SUR LA MARCHE DE L'HISTOIRE A LA MORT D'ALEXANDRE
Avec la mortd'Epaminondas à Mantinée (363), et celle d'Jgésilas en Egypte (362), s'arrête l'histoire des républiques de la Grèce ; le midi de cette contrée, jadis si brillante, n'a plus rien qui attache; ses habitans passent leur vie dans les plaisirs, dans les fêtes ; on voit des musiciens, des courtisanes, des rhéteurs à phrases harmonieuses : mais si un peuple se meurt, la civilisation et l'humanité ne meurent pas; et quand une nation est usée, Dieu en change comme de vêtement! La destinée desGrecs méridio-
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naux s'était accomplie, celle des Grecs du nord allait commencer; les Macédoniens, jusque-là ignorés, descendent de leurs montagnes, et à eux maintenant appartient le premier rôle. Toutes les républiques s'étaient agglomérées autour de trois grandes individualités ; Athènes, Sparte, Thèbes ; aucune d'elles ne pouvait plus agir ; mais l'esprit ne peut s'arrêter ainsi. Philippe et Alexandre arrivent : ce sont deux nouveaux noms, avec unité d'idées, mais unité progressive. Philippe n'est pas destructeur, mais continuateur ; ce n'était point les idées de la Macédoine qu'il apportait aux Athéniens, c'étaient les idées athéniennes auxquelles il conviait les Macédoniens. Son (ils agrandit encore cette idée philosophique, et prit un vaste théâtre pour développer son vaste génie. Les idées doivent envahir, l'esprit doit vaincre la matière, la liberté doit vaincre la fatalité. La Grèce va rendre à l'Orient la science qu'elle en a reçue ; elle est forte, elle est unie, elle peut conquérir, aujourd'hui que son esprit pénétrant, expansif, est personnifié dans ce qu'on appelle un homme de génie, un grand homme. « Ainsi, dit M. Michelet, ce petit monde, en- « fermé de murailles, se constitue en éternelle guerre con- « tre tout ce qui reste de la vie naturelle de la tribu orientale. « Cette forme, sous laquelle les Pélasges avaient continué l'Asie « en Europe, fut effacée par Athènes et par Rome. Dans cette « lutte se caractérisèrent les trois momcns delà Grèce; elle at- « taque l'Asie dans la guerre de Troie, la repousse à Salamine, « la dompte avec Alexandre. » Mais elle la dompte bien mieux en elle-même et dans les murs mêmes de la cité, lorsqu'elle déclare la femme compagne de l'homme.
La vie d'Alexandre a été courte, si nous la mesurons par les années. Il n'a fait que paraître, mais que de progrès en peu d'années ! ce n'est pas un Macédonien, c'est l'homme de l'univers. Quelle civilisation vivace il a laissée en Asie! Alexandre mort, les nations restèrent sans maître. Il naît de ce grand homme des chefs égaux, ambitieux et expérimentés; unis sous lui, ils se divisent tout-à-coup ; la centralisation cesse encore une fois, il y a désunion, intérêts privés. La Grèce et l'Asie ont fini leur rôle; Rome va commencer le sien. « Elle renferme dans ses « murs les deux cités, les deux races étrusque et sabine , sacer- « dotale et héroïque, orientale et occidentale, patricienne etplé- « béïermc, la propriété foncière et la propriété mobilière, la staff bilité et les progrès, la nature et la liberté ; c'est à elle de ré- « gner maintenant. »
ROME
sïège DE vÉies.— Vèies était une ville d'Etrurie plus forte et plus riche que Rome. Ces deux cités rivales attendaient depuis long-temps l'occasion de se mesurer; la perfidie des habitans de Fidènes, colonie romaine, en fournit le prétexte. Les Fidénates,
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alliés des Véiens, assassinèrent les ambassadeurs que les Romains leur avaient envoyés pour leur reprocher d'abandonner leur métropole. Un combat sanglant s'engagea. Fidènes tomba deux fois au pouvoir des Romains, et les habitans furent réduits en captivité. Les Véiens , qui avaient deux fois obtenu une trêve, donnèrent de nouveaux griefs aux Romains : le siège de leur ville fut décidé (393). L'avantage fut d'abord pour les assiégés ; mais la dixième, année du siège, Camille, honoré déjà deux fois du tribunat militaire, fut nommé dictateur. Il fît construire une mine, que l'on conduisit jusqu'à la citadelle, et Véies succomba ; le carnage fut affreux. Camille fut honoré d'un triomphe dont l'éclat avait été inusité jusqu'alors.
exil de Camille. — Après la victoire de Véies et de Falérie, Camille revint à Rome : on l'accusa d'avoir détourné à son profit une partie du butin qu'il avait fait à Véies. Indigné d'une accusation qui blessait sa délicatesse, il refusa de se justifier, et s'exila volontairement chez les Ardéates. Il fut condamné à une amende par contumace. Camille, en quittant sa patrie, s'écria dans un accès de colère : « Puissent les Dieux forcer les Romains à me regretter!»
BRENNUS (590), chef des Gaulois à Borne.— Il y avait déjà deux cents ans que les Gaulois étaient établis en Italie, lorsqu'ils firent une irruption en Etrurie. Brennus, leur chef, avait assiégé Clusium ; les Romains lui envoient une ambassade en faveur des Clusiens; les Gaulois en deviennent plus insolens : la guerre s'allume entre eux et les Romains.
Les Gaulois triomphent' au confluent du Tibre et de Y Allia, marchent vers Piome, entrent dans cette ville abandonnée de la plupart de ses habitans, qui s'étaient réfugiés au Capitule ; ils portent partout le fer et le feu, massacrent les sénateurs, tranquillement assis sur leurs chaises curules, parés de leurs robes et de tout l'appareil de la magistrature. Ils restent sept mois, faisant nuit et jour milie tentatives pour surprendre le Capitole, défendu par Manlius. Ennuyés de la longueur du siège, ils mettent un prix à leur retraite, et demandent mille livres d'or. Ils les pesaient dans de fausses balances , et ajoutaient encore une épée au contre-poids, en s'écriant : Malheur aux vaincus ! lorsque Camille, nommé dictateur, les attaque tout à coup dans Rome même, en fait un horrible carnage, les chasse de la ville, après avoir remporté sur eux une victoire complète.
Délivré de la crainte des Gaulois qui avaient répandu la terreur dans toutes les âmes, le sénat n'en reprit qu'avec plus de vigueur son système d'envahissement ; les villes latines avaient fait cause commune avec l'ennemi; on voulut les en punir ; mais les Latins et les Romains avaient même langage, mêmes étendards, même costume, mêmes armes, même discipline, et aussi môme courage ; c'était donc une guerre civile : le sénat, suivant sa coutume, eut recours à des moyens extraordinaires ; il imagina
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Je dévouement, institution religieuse et barbare. 11 n'y avait que le dictateur, les consuls et les préteurs qui eussent le droit de se dévouer. S'ils ne mouraient pas, ce qui n'arriva jamais, ils étaient regardes comme profanes et ne pouvaient, en aucun temps, offrir ni pour eux, ni pour la république, des sacrifices agréables aux Dieux. Dècius, fut le premier consul qui se dévoua pour le salut de sa patrie; partout où ce général passa, dit Tite-Live, les balaillonsennemis étaient renversés comme frappés de la foudre; et dès qu'il fut lui-même percé de coups, leurs cobortes, s'abandonnant à la frayeur dont elles étaient saisies, prirent subitement la fuite. — Les Latins furent vaincus.
Lecture. — Prise de Rome, dans notre histoire de France.