‹ Nouveaux élémens d'histoire générale, rédigés sur un plan méthodique et entièrement neufChapitre 244 sur 277 · PROTECTORAT DE CROMWELL · texte numérisé non relu

PROTECTORAT DE CROMWELL

La république anglaise avait commencé en 1619. Le prince de Galles, alors à la Haye, prit le titre de Charles II; il fit une alliance avec l'Ecosse , marcha contre Cromwell , qui le battit à Dunbar et à fForchester. Charles se vit obligé de repasser la mer.

Cromwell, vainqueur , était devenu si puissant, qu'il excitait déjà la jalousie; il prévint ses ennemis, et résolut d'être le maître de l'Angleterre. Le parlement, contre lequel il avait soulevé V&rmée, voulut lui retirer le titre de généralissime, qu il m

17e SIÈCLE. 571

avait donné. Cromwell fit investir par ses soldats la salle des séances, et entrant brusquement : « Le Seigneur n'a plus besoin de vous, » dit-il, et aussitôt, il fait chasser tous les membres, ferme la porte et met la clef dans sa poche. Quelque temps aprè?, il se f.iit nommer Protecteur par une nouvelle chambre, toute composée de ses créatures.

Quand Us principaux officiers de l'armée vinrent le féliciter de s'être contenté du titre de Protecteur, il reçut leurs complimens avec un air plein de fierté, et mettant la main sur la garde de son épée : « C'est celle-ci, leur dit-il, qui m'a élevé au rang que « j'occupe, et quand je voudrai monter encore plus haut, je sau- « rai m'y maintenir par son moyen. Allez faire le devoir de vos « charges. »

Cependant Cromwell fut un grand roi, et sous lui l'Angleteire sévit respectée au dehors et tranquille au dedans; les armées anglaises se couvrirent de gloire; une paix avantageuse fut conclue avec la Hollande, dont Blake avait humilié la marine, qu'illustraient pourtant Tromp et Ruyter.

Les rois briguaient l'alliance du protecteur : Mazarin l'obtint contre l'Espagne, alors en guerre avec la France.

La Jamaïque devint une province militaire de l'Angleterre ; jamais les relations commerciales n'avaient été plus actives; jamais la marine ne s'était vue si puissante. Le règne d'Elisabeth n'avait pas été marqué par tant d'éclat et de prospérité.

Cromwell mourut le 12 septembre 1638, âgé seulement de 59 ans. Un de ses chapelains annonça, au nom de Dieu , « que le Protecteur était monté au ciel; qu'il y é?ait assis à la droiie de Dieu, implorant la miséricorde divine pour les péchés du peuple anglais. »

On fit au Protecteur des obsèques magnifiques. On l'enterra à Westminster. Presque toutes les cours de l'Europe, et particulièrement celle de Versailles, prirent le deuil.

Le poète Walla, parent et ami de Cromwell, fit de très beaux vers à cette occasion : il saisit, avec bonheur, l'incident d'une tempête violente, qui éclataîe jour même de la mort du Protecteur. Le philosophe Locke, lui-même, ne dédaigna pas, pour la première fois, de prendre la lyre poétique ; mais son essai ne fut pas heureux.

ANARCHIE , MOHE , RESTAURATION.

La mort de Cromwell réveilla la fureur des partis, assoupis par la fermeté du Prolecteur. Richard Cromwell, homme de mœurs paisibles, n'accepta qu'à regret le protectorat et l'abdiqua avec empressement et plaisir, en 1659. Il fallait légaliser cette abdication ; une quarantaine de membres du loDg parlement sous

572 17e siècle.'

Cromwell survivaient encore; les chefs militaires les convoquèrent; mais l'opinion publique les flétrit d'un surnom ridicule (croupions).

Lambert voulait s'emparer du gouvernement ; mais les esprits étaient fatigués de l'anarchie et des -anarchistes.

Le général Monk , alors gouverneur de l'Ecosse, forma le projet de rétablir les Stuarts sur le trône. Aimé du peuple, adoré de son armée, il concevait l'espoir de réussir.

Bientôt Lambert est jeté dans une prison ; Fleetwood , abandonné; le parlement cassé. Monk, après avoir traversé victorieusement l'Angleterre, fait convoquer un nouveau parlement, composé de presbytériens modérés, des royalistes et des pairs qui n'avaient pas voulu servir la cause de Cromwell.

L'envoyé de Charles II est reçu avec enthousiasme, et le fils de Charles Ier est proclamé en 1660. Ainsi finit la première révolution d'Angleterre ; ses résultats ne furent ni favorables à la religion, ni utiles à la politique. Chaque parti conserva son opinion et se tint en garde. L'agitation semblait calmée par les nouvelles concessions de la royauté ; mais une seule étincelle pouvait rallumer l'incendie. La révolution fit naître une foule de sectes ; c'est à cette époque que remontent les Quakers, dont le principe est de faire du bien aux hommes et de ne jamais verser le sang; les Millinaires , qui pensaient que Jésus-Christ devait être^ pendant 1000 ans, le seul roi sur la terre.

