‹ Nouveaux élémens d'histoire générale, rédigés sur un plan méthodique et entièrement neufChapitre 240 sur 277 · PRINCIPALES CLAUSES DU TRAITE · texte numérisé non relu

PRINCIPALES CLAUSES DU TRAITE

1° La Suède devint membre de l'empire: elle eut toute la Poméranie citérieure, et la plus belle, la plus utile partie de l'autre, la principauté de Rugen, la ville de Wismar, beaucoup de bailliages voisins, le duché de Brème et de Verden; on lui donnait de plus cinq millions d'écus d'Allemagne, et le droit de présence aux diètes de l'empire.

2° La France s'assura pour toujours la possession des trois évêchés, Toul, Metz et Verdun, et l'acquisition de l'Alsace, excepté Strasbourg; mais au lieu de recevoir de l'argent comme la Suède, elle en donna. Les archiducs de la branche de Tyrol eurent trois millions de livres pour la cession de leurs droits sur l'Alsace et Sundgau. La France paya la guerre et la paix, mais elle n'acheta pas trop cher une si belle province; elle eut encore l'ancien Brisacli et ses dépendances, et le droit de mettre garnison dans Philipsbourg. Ces deux avantages ont été perdus, mais l'Alsace est demeurée , et Strasbourg , en se donnant à la France , acheva de l'incorporer a ce royaume.

3° La république des Pays-Bas-Unis et la Suisse furent déclarées entièrement indépendantes de l'empire germanique.

4« Le Brandebourg reçut Magdebourg; Halberstad, Camin etMinden ; plusieurs autres princes accrurent aussi leurs possessions.

5° La liberté de religion fut proclamée pour tous les états, et l'égalité de droits pour tous les réformés. On prit pour base l'état de l'Allemagne en 1624, et ce règlement fut appelé celui de Y minus ïiormalis.

On ne vit jamais un congrès en Europe où il y eut de si grands intérêts à débattre, ni une si belle réunion d'hommes d'état pour les concilier.

1° Les ministres de l'empereur étaient les comtes

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Louis de Nassau et de Lamberg, les jurisconsultes ïsaac Wolmar et Jean Crané ; 2° les députés de France étaient les comtes d'Avaux et Abel Servien, auxquels on joignit le duc de Longueville, destiné à les accorder entre eux; 3<> l'Espagne avait envoyé le comte Pennaranda, accompagné de Saavandra Faxaclo et d'Antoine Brien ; 4° Jean Oxenstiern, fils du fameux chancelier de ce nom, et Servius étaient chargés des intérêts de la Suède.

Les puissances médiatrices, le pape et les Vénitiens, étaient représentés par le nonce Fabio Ghigi et Aloysio Contarini ; mais la paix ne se fit réellement qu'entre l'empereur, la France et la Suède; la guerre continua entre la France, la maison de Savoie, l'Espagne, et entre l'Espagne et le Portugal.

A faire. — Tableau de la paix de TIestphalie, et des principaux souverains de l'Europe en 1648.

JBP^ix €l©§ W'y&émé®®. — Les Espagnols avaient été exclus du traité de Westphalie par l'empereur et la France. Ainsi l'Espagne continua la guerre contre Louis XIV ; les troubles qui accompagnèrent la minorité de ce prince laissaient aux Espagnols la possibilité de prendre de grands avantages, d'autant mieux qu'ils combattaient avec nos propres armes ; le grand Condé commandait leurs armées dans les Pays-Bas. Heureusement que l'alliance de la France avecOomwell donna un nouvel ennemi à l'Espagne. Turenne remporta, en 1658, sur don Juan d'Autriche, fils naturel de Philippe II, la fameuse victoire des Dunes. De nouveaux succès pour la France amenèrent enfin des négociations de paix. Le mariage de l'infante d'Espagne, Marie-Thérèse, avec le jeune roi de France, en fut la première condition ; le retour du prince de Condé et son rétablissement dans ses places, la seconde. Le cardinal Mazarin se rendit dans file des Faisans, située entre la France et l'Espagne, au milieu de la Bidassoa, et lutta de talens avec le ministre espagnol don Louis de Haro, Enfin la paix fut signée le 7 novembre 1659,

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La France y gagna l'Artois, le Roussillon, une partie de la Franclre, du Hainaut et du Luxembourg.

