‹ Nouveaux élémens d'histoire générale, rédigés sur un plan méthodique et entièrement neufChapitre 84 sur 277 · COUP D'ŒIL SUR L'ETAT DU MONDE AVANT LE SIÈCLE DE PÉRICLÈS · texte numérisé non relu

COUP D'ŒIL SUR L'ETAT DU MONDE AVANT LE SIÈCLE DE PÉRICLÈS

Le chemin que l'homme a parcouru depuis l'arrivée des colonies étrangères, c'est-à-dire depuis mille ans, est immense. Il commence à connaître la place qu'il occupe dans l'univers: un

âe SIECLE. 145

sentiment nouveau fait place à la stupéfaction ; il admire au lieu de s'étonner, et la sécurité vient ajouter aux délices de ses émotions. Malheureusement ce tableau de vie sociale et intellectuelle a des limites fort étroites en comparaison du reste du globe.

La barbarie est encore profonde dans les contrées d'Europe et d'Afrique que ne baigne pas la Méditerranée. Il faut avouer que ce grand canal, percé par la main de Dieu pour servir de lien aux trois parties de l'ancien monde, joue un bien grand rôle dans l'histoire de la civilisation.

En nous transportant à l'an 500 avant J.-C, les bords de ce vaste bassin nous offriront le plus imposant de tous les spectacles. A cette époque, les grandes dominations n'étaient pas encore venues donner des entraves au génie, et briser cette variété de formes politiques qui constituent la nationalité.

Depuis la Phénicie jusqu'au détroit de Gadès, les bords de la Méditerranée étaient alors occupés par des peuples éclairés, industrieux et navigateurs.

AFRIQUE

Sur les côtes d'Afrique, depuis le promontoire sacré jusqu'aux colonnes d'Hercule, Carthage avait fondé une chaîne de colonies parallèle à la chaîne de l'Atlas. A l'Orient, Cyrène interrompait par ses monumens d'architecture grecque l'uniformité du désert de Lybie. Plus loin s'élevaient, du milieu des eaux du Nil, des pyramides et des obélisques, et si la tour du Phare et Alexandrie n'existaient pas encore, du moins les Grecs, malgré la répugnance des Egyptiens pour les étrangers, avaient obtenu qu'on leur ouvrît un port franc dans la ville de Naucrate.

ASIE

Par-delà l'isthme de Suez, tout était plein des souvenirs de Moïse et de son Dieu, et la petite contrée de la Palestine renfermait l'avenir du genre humain. Sur ce point si rétréci, entre la Méditerranée et l'Euphrate, s'agitait une multitude de populations différentes, récemment réunies sous un même joug par les conquêtes de Cyrus. Les unes avaient développé l'élément intellectuel de la civilisation; d'autres s'étaient attachées de préférence à l'élément matériel. Aux Juifs, le Liban avait fourni des cèdres pour bâtir son temple, aux Phéniciens pour construire des galères. Des caravanes régulières apportaient aux premiers de l'encens et des ornemens pour les fêtes de Jéhovah, aux seconds des tissus précieux, des métaux et des épiceries pour alimenter

146 5e SIÈCLE.

le commerce de l'Asie et de l'Europe, dont leurs ports étaient l'entrepôt. Sur les côtes de l'Asie-Mineure, la physionomie des peuples n'était ni moins intéressante ni moins animée; de là était parti le premier rayon de lumière qui avait éclairé la Grèce ; là le génie hellénique avait fait sa première explosion ; là Homère avait souffert et chanté.

EUROPE

La partie que baigne le Pont-Euxin n'était pas restée étrangère aux progrès de la civilisation. Depuis Trapezus jusqu'à Byzance, une ligne de colonies, fondées pour la plupart par les Milesiens, permettaient aux Grecs de faire le voyage des Argonautes sans entendre parler une langue étrangère, tandis que sur le rivage opposé, entre les Palus-Méotides et le Boristhène , d'autres colonies déployaient sur la limite des déserts de Scythie toute la magnificence des arts de la Grèce. En Italie, c'ééait le même spectacle et les mêmes bienfaits, ou plutôt c'était un spectacle plus imposant et des bienfaits mieux placés. Les Romains n'étaient encore maîtres que du Latium, et les galères étrusques, malgré la jalousie des Carthaginois, naviguaient encore librement dans la Méditerranée. Au midi de la Péninsule, la race hellénique avait occupé toutes les positions favorables à la navigation et au commerce : au fond des golfes, à l'embouchure des rivières, s'élevaient des villes élégantes et populeuses, dont les habitans trouvaient dans la culture d'un sol fertile une source peut-être trop abondante de richesses. L'industrie et les arts y mêlaient agréablement leurs produits: d'une part, c'étaient des coteaux couverts d'oliviers et de vignobles ; de l'autre, c'étaient des temples, des théâtres, des tombeaux et d'autres monumens dont les ruines attestent la magnificence.

En Sicile, c'était même activité, même élégance, mêmes lumières, même prédominance du génie dorien.

Sur les côtes de la Gaule encore si barbare, depuis les Alpes jusqu'à l'embouchure de l'Elbe, florissaient d'autres colonies. Marseille, peuplée de Phocéens qui avaient fui le joug de Gyrus, était la plus magnifique et la plus heureuse de toutes. Si, pour achever le tour delà Méditerranée, on joint à toutes ces colonies grecques celles que les Phéniciens avaient fondées en Espagne, on aura pour une même péiiorle un tableau plein de vie et de variété qui embrasse la plus belle et la plus intéressante partie de notre globe.

Page 1