FACTION DES BONNETS ET DES CHAPEAUX EN SUEDE
— Charles XII, réfugié en Turquie, entreprit de faire déclarer la guerre à la Russie: il y réussit ; mais le grand-visir fit subitement la paix, au lieu de profiter des chances favorables qu'il avait pour détruire l'armée russe commandée par Pierre-Ie- Grand, qui s'était laissé entourer ainsi que Charles XII à Pultawa. Celui-ci, après cinq ans de séjour en Turquie, s'échappa furtivement et arriva déguisé à Stralsund, la seule ville qui lui restât hors de son royaume. Tout le Nord était contre lui et s'enrichissait de ses pertes; soutenu par son génie et par les conseils de son ministre, le baron de Gortz, il se disposait à faire de nouveau la guerre, lorsqu'il fut tué à Frédérickshall. Les Suédois sacrifièrent Gortz à leur mécontentement ; ils firent des traités avec les puissances ennemies, et la Suède demeura fort pauvre. A la mort de Charles XII, on entreprit de détruire les abus d'un pouvoir illimité, et la Suède tomba dans l'anarchie ; l'aristocratie s'empara de toute l'autorité, le trône devint électif, et le roi ne conserva qu'une vaine représentation. Ulrique-Eléonore, sœur cadette de Charles XII, fut placée sur le trône, et l'autorité passa entre les mains de son époux, le prince de Hesse. La faiblesse du gouvernement augmenta les maux de l'Etat. La France et la Russie, voulant chacune gouverner la Suède, y formèrent deux partis opposés ; 'la faction des chapeaux, pour la France, voulait la prérogative royale absolue; celle des bonnets, pour la Russie, voulait la prérogative du sénat.
Lecture.— Histoire de Charles XII, par Voltaire.
révolution de suède.— Gustave III, fils d'Adolphe-Frédéric II, était en France lorsque son père mourut (1772) ; il se hâta de retourner en Suède. Il trouva le gouvernement en très mauvais état; les factions existaient encore; l'esprit de liberté avait dégénéré en anarchie et tous les droits étaient confondus. Le roi, sentant qu'une réforme était devenue nécessaire, commença par s'attacher le peuple et l'armée : en affectant de soutenir la liberté suédoise, il leur peignit tous les maux de la nation, et leur fit entendre qu'un changement était indispensable. Gêné par les prétentions hautaines du sénat, il le fit enfermer et environner de troupes. Il le força de signer une constitution qui rétablissait l'autorité royale ; elle fut acceptée solennellement par le roi et par le peuple; Gustave s'en déclara le premier défenseur et promit de maintenir les droits du peuple.
Il fut assassiné dans un bal par un gentilhomme, au moment où il projetait de venir détruire la révolution française, à la tête des armées étrangères.
Lecture.— Histoire de Suède, dans les Esquisses historiques de l'auteur.
616 18e SIÈCLE.
PORTUGAL
LE marquis de POMBAL — A la mort de Jean V (1750), son fils Joseph-Emmanuel monta sur le trône et remit la conduite des affaires au marquis de Pombal. L'administration de ce ministre est louable par les efforts qu'il fit pour opérer une réforme en Portugal et ramener l'ancienne prospérité; industrie, commerce, éducation, tout fut soumis à son examen et perfectionné ; tout ce qui s'opposait à ses vues, noblesse et jésuites, fut renversé ; cependant il ne put atteindre son but, parce que la violence ne peut opérer une réforme durable, et tout ce qu'il avait fait fut détruit après sa mort.
désastres de Lisbonne.— Le 1er novembre 1755, un affreux tremblement de terre ensevelit près de trente mille personnes sous les décombres de Lisbonne. En Espagne, ce fléau se fit ressentir aussi d'une manière funeste ; la mer, s'élevant au dessus de la chaussée de Cadix, engloutit tout ce qui se trouva sur son chemin.
POLOGNE
PREMIER DÉMEMBREMENT DE LA POLOGNE.» La Pologne, entourée de voisins puissans que son anarchie rendait encore plus redoutables, devint pour ceux-ci une proie facile à saisir, et les querelles de religion vinrent encore accélérer sa ruine. La Russie et la Prusse, sous le prétexte de maintenir la constitution polonaise, intervinrent dans les débals de cette malheureuse nation, et finirent par signer, le 5 août 1772, un traité tie partage, auquel participa l'Autriche. Cet acte s'accomplit aux yeux de toute l'Europe, et personne ne réclama, si ce n'est quelques patriotes polonais.