DE LA GRAINE
Nous venons de voir que le fruit est essentiellement formé de deux parties , le péricarpe et la graine.
La graine est cette partie d'un fruit parfait, qui se trouve contenue dans la cavité intérieure dq péricarpe , et qui renferme le corps qui doit reproduire un nouveau végétal. Il n'existe pas de graines nues proprement dites , c'est-à-dire qui ne soient pas recouvertes par le péricarpe. Mais ce dernier est quelquefois si mince ou si adhérent à la graine , qu'on l'en distingue difficilement à l'époque de la maturité du fruit, parce qu'ils se sont soudés et confondus ensemble. Cependant ces deux parties étaient bien distinctes dans l'ovaire après la fécondation. De là l'impérieuse nécessité d'étudier avec soin la structure de l'ovaire , pour reconnaître celle que doit avoir le fruit.
Ainsi, dans les Graminées, les Synanthérées , le péricarpe est très-mince et collé intimement avec ta
graine dont il est très - difficile de le distinguer. 11 en est de même encore dans beaucoup iïOmbellifères, etc. ; tandis que sion les examine dans l'ovaire, ces deux parties sont fort distinctes l'une de l'autre. Toute graine provient d'un ovule fécondé. Son caractère essentiel est de renfermer un corps organisé , qui, mis dans des circonstances favorables, se développe et devient un être parfaitement semblable à celui dont il a tiré son origine. Ce corps est Tembryon. L'essence de la graine consiste donc dans l'embryon.
C'est à tort , selon nous, que l'on a donné le nom de graines aux corpuscules reproductifs des Fougères, des Mousses , des Champignons et de toutes les autres plantes agames. En effet , rien dans leur intérieur ne ressemble à un embryon. Il est vrai cependant qu'ils forment en se développant un végétal semblable en tout à celui dont ils proviennent. Mais il n'y a pas que l'embryon qui soit susceptible d'un pareil développement; les bourgeons des plantes vivaces , et surtout les bulbilles qui se développent sur différentes parties des végétaux , souvent même jusque dans l'intérieur du péricarpe, à la place des graines, peuvent également donner naissance à un végétal complet. Or personne n'a jamais été tenté , malgré cette grande analogie de fonctions, de regarder les bulbilles et les bourgeons comme de véritables graines : les corpuscules reproductifs des agames , leur étant parfaitement analogues , ne doivent pas plus qu'eux porter le nom de graines.
La graine est formée de deux parties : i° de Yépisperme ou tégument propre ; a° de Yamande, contenue dans Pépisperme.
Nous étudierons séparément ces deux parties quand nous aurons parié, d'une manière générale, de la direction et de la position des graines, relativement au péricarpe.
Le point de la graine, par lequel elle est fixée au péricarpe, se nomme l'ombilic ou le hile (kilus ). Le hile est toujours marqué, sur le tégument propre, par un point ou espèce de cicatrice plus ou moins grande qui n'occupe jamais qu'une partie de sa surface, et au moyen de laquelle les vaisseaux du trophosperme communiquaient avec ceux du tégument propre de la graine.
Le centre du hile représente toujours la base de la graine. Son sommet est indiqué par le point diamétralement opposé au hile.
Lorsqu'une graine est comprimée, celle de ses deux faces qui regarde l'axe du péricarpe porte le nom àeface proprement dite; l'autre, qui est tournée du côté des parois du péricarpe , est appelée le dos ( dorsum ). Le bord de la graine est représenté par le point de jonction de la face et du dos.
Quand \ehile est situe sur un des points du bord de la graine, elle est dite comprimée ( semen compressum ). On dit, au contraire, qu'elle est déprimée ( semen depresswn ) , quand le hile se trouve sur sa face ou son dos. Cette distinction est très-importante à faire.
La position des graines et surtout leur direction relativement à l'axe du péricarpe est importante à considérer, lorsque ces graines sont en nombre déterminé. Elles fournissent alors d'excellens caractères dans la coordination naturelle des plantes.
Ainsi toute graine fixée par son extrémité même au fond du péricarpe ou d'une de ses loges, quand il est mulliloculaire, et dont elle suit plus ou moins bien la direction, est dite dressée ( senien erectwri), comme dans toutes les Synanthérées , etc.
