‹ Nouveaux élémens d'histoire générale, rédigés sur un plan méthodique et entièrement neufChapitre 188 sur 277 · CROISADE CONTRE LES ALBIGEOIS · texte numérisé non relu

CROISADE CONTRE LES ALBIGEOIS

CAUSES

Depuis les premiers siècles de l'ère chrétienne, une multitude de sectes s'étaient élevées. La paulicienne était la plus remarquable par la simplicité de ses dogmes qui, réduits à leur forme la plus austère, avaient quelque analogie avec ceux du protestantisme. L'autorité du pontife était rejetée, mais le Purgatoire et l'efficacité des prières pour les morts étaient reconnus.

Persécutés par les empereurs grecs, les Pauliciens passèrent en Asie-Mineure et subirent le joug musulman, tout en conscr-

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vant leur foi, devenue plus exaltée par l'imagination orientale. Avec les Maures , ils passèrent en Espagne, d'Espagne en Provence, et dans toute la France méridionale ; c'est surtout de la Bulgarie, où ils s'étaient multipliés, qu'ils se répandirent en France et s'y établirent. Ils portaient d'abord le nom de bonshommes, étaient sans domicile, et erraient en troupes comme des Bohémiens, avec lesquels on les a quelquefois confondus. Vers la fin du onzième siècle, les disciples de Pierre Valdo, appelés Vaudois ou pauvres de Lyon, se réunirent à eux et furent dans la suite enveloppés dans la même persécution. Ils avaient adopté la langue du pays, écrit leurs prières en roman, eteomme leurs maximes sévères, leur morale , leur religion , leurs opinions, en un mot, étaient communes à un grand nombre d'habiians du diocèse d'Albi, ces sectaires furent appelés Albigeois.

Les Albigeois s'adonnaient au commerce, aux arts; ils enrichissaient, par leur industrie, ces belles provinces du Midi, dont l'état prospère formait un si grand contraste avec la France du Nord toute rude et toute militaire. Tls furent tolérés et protégés même par les comtes de Toulouse ; leurs temples étaient fréquentés, et leurs hymnes en langue vulgaire y étaient chantées librement.

EVENEMENS

Tel était l'heureux état de cette secte à la fin du douzième siècle. À cette époque monta sur le trône pontifical le continuateur des projets ambitieux de Grégoire, Innocent III, l'un des plus grands génies qui aient existé.

Ce pape, dès l'année 1193, avait envoyé dans la province de Narbonne deux légats pour convertir et accuser les hérétiques. Il leur adjoignit plus lard Pierre de Castelnau, prêtre du pays. Les légats menaçaient Raymond VI, comte de Toulouse, et Roger, son neveu, comte de Réziers, de la colère du pape. Ceux-ci hésitent, promettent ; ils sont excommuniés deux fois. Le légat reprend la route de Rome, et, dans une auberge sur les bords du Rhône, il est insulté et assassiné par un gentilhomme de Toulouse.

Innocent III fait entendre sa puissante voix dans toute l'Europe ; le meurtre du prélat sera vengé. Une croisade est prêchée dans toute la chrétienté contre les Albigeois. Raymond fait amende honorable et se voit contraint de marcher contre son neveu. En 1209

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commença le siège de Béziers, par une armée de 50,000 hommes. La ville fut prise d'assaut et livrée aux flammes, les habiians tous passés au fil de l'épée. Comme il se trouvait dans la ville des catholiques, on demandait à un évèque de quelle manière on pouvait les distinguer des hérétiques. « Tuez tout le monde, répondit-il; Dieu reconnaîtra les siens. » Le comte Roger fut jeté dans une prison et empoisonné, Carcassonne fut prise à son tour et pillée. Le comté de Toulouse fut donné à Simon de Montfort qui fonda, en 1225, l'ordre des frères prêcheurs, dits Dominicains, et qu'il chargea du saint office de l'Inquisition qui s'établit à cette époque.

Mais Simon ne fut pas reconnu par les Toulousains et mourut en 1218, en assiégeant Toulouse. Raymond VI avait recouvré ses états à force de pénitences et d'humiliations , et les laissa à Raymond VIT, son fils, qui enveloppé dans la même persécution ne put obtenir la paix qu'en cédant à la France une partie de son territoire et en lui assurant le reste par héritage. Les Albigeois furent alors livrés sans défense au fanatisme des Dominicains qui allumèrent partout des bûchers.

