AGRICULTURE , INDUSTRIE
L'Angleterre commençait à sentir l'importance de l'agriculture ; elle s'appliqua à perfectionner ses belles laines ; ce pays avait déjà de si beaux troupeaux, qu'Edouard III (1377) en envoya un à Alphonse, roi de Castille, comme un riche présent ; les mérinos d'Espagne datent de cette époque.
La chimie avait trouvé la manière de décomposer les chiffons en une espèce de bouillie, avec laquelle on pouvait fabriquer du papier; un nommé Pax, de Padoue (1301), appela la mécanique à son secours, pour établir dans cette ville une manufacture de papier, montée en grand.
Jean Kemp, porta le premier , en Angleterre, l'art de fabriquer les draps Gns (1326-1527), et de cette époque date aussi la naissance des armes à feu.
La haute mécanique inspirant Valcy-Fort, abbé de Saint-Alban, dans ce même pays, il construisit une horloge sur les bases fixes et positives du calcul et des mathématiques ; mais ce fut en France que fut offerte en 1530, à Charles V, la première montre ou pendule de poche. L'Angleterre acquérait de nouvelles richesses en industrie ; les toiles ne se fabriquaient alors que dans le Brabant, mais en 1356 des tisserands étant venus s'établir à York, et plus tard (1386), une compagnie s'étant formée à Londres pour la fabrication des toiles des Pays-Bas, ce travail resta depuis naturalisé en Angleterre.
L'Angleterre commençait à battre monnaie (1314). Les villes Anséatiques étaient le centre où se réunissaient tous les courtiers des divers produits de la Flandre ; Venise était aussi un comptoir célèbre, et cette ville, qui seule avait le droit de commercer en Egypte et en Syrie, était alors la plus riche d'Europe (154S), rivale de Florence. Sa fortune était plus solide, parce qu'elle ne la devait pas à la circulation des billets de crédit.
C'est à cette même époque, en 13io, que date l'établissement de la banque de Gênes ; toutes les autres vinrent beaucoup p'us tard. Tel était enfin le mouvement commercial de cette époque, que les Chinois eux-mêmes sortaient de chez eux et portaient les productions de leur industrie jusque dans le golfe Persiqueet dans la mer Rouge.
La chimie tourne ses applications vers les arts utiles. La première fonderie de canons a lieu en Angleterre (1327) et en France (1358) ; cependant les effets de la poudre étaient bien connus antérieurement ; il en fut de celte découverte comme de celle de la boussole; il serait difficile d'indiquer le premier inventeur de la boussole, et le temps précis où a été faite celte précieuse découverte. 11 paraît qu'en Chine elle était connue antérieurement au 14« siècle, mais qu'elle ne consistait qu'en une pierre d'ai-
458 14e SIÈCLE.
niant suspendue sur l'eau, au moyen d'un liège. Quoi qu'il en soit, on a des preuves incontestables qu'en Europe les marins provençaux faisaient usage de cet instrument dans leur navigation. Cependant le perfectionnement de la boussole est dû à un citoyen (VJmalfi, nommé Flavio Gioja; il en divisa le cercle en trentedeux parties par rapport aux trente-deux vents, et fixant l'aiguille aimantée sur le pivot, il la préserva des déviations occasionnées par les secousses de la mer.
La boussole contribua aux progrès étonnaiis de la navigation et du commerce des Européens à la fin du 15e siècle. Dans celuici, on prévoit déjà les changemens importans qui vont naître de la découverte de cet instrument; la navigation est encore bornée à la mer Méditerranée , à la Baltique et aux côtes de l'Océan; mais déjà on essaie de longer les côtes d'Afrique.
Les peuples de l'Europe, à cette époque, étaient accablés sous des fléaux; des nuées de sauterelles et plusieurs années de mauvaises récoltes avaient produit une famine épouvantable à laquelle succéda une peste apportée, disait-on, de l'Orient en Italie par des vaisseaux génois; plus d'un million de pèlerins s'étaient rendus cette année à Rome, pour y recevoir des absolutions à l'occasion du jubilé papal. Un grand nombre mourut sur le retour, et ce terrible fléau fut apporté dans toute l'Europe par les survivans, et enleva deux cinquièmes de sa population. Pour remédier à ces malheurs, des fanatiques instituèrent l'ordre des Flagellans, qui parcouraient V Allemagne et la France, et vinrent inviter le pape Clément, à Avignon, de se joindre à cet acte méritoire ; le pape non seulement refusa, mais il en fit brûler plusieurs. On accusa les juifs d'avoir empoisonné les sources et d'avoir ainsi causé la peste. La protection du pape et de quelques rois ne put les sauver tous ; les préjugés à cette époque étaient plus forts que la puissance temporelle et spirituelle.
FRANGE
Philippe III, le Hardi (1270-1285), qui avait accompagné son père au siège de Tunis, lui avait succédé ; son règne sert de complément à celui de son prédécesseur et forme la transition à une nouvelle période. On y voit le développement de la puissance royale pour la réunion définitive du comté de Toulouse (1271) et la punition d'une tentative de révolte de la part du comte de Foix (1272). On y trouve aussi le premier exemple d'une charte d'anoblissement
14e siècle. 459
en faveur d'un roturier ; mais en même temps une ordonnance déclarait que les nobles seuls avaient droit à la chevalerie.
PEMlipise-le-îlei ouvrit un des siècles les plus féconds en transformations sociales, et lui-même fut une nouveauté ; il connut la raison d'Etat et commença la conversion du vassal en sujet. Son gouvernement est le premier organisé depuis les Romains, et il donna naissance à l'esprit de la monarchie al3Solue.
