‹ Nouveaux élémens d'histoire générale, rédigés sur un plan méthodique et entièrement neufChapitre 218 sur 277 · DE LA DÉCOUVERTE DE L'AMÉRIQUE · texte numérisé non relu

DE LA DÉCOUVERTE DE L'AMÉRIQUE

Par Christophe Colomb.

Renaissance des lumières dans l'Occident.

l'Europe commençait à. se raffermir. La législation avait ramené le calme dans les États; la navigation les liait par le commerce, et la politique par leurs intérêts. Les mœurs se polissaient, les beaux-arts renaissaient avec les sciences, et des inventions sublimes donnaient tous les jours une nouvelle face à cette belle partie de la terre.

l'Italie était le centre des lumières : ses villes devenaient les plus magnifiques du monde ; ses habitans en étaient le peuple le plus éclairé, ses souverains se piquaient à l'envi de favoriser les progrès de l'esprit humain , ses papes les secondaient de toute leur puissance , et répandaient sur les talents le trésor de leurs bienfaits. Sans unité politique, elle est à la merci des souverains étrangers qui se la disputent et se l'arrachent successivement , et n'a d'importance que parce qu'étant le but de toutes les conquêtes, elle est le centre de la politique de l'Europe.

l'empire , qui avait perdu le nord de l'Italie, conservait la suzeraineté du duché de Milan et de la plupart des Étals voisins. 11 était divisé en sept électorats fixés par la bulle d'or, et en une foule de principautés ecclésiastiques et séculières. Plein de vie dans ses diverses parties, il était faible dans son ensemble, et il est probable qu'il ne dut sa conservation qu'à la conviction qui commençait à se répandre , que son existence et son indépendance étaient nécessaires à l'équilibre européen.

La maison d'Autriche était la plus puissante de ce corps. Frédéric IV, qui en était le chef, possédait , avec le sceptre de l'empire, des Etats assez considérables, et Maximilien , fils de ce monarque, désigné roi des Romains , venait de recueillir la riche succession de Charles-le-Téméraire, en 1477. Il ajoutait à ces vastes possessions de grandes prétentions sur la Bohême et la Hongrie, et de hautes espérances sur la succession d'Espagne,

olô 15e SIÈCLE.

Malgré tout , l'Autriche n'était pas aussi forte qu'on pourrait le croire au premier coup-d'œil. La plupart de ses possessions étaient disséminées et incertaines, et sa domination dans la Bohême et la Hongrie était toujours chancelante et faible par suite des factions inséparables du gouvernement électif; l'empire donnait plus d'éclat que de valeur réelle, plus d'orgueil que de force.

I.A francs s'étendait depuis la Manche jusqu'aux Pyrénées; elle n'avait ni l'Alsace, ni la Franche-Comté, ni la Lorraine, ni la Flandre ; à cela près, elle différait peu de son état actuel. Ce royaume, si étendu et si peuplé, était soumis et tranquille. Les grands fiefs venaient d'être réunis à la couronne. L'acquisition de la Bretagne par le mariage de Charles VIII avec l'héritière de ce duché et la chute du dernier grand vassal , Charles-le-Téméraire, y avait établi solidement l'autorité royale. Le gouvernement féodal expirait; des tribunaux établis effrayaient les oppresseurs ; la puissance des assemblées de la nation déclinait visiblement ; le droit de fixer les impôts rendait le monarque tout-puissant, et les troupes, soudoyées par le fisc, ne marchaient plus que sous les ordres du prince. Une noblesse , accoutumée à de perpétuels combats, et qui ne pouvait plus exercer sa valeur dans l'intérieur de sa patrie , soupirait après des expéditions étrangères.

Charles VIII était assis sur ce trône ; ce monarque bien éloigné de la politique de son père, ennemi du travail, mais affable, généreux, vaillant, avide de gloire, prêt à saisir la fausse lueur d'une grande entreprise, et à l'abandonner à la plus légère apparition de disgrâce , dominé par l'esprit des conquêtes, avait toutes les qualités nécessaires pour les faire, et aucun talent pour les conserver.