On l'appelle au contraire renversée {scmen inver- 911111 ), quand elle est attachée de la même manière au sommet de la loge du péricarpe ; par exemple, dans les Dipsacées. Dans ces deux cas, le trophosperme occupe la base ou le sommet de la loge.
Si, au contraire, le trophosperme étant axillaire ou pariétal , la graine dirige son sommet ( ou la partie diamétralement opposée à son point d'attache ) vers la partie supérieure de la loge, elle est appelée ascendante ( semen ascendens ) , comme dans la pomme , la poire , etc. ( Voy. pi. 8 , fig. 9 ).
On la dit, par opposition , suspendue ( s. appensum) , quand son sommet regarde la base de la loge, comme dans lesJasminées,beaucoupd'Apocinées,etc. On donne à la graine, le nom de pèritrope (s. peiitropum) , quand son axe rationnel, ou la ligne qui est censée passer par sa base et son sommet , est transversale, relativement aux parois du péricarpe.
35o ORGANES DE LA FRUCTIFICATION.
§ i . De V Épisperme.
Yl épisperme , ou tégument propre de la graine, est presque toujours simple et unique autour de l'amande. Cependant quelquefois , comme il présente une épaisseur assez notable , et qu'il est légèrement charnu à son intérieur , sa paroi interne se détache et s'isole, en sorte qu'il paraît composé de deux tuniques, l'une extérieure, plus épaisse, quelquefois dure et solide, à laquelle Gœrtner a donnéle nom de testa; l'autre extérieure, plus mince, que l'on nomme tegmen. Cette disposition se remarque très-bien dans la graine du ricin ( Ricinus communis ) ; mais ces deux membranes ne sont pas plus distinctes l'une de l'autre que les trois parties qui composent le péricarpe.
Le hile est toujours situé sur l'épisperme. Il offre un aspect et une étendue variables. Quelquefois il se présente sous la forme d'un simple point , à peine visible. D'autres fois au contraire il est très-large, comme dans le marronier d'Inde, par exemple, où sa couleur blanchâtre le fait distinguer facilement du reste de Y épisperme, qui est d'un brun foncé.
Vers la partie centrale du hile, quelquefois sur un de ses côtés, on voit une ouverture fort petite, à laquelle M. Turpin a donné le nom à'omphalode, et qui livre passage aux vaisseaux nourriciers qui, du trophosperme , s'introduisent dans le tissu de ï épisperme. Lorsque ce faisceau vascnlaire se continue quelque temps avant de se ramifier, il forme une
ligne saillante , à laquelle on a donné le nom de vasiducte ou de raphé. Le point intérieur où se termine le vasiducte porte le nom de chalaze ou d'ombilic interne. Le vasiducte est souvent peu apparent à l'extérieur : on ne le découvre alors que par le secours de la dissection , comme dans beaucoup d'Euphorbiacées. D'autre fois il est très-saillant et visible , comme dans les Orangers , où il s'allonge d'un bout à l'autre de Yépisperme.
Dans beaucoup de graines on trouve près du hile un organe perforé, toujours dirigé du coté du stigmate, et que les botanistes désignent avec M. Turpin sous le nom de micropile. Plusieurs auteurs pensent que c'est par cette ouverture , à laquelle aboutissent les vaisseaux que M. de Corréa de Serra a nommés cordons pis tillaires, que ie fluide fécondant est apporté au jeune embryon.
On remarque quelquefois, plus ou inoins loin du hile de quelques graines, une sorte de corps renflé eu forme de calotte , auquel Gœrtner a donné le nom eVembryotége , comme dans le dattier, l'asperge, la comméline, etc. Pendant la germination, ce corps se détache et livre passage à l'embryon.
\] épisperme est le plus souvent simplement appliqué sur Y amande, dont on le sépare avec facilité. Mais il arrive quelquefois qu'il contracte avec elle une adhérence si intime, qu'on ne peut l'enlever qu'en le grattant.
Mèpisperme n'offre jamais de loges ni de cloisons à son intérieur. Sa cavité est toujours simple. Cepen-
<lant il peut , dans quelques cas rares, renfermer plusieurs embryons à la fois. Mais cette superfétation est une anomalie, une sorte de jeu de la nature, qui n'a rien de fixe ni de constant.
§ i. De l'Amande.