I/liomme au masque de 1er. — Quelques mois après la mort du cardinal de Mazarin (9 mars 1661), il arriva un événement qui n'a point d'exemple ; et, ce qui est non moins étrange, c'est que tous les historiens en ont ignoré la cause.

On envoya, dans le plus grand secret, au château de l'île Sainte-Marguerite, dans la mer de Provence, un jeune prisonnier inconnu, d'une taille au-dessus de l'ordinaire. Ce prisonnier portait dans la route un masque dont la mentonnière avait des ressorts d'acier qui lui permettaient de manger avec le masque sur le visage. îl resta dans l'île jusqu'à ce qu'un officier de confiance, nommé Saint-Mars, gouverneur de Pignerol, ayant été fait gouverneur de la Bastille, l'an 1690, l'alla prendre à l'île Sainte-Marguerite el le conduisit à la Bastille, toujours masqué.

Le marquis cleLouvois alla le voir clans cette île; il lui parla debout et avec une considération qui tenait du respect. Cet inconnu fut mené à la Bastille où il fut logé aussi bien qu'on pouvait l'être dans ce château ; on ne lui refusait rien de tout ce qu'il demandait. Son plus grand goût était pour le linge d'une finesse extrême et pour les dentelles. Il jouait de la guitare ; sa table était chargée des mets les plus délicats; le gouverneur se découvrait devant lui. Un vieux médecin de la Bastille, qui avait souvent traité cet homme singulier dans ses maladies, a dit qu'il n'avait jamais vu son visage, mais qu'il était admirablement bien fait; que sa peau était brune, qu'il intéressait par le seul son de sa voix, qu'il ne se plaignait jamais de son état, et ne laissait point entrevoir ce qu'il pouvait être. Un fameux chirurgien, gendre du médecin dont nous parlons, ainsi que M. Berna relie, successeur de Saint-Mars, ont souvent confirmé cette déposition.

Cet inconnu mourut en 1703, et fut enterré, la

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nuit, à la paroisse de Saint-Paul. Ce qui redouble l'étonnement c'est que, quand on l'envoya aux îles Sainte-Marguerite, il ne disparut clans l'Europe aucun homme considérable. Ce prisonnier l'était sans doute, car voici ce qui arriva les premiers jours qu'il fut dans l'île : le gouverneur mettait lui-même les plats sur la table et se retirait après l'avoir enfermé. Un jour, le prisonnier écrivit avec un couteau sur une assiette d'argent et jeta l'assiette par la fenêtre, vers un bateau qui était au rivage, presque au pied de la tour. Un pécheur, à qui le bateau appartenait, ramassa l'assiette et la porta au gouverneur. Celui-ci, étonné, demande au pêcheur : « Avez-vous lu ce qui est sur cette assiette, et quelqu'un l'a-t-il vue entre vos mains? — Je ne sais pas lire, répondit le pêcheur, je viens de la trouver et personne ne l'a vue.» Ce paysan fut retenu jusqu'à ce que le gouverneur fut bien informé qu'il n'avait jamais su lire, et que l'assiette n'avait été vue de personne. « Allez, lui dit-il, vous êtes bien heureux de ne savoir pas lire.»

Parmi les témoins du fait que nous venons de rap-

Î)orter. il y en a un très digne de foi. M. de Chamilard est le dernier ministre qui eut cet étrange secret. Le second maréchal de La Feuillade, son gendre, dit qu'à la mort de son beau-père, il le conjura, à genoux, de lui apprendre ce que c'était que cet homme que Ton ne connut jamais que sous le nom de l'homme au masque de fer ; Chamillard lui répondit que c'était un secret d'Etat, et qu'il avait fait serment de ne le révéler jamais.

On a écrit dernièrement beaucoup de mémoires sur cet inconnu; mais on ne sait encore rien de positif.

