‹ Nouveaux élémens de botanique et de physiologie végétaleChapitre 103 sur 129 · SUR L ORGANISATION · texte numérisé non relu

SUR L ORGANISATION

DES PLANTES AGAMES.

Nous comprenons sous le nom de plantes agames toutes les plantes acotylédonées de M. de Jussieu, c'est-à-dire toutes celles qui ont été rangées parLinneeus dans la Cryptogamie ou dernière classe de son système.

Plusieurs auteurs les ont divisées en deux classes, savoir : les cryptogames et les agames proprement dites. Au nombre des premières ils rangent les Salviniées,\es Equisètacèes , les Mousses, les Hépatiques, les Ljcopodiacées , et les Fougères, qu'ils regardent comme pourvues d'organes sexuels, mais très-petits et peu distincts. Dans la seconde classe se trouvent les plantes véritablement agames, selon eux, telles que les Algues, les Lichens , les Hypoœylées et les Champignons , dans lesquels on ne distingue rien qu'on puisse comparer à des étamines ou à des pistils. Mais nous n'admettons point cette distinction. L'organisation de tous ces végétaux est trop manifestement différente de celle des Phanérogames pour qu'on y retrouve les mêmes organes, ou seulement leurs analogues; nous pensons donc, comme Necker, que

PLANTES AGAMES. 4^7

les plantes désignées par le nom de cryptogames sont entièrementdépourvuesd'organessexuels;querienen elles ne peut-être raisonnablement assimilé à ces mêmes parties dans les phanérogames.

Plus d'une fois, dans le cours de cet ouvrage , nous avons montré l'extrême différence qui existe entre toutes les parties de ces végétaux et celles des plantes phanérogames. Nous avons fait voir que les corpuscules regardés par les auteurs comme des graines n'en sont point réellement, puisqu'ils ne contiennent pas d'embryon. Ils donnent cependant naissance à des êtres parfaitement semblables à ceux dont ils se sont détachés. Mais, comme nous l'avons dit plusieurs fois, les bulbilles de certaines plantes vivaces, un grand nombre de bourgeons produisent le même phénomène, sans que pour cette raison on puisse les assimiler aux véritables graines. D'ailleurs, comment s'opère cette prétendue germination des plantes agames? Peut -on la comparer à celle des végétaux pourvus d'embryon? Un corpuscule reproductif d'une Fougère, d'un Champignon, etc., placé sur la terre, s'y développera, mais ce ne seront point, comme dans l'embryon d'une plante phanérogame, des parties déjà formées, seulement réduites en quelque sorte à leur état rudimenlaire, qui acquerront successivement un plus grand développement; mais au contraire des parties entièrement nouvelles seront produites. Ce ne sera point un accroissement d'organes déjà existans, mais le tissu même de la sporule ou corpuscule reproductif, s'allongeant d'un côté

468 PLANTES AGAMES.

pour s'enfoncer dans la terre et former une racine, lorsque le végétal doit en avoir une, formera de l'autre côté une tige en s'allongeant en sens inverse. Dans quelque position qu'une sporule soit placée, le point en contact avec la terre s'allongera constamment pour former la racine, et le point opposé deviendra la tige. Ces deux organes n'existaient donc point encore avant ce développement; elles se créent par l'influence decertaines circonstances, qui paraissent comme fortuites et étrangères à la nature même du corps qui les produit.

Si nous passons à l'examen des parties regardées comme les fleurs par les différens auteurs, nous verrons la diversité la plus grande régner dans leurs opinions. Les uns, en effet, appellent fleurs mâles ce que les autres décrivent comme des fleurs femelles. Ainsi dans les Mousses, Linnœus regarde l'urne comme une fleur mâle, Hedwig comme une fleur femelle, Palisot-Beauvois comme une fleur hermaphrodite.

Toutes les fois queyces végétaux présentent, comme les Mousses , par exemple, deux sortes bien distinctes d'organes particuliers, regardés comme ceux de la fructification, les auteurs n'ont dû être embarrassés que surle choix, et la fonction qu'ils devaient attribuer à chacun d'eux. Mais dans les Jongermanes, où l'on trouve trois ou quatre sortes de fructifications différentes entre elles par leur forme extérieure, comme il n'existe que deux espèces d'organes sexuels, les organes mâles et. les organes temelles, on serait donc ici forcé d'en admettre quatre.

