‹ Nouveaux élémens d'histoire générale, rédigés sur un plan méthodique et entièrement neufChapitre 187 sur 277 · SUR LE RÈGNE DE PHILIPPE-AUGUSTE · texte numérisé non relu

SUR LE RÈGNE DE PHILIPPE-AUGUSTE

Le règne de Philippe-Auguste est l'époque où la royauté qui, sous Louis le-Gros et son successeur, n'avait prévalu que comme magistrature, n'avait eu la prééminence qu'en qualité de grand juge de paix du pays, comme dit M. Guizot, prend enlin une forme politique certaine , conquiert une suzeraineté réelle et non plus fictive. En effet, c'est alors seulement qu'elle devient héréditaire, et le fils de Philippe-Auguste est le premier depuis Hugues-Capet qui n'ait pas été sacré du vivant de son père. Il semble, au premier coup-d'œd, que les guerres qui ont rempli son règne n'ont été que personnelles, que la victoire ne devait décider que des querelles de quelques princes ; mais, au fond, c'était la lutte entre deux grandes institutions, entre la monarchie qui voulait dompter la féodalité, et la féodalité qui résistait de toutes ses forces aux efforts de la monarchie. Philippe ne perd jamais de vue l'affaiblissement des grands vassaux, dont la puissance, souvent ennemie de la sienne, en est toujours la rivale; tout ce qui ne tend pas à détruire ou à diminuer le pouvoir des seigneurs n'est que secondaire, et il suit avec autant de fermeté que de sagesse les plans qu'a tracés Hugues-Capet et dont Louis-le-Gros a commencé l'exécution. Un instant Philippe semblerait s'en être écarté, c'est en favorisant la croisade contre les Albigeois; mais, en considérant les choses avec attention, Ion trouve que le résultat de cette guerre fut encore au profit de la

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royauté. Nous avons vu, en effet, que les communes du Midi penchaient vers la démocratie, ainsi que les villes d'Italie et pour les mêmes causes. Elles pouvaient donc échapper à la royauté, et l'unité de la monarchie devenait impossible , comme l'Italie nous l'a prouvé. Mais, une fois que le comte de Montfort y eût implanté la féodalité, les communes du Midi, comme celles du Nord, furent forcées de recourir au roi contre les seigneurs, et devinrent ainsi, pour la couronne, un utile auxiliaire, un puissant moyen d'agrandissement. L'entretien d'une troupe soldée, même en temps de paix, lui permit d'avoir moins besoin de ses vassaux, et par conséquent de lutter contre eux avec avantage.

Ce fut encore sous Philippe-Auguste qu'eut lieu la séparation du pouvoir spirituel d'avec le temporel. Ce prince s'arracha entièrement à la tutelle du clergé, brava une excommunication d'Innocent III qui mit le royaume en interdit, saisit les biens des prêtres qui prirent le parti des pontifes romains, et sévit même contre quelques évêques récalcitrans; il se démentit pourtant de celte fermeté , aussi généreuse que politique , en acceptant le trône d'Angleterre de ce même Innocent , à qui il reconnaissait par cela même des droits qu'il n'avait pas; mais il montra bientôt que la politique avait seule déterminé son acceptation, en ne tenant nul compte d'une autre bulle du même pape, qui révoquait la donation de la première et se déclarait suzerain du royaume d'Angleterre.

Sous ce roi de France, les ténèbres de l'ignorance commencèrent à se dissiper, et les lumières à jeter une faible lueur. C'est à lui qu'on doit la création de l'Université, qui devait prendre un accroissement si rapide, l'établissement d'un prévôt pour veiller à la police de la capitale qu'il venait de faire paver, et ses lois et ordonnances pour l'administration publique lui assurent une des premières places parmi nos bons rois. C'est encore de son règne que date l'emploi de la boussole, qu'on appelait alors Marinette.

Lecture. — Histoire de Philippe- Auguste, par Capeligue. Quelques passages historiques du poème de Philippe-Juguste, par M. Perceval.

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