Cependant, comme il arrive dans toutes les secousses politiques, le peuple et les nobles s'étaient rapprochés, s'étaient mieux connus, la noblesse n'avait pas dédaigné de se livrer au commerce, qui avait pris un développement remarquable. L'exaltation des esprits avait aussi produit de grands génies : c'est alors que parurent le poète épique Milton, le satirique Butler, le philosophe Hobbes.

CHARLES IL De 1660 à 1685,

Le règne de Charles II , qui n'affermit pas la royauté et ne donna pas la tranquillité au royaume, peut se diviser en deux parties : 1° depuis 1660 jusqu'à 1674, à l'acte du Test; 2° et depuis l'acte du Test jusqu'à la mort du roi.

Dans la première partie, les catholiques, soutenus par Charles II, firent des progrès : le bill d'uniformité, qui plaçait forcément tous les ministres dans la dépendance des évêques, fut le signal des mécontentemens et des persécutions. Dunkerque fut vendue à Louis XIV ; une guerre impolitique avec la Hollande, république protestante, gouvernée par Jean de Wilt, faillit perdre Londres, attaquée par Ruyter : le traité de Bréda sauva les Anglais. Mais, en 1666, Londres fut incendiée, et ce désastre eut

17e SIÈCLE. 573

pourtant un résultat heureux ; car, rebâtie en trois ans sur un plan vaste et neuf, cette capitale ne se ressentit plus des pestes qui l'avaient jusque là désolée à cause de ses rues sales et étroites.

Cependant le peuple accusa les catholiques de ce fléau; le chancelier Clarendon, zélé promoteur des mesures royales, fut banni et se retira en France. Schaftesbury et Buckingham furent les chefs du nouveau ministère connu sous le nom de Cabale.

La triple alliance de l'Angleterre, de la Suède et de la Hollande fut bientôt rompue. L'Angleterre fit cause commune avec la France, et combattit la Hollande, qui céda à sa rivale les honneurs du pavillon.

Dans la seconde partie, les protestans l'emportèrent ; le fameux acte du Test (1673),, imposé au roi par les communes, signala une réaction contre les catholiques; par cette déclaration, tous les fonctionnaires civils et militaires furent obligés de prêter serment, par écrit, contre la Transsubstantiation et de communiera la paroisse anglicane. Le duc d'York, ardent catholique, quitta le commandement de la flotte, et Schaftesbury, après avoir abandonné la cour ; prit le parti des communes. La paix de INimègue, conclue en 1678, empêcha de rompre avec Louis XIV.

Une conspiration contre la vie du roi, tramée par les catholiques, fut sans doute inventée par un homme méprisable, nommé Titus Oates. Le peuple trompé ne douta plus de la vengeance des partisans du pape. Le Test fut renouvelé; Jacques, duc d'York, fut obligé de quitter le royaume et se retira à Bruxelles; on le fit exclure de la couronne , en faveur du duc de Montmouth, fils naturel de Charles II; le parlement fut cassé; mais auparavant, il eut le temps de faire passer la loi d'habeas-corpus, la garantie de la liberté individuelle des Anglais ; cette loi interdit la déportation, prescrit au geôlier de produire le prévenu devant ses juges, dans le délai requis, exige que la cause de l'emprisonnement soit justifiée; en même temps elle donne au prévenu la liberté sous caution.

L'opinion publique réclamait un parlement; c'est alors qu'eurent lieu les dénominations de Jfliigs et de Tories; le premier surnom s'appliquait aux adversaires de la cour, du sobriquet burlesque sous lequel étaient eonnus les puritains d'Ecosse; le second se donnait aux partisans du pouvoir royal ; il désignait primitivement les insurgés d'Irlande.

Un nouveau parlement fut convoqué, il était encore contraire à la cour. Les catholiques furent persécutés, et le comte de Staffort, vieillard respectable, fut jugé et condamné; le peuple désapprouva cet acte et le roi cassa encore le parlement en 1680 ; un autre fut convoqué à Oxford.

La réaction catholique commença à son tour ; le duc d'York

574 17e siècle.

rappelé, passa en Ecosse, où il donna un Test en faveur de la royauté absolue. Dès ce moment, les catholiques remportèrent. Jacques prit un tel ascendant sur l'esprit de son frère, qu'il régna par anticipation. Russell, Sidney , Essex, montèrent sur Féchafaud. Charles laissait faire, et, fatigué de ces exécutions, terribles représailles de celles des protestans, il répondait, aux instigations de son frère : « Je suis trop vieux pour recommencer mes courses ; vous le pouvez, si c'est votre goût. »

On dit qu'il voulait reconstituer le gouvernement national , lorsqu'il mourut en 1685.

Page 1