L'unique pensée de ce gouvernement était l'argent, parce que Philippe sentait que c'était par l'argent seul qu'il pouvait atteindre son but, en épuisant les autres et en se fortifiant lui-même. Aussi tous les actes de son règne tendent-ils à s'en procurer : l'expulsion des Juifs , l'abolition des Templiers, la convocation des Etats, l'altération des monnaies, et même l'établissement du parlement sédentaire. L'avidité de l'or donna naissance à l'alchimie. C'est au charbon
3u'on demanda d'abord des richesses ; ensuite au iable, puis à l'homme, c'est-à-dire au Lombard et au Juif qui avaient alors le monopole du commerce. Ceux-ci }Drêlaient à un taux exorbitant, et exigeaient pour gagner le corps de l'emprunteur. Le règne de Philippe-le-Bel peut se résumer en deux mots : confiscation, exaction.
Les règnes des trois frères de Philippe-le-Bel sont remplis par des embarras financiers qui donnèrent Heu à de fréquentes convocations des états-généraux. Sous Louis X le Hutin, Enguerrand de Marigny, surintendant des finances, fut pendu, condamné par une commission de barons. Ainsi la justice semble reculer et être moins avancée que dans les Établissements de saint Louis. Les serfs furent aussi affranchis dans tous ses domaines, moyennant certaine somme par tête, et cet acte devint le signal de l'émancipation de la masse du peuple.
Lecture.— Histoire de France, par Michelet.— * Capefîgue.
460 14e siècle.
Abolition «1© l'ordre sleg 'iTeiugilierSê —
L'ordre des Templiers avait été établi à Jérusalem en 1118, par plusieurs gentilshommes français qui firent vœu de chasteté et d'obéissance entre les mains du patriarche, et promirent d'employer leurs biens et leur vie au service et à la défense de la Terre- Sainte. Le roi Beaudouin II leur assigna un logement dans le Temple, d'où ils furent appelés Templiers. Us firent de belles actions sous les rois de Jérusalem, et acquirent de grandes richesses dans tous les royaumes de l'Europe; mais ces grands biens les perdirent. Bientôt l'orgueil, la fierté, l'indépendance, l'esprit du monde, le luxe et les plaisirs de la table eurent infecté tout l'ordre. On les accusa, sous le règne de Philippe-le-Bel, des crimes les plus atroces, des excès les plus épouvantables, et ils furent tous arrêtés en un seul jour par tout le royaume; ce fut un ordre secret qui fut exécuté le 15 octobre 1307. Au premier interrogatoire qu'on fit subir aux cent quarante chevaliers, il n'y en eut que trois qui nièrent absolument les crimes qu'on leur imputait; mais on ajoute, pour infirmer ces aveux, qu'ils ont été extorqués par la violence, et que la plus grande partie des chevaliers révoquèrent leurs confessions, et soutinrent qu'on les leur avait arrachées à force de tourmens. Quoi qu'il en soit, cinquante-neuf, parmi lesquels il y avait un aumônier du roi, furent livrés en France au bras séculier. On les conduisit hors de la porte Saint-Antoine, dans un champ voisin de l'abbaye du même nom, où ils furent brûlés vifs et à petit feu, en 1309. On leur avait promis la vie s'ils avouaient. La plupart, pour échapper aux tortures inouïes qu'ils enduraient, avouèrent tout ce qu'on voulut; mais on les avait trompés, et tous périrent. Il y en eut neuf à Senlis et un grand nombre en différens endroits de la France, qui souffrirent ce cruel tourment avec fermeté. Enfin, le 22 mars 1312, le pape Clément Y, dans un concile tenu à Vienne ^ donna une bulle qui cassait, supprimait et annulait
l'ordre militaire du Temple > et cet ordre demeura pour toujours proscrit et aboli.
Le 18 mars de l'an 1314, Jacques de Molay, grandmaître de l'ordre, fut brûlé sur la place Dauphinè, avec Gui, dauphin d'Auvergne et commandeur d'Aquitaine ; ils citèrent, dit-on, le roi et le pape au tribunal de Dieu, Philippe IV dans l'année, et Clément V dans quarante jours. Ils moururent l'un et l'autre à l'époque fixée par cet ajournement.
On disposa ensuite de leurs biens en faveur des chevaliers de Saint-Jean, dévoués à la défense des saints lieux, et qui venaient de donner de nouvelles preuves de leur zèle par la conquête de l'ile de Pihodes. Cet ordre semble vouloir se reproduire aujourd'hui ; mais, comme tant d'autres, il s'éteindra insensiblement.
Lecture.— La tragédie des Templiers, par M. Raynouard.
Première convocation des états-généraux.— La première convocation des états-généi aux eut lieu en 1302, sous Philippe-le-Bel. Cette réunion eut lieu le 28 mars dans l'église de Notre-Dame, à Paris. On avait élevé dans cette église un trône pour le roi; il avait près de lui le comte d'Evreux, son frère, le comte d'Artois, son cousin, les ducs de Bourgogne, de Bretagne, de Lorraine, les comtes de Hainaut, de Hollande, de Luxembourg, de Saint- Pol, de Dreux, etc. Les évèques étaient très peu nombreux. Les députés du peuple occupaient en grand nombre un des côtés de l'Eglise ; ils présentèrent à genoux une supplique au roi. Les premiers états furent clos le 10 avril, mais les affaires restèrent dans la même situation. On les assembla de nouveau le 23 juin 1303 à Paris, puis en 1308 à Tours, et de nouveau le 29 juin 1314, afin d'obtenir de la nation des subsides. Cette fois l'assemblée se tint dans la cour du palais où Ion avait élevé une estrade très étendue. Le prévôt des marchands de Paris promit un aide de la part de sa ville, et son exemple fut
402 14e SIÈCLE.
suivi par les députés des autres villes ; mais la plupart de ces assemblées nationales tournèrent beaucoup plus souvent au profit du pouvoir qu'à l'avantage des citoyens, car leur rôle se réduisit fréquemment à voter des subsides et rien de plus. Il y eut jusqu'à Louis XVI 33 tenues d'états-généraux.
