‹ Nouveaux élémens d'histoire générale, rédigés sur un plan méthodique et entièrement neufChapitre 194 sur 277 · CONFÉDÉRATION HELVETIQUE.— GUILLAUME TELL · texte numérisé non relu

CONFÉDÉRATION HELVETIQUE.— GUILLAUME TELL

—De tous les pays de l'Europe, celui qui avait conservé le plus la simplicité et la pauvreté des premiers âges , c'était la Suisse. Si elle n'était pas devenue libre, elle n'aurait pas de place dans l'histoire du monde. Un ciel triste , un terrain pierreux et ingrat, c'est là tout ce que la nature a fait pour les trois quarts de cette contrée. Cependant on se disputait la souveraineté de ces rochers , avec la même fureur qu'on s'égorgeait pour avoir le royaume de Naples et l'Asie-Mineure.

Albert, archiduc d'Autriche, étant parvenu à l'empire et voulant composer une principauté pour un de ses fils, sollicitait les trois cantons d'Uri, de Schwilz et d'Underwalden de reconnaître la souveraineté de sa maison. Ces pays, qui jouissaient

14e siècle. 477

sous la protection de l'empire d'une heureuse liberté , refusèrent de livrer leur indépendance. Alors des gouverneurs sévères y fuient envoyés, etabusèrent de leur pouvoir.

Un bailli d Uri, nommé Gessler, s'avisa d'un genre de tyrannie ridicule et horrible. Il lit mettre , dit-on , un de ses bonnets au haut d'une perche sur la place publique, et ordonna qu'on saluât le bonnet sous peine de la vie. Un paysan, nommé Guillaume Tell , ne salua point le bonnet ; le gouverneur le condamna à être pendu , et ne lui donna sa grâce qu'à condition que le coupable, qui passait pour un archer très adroit, abattrait d'un coup de flèche une pomme placée sur la tète de son fila ; le père , tremblant, tira, et fut assez heureux pour abattre la pomme. Gessler, apercevant une seconde flèche sous l'habit de Tell , lui demanda ce qu'il en prétendait faire : Elle était destinée pour toi j dit le Suisse, si j'avais blessé mon fils.

Les Suisses, indignés, prirent la résolution de secouer un joug si tyrannique. Trois paysans des trois cantons opprimés formèrent la conjuration de Rïltli, et le 1er janvier 1^08 fut témoin du courage et vit naître l'indépendance de la Suisse. Melchtal, Stauf fâcher et Walter Furst furent les premiers fondateurs de la liberté helvétique. Les trois cantons se liguèrent d'abord pour dix ans et soutinrent leur indépendance les armes à la main. La victoire de Morgarten fut suivie de la ligue de Brumen conclue à perpétuité et qui est la base du système fédératif de la Suisse. La bataille de Sempach, illustrée parla mort héroïque d'Arnould de Winkelried, ainsi que l'appui des maisons de Luxembonrg et de Bavière, cimentèrent l'union des Suisses et augmentèrent le nombre des cantons. Lucerne adhéra à la ligue en 1332 et conserva son gouvernement démocratique ; Zurich en 1330; obtinrent le second rang , Glaris , Zug , Berne, de 1330 à 13.33. La longue trêve de Zurich, conclue avec l'Autriche en 1389 , garantit les droits respectifs de la confédération et de la maison d'Hapsbourg. La ligue de Brumen fut renouvelée en 1393.

La tentative républicaine , faite vainement dans le midi de la France par les Albigeois , réussit mieux dans les montagnes de la Suisse. Là, le théâtre était fort étroit; il n'y avait à lutter que contre un souverain étranger. La lutte fut soutenue avec courage. La noblesse féodale suisse s'allia en grande partie avec les villes ; puissant secours qui altéra cependant la nature de la révolution qu'il soutint, et lui imprima un caractère plus aristocratique et plus immobile qu'elle ne semblait devoir le porter.

Lecture.— Guillaume Tell (Cours de littérature). Quelques passages de la tragédie de Schiller,

478 14e siècle.

Page 1