Philippe-Auguste ne prit pas une part active à la guerre, mais il laissa son fils Louis se mettre à la tête des croisés. Après la mort de Montfort, et quand ce jeune prince fut monté sur le trône, il commanda luimême une nouvelle croisade prèchée par le pape Grégoire ÏX, fit le siège de la commune d'Avignon qui se défendit vigoureusement contre la chevalerie française, et mourut de la peste qui ravageait son armée, après avoir exterminé les hérétiques. Cette guerre atroce se prolongea au delà de la vie de Louis VI 11 et s'éteignit pendant la régence de la reine Blanche, au milieu des bûchers de l'inquisition. Et cependant, malgré ces funestes massacres, les Albigeois ne furent pas entièrement détruits. Sous le nom de Vaudois (partisans de Pierre de Vaud), ils se perpétuèrent long-temps, et aujourd'hui même il

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existe un grand nombre de leurs descendans dans les Cévennesetdans les montagnes du Piémont.

CONSÉQUENCES

La guerre des Albigeois est d'une haute importance, parce qu'elle paralysa les forces du Languedoc et de la Provence, qu'elle y ruina de riches et commerçantes cités, et qu'elle détruisit ainsi, en même temps, uneci\ilisation florissante. La croisade des Albigeois fut vraiment la lutte de la féodalité du Nord contre l'organisation municipale du Midi, organisation qui déclinait rapidement vers la démocratie, et qui, vaincue par Simon de Montfort, fut forcée de rentrer dans le vaste système féodal, toutefois, avec les modifications que ce système avait subies depuis un siècle. «Aussi, en considérant de près, dit M. Mazas, les « détails de cette guerre, on restera convaincu que la religion ne « fut pas uniquement le prétexte de cette lutte entre le Midi et « le Nord, et qu'elle ne doit pas être comptable des atrocités qui « en signalèrent le cours. »

Lecture. — Histoire des Français, de M. Sismondi. — Histoire de France } de Mazas. — Histoire des Albigeois , par M. Arragon.

Règne aie saint liouis.— La royauté avait conservé, sous Louis VUI, la supériorité qu'elle avait eue sous Philippe-Auguste, et les vassaux avaient été obligés de plier devant son courage. En mourant il avait eu l'imprudence de disposer en faveur de ses fils cadets, à titre d'apanages, des fiefs réunis à la couronne, et retarda par là ce que son père avait si heureusement commencé.

Louis IX, encore mineur, lui succéda, et sa mère, Blanche de Castille, fut régente^ A peine les seigneurs virent-ils un enfant sur le trône et la régence aux mains d'une femme, qu'ils essayèrent de relever la tête, et une ligue formidable menaça l'existence de la royauté naissante, en réclamant du roi les terres confisquées par ses deux prédécesseurs, et la convocation d'un parlement féodal. La prudence de la régente vint à bout de la dissoudre, et le dévouement des communes fit justice de ceux qui s'obstinèrent dans leur révolte. La reine-mère affaiblit même le comte de Champagne, en achetant plusieurs de ses

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comtés qu'il était obligé de vendre pour payer une indemnité à laquelle elle l'avait condamné, comme suzeraine, envers Alix, reine de Chypre, qui avait des prétentions sur la Champagne. Ainsi se continuait le système de Philippe-Auguste. Mais à peine le jeune roi eut-il atteint sa majorité qu'une ligue se forma plus terrible que la première, par l'appui que lui prêtait Henri 111, roi d'Angleterre. Les combats de Taillebourg et de Saintes firent triompher la cause royale et mirent les vassaux rebelles à la disposition d'un monarque clément. Nous avons parlé des croisades de Louis IX, de ses succès et de ses revers dans ces lointaines expéditions. Avant de partir pour la première, il avait proclamé la quarantaine-lé-roi, ordonnance destinée à prévenir les désordres des guerres privées, et à régler la police des terres féodales. C'est ainsi que la volonté du monarque commençait à devenir loi souveraine. A son retour, il continue d'utiles et nombreux changemens dans l'administration, et publie une série d'ordonnances de réforme qui règlent la justice et lés droits de chacun, suppriment les lois et les usages bizarres ou cruels, restreignent, au moyen de sauve-garde, le droit des guerres privées, et qui, connues sous le nom d'Etaùlissemens, sont un des plus beaux monumens du moyenâge. Pour la première fois les députés de la bourgeoisie furent admis dans quelques assemblées politiques. La réputation de sagesse et de vertu que Louis s'était acquise le tit choisir pour médiateur entre Henri III et ses barons ; il s'efforça aussi de réconcilier le duc de Bretagne avec le roi de Navarre, et Grégoire IX avec Frédéric II. On peut cependant reprocher à sa politique d'avoir cédé au roi d'Angleterre plusieurs comtés qui avaient été réunis à la couronne, et qu'il aurait pu garder tout en obtenant l'hommage de Henri III pour le fief de Guyenne.