PLANTES AGIMES. 4^9

Car si l'on a donné le nom d'organes sexuels à deux de ces parties, pourquoi le refuser aux deux autres, dont la structure intérieure est la même, mais qui diffèrent seulement par leurs formes extérieures ou leur disposition ?

Dans les Fougères, au contraire, où il n'existe évidemment qu'une seule espèce de fructification entièrement formée par de petits grains, ordinairement renfermés dans des espèces de petites poches membraneuses, et que l'on a regardés comme des séminules, où sont les étamines? où est le stigmate qui a reçu l'influence du pollen? où sont les cordons pistillaires qui l'ont transmis aux ovules? Est-ce répondre à cette question d'une manière satisfaSmte pour la raison que de dire, comme Micheli etHedwig, que les poils que l'on observe sur les jeunes feuilles sont les étamines; comme Hill et Sehmidel, que les fleurs mâles sont les anneaux qui entourent les réceptacles où sont contenus les sétninules^etc. , etc.?

Il faut en convenir, des opinions aussi diverses et même tout- à-fait opposées sur le même sujet, conduisent à une conséquence qui nous paraît nécessaire. C'est que les prétendues fleurs des plantes agames, tantôt regardées comme renfermant des étamines, tantôt comme contenant des pistils, ne sont point réellement des fleurs. Ce sont des organes particuliers , des espèces de bourgeons , auxquels la nature a confié le soin de la reproduction de ces singuliers végétaux. Pourquoi, en effet, voudrions-nous restreindre dans les bornes étroites de nos conceptions

47O PLANTES AGAMES.

la puissance de la nature? Ses moyens sont aussi variés que son pouvoir est grand. Et si elle a donné aux plantes agames une physionomie si différente de celle des plantes phanérogames, des organes extérieurs qui n'ont souvent rien de comparable aux leurs, pourquoi ne leur aurait- elle point accordé aussi un mode particulier de reproduction, qui n'ait d'analogues avec celui des végétaux phanérogames que les effets qu'il produit, c'est-à-dire la formation des organes qui doivent servir à perpétuer l'espèce? Ce n'est point dans un ouvrage comme celui-ci; consacré seulement à donner une idée générale, mais succincte, de l'organisation de toutes les productions vénales, que nous pouvons entrer dans toutes les discussions nécessaires pour appuyer une seirtblable opinion. Nous nous contenterons de présenter en abrégé une description des organes propres aux plantes agames, telles qu'elles ont été décrites par leurs auteurs#n général. L'élève, en voyant la diversité et même l'opposition totale qui régnent entre les différens auteurs à ce sujet, pourra alors porter le même jugement que nous.

DES SALVINIÉES.

Quatre genres, que l'on trouve en France, composent cette famille. Ce sont la Piluiaire, le Marsiléa, le Salvinia et l'Isoëtes. Tous quatre croissent dans l'eau.

La prlulaire {Pilularia pilulifera) , dont Bernard de Jussieu a le premier tait connaître l'organisation.

SA.LVINIÉES. 47 x

est une petite plante dont la tige est rampante, produisant des feuilles subulées et cylindriques, d'abord roulées en volute à la manière de celles des Fougères; à leur base on voit de petits corps sphéroïdaux et globuleux , sorte d'involucre qui se partage en quatre pièces, et qui contient les organes que l'on a regardés comme des étamines et des pistils.

Le Marsiléa ( Marsilea . quadrifolia ) habite les étangs; sa tige est rampante, ses feuilles sont formées de quatre folioles disposées en croix au sommet d'un long pétiole, qui les soulève jusqu'à la surface de l'eau. Les involucres sont ovoïdes allongés , et situés au nombre de deux ou trois à la base des pétioles. Ils ne s'ouvrent point. Leur cavité intérieure semble biloculaire et subdivisée en petites loges incomplètes, dans lesquelles sont confondus les petits corpuscules que les botanistes considèrent comme les pistds et les étamines. De ces corpuscules ou sporanges, les uns sont plus gros, au nombre de trois à quatre dans une même loge, ovoïdes et comme réticulés en dehors, renfermant à leur intérieur une sorte de noyau opaque, d'une substance charnue et comme grumeleuse ; on les regarde généralement comme les étamines : les autres, plus petits, en plus grand nombre, entremêlés avec les précédens, courtement pédicellés, et comme pyriformes, sont remplis d'un assez grand nombre de globules opaques, irréguliers, engagés et comme nichés dans les cellules du tissu général; ce sont les pistils pour la plupart des auteurs. Mais nous ne saurions partager cette opinion;

Page 1