Régulus, par Lucien Arnault; Michelet,
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§©€?©ntl© guerre punique*^ Carthage, après avoir soumis les soldats mercenaires qui s'étaient révoltés contre elle, songea à réparer les pertes qu'elle avait essuyées : elle tenta la conquête de l'Espagne. Ce fut Amilcar Barcar qui la soumit, en 288. Asdrubal, son successeur, bâtit Carthagène, et en fit le centre des forces carthaginoises en Espagne. Les Romains se plaignent de cet agrandissement. Ces deux peuples font un nouveau traité, dont les dispositions principales étaient que les Carthaginois ne pousseraient pas leurs conquêtes en-deça de l'Ebre, et que la ville de S agonie, alliée de Rome, serait respectée par leurs armes, bien que située au-delà de ce fleuve.
Ânnibal, qui avait suivi son père Amilcar en Espagne, et qui, dès son enfance, avait juré une haine implacable aux Romains, succéda, à l'âge de vingtcinq ans, à son oncle Asdrubal, dans le commandement: il commença par s'emparer de la fameuse ville d'Altœa (aujourd'hui Orgaz , sur le Tage); l'année suivante , il se rend maître de Salamanque. Après un siège de neuf mois, il prend Sagonte , ou, pour mieux dire, ses ruines ; car les habitans se précipitèrent avec leurs trésors dans les bûchers qu'ils avaient préparés. Rome est indignée de cette infraction aux traités ; elle envoie une députation à Carthage : J'apporte ici la paix ou la guerre, dit Fabius, chef de l'ambassade, levant un pan de sa robe ; choisissez. — Choisissez vous-même, répondit le président du sénat. — Eh bien, recevez la guerre, répliqua le Romain , en secouant sa robe, comme s'il eut en effet jeté la guerre aux Carthaginois.
La guerre est déclarée entre les deux républiques. Annibal alors se décide à porter ses armes en Italie: il en avait étudié la position et les ressources ; il était persuadé que quelques victoires y feraient éclater les divisions qui germaient alors dans son sein, et qu'elles ébranleraient la fidélité des alliés qui composaient une si grande partie de la force rç«
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maine ; d'ailleurs, il n'exposait qu'une armée dont le remplacement ne serait pas difficile; enfin, le succès de l'entreprise devait donner à Cartilage l'empire du inonde, ou, si elle ne réussissait pas, elle devait faire à l'ennemi plus de mai qu'aux Carthaginois. L'expédition d'Ânnibal prouve à la fois son jugement et sa valeur.
MARCHE D'ANTCIBAÏ..
(Il faut avoir la carte sous les yeux. )
Annibal se mit en marche avec quatre-vingt-dix mille hommes de pied et douze mille chevaux : il alla jusqu'à l'Ebre sans trouver d'obstacles; et de là jusqu'aux Pyrénées, où il eut à combattre les naturels du pays. Lorsqu'il descendit les Pyrénées, son armée se trouva réduite à cinquante mille hommes de pied, neuf mille cavaliers et trente-sept éléphans. Il parvint, presque sans coup férir, du pied des Pyrénées au Rhône, et du Pdiône aux Alpes, d;où il montra à ses soldats les riches plaines arrosées par le Pô.
Il y a jusqu'à 90 versions sur cette question du passage des Alpes : Sur quelle montagne Annibal a-t-il montré l'Italie à ses soldats?
Pour le petit Saint-Bernard... 23
Le mont Genèvre 24
Le grand Saint-Bernard.. .... 19
Le mont Genis 10
Le mont Viso 5
La roche Melon 1
On n'est pas plus d'accord sur l'endroit où le général a traversé le Rhône. Mais s'il est entré par les Alpes-Cotiennes , il a dû passer au-dessous d'Avignon, et Ifannon aurait traversé le fleuve avec son détachement au-dessus du Pont-Saint-Esprit ; alors l'armée carthaginoise aurait successivement pris le pays des Allobroges , des Ségusiens , et serait descendue dans celui des Taurins, les premiers peuples de la Gaule Cisalpine contre lesquels elle eut à combattre. Quant à l'emploi du vinaigre pour dissoudre les rochers, il paraît qu'il est désormais sans crédit au-
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près des hommes éclairés , comme en géologie il est sans force sur la roche primitive des Alpes, et qu'il ne peut rien dans l'un et l'autre cas.