5 sous Philippe-le-Bel. — 2 SousPliilippe-le-Long. ~ 2 sous Philippe VI. — 5 sous Jean II. — 1 sous Charles Y.— 3 sous Charles YI. — 6 sous Charles VII. — 2 sous Louis XL — 2 sous Louis XII. — 3 sous François II et Henri III. — 2 sous Louis XIII et Louis XYL —Total 33.
DÉVELOPPEMENT
Le roi, placé dans une position difficile, et par les exigences de Boniface VIII et par les Flamands, et surtout par le besoin d'argent, se décida à réunir les députés des trois ordres de la nation.
Jusqu'ici nous avons vu le peuple d'abord serf et vilain, soumis à un seigneur, sans aucun droit civil ni politique, puis s'émancipant en membre de la commune, et recouvrant avec la liberté les droits du citoyen. Maintenant son importance s'est accrue, il s'est rendu nécessaire aux rois, et nous allons le voir se mêler au gouvernement de l'État dont jusqu'alors il avait été constamment éloigné et exercer enfin quelques droits politiques. Pour la première fois depuis les premiers rois de la seconde race, il apparaît dans une assemblée de la nation, et, sous le nom de tiers-état, se trouve appelé à former un troisième ordre qu'on ne connaissait pas encore, et qui un jour dominera les autres.
Déjà dans la lettre qu'il écrit au pape, il se montre plus éclairé que la noblesse, plus ferme que le clergé, et soutient dignement les droits du trône et les libertés de la nation envers le pouvoir spirituel. Cependant son rôle est encore humble, de peu d'importance, et se réduit au vote des impôts et au droit de pétition, c'est-à-dire d'adresserau roi des doléan-
14e siècle. 463
ces qui sont rarement écoutées. Il est encore obligé de s'attacher au trône, son abri naturel contre les deux autres ordres qui le jalousent et ne manqueraient pas l'occasion de le soumettre, ou du moins de lui ôter son influence.
Quant à l'influence générale des états-généraux, elle fut plus indirecte que directe, moins dans le présent que dans l'avenir. Sans rien de fixe ni de régulier, « ils furent, dit M. Guizot, un pis-aller politique pour le peuple comme pour les rois; pis-aller pour les rois quand ils n'avaient pas d'argent; pour le peuple quand le mal était devenu si grand qu'on ne savait plus quel remède y appliquer.» Lorsque la royauté se fut organisée, fut devenue assez forte pour dominer les trois ordres, ou bien elle se passa des états-généraux, ou si un moment de crise la forçait à les convoquer, elle eut toujours soin de les tenir en laisse; si la nécessité exigeait quelques concessions, ces concessions ne furent que momentanées, et bientôt elle reprit le dessus et recouvra tout ce qu'elle avait perdu. Aussi voyons-nous ces assemblées, le plus souvent insignifiantes, devenir quelquefois terribles ; mais leur domination n'est que passagère, leur colère s'éteint avec la crise qui les a enhardies, et aucune de ces mesures qui ont agi sur la société, aucune réforme vraiment importante n'est émanée de leur sein. Elles n'ont eu réellement qu'un effet moral; elles ont été une protestation contre la servitude politique, la proclamation de certains principes qui devaient p>lus tard être appliqués, passer dans les faits et valoir au peuple français sa liberté et l'exercice de sa souveraineté.
Les états-généraux ne furent jamais convoqués régulièrement ; tenus plusieurs fois sous un règne, plusieurs autres règnes se passaient sans qu'ils le fussent de nouveau ; le caprice ou le besoin des rois en décidait. Cependant leur existence, bien ou mal assurée, se perpétue jusqu'à Louis XIII (1614). Ce n'est que deux cents ans après qu'ils reparaissent
464 14e siècle.
avec un éclat inouï. Alors le tiers-état, tout-puissant, a la haute main, il détruit la puissance politique de ses anciens adversaires, et domine à son tour la noblesse et la royauté.
La dernière assemblée des états-généraux s'ouvrit à Versailles le 5 mai 1789, après une interruption de 175 ans. Elle se composa de 1214 membres, et formait la réunion nationale la plus nombreuse et la plus imposante qu'on ait vue jusque là; il y avait 308 ecclésiastiques , 285 députés de la noblesse et 621 députés du tiers-état. — Le 17, les membres du tiers* état, après avoir vérifié les pouvoirs de toutes les députations, « se déclarent la seule réunion légitime, * et se constituent immédiatement en activité sous le « nom <\' Assemblée nationale. » 11 ne faut pas se le dissimuler cependant, les étals-généraux ont eu la vertu de maintenir dans les esprits les droits à la liberté, mais ils ne sont jamais entrés dans l'organisation politique; ils n'ont jamais atteint le but pour lequel ils avaient été formés: la fusion enunseulcorps des sociétés diverses qui se partageaient le pays.
Lecture. — Histoire des États- généraux , par Charles Naudet.
Philippe VI de Valois. — Charles IV étant mort sans enfans, le trône appartenait de droit à Philippe de Valois, son parent ; mais Edouard III, roi d'Angleterre, prétendait à la couronne comme lits d'Isabelle, sœur du dernier roi. Les Etats annulèrent ses prétentions en vertu de la loi salique interprétée pour la première lois à l'avènement de Philippe-le- Long par les États, qui déclarèrent qu'au royaume de France femme ne succède pas, malgré les maximes du droit féodal, d'après lequel presque tous les grands fiefs tombaient de lance en quenouille , et Philippe de Valois fut reconnu roi en 1328 — D'heureux évènemens signalèrent le commencement de ce règne. Le monarque, qui protège le comte Louis, combat les Flamands en personne, et les force à tomber aux
14e siècle. 465
genoux de leur souverain, après les avoir vaincus à Cassel. Mais Robert d'Artois ayant perdu au tribunal de Philippe un procès contre' la duchesse de Bourgogne, ce prince invite l'Angleterre à seconder sa vengeance ; le Flamand Artewell, brasseur de bière, dont le crédit est sans bornes dans sa patrie, montre à Edouard 111 ses compatriotes prêts à soutenir ses prétentions.