L'amande est toute la partie d'une graine mûre et parfaite, contenue dans la cavité de l'épisperme. Elle n'a aucune espèce de communication vasculaïre avec lui, à moins que ces deux organes ne soient soudés et confondus ; car dans ce cas il devient difficile de déterminer, s'il n'existe point quelque communication vasculaire entre eux.
L'amande tout entière peut être formée par Yembryon, comme clans le haricot, la lentille, la fève de marais, etc.; c'est-à-dire qu'il remplit à lui seul toute la cavité intérieure de l'épisperme. fVoy. pi. 7, fig.
D'autres fois , outre l'embryon , l'amande renferme un autre corps accessoire, qu'on appelle endosperme (1), comme dans le ricin, le blé, etc. (Voy. pi. 7, fig. 3;c)
La structure de ces deux organes est tellement différente, qu'il sera facile de les distinguer au premier coup d'œil. Veinbryon , en effet, est un être essentiellement organisé qui, par la germination, doit s'accroître et se développer. IJendosperme, au contraire, est une masse de tissu cellulaire, quelquefois
(1) Périsperme de Jussieu ; albumen de Gœrtner.
dure et comme cornée, d'autres fois charnue et molle qui, par la germination, se fane et diminue ordinairement de volume, au lieu d'en acquérir. Ainsi donc la germination lèvera tous les doutes, pour déterminer la nature des deux corps renfermés dans l'épisperme , quand on n'y sera pas parvenu au moyen de l'analyse et de la dissection.
§ 3. De VEndosperme.
L'endosperme est cette partie de l'amande qui forme autour ou à côté de l'embryon , un corps accessoire , lequel n'a avec lui aucune continuité de vaisseaux ou de tissu. Le plus souvent il est formé de tissu cellulaire dans les mailles duquel se trouve renfermée de la fécule amylacée, ou un mucilage épais.
Cette substance sert de nourriture au jeune embryon. Avant la germination , elle est tout-à-fait insoluble dans l'eau; mais à cette première époque de la vie végétale , elle change de nature, devient soluble, et sert en partie à la nourriture et au développement de l'embryon.
Il est toujours assez facile de séparer l'endosperme de l'embryon, parce qu'il ne lui est aucunement adhérent.
Sa couleur est le plus souvent blanche ou blanchâtre; il est Vert dans le gui (viscum album).
La substance qui le forme est en général très-variable; ainsi il est :
Sec çXfaiineux dans un grand nombre de Graminées, le blé, l'avoine, l'orge, etc.;
Coriace et comme cartilagineux dans un grand nombre d'Ombeliifères ;
Oléagineux et charnu, c'est-à-dire épais et gras au toucher, comme dans le ricin et beaucoup d'autres Euphorbiacées;
Corné, tenace, dur, élastique comme de la corne, dans le café et beaucoup d'autres Rubiacées, la plupart des Palmiers, etc.;
Mince et membraneux, comme celui d'un grand nombre de Labiées, etc.
La présence ou l'absence de l'endosperme est un très-bon caractère générique , surtout dans les Monocotylédons. Cet organe doit donc jouer un grand rôle dans l'arrangement des familles naturelles des plantes.
L'endosperme peut exister dans une graine, quoique son embryon ait avorté, ou manque entièrement.
Il est toujours unique, même dans les cas où il y a plusieurs embryons réunis dans la même graine.
§ 4- De V Embryon.
L' embryon est ce corps déjà organisé, existant dans une graine parfaite après la fécondation, et qui constitue le rudiment composé d'une nouvelle plante. C'est lui, en effet, qui, placé dans des circonstances favorables, va, par l'acte de la germination, devenir un végétal parfaitement semblable en tout à celui dont il tire son origine.
Quand l'embryon existe seul dans la graine, c'est-
à-dire qu'il est immédiatement recouvert par Yépisperme ou tégument propre , on l'appelle êpispermique (emb/yo epispermicus) , comme dans le haricot. (V. pi. 7,fig. 3, 4,5,6.)
Si, au contraire, il est accompagné d'un endosperme, il prend le nom à'endospermique (^embryo endospermicus), comme dans les Graminées, le ricin, etc. (Voy.pl. 6, fig. 3,4- )
L'embryon endospermiquepeutoffv'ir des positions différentes relativement à Yendosperme. Ainsi quelquefois il est simplement appliqué sur un point de sa surface, et logé dans une petite fossette superficielle que celle-ci lui présente , comme dans les Graminées; il a reçu dans ce cas le nom d 'extraire (embryo extrarius). (Voy. pi. 7, fig. 8.)