Paix de Nimègue. — Après des guerres sans nombre, des traités conclus et non suivis, la paix se fit enfin entre la France, la Hollande et l'Espagne, sous la médiation de l'Angleterre. Louis XIV y trouva le moyen de diviser les alliés, en traitant sépa-

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rément avec les Hollandais, auxquels il rendit Maëstricht, dont il était encore en possession. La France acquit par ce traité la Franche-Comté, plusieurs villes de la Flandre et du Hainaut, comme Valenciennes, Bouchain, Condé, Cambrai. Ce traité renfermait le germe de guerres nouvelles. Après avoir soutenu la guerre avec succès contre la moitié de l'Europe, la France était parvenue à dissoudre l'alliance qui s'était formée contre elle, et pouvait ainsi profiter de ses avantages contre des ennemis divisés, dont aucun n'aurait osé entreprendre une résistance individuelle. Elle n'y manqua pas, et la lutte recommença. Les principaux ambassadeurs au congrès de Nimègue lurent : pour la France, le comte d'Estrades et Colbert; pour l'Autriche, l'évêque de Gurk, le comte de Kinski ; pour la Hollande, Van Beverning et Yan Haren ; pour l'Espagne, los Balbasos, le comte deFuentès; comme médiateurs de la part de l'Angleterre, Temple et Hyde ; de la part du pape, Bevilacqua.

Révocation de l'éslif de Maiatei.' — Louis XIV révoqua Ledit de Nantes accordé par Henri IV en faveur des protestans, et confirmé par Louis X11I; la liberté de conscience leur fut ôtée, leurs temples furent démolis. Ces mesures impolitiques obligèrent un grand nombre de familles à sortir du royaume; elles portèrent chez l'étranger les arts, les manufactures et les trésors de la France.

CONSÉQUENCES

Près de cinquante mille familles, en trois ans de temps, sortirent du royaume, et furent après suivies par d'autres. Elles allèrent porter chez les étrangers les arts, les manufactures, la richesse. Presque tout le nord de l'Allemagne, pays encore agreste et dénué d'industrie, reçut une nouvelle face de ces multitudes transportées, hlles peuplèrent des villes entières. Les étoffes, les galons, les chapeaux, les bas, qu'on achetait auparavant à la France, furent fabriqués par eux. Un faubourg entier de Londres fut peuplé d'ouvriers français en soie, d'autres y portèrent l'art de donner la perfection aux cristaux, qui fut alors perdu en

France. On trouve encore très communément en Allemagne l'or que les réfugiés y répandirent. Ainsi la France perdit six cent mille hommes, une quantité prodigieuse d'espèces et surtout les arts dont s'enrichirent ses ennemis. La Hollande y gagna d'excellens soldats. Le prince d'Orange, le duc de Savoie, eurent des rëgimens entiers de réfugiés. Ces mêmes souverains de Savoie et de'Piémont, qui avaient exercé tant de cruautés contre les réformés de leurs pays, soudoyaient ceux de France, et ce n'était pas assurément par zelc de religion que le prince d'Orange les enrôlait. Il y en eut qui s'établirent jusque vers le cap de Bonne- Espérance. Le neveu du célèbre Duquesne, lieutenant-général de la marine, fonda une petite colonie à cette extrémité de la terre; elle n'a pas prospéré ; ceux qui s'y embarquèrent périrent pour la plupart. Mais enfin il y a encore des restes de cette colonie voisine des Hotlenlots.

OBSERVATIONS

La France, sous Louis XIV, joua le plus grand rôle en Europe et y acquit la même prépondérance que la maison d'Autriche dans le siècle précédent. D'abord, Louis XIV raffermit la France qui avait été ébranlée après la mort de Richelieu, assura son territoire et releva lhonneur national. Ses guerres, souvent injustes, furent pourtant toujours utiles, assurèrent le territoire et donnèrent à la France celte unité matérielle qu'elle a conservée depuis ; il perfectionna la diplomatie de Richelieu, la rendit systématique et la dégagea du principe religieux qui la dominait pour la rendre à la politique; son administration rétablit l'ordre et l'unité, en faisant pénétrer l'action du pouvoir central dans la société, et en attirant à lui toutes les forces de celle-ci. Sa législation eut le même but, en même temps qu'elle^ seconda les progrès de toute sorte et favorisa la civilisation. C'est à toutes ces causes réunies qu'il faut attribuer la prépondérance de la France en Europe au dix-septième siècle, et si elle la perdit, c'est qu'elle n'avait pas d'autre base que le gouvernement absolu et qu'elle devait tomber avec lui.

C'est sous Louis XIV que fut adopté en France le système des emprunts, malgré Colbert, qui en voyait les inconvéniens ; c'est à cette époque qu'il faut fixer l'origine du crédit public.

ANGLETERRE

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