Lecture. — Dissertation sur l'emploi du vinaigre à la guerre, par M. Rey.— Dissertation de MM. Deluc et Letrone : Passage des Alpes par Annibal.
Les Romains envoient le consul Scipion en Espagne, et Sempronius en -Afrique. Annibal était arrivé au-delà des Alpes; il avait perdu plus de trente mille fantassins et six mille chevaux ; sa marche fut victorieuse et rapide. Entre le Tésin et le Pô, il bat le consul Scipion ; le consul Sempronius, près de la Trébic ; le consul Flaminius, près du lac Trasimèncy et enfin le consul Yarron près de Cannes. Suivant l'historien Polybe , il y eut 70,000 hommes de tués, parmi lesquels étaient le consul Emilius, les deux consuls de l'année précédente , 80 sénateurs, 2 questeurs, 29 tribuns de légions, et plus de 6,000 chevaliers dont Annibal envoya les bagues àCarthage dans trois boisseaux. Le consul Emilius, qui ne voulait pas qu'on livrât bataille, périt dans cette mémorable journée.
Yarron se retire à Venouse avec les débris de l'armée. Lorsqu'il lit son entrée dans Rome le sénat le remercia solennellement de n avoir pas désespéré du salut de la république. Annibal avait si bien rangé son armée pour ce dernier combat qu'il avait pour lui le vent, la poussière et le soleil.
C'en était fait de Rome, et on dit qu' Annibal eût pu, cinq jours après, souper au Capitole, s'il eût su joindre a l'art de vaincre celui de profiter de la victoire. C'est le conseil que lui donnait Maherbal; mais comme Annibal n'avait plus que 34,000 hommes d'infanterie, qu'il n'avait ni machines de guerre, ni munitions pour attaquer une ville fortifiée et défendue par quatre légions, enfin, qu'aucun peuple des contrées voisines ne s'était point encore déclaré en sa faveur, échouer, c'était se perdre sans ressource. Au lieu de marcher à Rome, il se répandit
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dans les champs de Capoue et de Tarente : tant de victoires avaient sans doute affaibli son armée , et Cartilage ne lui envoyait aucun secours.
Rome, au milieu de ses malheurs, ne perd ni le courage ni la confiance. Aussitôt après la défaite de Cannes, elle assiège Syracuse et Capoue, l'une infidèle aux traités, et l'autre rebelle. Syracuse ne peut se défendre ni par les fortifications ni par les inventions d'Archimède. Marcellus, surnommé l'épée de Rome, en fait la conquête.
Fabius suit pas à pas Annibal par tous le pays des Samnites, par les bois du mont Gaurus et de Falerne ; il le harcèle, le fatigue, le consume par la sagesse de ses délais : de là lui vient le surnom de temporiseur . Gandins Marcellus le défait dans le centre même de la Campante ; mais ce terrible ennemi reste toujours dans le cœur de l'Italie. On regagne Tarente, Capoue : Annibal est si sensible à la perte de cette dernière place qu'il marche vers Rome avec toutes ses forces, et campe à trois milles de cette ville. Le camp qu'il occupe est mis à l'encan à Rome, et il trouve des acheteurs. Annibal, de son côté, met en vente les bureaux des banquiers de Rome : personne ne se présente aux enchères.
Asdrubal, frère cl' Annibal, est battu par les Romains, tandis qu'il venait renforcer l'armée de son frère. Par une diversion des plus heureuses, Publias Scipion, le noble vainqueur de Carthagène, vole vers Carthage ; il défait par ruse l'armée des Carthaginois et des Numides, et marche avec Massinissa contre Syphax, roi de Numidie. Ce prince est fait prisonnier ; sa capitale Cirla tombe au pouvoir de Massinissa, ainsi que sa femme, la belle Sophonisbe.
Scipion, qui venait de s'emparer de Tunis, déclare Sophonisbe prisonnière de Rome, et Massinissa, préférant l'alliance des Romains à son amour pour sa nouvelle épouse , lui envoie en secret une coupe de poison qu'elle prit sans hésiter. Annibal, rappelé par les Carthaginois tremblans, s'arrache de l'Italie,
et vole contre Scipion. Ces deux généraux sont en présence, et se disposent à une action décisive : inutilement ils eurent avant le combat une conférence où ils traitèrent de la paix ; on en vient aux mains près de Zama (202); Annibal y est défait. Un traité de paix termine cette seconde guerre punique.