D'autres fois il est totalement renfermé dans l'intérieur de Yendosperme qui l'enveloppe de toutes parts ; il porte alors le nom ai intraire (embryo intrarius), comme dans le ricin, etc. (Voy. pi. 7, fig. 3, 4.)
U Embryon étant un végétal déjà formé , toutes les parties qu'il doit un jour développer y existent déjà, mais seulement à l'état rudimentaire. C'est, comme nous l'avons dit, la véritable différence de l'embryon et des corpuscules reproductifs des plantes agames.
U Embryon est essentiellement formé de quatre parties; savoir: i° du corps radiculaire ; i° du corps colylêdonaire ; 3° de la gemmule; 4° de la ligelle.
i° Le corps radiculaire ou la Radicule constitue une des extrémités de l'embryon. C'est lui qui , par la germination , doit donner naissance à la racine ou
la former par son développement. (Voy. pi. 7, fîg. 5,«, 7, a.)
Dans l'embryon à l'état de repos , c'est-à-dire avant la germination , l'extrémité radieulaire est toujours simple et indivise. Lorsqu'elle se développe , elle pousse souvent plusieurs petits mamelons qui constituent autant de fdets radiculaires, comme dans les Graminées.
Si, dans quelques cas, il est difficile avant la germination de reconnaître et de distinguer la radicule , cette distinction devient aisé^ lorsque l'embryon commence à se développer. En effet, le corps radieulaire tend continuellement à se diriger vers le centre de la terre , quels que soient les obstacles qu'on lui oppose , et se change en racine , tandis que les autres parties de l'embryon prennent une direction contraire.
Dans un certain nombre de végétaux le corps radieulaire lui-même s'allonge et se change en racine par l'effet du développement que la germination lui fait acquérir. C'est ce qiue l'on observe dans un grand nombre de Dicoiylédons; dans le cas où la radicule est extérieure et à nu, les végétaux prennent le nom iYExorhizes. Tels sont les Labiées, les Crucifères, les Borraginées, les Svnanthérées, etc., et la plupart des plantes dicotylédonées. (Voy. pi. 7, fîg. 5, 6, 7, a.)
Dans d'autres végétaux, au contraire, la radicule est recouverte et cachée entièrement par une enveloppe particulière qui se rompt à l'époque de la germination pour lui donner issue; ce corps a reçu le nom de CoJêorhizc: dans ce cas la radicule est inté-
rieure ou coléorhizée, et les plantes qui offrent eette disposition ont reçu le nom de Endorhizes. À cette division se rapporte la plus grande partie des vrais Monocotylédons, tels que les Palmiers , les Graminées, les Liliacées, etc. (Voy. pi. 7, fig. 10.)
Enfin dans quelques cas plus rares, la radicule est soudée et fait corps avec l'endosperme : on appelle Sjnorhizes les plantes dans lesquelles on observe cette organisation. Tels sont les Pins, les Sapins , toutes les autres Conifères, les Cycadées, etc.
Toutes les plantes phanérogames connues viennent se ranger dans ces trois divisions. Aussi peut-on substituer avec avantage ces trois grandes classes, à celles des Monocotylédons et des Dicotylédons , sujettes à d'assez nombreuses exceptions, comme nous le ferons voir tout à l'heure.
i° Du corps colylédonaire. Le corps cotylédonaire peut être simple et parfaitement indivis; dans ce cas il est formé par un seul cotylédon, et l'embryon est appelé Monocotylèdonéiembryo monocotyledoneus), comme dans le riz, l'orge, l'avoine, le lis, le jonc, etc. (Voy. pi. 7 , fig. 7,8.) D'autres fois il est formé de deux corps réunis base à base, que l'on noinm-j Cotylédons , et l'embryon est dit alors dicotyUdotié (embryo dicolyledoneus). comme dans le ricin, la fève , etc. (Voy. pi. 7 , fig. 3,5,6.)
Toutes les plantes dont l'embryon offre un seul cotylédon portent le nom île Monocolylédonèes ; toutes celles qui ont deux cotylédons sont appelées Dicotylédonées.