L'ESPAGNE , divisée depuis un siècle, venait d'être réunie sous une même domination. Les Maures avaient perdu leur dernier asile; et la Castilîe, si long-temps séparée de l'Aragon, formait avec lui un même royaume par le mariage des deux souverains. Cette puissance, déjà si considérable, le devenait encore plus par la possession de presque toutes les îles de la Méditerranée, et par le caractère des deux chefs, tous deux ambitieux, tous deux habiles. En même temps la eonquête de Grenade achevait de former l'esprit national , et sans altérer encore la forme de la constitution fondée sur des assemblées d'États, ouvrait aux rois, par l'établissement de l'inquisition , le chemin du pouvoir absolu.

Ces puissances, les premières de l'Occident , se contre-balançaient, se regardaient d'un œil jaloux et avaient sur l'Italie des prétentions qui devaient causer des guerres funestes.

Le midi de l'Italie ne jouissait plus du bonheur que lui avait procuré le génie d'Alphonse-le-Magnanime. Ce monarque avait laissé l'Aragon et la Sicile aux princes légitimes de sa maison ; mais il avait désigné, pour son successeur au royaume de Naples, son fils naturel , Ferdinand Ier, qui en tenait alors le sceptre ,

15e SIÈCLE. 511

ame faible et vicieuse , l'objet du mépris des étrangers qui aspiraient à son trône, et de l'horreur de ses sujets qui soupiraient après une révolution.

Sous le nom spécieux de chef de la république, Pierre de Médias régnait tyranniquement à Florence, prince bien éloignédes vertus et des talens que ses ancêtres avaient employés à rendre leur patrie florissante. D'illustres maisons, jalouses de tout temps de la sienne, tramaient secrètement un changement qui pût ramener la liberté , et n'attendaient qu'une occasion favorable pour secouer le joug d'un maître impérieux qu'elles n'avaient pas la consolation d'estimer. Florence s'était agrandie par la conquête de Pise ; mais elle n'avait pu dompter l'esprit des Pisans qui s'agitaient sans cesse pour secouer le joug, et cette circonstance, jointe à la nature de la domination des Médicis qui devait s'écrouler avec les talens qui l'avaient fondée, renfermait le germe de grands troubles pour l'avenir.

L'acquisition de Gênes, l'usurpation de Parme et de Plaisance, et la fertilité de la Lombardie, faisaient du duché de Milan une puissance considérable. Les princes de la maison d'Orléans, descendans de la légitime héritière de Visconti, mettaient vainement en avant des droits incontestables : François Sforce, bâtard d'un soldat de fortune, avait ravi à leurs pères une si belle possession, et sa postérité s'y était maintenue. Faible successeur de ces aventuriers célèbres que le courage avait conduits au rang suprême, le jeune Galéas était le premier esclave de son oncle Ludovic, tyran le plus méchant et le plus artificieux qui fut jamais.

venîse était au plus haut point de son élévation ; elle possédait ces provinces fertiles qui s'étendent depuis son golfe jusqu'à l'Adda. La Dalmatie avait perdu toute idée de révolte ; les îles qui ferment la mer Adriatique reconnaissaient ses lois. Une partie de la Morée et quelques îles de l'Archipel venaient de lui être enlevées ; mais elle avait encore Candie, la plus grande qui soit dans ces mers, et Chypre, qui en est la plus fertile. Elle venait d'anéantir les républiques qui avaient été si long-temps ses rivales. Son commerce était le premier de la terre; sa politique profitait de tous les mouvemens de ses voisins, ses armées en étaient l'effroi , et ses flottes résistaient aux Ottomans qui faisaient trembler le reste du monde.

les suisses figuraient parmi les grandes puissances : leurs cantons, récemment unis, étaient remplis de cet enthousiasme qu'inspire une liberté nouvellement acquise.

Leurs nombreux habitans formaient autant de soldats dont le courage était redouté dans toute l'Europe ; les plus grands princes briguaient l'avantage de les avoir pour défenseurs, et le nord de l'Italie, dont ils tenaient les passages, regardait ce peuple de guerriers comme l'arbitre de son sort.

