CONSÉQUENCES PARTICULIÈRES ET GENERALES
La bataille de Salamine eut pour conséquences l'expulsion des Perses ; elle changea entièrement la situation des Grecs, tant au dehors qu'au dedans. D'attaqués qu'ils étaient , ils devinrent agresseurs, et l'affranchissement de leurs compatriotes d'Asie fut le motif ou le prétexte dont ils se servirent pour continuer une guerre si avantageuse dans laquelle Sparte conserva le privilège du commandement.
Mais la trahison et la chute de Pausanias, qui mourut de faim dans l'enceinte du temple où il s'était enfui, firent changer les affaires de face. L'honneur du commandement passe des Spartiates aux Athéniens, qui en profitent pour former une espèce de confédération militaire, dont le Péloponèse est le centre. C'est l'époque de la jalousie d'Athènes et de Sparte.
Avant cette époque , les nombreux petits étals de la Grèce étaient sans cesse armés les uns contre les autres ; séparés ainsi d'intérêts, ils ne pouvaient rien faire de grand, et il fallait qu'une circonstance extérieure les excitât à développer leurs forces, en les réunissant pour le salut commun de la Grèce. Les guerres persiques jetèrent les fondemens de la grandeur de la Grèce, et bientôt quelques états devinrent le centre de toute l'activité hellénique. La Grèce se trouvait triomphante au dehors; mais nous verrons bientôt Athènes et Sparte se diviser et faire éclater une funeste rivalité.
Napoléon demandait si l'on devait croire aux grosses armées dont il est question dans l'histoire; il pensait que la plus grande partie des citations étaient fausses et ridicules. Ainsi il ne croyait pas aux grandes armées des Carthaginois en Sicile. « Tant de « troupes, disait il, eussent été inutiles dans une aussi petite en- « treprise; et si Carthage eût pu en réunir autant, on en eût vu « davantage dans l'expédition d'Annibal. » Il ne croyait pas non plus aux millions d'hommes de Darius et de Xercès , qui eussent couvert toute la Grèce, et se seraient sans doute subdivisés
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en une multitude d'armées partielles. Il doutait même de cette partie brillante de l'histoire de la Grèce. Il ne voyait dans le résultat de cette fameuse guerre persique que de ces choses indécises où chacun s'attribue la victoire : Xercèss'en retourna triomphant d'avoir pris, brûlé, détruit Athènes; et les Grecs exaltèrent leur victoire parce qu'ils n'avaient pas succombé. Quant aux détails pompeux des victoires des Grecs et des défaites de leurs innombrables ennemis, qu'on n'oublie pas, faisait observer Napoléon, que ce sont les Grecs qui le disent ; qu'ils étaient vains, hyperboliques, et qu'aucune chronique de Perse n'a jamais été produite pour assurer notre jugement par un débat contradictoire. Mais Napoléon croyait aux armées de Gengis-Khan et de Tamerlan, quelque nombreuses qu'on les eût prétendues, parce qu'ils traînaient à leur suite des peuples nomades entiers, qui se grossissaient encore d'autres peuples dans leur route ; « et il ne serait pas impossible, disait-il, que l'Europe finît un jour de cette manière. » La révolution opérée par les Huns, et dont on ignore la cause, parce que la trace s'en perd dans le désert, peut se renouveler !
Exil de TlaéiMigto©!©. — Le vainqueur des Perses à Salamine , Thémistocle , profita de son influence pour persuader aux Athéniens la nécessité d'une marine puissante. Malgré l'opposition des Spartiates jaloux , il releva les murs d'Athènes, bâtit le Pijrée et lit assigner des fonds pour construire des vaisseaux tous les ans. Cependant ses services furent mal récompensés. Jl fut accusé d'avoir trempé dans la conspiration de Pansanias, conspiration qui avait pour but de livrer la Grèce aux Perses , et les Athéniens ne purent rien prouver contre lui ; mais il fut condamné par la voie de l'ostracisme. Averti qu'on se préparait à l'arrêter , il se retira d'abord à Corcyre, puis à la cour d'Admècle, roi des Molosses, et ne trouva de refuge qu'en Perse , à la cour d'Artaxercès-Longue-Maîn (467) .
Ce prince chargea Thémistocle, alors gouverneur de Magnésie, du commandement général de ses armées. Cet Athénien ne voulut pas porter les armes contre sa patrie ; mais craignant de déplaire au roi, son bienfaiteur, il s'empoisonna en 464. 11 avait alors 65 ans. Les Perses le regrettèrent autant que les Athéniens.
Lecture. — Biographie de Tliémistocle.
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Troisième guerre «le lEessenie* — Les
Messéniens et les Spartiates reprirent une troisième fois les armes. Après deux cents ans de paix, les Messéniens se réunirent aux Ilotes révoltés, et rassemblèrent leurs forces à Ithome. Les Spartiates furent vainqueurs, et forcèrent leurs ennemis à s'exiler de leur patrie ; un grand nombre d'entre eux quitta la Grèce ; les uns passèrent en Libye , les autres en Sicile, où ils s'établirent dans la ville de Zancle, qu'ils appelèrent depuis Messine. Ceux qui restèrent devinrent esclaves et furent confondus avec les Ilotes.
Lecture. —Anacharsis a chants élégiaques d'un jeune Messénien.