Pragmatique-sanction* — Quoique la piété du saint roi dégénérât quelquefois en zèle trop ar-

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dent pour l'Inquisition luttant déjà contre l'esprit français et la justice parlementaire qui la repoussait, il se montra pourtant ferme et indépendant dans ses relations avec la cour de Rome. Par sa pragmatique-sanction , qui long-temps a servi de règle, il fixa les rapports du roi avec le pape, déclara que le royaume de France ne dépendait que de Dieu seul, soumit au droit commun les différends civils entre le clergé et les moines, et fonda les libertés de l'Église gallicane, en 1269. C'est la première barrière opposée aux envahissemens et aux usurpations delà papauté à cette époque.

Lecture. — Saint Louis, dans M. Sismondi ; de Choisy, Histoire de saint Louis; Capefigue, Histoire constitutionnelle et administrative de la France depuis la mort de Philippe-Auguste, tome Ier.

Règne tle Philînwe-le-Mardi* — Les évènemeris les plus remarquables de son règne sont : la réunion à la couronne du Poitou, de l'Auvergne et du comté de Toulouse, par la mort du comte de Poitiers et de sa femme ; la mort de Pierre de Labrosse, barbier de Louis IX, favori de son fils, et qui avait accusé la reine d'empoisonner les enfans du premier lit pour assurer le trône aux siens, laquelle fut justifiée par l'oracle de la béguine de Nivelles, espèce de sibylle en réputation de sainteté ; enfin la première lettre d'anoblissement en faveur d'un roturier, l'orfèvre Raoul de Crépy; mais en même temps une ordonnance déclarait que les nobles seuls avaient droit à la chevalerie.

Philippe s'engagea dans plusieurs guerres sans résultat pour la succession au trône de Navarre et de Castille, et prit le commandement d'une croisade prêchée contre Pierre III d'Aragon, après les vêpres siciliennes, par Martin IV qui donna le trône de Sicile au comte de Valois, second fils du roi de France. Après avoir perdu une partie de son armée par les maladies, il repassa les monts et mourut à Perpignan.

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Le règne de Philippe sert de complément à celui de son prédécesseur et forme la transition à une nouvelle période. La puissance royale est maintenant tout-à-fait affermie.

Lecture. — Saint Louis , dans M. Sismondh

ANGLETERRE

GRANDS CHARTE EN ANGLETERRE. — Jean-sanS-

Terre était monté sur le trône à la mort de Richard Cœur-de- Lion, au préjudice d'Arthur, fils de son frère Geoffroi , que Richard avait d'abord désigné comme son héritier au moment de la révolte de Jean pendant et après sa captivité, et dont ensuite il avait révoqué la nomination en faveur de son frère rentré en grâce. Le roi de France résolut de Féconder les prétentions du jeune Arthur, qui, bientôt fait prisonnier, fut assassiné à Rouen par son oncle. Philippe-Auguste ayant sommé Jeansans-Terre de comparaître comme son vassal (au nom de Constance, mère du prince assassiné, qui avait invoqué la protection des pairs français) confisqua , sur son refus , tous les biens, toutes les terres qu'il tenait de la couronne. Le règne de Jean est encore mémorable par l'opposition systématique que l'aristocratie anglaise commençait à faire contre la royauté. Déjà en lutte avec les barons qui regrettaient les prérogatives dont jouissaient les grands d'Angleterre sous les princes saxons et danois et qu'avait confirmées Henri Ier, il se brouilla encore avec le clergé et encourut de la part d'Innocent III , qui donna son royaume à Philippe- Auguste, une excommunication dont il ne fut absous qu'en se déclarant le vassal et le tributaire du saintsiége. Cette humiliation, son despotisme, le mauvais succès de ses guerres mirent enfin les armes aux mains des seigneurs anglais, qui exigèrent une constitution qui réglât les intérêts du roi et de ses sujets. Jean fut obligé de signer et de sceller la Grande Charte et la charte des forêts, qui confirmaient et étendaient les droits et privilèges dont les prélats et les barons avaient joui sous les monarques saxons. Les Anglais les ont toujours regardées comme les bases de leur constitution et de leur liberté. Ces chartes furent surtout favorables aux libertés du clergé; les privilèges de la noblesse y furent considérablement augmentés; quelques droits furent accordés à la bourgeoisie, mais le sort des vilains n'y fut que médiocrement amélioré. «Cependant, dit un « his orien, tout en maintenant et en consacrant la féodalité, elles « furent faites pourtant aussi pour le peuple, dont l'assentiment « et la force étaient nécessaires aux succès des projets des barons «■ et des prélats ; elles reconnurent et posèrent les fondemens de « toutes les libertés. Avec un jury et un conseil commun, une * nation finit toujours par être libre. »

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