OBSERVATIONS SUR L'ÉPOQUE DES ANTON1NS
Cette époque est le plus beau spectacle de toute l'histoire; c'est la gloire de la civilisation, le vrai triomphe de l'établissement social ; 120 millions d'hommes gouvernés par des princes choisis à l'image de la Divinité, jouissent de l'abondance et de la paix; les lettres et les arts, qui en font l'ornement et les délices, pénètrent dans toutes les parties de l'empire ; ils s'étendent des rives de l'Euphrale aux confins de la Calédonie, et des bords du Danube aux sables de l'Afrique. De toute part l'élégante architecture des Grecs, leur peinture et leur sculpture décorent les demeures des campagnes et consacrent les monumens des villes.
Lecture. — Portraits : Marc-Jurèle et Julien (Cours de Littérature).
Situation ele l'Empire. — C'est avec les deux Antonins que finissent les beaux temps de l'empire
2e siÈCLi-, 273
romain. La plupart des autres empereurs joignirent les vices à l'incapacité ; les soldats, dont la faveur s'achetait depuis long-temps, commencèrent à faire des empereurs à leur fantaisie: ils massacrèrent quelques bons princes, parce qu'ils avaient voulu rétablir parmi eux la discipline militaire. On voit se succéder rapidement Pertinax, assassiné par ses soldats; Didius Julianus, qui acheta la pourpre ; Sepùmc- Sévère, conquérant, mais cruel; Caracalla, qui fit massacrer son frère Gela , dans les bras de sa mère Julia-Domna, Syrienne de naissance ; il rappela les crimes et les folies de Caligula. Macrin, préfet du prétoire, l'assassina, et, devenu empereur, fut assassiné à son tour. Héliogabale, petit-fils de Mœsa, sœur de Domna, lui succéda. Ce jeune Syrien avait été élevé dans le luxe asiatique. Le vice qui gouverna plus particulièrement le monde avec Héliogàbate fut l'impudicité. Cet empereur fut tué dans des lieux infects ainsi que sa mère.
A dater du règne d'Héliogabale, la profusion de la soie et de l'or, les vêtemens et les repas allèrent croissant. Le luxe et la débauche envahissaient tout. Un sénat de femmes avait été institué. Les Germains et quelques peuples de l'Orient, enhardis par le succès, tirent des courses plus fréquentes sur les terres de l'empire, et trouvèrent une résistance toujours plus faible : la plupart des Romains dégénérés étaient incapables de porter les armes, et ne savaient plus que se courber sous le joug de leurs tyrans.
Lecture —Précis des empereurs romains, par Dumont,
274 3e siècle.
3e SIECLE,