REFORME
causes. — Nous avons vu, dans le 15« siècle, deux tentatives de réforme religieuse : l'une aristocratique par le concile de Eâle, l'autre populaire par Jean Huss et Jérôme de Prague ; toutes deux échouèrent ; mais leur coïncidence était une preuve qu'une révolution religieuse ne tarderait pas à éclater. On a cherché dans la vente des indulgences, la jalousie des Augustins et les abus de l'Église romaine , la cause de la réforme ; elle a une origine plus puissante et plus profonde : c'est l'émancipation de l'esprit humain, le besoin de liberté dans le monde intellectuel, l'indépendance à l'égard du pouvoir absolu dans l'ordre spirituel, résultat de la situation de la société à cette époque. Ainsi, et avant tout, la réforme est une grande tentative d'affranchissement de la pensée humaine, une espèce d insurrection contre
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la puissance coercitive qui, jusqu'alors, avait pressé les intelligences. Tel est son caractère général et dominant.
ÉvÉwemens. — Depuis Luther (1517) jusqu'aux Anabaptistes (1523). Luther, né dans le comté deMansfeld, le 10 novembre 1483,, d'un père forgeron, fut le moteur de cette révolution religieuse qui devait changer la moitié de l'Europe. Il commença par attaquer la vente des indulgences dont Léon X consacrait le revenu à l'achèvement de l'église Saint-Pierre; bientôt il s'éleva contre les indulgences elles-mêmes, nia leur efficacité et attaqua la puissance spirituelle des souverains pontifes. Alors le pape, qui d'abord avait négligé le nouveau réformateur, lança contre lui une excommunication. Luther brûla la buîle sur la place publique de Vittemberg et se sépara ainsi officiellement de l'Église romaine. Il avait su mettre dans ses intérêts la plupart des princes d'Allemagne, en leur faisant envisager la riche dépouille du clergé ; et ceux-ci, sentant le besoin de résister aux projets de domination de Charles-Quint, n'avaient pas été fâchés de saisir cette occasion d'intéresser leurs peuples dans leurs querelles, en faisant d'une affaire de politique une affaire de religion. Cité devant la diète de Worms, Luther est banni, et son affaire, jusqu'ici purement ecclésiastique, se change en une affaire d'Etat. Il se retire dans un château du duc de Saxe, et c'est de là qu'il s'attaque au dogme, rejette l'autorité et n'admet pour règle de foi que l'Ecriture interprétée par la raison individuelle. Carlostad, adhérent de Luther, nie la présence réelle; cette nouvelle hérésie engendre la guerre des sacramentaires ou guerre des paysans soulevés par Thomas Munster, guerre qui désole l'Allemagne et finit parla bataille de Frankenhausen où ces sectaires furent exterminés. Les réformés prévalent à la diète de Nuremberg, et c'est en vain que le pape Adrien VI réclame l'exécution de l'édit de Worms. Les catholiques forment à Ratisbonne une association où entrent l'archiduc Ferdinand, le duc de Bavière et les évêques allemands pour le maintien de ledit; les luthériens répondent parla ligue de Torgau ; l'Electeur de Saxe, le Langrave de Hesse emhrassent la nouvelle doctrine, et le grandmaître de l'Ordre Teutonique, Albert de Brandebourg, se sécularise par l'adoption de la réforme, et se déclare duc héréditaire de Prusse.
— Depuis l'origine de la secte des Anabaptistes (1525), jusqu'à la convention de Passaw (1552).
Munceret Storck, fanatiques cruels, donnent naissance aux Anabaptistes, prêchent l'égalité absolue et s'élèvent contre le pouvoir temporel comme leur patron l'avait fait contre la puissance spirituelle. Cette secte dévastatrice sème le carnage et l'incendie dans la moitié de l'Allemagne. La diète catholique de Spire (1529) défend la propagation des^ nouvelles doctrines ; les évangélisans protestent contre cette décision, et de là leur nom de protestans,
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Ils exposent leur profession de foi à la diète d'Augsbourg (1550), et il devint évident qu'il n'existait aueun moyen de concilier les deux doctrines; le projet d'un concile déjà invoqué depuis longtemps suspend toute décision. Les termes prescrits par l'empereur qui ordonne le rétablissement du culte catholique amènent la ligue de Smalkalde (1551) à laquelle l'élection de Ferdinand comme roi des Romains vient donner un nouveau motif. L'orage est près d'éclater, quand l'invasion de Soliman II en Hongrie force les deux partis de déposer les armes et de conclure la paix de Nuremberg, désignée sous le nom d'intérim, paix qui assurait aux alliés de Smalkalde la liberté de leur culte jusqu'au moment du concile. Philippe de Hesse rétablit dans ses Etats le duc Ulrich de Wurtemberg appartenant au parti prolestant, ce qui accroît l'animosité entre les deux partis. Les anabaptistes recommencent leurs ravages et établissent leur domination à Munster sous la conduite de Jean de Leyde. Elle cesse par la prise de la ville, et les fanatiques sectaires sont encore exterminés. La ligue de Smalkalde est renouvelée pour dix ans, et on détermine le contingent de troupes à fournir par chaque confédéré ; mesure qui la consolide et commence à la rendre redoutable.
Les confédérés chassent le duc de Brunswick de ses états; et à son tour l'archevêque de Cologne, qui avait embrassé la réformation pour se marier, est expulsé par les catholiques.
Le concile si long-temps désiré et promis est convoqué à Trente par le pape Paul III; il s'ouvre en 1445 et dure près de dix-huit ans. Sa forme et ses premières décisions mettent les protestans dans l'impossibilité de le reconnaître.
Luther meurt sur ces entrefaites, à l'âge de 63 ans, laissant toute l'Allemagne en feu. Il eut des imitateurs qui se séparèrent de lui et formèrent secte à part.
Zwingle, en Suisse, tué près de Cappel, dans un combat contre les catholiques ; Calvin en France, et surtout à Genève où s'établit l'école théologique de celte communion. Dès lors, le protestantisme se divise en trois branches : Luthériens , Zwingliens et Calvinistes.
Cependant la guerre continue de toutes parts, et les partis remettent à la force du glaive la décision des querelles que la discussion n'avait pu résoudre. Le parti protestant ayant à sa tête Jean Frédéric, électeur de Saxe, et Philippe de Hesse, est battu à Mulhberg où le premier est fait prisonnier, et bientôt le second tombe aussi par trahison entre les mains de Charles-Quint. L'électorat de Saxe fut donné à Maurice, duc de Saxe, qui d'abord avait servi dans les rangs des catholiques; mais ce prince pénétrant les projets de Charles sur l'Allemagne, et sentant le besoin de résistance, profite de la mission qu'il a reçue d'exécuter le ban de l'empire contre la ville de Magdebourg, fait secrètement alliance avec Henri II, roi de France, se met à la tête des
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réformés, manque de surprendre l'empereur, le force à rendre là liberté à Philippe de Hesse, son beau père et à signer la convention de Passaw (1552), qui renverse les projets de l'empereur et consolide la religion protestante. Par suite de cette transaction, on convoqua une diète (1555) à Augsbourg, pour y conclure une paix durable entre les catholiques et les sectateurs de la réforme.