Bientôt la guerre éclate entre la France et l'Angleterre ; la marine anglaise triomphe à la journée de l'Écluse; Edouard entre en France, s'avance sans obstacle jusqu'à Paris; repoussé par l'armée française, il passe la Somme ; mais la malheureuse bataille de Crécy, en 1346, fait perdre à la France environ trente mille hommes. 11 parait que ce fut à cette bataille que pour la première fois les Anglais firent usage de l'artillerie.
Le siège de Calais suit cette bataille ( 1347 ) ; les assiégés, commandés par Jean de Vienne, se défendent pendant onze mois; réduits à l'extrémité, ils demandent à capituler ; c'est alors qu'eut lieu l'admirable dévouement d'Eustache de Saint-Pierre et de quatre de ses parens. Ils allaient être décapités, lorsque la reine Philippine se jette aux pieds d'Edouard III et désarme sa colère. Pendant que l'heureux Edouard cueillait des lauriers dans les champs de Crécy, Philippine de Flandre en avait fait une ample moisson dans l'Ecosse, où elle avait gagné une grande bataille, et elle arrivait en ce moment pour épargner à son mari une cruelle action» Enfin uue trêve de trois ans est conclue. Cependant la France éprouva des malheurs intérieurs ; les impôts se multiplient et le tribut qui s'élève sur l'eau et le sel est imaginé par Philippe. Les droits de la couronne et de l'état, défendus avec fermeté par Cugnière contre les usurpateurs du clergé, sont trahis par un roi ou timide, ou superstitieux. Cependant, la couronne acquit, sous ce règne, le Dauphiné, qu'Humbert aux blayiches mains donna au roi, à condition qu'il de-
466 14* siècle.
viendrait l'apanage du fils aîné des rois de France, (jiii porterait le nom de Dauphin. Jean II, le Bon, plus faible que son père, augmenta encore les maux de sa patrie. Des coups d'autorité frappés imprudemment sur le comte d'Eu, et sur Charles d'Evreux, roi de Navarre, les deux premières têtes de l'état, lui aliènent le cœur de la noblesse, et les révoltes continuelles qu'occasionnent ces rigueurs achèvent de bouleverser la France. Le prince de Galles, digne fils d'Edouard III, et son rival de gloire, poursuit les succès de l'Angleterre. Jean marche contre lui à la tète de 80,000 hommes et rencontre à Poitiers ce prince qui n'en a que 8,000. — Là se livre la fameuse bataille où les Anglais se servant de toutes les ressources du génie, renversent, avec une poignée de soldats, l'armée française à Mauperluis près de Poitiers. — Le prince Noir fait le roi de France prisonnier, l'emmène à Bordeaux, et de là à Londres. La première noblesse de France périt dans cette bataille.
Lecture.— La tragédie du Siège de Calais , par Dubelloy.— Les chroniqueurs, Froissart, par M. Lévi.
lia Jacquerie. — Pendant la captivité du roi, de violens troubles s'élèvent en France. Charles-le- Mauvais, sorti de prison, se met à la tête des révoltés : Etienne Marcel, prévôt des marchands, et Robert Lecocq, évêque de Laon, le secondent et entreprennent de le nommer roi. Charles de Navarre assiégeait Paris, qu'on se disposait à lui livrer. Jean Maillard, capitaine des gardes, sauve la ville en immolant Marcel. Le Dauphin y rentre en triomphe. Pendant que Paris était ainsi agité , les provinces étaient ravagées par les Jacques ( nom de mépris que l'on donnait aux paysans) qui brûlaient les châteaux. Le malheureux traité de Brétigny et le retour du roi ramenèrent un peu de calme dans le royaume.
Considérée politiquement, la jacquerie fut un mouvement national contre l'invasion anglaise, et un des
14e siècle. 467
premiers effets de l'affranchissement des serfs sous Louis-le-Hutin ; elle apprit aux paysans qu'ils pouvaient se battre aussi bien que les seigneurs, et leur donna la conscience de leur force. Les compagnies franches que Duguesclin mena en Castille, et contre les Anglais, étaient toutes composées de Jacques ou paysans réunis spontanément en corps. De là datent nos armées nationales ; car après les désastres de Crécy, Poitiers et Azincourt, il ne resta plus de nobles pour défendre la patrie. C'est après ces désastres qu'il faut placer l'extinction de la première aristocratie et l'apparition d'une nouvelle noblesse, de même que la seconde noblesse franque s'était montrée après la bataille de Fontenay.
Lecture. — Les guerres civiles , dans les Esquisses historiques de l'auteur.
Claarles V, Se §s&^e. — Jean mourut à Londres où il était allé remplacer son fils, le duc d'Anjou, otage fugitif d'Edouard. Charles V, qui avait gouverné le royaume pendant la captivité de son père, rendit le peuple heureux par un règne plein de sagesse. Après avoir vaincu les états pendant sa régence, il négligea de les convoquer sous son règne, et les remplaça par une espèce d'assemblée composée de prélats, de nobles et d'officiers municipaux, afin d'obtenir un simulacre d'autorisation pour la levée des impôts. On les verra reparaître rarement; la couronne, qui avait éprouvé leur force, en eut peur, et c'est le parlement qui usurpera le pouvoir politique qui leur échappe pour quelque temps. Bertrand Duguesclin, chevalier breton, vainquit le roi de Navarre, qui n'avait pas cessé ses hostilités. Charles lui accorda la paix, protégea les lettres, le commerce, et fonda la bibliothèque royale. Ce fut la gloire de ce règne d'avoir eu en même temps le prince le plus sage et le général le plus habile. Charles V institua les lits de justice, où furent admis les grands officiers, quelques prélats, des députés de la bourgeoi-
468 14e siècle.
sie et de l'Université; ce fut aussi ce prince sage qui fixa la majorité des rois à quatorze ans.