Les cotylédons sont quelquefois au nombre de plus de deux dans le même embryon; ainsi il y en a trois dans le Cupressus pendilla ; quatre dans le Pinus inops et le Ceratophyllum demersum; cinq dans le Pinus laricio\ six dans le cyprès ebauve {Taxodium distichum^)\ huit dans le Pinus strobus; enfin on en trouve quelquefois dix et même douze dans le Pinus pinea.
On voit donc que le nombre des cotylédons n'est point le même dans tous les végétaux , et que la division en Monocotylédons .et en Dicotylédons, rigoureusement observée, ne peut pas comprendre tous les végétaux connus ; d'ailleurs il arrive assez souvent que les deux cotylédons se réunissent et se soudent, en sorte qu'au premier coup d'œil il est difficile de décider si un embryon est Monocotylédoné ou Dicotylédoné, comme, par exemple, on l'observe dans le marronier d'Inde.
Ce sont ces motrfs qui ont engagé mon père à prendre dans un autre organe que dans les cotylédons , la base des divisions primordiales du règne végétal. La radicule nue ou contenue dans une coléorhize, ou enfin soudée à Pendosperme , offrant des caractères plus fixes, plus invariables, il s'en est servi pour former trois grandes classes dans les plantes embryonées ou Phanérogames, qui sont :
i° Les Endorhizes, ou celles dont l'extrémité radiculaire de l'embrvon présente une coléorhize, sous laquelle sont un ou plusieurs tubercules radicellaires qui la déchirent, lors de la germination , et se
GRAINE. 35f)
changent en racines. Ce sont les véritables Monocotylédons.
2° Les Exorhizes, ou celles dont l'extrémité radiculaire de l'embryon estime , et devient elle-même la racine de la nouvelle plante; tels sont la plupart des Dicotylédons.
3° Les Synorhizes, ou plantes dans lesquelles l'extrémité radiculaire de l'embryon est intimement soudée à l'endosperme. Celte classe , moins nombreuse que les deux précédentes, renferme les Conifères et les Cycadées , qui s'éloignent des autres végétaux par des caractères si remarquables, et que le nombre de leurs cotylédons exclut également de la classe des Monocotylédonés et des Dicotylédones.
Les cotylédons paraissent être destinés par la nature à favoriser le développement de la jeune plante, en lui fournissant les premiers matériaux de sa nutrition. En effet, les cotylédons sont presque constamment très-épais et charnus , dans les plantes qui n'ont pas <¥ endosperme , tandis qu'ils sont minces et comme foliacés dans celles où cet organe existe. C'est ce que l'on peut voir facilement, en comparant l'épaisseur des cotylédons du haricot et du ricin.
A l'époque de la germination, quelquefois les cotylédons restent cachés sous la terre, sans se montrer à l'extérieur ; dans ce cas ils portent le nom de cotylédons hypcgês ( cotyledones hjpogei) , comme dans le marronier d'Inde.
D'autres fois ils sortent hors de terre, par l'allongement du collet qui les sépare de la radicule ; on
36o ORGANES DE LA. FRUCTIFICATION.
leur donne alors le nom à'épigés (cotyled. epigei), comme dans le haricot et la plupart des Dicotylédones. Quand les deux cotylédons sont épigés, et qu'ils s'élèvent au-des.sus du sol, ils forment les deux feuilles séminales (folia seminalia). fVoy. pi. 7, fig. 7, c, c.)
3° De la gemmule. On donne le nom de gemmule (gemmula) au petit corps, simple ou composé, qui naît entre les cotylédons , ou dans la cavité même du cotylédon, quand l'embryon n'en présente qu'un. On lui donnait autrefois le nom de plumule {plumula). Comme cet organe n'a le plus souvent aucune ressemblance avec le corps auquel on le comparait , mais qu'au contraire il forme toujours le premier bourgeon {gemma) de la jeune plante qui va se développer , le nom de gemmule est infiniment plus convenable, et mérite d'être préféré.
La gemmule est le rudiment de toutes les parties qui doivent se développer à l'air extérieur. Elle est formée par plusieurs petites feuilles plissées diversement sur elles-mêmes, qui, en se développant par la germination, deviennent les feuilles primordiales ( fol. pnmordialia). (Voy. pi. 7, fig. 7, d, d.)