Cimofii , fils de Miltiade , s'était distingué dans la dernière guerre (480). 11 conduisit les Athéniens contre les Perses, et leur fit remporter de grands avantages. Il fut exilé inj ustement , et rappelé au bout de cinq ans par ses concitoyens qui avaient besoin de ses talens. Une sanglante bataille venait de se livrer près de Tanagre (455), entre les Athéniens et les Thébains, soutenus par les Spartiates. Les Athéniens vaincus rappelèrent alors l'exilé, qui ménagea la paix entre Sparte et Athènes , alla ensuite avec trois cents vaisseaux attaquer les Perses ; il les défit près du fleuve Eurymédon et dans File de Chypre, et les réduisit à demander la paix : elle fut conclue à condition que les villes grecques de F Asie-Mineure resteraient libres, que les vaisseaux perses n'entreraient point dans la mer Egée , et n'approcheraient de la mer qu'à une lieue de cheval : ce traité fut imposé aux Perses 51 ans après que Darius eut envoyé ses hérauts demander à la Grèce la terre et l'eau, Cimon ne recueillit pas les fruits des services qu'il avait rendus: il mourut en 449 d'une blessure qu'il avait reçue au siège de Clitium (Chypre). On a dit de Cimon qu'on retrouvait en lui le courage de Mil' tiade , la prudence de Tliémistocle et la justice d'Aristide.
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La Grèce civilisée est dès lors appréciée par les Romains qui envoient recueillir les lois de Solon et d'autres célèbres législateurs ; ce voyage des ambassadeurs de Rome donna lieu à rétablissement des décemvirs.
€>otBTei*i&eififiesst de Périelèg. — Après la mort de Cimon , les Athéniens enivrés de leurs victoires, de leur domination, et fiers de tous leurs succès , accablaient les alliés de leur insolente tyrannie ; ce n'étaient plus les vainqueurs de Marathon aux mœurs si simples, c'étaient des maîtres absolus qui se vantaient d'avoir Y empire de la mer : ils portèrent au pouvoir Pêriclès, fils de Xantippe , dont l'esprit adulateur convenait parfaitement à leur caractère léger. Pêriclès, politique adroit, grand capitaine, plus grand orateur, sut mettre à profit l'ascendant que lui donnait son éloquence pour s'élever au dessus de la magistrature et irriter la multitude contre ses rivaux. Les divertissemens , les fêtes , les spectacles qu'il prodigua aux Athéniens , les monumens admirables dont il embellit Athènes , la protection qu'il accorda aux arts et aux sciences, des éloges funèbres qu'il consacra aux soldats morts au champ d'honneur , achevèrent de le rendre l'idole du peuple. Pêriclès fut vraiment roi pendant trente ans ; mais son règne fui une des plus brillantes époques de l'histoire d'Athènes. Les arts, les sciences, le commerce firent des progrès rapides. Les écoles des sophistes et des rhéteurs se formèrent. On apprit à penser et à s'exprimer avec élégance et facilité. D'un autre côté -, la poésie avait devancé l'éloquence , et Homère était toujours le poète par excellence et le fondement de toute culture de l'esprit. C'est au glorieux patronage de Pêriclès qu'Athènes dut la gloire d'être la patrie des arts , des sciences et des lettres, etle siècle de ce grand homme résume toute la gloire littéraire. Sparte offrait un tout autre spectacle ; la rudesse des mœurs et la sévérité des lois empêchaient iou/ développement moral. — A Sparte , a-t-on dit.
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on apprenait seulement à mourir pour la pairie ; à Athènes, à vivre pour elle. Tout différait dans la constitution de ces deux républiques, et à quelques lieues de distance on est étonné de rencontrer une si complète opposition de caractère et d'idées.
Sparte veut la liberté pour elle, liberté jalouse et exclusive; elle n'est pas conquérante, et cependant elle s'attire la haine cïe tout le monde grec.
Athènes est ambitieuse, elle s'indigne des usurpations; on craint son despotisme capricieux et mobile, mais on l'aime. A Sparte, la loi est toute puissante et le citoyen asservi.
A Athènes , c'est la loi qui plie, et le citoyen est libre jusqu'à la licence.
A Sparte, YÉlat est tout, Yhomme rien.
A Athènes, la constitution ne vaut rien , mais les hommes y valent d'autant plus que les lois valent moins ; curieux contraste qui réunit dans ce coin étroit de terre que l'on appelle la Grèce , l'expression la plus complète et la plus tranchée de ces deux formes de gouvernemens , Y aristocratie à Sparte , la démocratie à Athènes, et enfin, aux portes du monde grec, comme pour compléter cette grande trilogie historique, la monarchie pure et absolue; la monarchie du grand roi qui venait d'apprendre à ses dépens ce qu'est le pouvoir sans l'intelligence et la force sans la liberté. Une guerre était devenue inévitable entre les deux répulDliques rivales.
Lecture. — Périclès , dans Jnacharsis.
ditaerre «l*i PéB©p®aîèse. — Causes. La guerre du Péloponèse dura vingt-sept ans ; elle eut lieu entre Athènes et Sparte. Des secours donnés par Athènes aux Corcyriens en furent le prétexte ; mais la tyrannie qu'Athènes exerçait envers ses alliés et la jalousie qu'inspirait sa puissance en furent les véritables motifs. Périclès lui-même l'avait excitée pour la faire servir à ses intérêts particuliers. Athènes et Sparte eurent tour à tour l'avantage : iapre»
mière , maîtresse de la mer , était soutenue par des alliés tributaires que la crainte lui attachait ; la seconde, puissante sur terre, et secondée par une grande partie de la Grèce, semblait représenter la cause de la liberté. Ainsi la Grèce se divisait en deux parties.