£' Angleterre, déchirée depuis un siècle par l'animositë

512 15e SIÈCLE.

des Deux-Roses, respirait sous Henri VII , qui en réunissait les droits (de 1483 à 1509). Ce roi , le premier de la famille des Tudors, vainqueur des innombrables factions qui avaient agité les premières années de son règne, commençait à jouird'un calme qu'il devait à une conduite aussi ferme que prudente. Cependant la souveraineté de l'Angleterre était encore séparée de celle de l'Ecosse; l'Irlande était loin de lui être soumise-, elle n'avait pas d'armée navale, et sans Calais qui lui ouvrait la France, elle n'aurait pu guère prendre part au commerce du continent.

la mavarre et l'Ecosse , unies à la France par penchant et par intérêt, mesuraient leurs mouvemens sur l'impression que leur donnait ce grand royaume. Jean d'Albret, Français de nation, voyait avec effroi l'ambitieux roi d'Aragon méditant d'envahir ses Etats, et n'avait contre des forces si supérieures que la protection de ses anciens maîtres. L'Ecosse , trop faible pour résistera l'Angleterre, son antique ennemie, était obligée de rechercher le même soutien; elle respirait sous Jacques IV, qui faisait oublier par ses vertus les fureurs de son père et les malheurs qu'elles avaient causés.

le Portugal ne s'occupait que du soin des découvertes nouvelles : sa marine florissante parcourait les mers de l'Afrique, fondait de puissantes colonies, soumettait d'immenses royaumes au joug de sa religion et au sceptre de son roi Jean II, un des plus grands monarques de son âge, qui, laissante ses voisins des débats aussi frivoles que sanglans, était lame des travaux de ses sujets, et présidait à leur bonheur.

les trois royaumes bu nord venaient de se réunir sous Jean d'Oldembourg ; mais la Suède était toujours prête à briser des liens qu'elle n'avait formés qu'en frémissant. Etienne Sture, quoique dépouillé de sa charge d' administrateur, conservait une dangereuse autorité. Des troubles sans cesse renaissans, et que l'habileté du monarque ne pouvait calmer, étaient les présages d'une rupture éclatante et prochaine.

Ladislas Jagellon , appelé pour régner en Bohême et en Hongrie, était trop faible pour écarter les ennemis qui ravageaient ses frontières, et réprimer des sujets qui obéissaient à regret à un maître qu'ils croyaient peu dignes de les commander.

la Pologne avait le gouvernement qu'elle a conservé jusqu'en 1795, où elle cessa d'être une nation ; elle élisait des rois , les prenait dans la famille des Jagellons, pleurait le grand Casimir et venait de couronner Albert, frère de Ladislas, mais plus digne que lui du rang suprême. Elle était sans cesse aux prises avec les Turcs qui désolaient ses campagnes, et avec les R.usses, devenus redoutables depuis que le grand Wasiliewitz les avait tirés d'esclavage.

L'affranchissement de la domination des Mogols et la conquête de Nowogorod avaient fait de la Russie un royaume indé-

15e SIÈCLE. 513

pendant , et quoiqu'il fût encore renfermé entre le Don et !c Dnieper, son étendue et l'esprit militaire de ses habitans le rendaient déjà formidable. Le règne d'Ivan Wasiliewitz, qu'on peut regarder comme le précurseur de Pierre-le-Grand, faisait pressentir les grandes destinées de ce vaste empire.

La puissance des Turcs, accrue rapidement par des prodiges de valeur, dominait depuis l'Euphrate jusqu'à la Saxe, et des bords de l'Euxin jusqu'aux bouches du Nil. Des troupes innombrables, animées par le fanatisme de la religion et de la gloire, volaient aux ordres d'un sultan absolu; elles étaient la terreur des autres parties de la terre, et ne trouvaient d'autres barrières que les flottes de Venise et le courage des chevaliers qui rendaient Rhodes si célèbre. Jusqu'alors ennemie de l'Europe chrétienne à laquelle elle demeurait étrangère, elle allait en devenir un membre et entrer dans les calculs de sa politique par son alliance avec la France.

la perse était sous le joug des Tartares.

L'Egypte continuait d'être soumise à la milice des Mameloucks et au Soudan qui la commandait. Le reste de l'Afrique, divisé sous plusieurs schérifs, reconnaissait pour chef le tyran de Maroc qui, sous le nom de Miramolin, retraçait quelque ombre de la puissance des califes.

Tel était l'état de notre hémisphère au moment où les Espagnols et les Portugais agrandirent le monde connu par leurs découvertes.

A faire : Tableau du monde à cette époque.

Page 1