Quelquefois elle est libre et visible à l'extérieur, avant la germination; d'autres fois au contraire elle ne devient apparente que lorsque celle-ci a commencé; enfin, dans quelques cas rares, elle est cachée sous une sorte d'enveloppe analogue, en quelque façon , à celle qui recouvre la radicule des endorhizes , que Ton appelle coléopële, et alors la gemmule
est dite coléoptilée. Cette eoléoptile ne doit être le plus souvent considérée que comme un cotylédon mince, recouvrant la gemmule à la manière d'un étui.
4° De la tigelle (cauUcuïus). Cet organe n'existe pas toujours d'une manière bien manifeste. Il se confond, d'une part, avec la base du corps cotylédonaire, et de l'autre, avec la radicule, dont il est une sorte de prolongement. C'est par l'accroissement acquis par la tigelle, lors de la germination, que les cotylédons sont, dans quelques plantes, soulevés hors de terre et deviennent èpigés.
Après avoir ainsi étudié successivement les quatre parties qui composent un embryon; savoir : i° le corps radiculaire; 2° le corps cotylédonaire; 3° la gemmule; l\° la tigelle, voyons quelles sont les différentes positions que l'embryon peut affecter relativement à la graine qui le contient, ou au péricarpe lui-même.
Nous avons déjà vu que l'embryon pouvait être endospermique ou épispermique, suivant qu'il était accompagné d'un endospenne, ou qu'il formait à lui seul la masse de l'amande; que dans le cas où il était endospermique, il pouvait être intraire ou extraire, quand il était contenu et renfermé dans l'intérieur de l'endosperme, ou simplement appliqué sur un des points de sa surface.
C'est par le moyen de ces deux extrémités de l'embryon, que l'on peut déterminer sa direction propre et sa direction relative. L'extrémité radiculaire forme
toujours la base de l'embryon. D'après cela on dit de l'embryon qu'il est :
Homotrope {emb. h&motropus), quand il a la même direction que la graine, c'est-à-dire que sa radicule répond au bile, comme cela s'observe dans beaucoup de Légumineuses, de Solàuées et un grand nombre de Monocotylédons. L'embryon homotrope peut être plus ou moins courbé. Quand il est rectiligne , on lui donne le nom cYorthotrope ( emb. orthotropus) , comme dans les Rubiacées, les Synantbérées, les Ombilifères, etc.
On appelle embryon antitrope {emb. antitropus), celui dont la direction est opposée à celle de la graine, c'est-à-dire que son extrémité cotylédonaire correspond au bile. C'est ce que l'on peut observer dans les ThymêUes , les Fluviales, le Melampyrum, etc.
On donne le nom d'embryon amphjtrope {emb. amphflropus) à celui qui est tellement recourbé sur lui même, que ses deux extrémités se trouvent rapprocbées et se dirigent vers le bile, comme on le voit dans les Caryophyllées, les Crucifères, plusieurs Atriplicées, etc.
Comme l'embryon monocotylédoné et l'embryon dicotylédoné diffèrent beaucoup l'un de l'autre, dans le nombre, dans la forme et l'arrangement des parties qui les composent, nous allons exposer isolément les caractères propres à chacun d'eux.
§ 5. Embryon dicotylédoné.
L'embryon dicotylédoné, ou celui dont le corps cotylédonaire présente deux lobes bien distincts, offre les caractères suivans : sa radicule est cylindrique ou conique, nue, saillante, elle s'allonge lors de la germination et devient la véritable racine de la plante. Ses deux cotylédons sont attachés à la même hauteur sur la tigelle; ils ont, dans beaucoup de cas, une épaisseur d'autant plus grande, que l'endosperme est plus mince, ou qu'il n'existe point du tout. La gemmule est renfermée entre les deux cotylédons qui la recouvrent et la cachent en grande partie. La tigelle est plus ou moins développée.