L'ordre que les sages mesures de Charles Y avaient rétabli fut de nouveau troublé sous son successeur (1380-1422). Pendant que les princes du sang, oncles du roi mineur, se disputaient le pouvoir, les états généraux firent quelques tentatives pour reprendre l'autorité qui leur échappait. Le duc d'Anjou, qui avait obtenu la régence, en profita pour piller le trésor royal et pour lever des taxes arbitraires malgré la résistance des états. Ces abus du pouvoir firent éclater l'insurrection parisienne des maïllolim, qui ne fut réprimée que par la force des armes. L'oppression s'étendit sur toute la France ; une taille générale fut imposée au royaume, sans que le clergé et la noblesse fussent exceptés. Le roi, parvenu à la majorité (1388), essaya de gouverner, en éloignant ses oncles et en choisissant des ministres plus populaires.
Le connétable Olivier de Clisson eut une grande part à la direction des affaires. Le peuple avait l'espoir d'être soulagé, lorsque la démence du roi plongea le pays dans de nouveaux malheurs (1392) et le livra aux guerres civiles causées par la révolte des maisons d'Orléans et de Bourgogne, qui se disputaient le pouvoir en trompant le peuple. La haine des deux factions trouva un aliment dans la conduite imprudente d'Isabeau de Bavière, épouse de l'infortuné Charles YI.
L'assassinat du duc d'Orléans (1407), frère du roi, tué par les ordres de Jean-sans-Peur, duc de Bourgogne, mit le comble à l'animosité des deux partis, et accrut la puissance du dernier de ces ducs, qui recherchait la popularité. Le comte d'Armagnac, connétable de France, devint le chef de la ligue qui se forma contre Jean-sans-Peur.
Toute la France se divise en deux camps, que la reine trahissait tour à tour. La guerre étrangère vint se joindre à ces calamités (1415); le pays écrasé
14e SIÈCLE. 469
d'impôts, fut livré à la fureur des factions et aux attaques des Anglais. Le duc de Bourgogne fut poignardé sur le pont de Montereau, par Tanneguy-Duchâtel (1419); sa mort mit fin aux négociations entamées par le dauphin Charles. La reine, alliée à Philippe-le-Bon, hâta la conclusion du traité de Troyes (1420), qui enleva au Dauphin la succession au trône, et fit passer le sceptre à Henri Y, roi d'Angleterre, époux de Catherine de France. La capitale fut ouverte aux Anglais. A la mortdeCharlesVJ (1422), précédée de celle de Henri son gendre, Henri de Lancastre, encore au berceau, fut proclamé roi de France sous la régence du duc de Bedford, son oncle, tandis que Charles VII, errant sur les rives de la Loire, confiait le sort de la couronne à la fidélité et à la bravoure d'un petit nombre de partisans. 1366. — Les grandes Compagnies. Ces grandes comagnies étaient un mélange de toutes les nations, mais a plupart Anglais, Gascons et Bretons, ces derniers en petit nombre ; ce ramas de brigands était redoutable et redouté ; ils ravageaient tout sur leur passage, et la France souffrait alors tellement deleurs déprédations, qu'à cette époque ils avaient fait, de la Guyenne à la Champagne, une vaste plaine de ruines. Ce qui exaspérait le plus les Français contre les grandes Compagnies, c'est qu'on y comptait beaucoup d'Anglais rp'iur s'en débarrasser, on traita avec eux et on leur proposa d'aller à la croisade : ils refusèrent . Licenciées par l'Anglais, repoussées de l'île de France, de la Normandie, de la Bretagne, de l'Aquitaine, ces bandes refluèrent sur le centre; elles se promenaient par le Berri, le Limousin, etc. — Cependant quelques-unes allèrent en Alsace et furent massacrées; mais la grande masse s'écoula vers l'Espagne ayant à sa tête Duguesclin. Passant par Avignon, ces' aventuriers, dont l'armée se grossissait sur la route, rançonnèrent le pape ; delà ils allèrent en Aragon1, demandant le passage et les vivres; enfin, dans ce siècle, on les trouve partout, et souvent combattant les
470 i4e siècle,
uns contre les autres ; ils disparaissent au 18e siècle.
Lecture.— Les Armagnacs et les Bourguignons dans notre Histoire de France; — Histoire des ducs de Bourgogne , par M. de Barante.
ANGLETEBEE.
ÛOHgUÊTE DE E.'É«30SSU PAR. EDOUAE3 £".-L'an-
cienne race des rois d'Ecosse s'étant éteinte avee Alexandre III, on vit paraître une foule de prétendans qui se contestèrent les droits au trône : parmi eux on distinguait Jean de Bailleul f Français d'origine , et Robert Bruce, de famille' anglaise. Edouard Ier, roi d'Angleterre, qui songeait à soumettre l'Ecosse, s'offrit pour arbitre, et Bailleul fut choisi, parce qu'il consentait à être vassal de l'Angleterre.
Le nouveau roi ayant senti toute la lâcheté de son procédé, et indigné des mauvais traitemens d'Edouard, se révolta et fut vaincu ; c'est alors qu'Edouard fit transporter en Angleterre le sceptre et la couronne d'Ecosse , et particulièrement la pierre fameuse du destin, sur laquelle se faisait l'inauguration du roi, et d'où, suivant le préjugé populaire, dépendait la destinée de la monarchie. Mais il restait un défenseur à l'Ecosse : Guillaume Wallace , simple gentilhomme, soulève ses compatriotes et chasse tous les Anglais qui ne conservent que la seule ville de Berwick ; mais la fortune l'abandonne dans sa glorieuse entreprise : trahi par plusieurs grands jaloux , il est vaincu et livré aux Anglais qui le font mourir. Les Ecossais ne se rendent point encore et trouvent un autre défenseur dans Robert Bruce : ce héros, après des alternatives de succès et de défaites, régna glorieusement sur les Ecossais , et mérita le titre de Bon- Robert.
Au règne brillant et sage d'Edouard I« , succéda celui d'Edouard II, en 1507. Ce prince se laissa gouverner par ses favoris, Gaveston et Spencer. Les barons indignés , excités par sa femme Isabelle et par Mortimer, se soulevèrent contre lui, le forcèrent à résigner sa couronne, et l'enfermèrent dans le château de Berkley. Là on le fit mourir en lui enfonçant un fer chaud dans les entrailles, à travers un tuyau de corne, afin qu'il n'en restât pas de trace. Edouard II était âgé de quarante-deux ans. Le règne sage et glorieux de son fils , Edouard III , dont nous avons parlé plusieurs fois dans ce siècle , sauva l'Angleterre. Ce fut lui qui établit l'ordre de la Jarretière , resté un des cinq grands ordres de lEurope. Dans une fête , Alix , comtesse de Salisbury et dame du roi , laissa tomber le ruban bleu qui attachait le bas de chausse qu'on portait alors ; Edouard le releva, et quelque temps après institua l'ordre de la Jarretière. C'est à cette occasion qu'on grava sur les monnaies anglaises: Honni soit qui mal y pense*
14e SIÈCLE. 471
avènement des lANCASTRE.- Richard II, fils du prince Noir, s'étant fait détester pour sa tyrannie, fut détrôné par Henri de Lancastre , son cousin-germain , qui prit le titre de Henri IF. Ce prince ne fut pas indigne du trône qu'il avait usurpé sur les York. Plusieurs révoltes qui s'élevèrent furent comprimées avec vigueur. Percy, comte de Northumberland, chef des mécontens unis aux Ecossais, fut vaincu à la sanglante bataille de Shrewsbury, l'archevêque d'York condamné à mort et exécuté , les Lollards condamnés au feu. Ce prince mourut en 1415 , laissant pour successeur Henri V son fils, l'un des plus grands rois de l'Europe.
wiclef. — Jean Wiclef, né en 1324 à Wiclef , bourg de la province d York, indigné des concussions de la cour de Rome et de la dissolution du clergé, protégé par le duc de Lancastre et parla princesse de Galles, se mit à demander la réforme ecclésiastique et à prêcher contre les abus de la puissance papale. Grégoire XI, qui voyait la suprématie du saint-siége compromise par le nombre de partisans que se faisait ce nouvel apôtre, prit l'alarme et le fit citer devant le tribunal de l'archevêque de Cantorbéry et de l'évêquede Londres qui le renvoyèrent en lui faisant promettre de garder le silence. 11 éleva de nouveau la voix à l'époque du schisme , attaqua même la puissance des princes temporels , excita un soulèvement de paysans qui eut les plus fâcheux résultats. Il s'en prit ensuite au dogme ; condamné par le concile de Londres, il refusa de se rétracter et mourut hérétique le 2 décembre 1384. Le concile de Constance condamna de nouveau ses erreurs , et ordonna que son corps serait déterré et ses os brûlés ; ce qui fut exécuté.
Lecture. — Histoire des variations, par Bossuet. — Règne de Robert Bruce dans Walter Scott {Histoire d'Ecosse).
ALLEMAGNE
bulle D'OR. — L'empire allemand, que nous avons vu troublé par les dissensions intestines, depuis le 12s siècle jusqu'au milieu du 15e, époque à laquelle Rodolphe fut appelé au trône , ne fut pas plus tranquille sous ses successeurs , Adolphe de Nassau (1291), Alberto (1298 à 1308). Ce dernier ne fut heureux, ni en bohème , dont il voulait assurer la possession à sa famille à la mort de JVenceslas, fils d'Ottokar, né en Misnie , et où au mépris de toute justice, il prétendait faire valoir les droits acquis, disait-il, par Adolphe de Nassau , ni surtout en Suisse où, par ambition , ce prince voulut augmenter son patrimoine aux dépens des communautés libres. Louis de Bavière (1514-1547), prince doué de grandes qualités, fut le dernier empereur dont les Italiens reconnurent l'autorité (1528) ; mais l'empire prit une forme un peu plus stable sous Charles IV de Luxembourg, roi de Bohême, petit-fils de Henri VII. Il fit à Nuremberg (1556) cette fameuse constitution appelée bulle d'or; le jurisconsulte Bar-
472 14e siècle.
thole la rédigea. Cette base principale de la constitution germanique est appelée bulle d'or à cause du sceau d'or qu'on nommait bulla dans la basse latinité; on voit aisément par là pourquoi les édits des papes sont appelés bulles. Le style de cette charte se ressent de la barbarie du siècle. On commence par apostropher les sept péchés mortels; on y prouve la nécessité des sept électeurs par le chandelier à sept branches de l'Apocalypse (Révélation de saint Jean).
Par cette loi , loi fondamentale •
1° Le nombre des électeurs est fixé à sept;
2° On assigne à chacun d'eux une charge à la couronne ;
3° On règle le cérémonial de l'élection et du couronnement ,
4° On établit des vicariats;
5° Les électorats sont déclarés indivisibles ;
6° On confirme aux électeurs tous les droits de la souveraineté, appelée souveraineté territoriale;
7° Le roi de Bohême est placé à la tête des électeurs séculiers.
On voit que cette bulle, tout en posant des limites au pouvoir royal et à celui des États, et en mettant un frein à l'anarchie féodale , fut néanmoins plus favorable à la puissance des électeurs qu'à l'autorité monarchique, et elle est la preuve que Charles sacrifiait la dignité impériale aux intérêts de sa famille et de sa couronne héréditaire de Bohême.