Tels sont les caractères communs aux embryons dicotylédones en général. Cependant quelques-uns offrent des anomalies qui sembleraient d'abord les éloigner de cette classe; ainsi, quelquefois les deux cotylédons sont tellement unis et soudés ensemble, qu'ils semblent n'en plus former qu'un seul, comme dans le marronier d'Inde, et ordinairement le châtaignier. Mais on remarquera que cette soudure n'est qu'accidentelle, car il arrive quelquefois qu'elle n'a pas lieu. C'est ce que l'on observe eii effet pour le marronier d'Inde, et ce qui le fait rentrer dans l'organisation générale des embryons dicotylédones. D'ailleurs on doit regarder comme véritablement dicotylédoné, tout embryon dont la base du corps cotylédonaire est fendue entièrement ou partagée en
deux, quoique lui-même paraisse simple et indivis à son sommet.
§ i. De V Embryon monocotylédoné.
L'Embryon monocotylédoné est celui qui, avant la germination, est parfaitement indivis, et ne présente aucune fente ni incision.
Si, dans le plus grand nombre des cas, il est assez facile de reconnaître dans l'embryon dicotylédoné les différentes parties qui le composent, il n'en est pas toujours de même dans l'embryon monocotylédoné, où, fréquemment, toutes ces parties sont tellement unies et confondues, qu'elles ne forment plus qu'une masse, dans laquelle la germination seule peut faire distinguer quelque cbose. Aussi l'organisation de l'embryon des monocotylédonés est-elle bien moins parfaitement connue, que celle des végétaux à deux cotylédons.
Dans l'embryon monocotylédoné, le corps radiculaire occupe une des extrémités; il est plus ou moins arrondi, souvent très-peu saillant; formant comme une sorte de mamelon peu apparent. D'autres fois, au contraire, il est extrêmement large et aplati, et forme la masse la plus considérable de l'embryon, comme dans la plupart des Graminées. L'embryon est alors appelé macropode ( emb. macropodus ). (Voy. pi. 7, fig. 8,9.)
La radicule est renfermée dans une coééorhize qu'elle rompt à lépoque de la germination. Cette radicule n'est pas toujours simple*, comme dans les Dico-
tylédonés ; elle est le plus souvent formée de plusieurs filets radiculaires, qui percent quelquefois, chacun isolément, la coléorhize qui les renferme, comme cela s'observe principalement dans les Graminées.
Le corps cotylédonaire est simple, et ne présente aucune incision ni fente. Sa forme est extrêmement variable. Il est toujours latéral , relativement à la masse totale de l'embryon. Le plus souvent, la gemmule est renfermée dans l'intérieur du cotylédon qui l'enveloppe de toutes parts, et lui forme une espèce de colèoptile. ("Voy. pi. 7, fig. 9, b, 10, b.) Elle se compose de petites feuilles emboîtées les unes dans les autres. La plus extérieure forme ordinairement une espèce d'étui clos de toutes parts, embrassant et recouvrant les autres. M. Mirbel lui a donné le nom de piléole.
La tigeUe n'existe pas le plus souvent, ou elle se confond intimement avec le cotylédon ou la radicule. Telle estrorganisation la plusordinaire desembryons monocotylédonés; mais, dans beaucoup de circonstances on trouve des modifications propres à plusieurs végétaux. C'est ainsi, par exemple, que la famille des Graminées présente quelques particularités dans la structure de son embryon. En effet il est composé , 1 ° d'un corps charnu, épais, discoïde en général, appliqué sur l'endosperme; ce corps a reçu le nom cYhrpoblaste(i).
(1) C'est à ce corps que Gœrtner donne le nom de vitellus. La plupart des auteurs le regardent comme le cotylédon. Mais l'analogie se refuse à cette supposition.
Voyez le mémoire de mon père sur les embryons endorhizes , inséré dans le 17e volume des Annales du Muséum , année 181 1.
Cette partie ne prend aucun accroissement par la germination. Elle peut être assimilée au corps radiculaire. (Voyez pi. 7, fig. 9); i° du blaste (pi. 7, fig. 8, d, e, c), ou de la partie de l'embryon qui doit se développer. Il est appliqué sur Xhypoblaste, et est formé de la tigelle , de la gemmule , renfermée dans le cotylédon , constituant une sorte de graine ou d'étui qui les enveloppe de toutes parts. L'extrémité inférieure du blaste , par laquelle doivent sortir un ou plusieurs tubercules radicellaires, porte le nom de radicidode.
Enfin on appelle épiblaste un appendice antérieur du blaste, qui le recouvre quelquefois en partie, et qui semble n'en être qu'un simple prolongement.