Cette loi de l'empire, conservée à Francfort , et écrite sur du vélin très propre, en très mauvais latin, avec un grand sceau ou bulle d'or au bas , fut faite en présence et du consentement de tous les princes , des abbés et même des députes dos villes impériales, qui, pour la première fois, assistèrent à ces assemblées de la nation leutonique.
Pour donnner quelque idée du faste qui accompagnait la promulgation de la Bulle d'Or, il suffira de dire que le duc de Luxembourg, neveu de l'empereur, lui servait à boire; que le duc de Saxe , comme grand-maréchal , parut avec une mesure d'argent pleine d'avoine qu'il prit dans un gros tas devant la salle à manger : l'électeur de Brandebourg donnait à laver à l'empereur et à 1 impératrice , et le comte palatin posait les plats sur la table.
Différens événemens sur le règne de Charles IV ont eu des résultats immenses, tels que la grande fédération de la ligue anséatique , qui faisait le commerce de presque tout l'univers; elle devint une puissance formidable; elle eut des flottes, des armées , et exerça sur tout le nord de l'Europe une influence que les empereurs les plus puissans n'avaient pu obtenir. Kl le soutint la guerre contre les rois de Danemarck et de Suède, et les força de reconnaître son influence.
14e SIÈCLE. 473
Charles IV ne songeait qu'à l'agrandissement de son patrimoine ; il réunit par des alliances et par des achats le haut Palatinat et le pays de Schweidnitz à son royaume de Bohême et de Silésie. Il réussit à faire couronner son fils Venceslas comme roi d'Allemagne, et mourut en 1378. Le règne de ce prince fut agité; il protégea les Hussites et fut toujours en guerre avec le clergé; ses accès de rage et ses vices révoltèrent ses sujets, qui l'arrêtèrent, le jetèrent dans une geôle où il subit tout ce que la captivité a de plus insupportable; les Allemands le réclamèrent aui Bohémiens, mais leurs électeurs le déposèrent, et nommèrent à sa place Robert , comte Palatin , qui vécut 10 ans; Josse de Moravie, cousin germain du malheureux Venceslas ; enfin Sigismond , son propre frère , qui n'avait jamais cessé de lui nuire (1410).
ESPAGNE
pierre -le -cruel, roi de' Castillc , né à Burgos le 30 août 1534 , succéda , en 1350 , à son père Alphonse XI. Il rendit son règne célèbre par ses cruautés. Il eut quelques démêlés avec Pierre IV, roi d'Aragon. Ses crimes excitèrent la révolte des grands de son royaume ; il crut pouvoir se mettre au dessus de leur ressentiment en faisant mourir Frédéric , son frère , don Juan , son cousin , et Blanche de Bourbon , son épouse, qu'il avait déjà fait jeter dans les fers, et dont le malheur avait touché les. Castillans. Ces nouveaux crimes firent donner la couronne à Henri de Transtamare , frère naturel de Pierre. Réfugié en Guyenne , Pierre fut, en 1367, rétabli sur son trône par les Anglais ; mais, l'année suivante, Transtamare, avec l'aide de Duguesclin, vainquit son frère à Monteil et le tua. Il fut lui-même abandonné par ses sujets, et demanda des secours aux Maures.
pierre iv, roi d'Aragon , surnommé aussi le Cruel , succéda , en 1336 , à son père Alphonse IV. Il ne se fit pas beaucoup plus aimer que celui dont nous venons de parler; il se fit plutôt craindre de ses sujets, qui se portèrent à quelques révoltes dont le souverain triompha , mais non toujours sans peine. Malgré ces troubles, il s'unit aux rois de Castillc et de Navarre pour combattre les Maures, et le fit avec succès. Les troubles de la Sardaigne, que son prédécesseur Jacques II avait enlevée aux Pisans, et ses démêlés avec Pierre de Castille, l'occupèrent aussi pendant une grande partie de son règne. Il avait su mettre à profit la rivalité des divers corps de l'Etat, et remporté une éclatante victoire sur les barons révoltés contre la royauté, sans pouvoir cependant la rendre absolue. 11 avait été obligé de se soumettre à la censure du grand Justiza , magistrat populaire , juge des différends entre le roi et les Etats et des Etats entre eux. Toutefois il avait réussi à rétablir la paix, et l'on venait
474 14e SIECLE.
de célébrer la cinquantième année de son règne , lorsqu'il mourut le 5 janvier 1587, âgé de soixante-huit ans. Jean,, son fils aîné , lui succéda.
PORTUGAL
communes.— C'est à la fin du 13e et au commencement du 14e siècle que remonte l'origine des communes en Portugal. Le roi Denys favorisa les associations communales en accordant des affranchissemens dans ses domaines. Ce fut lui qui fonda aussi l'Université de Lisbonne.
pierre ïer, roi de Portugal, né à Coïmbrc , en 1320 , fils et successeur d'Alphonse IV, monta sur le trône en 15§7. Son premier soin fut de venger la mort de l'infortunée Inès de Castro, son épouse , qui avait été assassinée par les ordres de son père. Il donna des réglemens utiles, diminua les impôts : en un mot, il se fit aimer de ses sujets et mourut fort regretté, le 18 janvier 1367, à l'âge de quaranle-sept ans. Son histoire , écrite par Fernand Lopez , a été publiée avec des augmentations par Joseph Péreira Bayam, prêtre de Lisbonne.
Lectu^s. — Episode d'Inès de Castro 9 dans la Lusiade de Camoëns.
maison d'avis. — La descendance légitime des rois de Portugal issus d'Alphonse Henriquez vint à manquer avec dom Ferdinand, fils et successeur du roi dom Pedro. Ce prince avait une fille unique, nommée Béatrix, née d'une alliance criminelle avec Eléonore Tellcz de Mendès qu'il avait enlevée à son époux. Désirant faire succéder à la couronne cette princesse, il la maria dès l'âge de onze ans , à Jean, roi de Castille , en assurant le trône au fils qui naîtrait de cette union , et en substituant à ce fils le roi de Castille , son gendre. Ferdinand étant mort immédiatement après ce mariage, dom Juan, son frère naturel et grand maître de l'ordre d'Avis, profita de l'aversion que les Portugais avaient pour les Castillans, et s'empara de la couronne dont il dépouilla la reine douairière. Le roi de Castille voulut alors mettre le siège devant la ville de Lisbonne ; mais ayant échoué, les Etats de Portugal, assemblés à Coïmbre, donnèrent le trône à dom Juan, qui remporta la victoire sur les Castillans et contribua par sa fermeté à consolider le pouvoir royal. Ce fut lui qui donna le signal des conquêtes portugaises en Afrique par la prise de Ceuta.
ITALIE
règne de jeanne ire.— La première maison d'Anjou, issue de Charles , frère cadet de saint Louis , était sur le trône
14e siècle. 475
de Naples. La reine Jeanne Ire, fille de Robert, roi de Naples , se voyant sans enfans, adopta un prince cadet de sa maison, Charles Durazzo, lui fit épouser sa nièce, et le désigna pour son successeur. Ce prince ingrat , dévoré du désir de régner, prit les armes contre la reine, poussé par le pape Urbain VI contre lequel Jeanne s'était prononcée en faveur de Clément Vil, et qui l'avait déposée. C'est alors que Jeanne adopta Louis Ier, frère puîné de Charles V, roi de France et fondateur de la seconde maison d'Anjou. Mais Charles, s'étant rendu maître de Naples et de la personne de la reine, la fit mourir et se maintint sur le trône contre son adversaire , Louis d'Anjou , qui ne recueillit de la succession de la reine Jeanne que le seul comté de Provence qu'il transmit à ses descendans , avec ses prétentions au royaume de Naples.
Jeanne Ire avait été mariée à André de Hongrie, qu'elle haïssait. On le trouva assassiné; elle prit pour nouvel époux Louis dé Tarenfe, soupçonné de ce meurtre. Louis de Hongrie marcha contre elle pour venger la mort de son frère. Jeanne fut obligée de se réfugier en Provence ; elle recouvra néanmoins sa capitale. Son second mari et un troisième qu'elle prit étant morts, ella en épousa un quatrième. Ce fut elle qui vendit Avignon à Clément V.
rienzi , tribuei de rome.— 1348. Depuis que le pape Clément V avait transféré le sainl-siége à Avignon, l'Italie était dans l'anarchie la plus complète. Le premier empereur d'Allemagne qui voulait passer les monts pouvait renouveler les prétentions de Charlemagne et des Othons : c'est ce qui arriva. Secondé des Colonne , l'une des famdles romaines les plus nobles, Henri VII, de la maison de Luxembourg, se rendit maître de Rome et y établit un gouverneur. Louis de Bavière , qui lui succéda , fut déposé par le pape Jean XXII. L'empereur, accompagné de Castracani de Lucques , convoqua à Rome une assemblée dans laquelle il privait le pape de tout bénéfice; mais les troubles recommencèrent à Rome au départ de Louis. La reine de Naples, Jeanne, vendit Avignon au pape en 1348, et les pontifes y restèrent jusqu'en 1371 : c'est ce que les Italiens appellent la captivité de Babylone. Pendant ce temps , les Romains s'étaient choisi pour tribun Nicolas Rienzi, homme éloquent, hardi , persuasif, et par conséquent capable des grandes choses qu'il entreprit : il régna quelques mois d'une manière absolue, se fit craindre, respecter des souverains de l'Europe, et osa citer à sa barre les deux empereurs rivaux : il s'intitulait chevalier candidat du Saint-Esprit ; sévère et clément libérateur de Rome ; zélateur de l'Italie, amateur de l'univers et tribun auguste. Il voulait renouveler l'ancienne république sous le nom de Bon Etat , et déclara que tous les peuples d'Italie étaient libres et citoyens romains ; son règne fut court. Rienzi finit comme les Gracques qu'il avait pris pour modèles. Obligé de fuir une première fois et de se cacher, il reparut à Rome pour
476 14e siècle.
en chasser un successeur, le tribun Baroncelli, et y ressaisir son autorité. Puis une émeute populaire le renversa de nouveau. Livré au pape Clément VI, il fut fait sénateur par son successeur Innocent, qui le jugeait propre à ses desseins, et tomba assassiné par la faction des familles patriciennes et surtout par les Colonne, qui étaient à la tête du parti gibelin.
Lecture. — Portrait de Rienzi {Cours de littérature) ; tragédie de Rienzi.
POLOGNE
les jagellons en Pologne. — Depuis le dixième siècle , la maison de Piast avait régné glorieusement en Pologne , lorsque Edwige, l'un des derniers rejetons de cette famille , fut élue reine de Pologne, à condition qu'elle prendrait un mari de l'aveu de la nation ; elle épousa Jagellon , grand-duc de Lithuanie , qui réunit ses états à la Pologne. Jagellon , qui était idolâtre, se fit baptiser et prit le nom de Ladislas. Son fils, Ladislas II, qui lui succéda , monta sur le trône à l'âge de neuf ans. 11 battit en personne les Turcs ; les Hongrois lui offrirent la couronne ; mais ayant rompu le traité conclu avec le grand-seigneur, il renouvela la guerre et fut tué à peine majeur, à la célèbre bataille de Warna.
Les élections laissèrent le trône dans sa famille : elle donna un des plus grands rois à la Pologne, Sigismond, qui vainquit les Russes, les Valaques , les Prussiens , mais qui eut la douleur de voir la Bohème , la Hongrie, la Silésie , tomber, par un mariage, entre les mains de la maison d'Autriche. Il vécut jusqu'à quatre-vingts ans ; son fils lui succéda, et mourut sans descendans mâles ; en lui, s'éteignit la race masculine des J ag étions , en 1572.
SUISSE