‹ Nouveaux élémens de botanique et de physiologie végétaleChapitre 81 sur 129 · GERMINATION · texte numérisé non relu

GERMINATION

cresson alénois en deux jours; répinard, le navet , les haricots en trois jours; la laitue en quatre jours; les melons, les courges en cinq jours; la plupart des Graminées en une semaine; l'hysope au bout d'un mois; Pognon après cinquante ou soixante jours. D'autres emploient un temps fort considérable avant de donner aucun signe de développement ; ce sont principalement celles dont l'épisperme est très-dur, ou qui sont .environnées d'un endocarpe ligneux , comme celles du pêcher, de l'amandier, qui ne germent qu'au bout d'un an; les graines du noisetier, du rosier, du cornouiller, et d'autres encore, ne se développent que deux années après avoir été mises en terre.

Après avoir passé rapidement en revue les circonstances accessoires qui déterminent ou favorisent la germination , éludions les phénomènes généraux de celle fonction , après quoi nous donnerons quelques détails relatifs aux particularités qu'elle présente dans les plantes monocotylédonées, et dans les dicotylédonées.

Le premier effet apparent de la germination est le gonflement de la graine, et le ramollissement des enveloppes qui la recouvrent. Ces enveloppes se romvent au bout d'un temps plus ou moins long, variable dans les différens végétaux. Cette rupture de l'episperrae se fait quelquefois d'une manière tout-àfait irrégulière, comme dans les haricots, les fèves : d'autres fois, au contraire, elle présente une uniformité et une régularité qui se reproduisent de la même

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manière dans tous ies individus de la même espèce. C'est ce que l'on observe principalement dans les graines pourvues d'un embryotège , sorte d'opercule, qui se détache de l'épisperme pour livrer passage à l'embryon; comme, par exemple, dans X éphémère de virginie ( Tradescantia virgim'ca), la comméline (Commelina commuais), le dattier (Phœnix dactilifera), et plusieurs autres Monocotylédons.

L'embryon, dès le moment où il commence à se développer, prend le nom de plantule. On lui distingue deux extrémités, croissant constamment en sens inverse : l'une , formée par la. gemmule , tend à se diriger vers la région de l'air et de la lumière; on l'appelle caudex ascendant. L'autre, au contraire, s'enfonçant dans la terre, et suivant par conséquent une direction tout-à-fait opposée à celle de la précédente, porte le nom de caudex descendant. Elle est formée par le corps radiculaire.

Dans le plus grand nombre des cas, c'est le caudex descendant ou la radicule qui , la première , éprouve les effets de la germination. On voit cette extrémité devenir de plus en plus saillante, s'allonger et constituer la racine dans les exorhizes. Dans les endorhizes , au contraire, la colèorhize , poussée par les tubercules radicellaiies qu'elle renferme, s'allonge quelquefois, et se prête à une distension assez considérable avant de se rompre ; d'autres fois elle cède sur-le-champ, et laisse sortir les tubercules radicellaires qu'elle recouvrait.

Pendant ce temps la gemmule ne reste pas inerte

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et stationnaire. D'abord cachée entre les cotylédons , elle se redresse, s'allonge, et cherche à se porter vers la superficie de la terre, quand elle y a été enfouie. S'il y a une coléoptile, elle s'allonge, se dilate; mais, plus rapide dans son accroissement, la gemmule presse sur elle, la perce à sa partie supérieure et latérale et se montre à l'extérieur.

Quand le caudex ascendant commence à se développer au-dessous du point d'insertion des cotylédons, il les soulève, les porte hors de la terre. Ceux qui offrent ce phénomène sont alors appelés cotylédons èpigès{\)\ ils se développent, quelquefois même s'amincissent, deviennent comme foliacés et portent alors le nom de feuilles séminales.

Si , au contraire , le caudex ascendant ne commence qu'au-dessus des cotylédons, ceux-ci restent cachés sous la terre , et, loin d'acquérir aucun accroissement, ils diminuent de volume, se flétrissent et finissent par disparaître entièrement. On les nomme alors cotylédons hypogès (2).

Quand une fois la gemmule est parvenue à l'air libre, les folioles qui la composent se déroulent, se déploient, s'étalent, et acquièrent bientôt tous les caractères des feuilles, dont elles ne tardent point à remplir les fonctions.

Mais quels sont les usages des parties accessoires

(1) Dérivé de ziti, sur, au-dessus, et de -pi , lerre, c'est-à-dire s'élevant au-dessus de la surface de la terre.

(2) De 'jtvo au-dessous, et de pi, c'est-à-dire restant caché sous la terre.

3^C org'anf.s de la fructification.

de la graine, c'est-à-dire de l'épisperme, et de l'en-

dosperme?

L'épisperme ou le tégument propre de la graine a pour usage d'empêcher l'eau ou les autres matières dans lesquelles une graine est soumise à la germination d'agir trop directement sur la substance même de l'embryon ; il remplit en quelque sorte l'office d'un crible , à travers lequel ne peuvent passer que des molécules terreuses, fines et très-divisées. Duhamel, en effet, a remarqué que les graines que l'on dépouille de leur tégument propre se développent rarement, ou donnent naissance à des végétaux grêles et mal conformés.

L'endosperme, qui n'existe pas toujours n'est que le résidu de l'eau contenue dans la cavité de l'ovule où s'est développé l'embryon. Cette liqueur , que Malpighi a comparée à l'eau de l'amnios , quand elle n'a point été absorbée entièrement pendant la formation et l'accroissement de l'embryon , prend peu à peu de la consistance, s'épaissit et finit par former une masse solide, dans laquelle l'embryon se trouve renfermé , ou sur la surface de laquelle il est simplement appliqué. Cette masse est Xcnclospermc. C'est pour cette raison que ce corps offre toujours un aspect inorganique. Quelquefois tout le liquide renfermé dans l'intérieur de l'ovule, et qui n'a point servi à la nutrition de l'embryon , ne se solidifie pas; une partie reste encore fluide. C'est ce que l'on observe très-bien dans le fruit du cocotier, par exemple, qui renferme dans l'intérieur de son noyau une

GERMItf ATIOIV. '^rJr]

quantité plus ou moins considérable d'une sorte d'émulsion blanchâtre et douce , connue sous le nom de lait de coco.

L'origine et les premiers usages de l'endosperme nous indiquent d'avance #ceux que la nature lui a confiés lors de la germination. En effet, c'est lui qui fournit à la jeune plante sa première nourriture. Les changemcns qu'il éprouve alors dans sa composition chimique et la nature de ses élémens le rendent trèspropre à cet usage.

Cependant l'endosperme, dans quelques végétaux, est tellement dure et compacte, qu'il lui faut un long espace de temps pour se ramollir et se résoudre en une substance plus ou mokis fluide, qui puisse être absorbée par l'embryon. Mais ce phénomène a toujours lieu.

Si l'on prive ou isole un embryon de l'endosperme qui l'accompagne, il ne se développera aucunement. Il est donc évident que cet organe est intimement lié à son accroissement.

Les Cotylédons, dans beaucoup de circonstances , paraissent remplir des fonctions analogues à celles de l'endosperme ; aussi est-ce pour cette raison que le célèbre physicien, Charles Bonnet , les appelait les mamelles végétales. Si Ton retranche les deux cotylédons d'un embryon , il se flétrira et ne donnera aucun signe de développement. Si l'on n'en enlève qu'un , il pourra encore végéter, mais d'une manière faible et languissante, comme un être malade et mutilé. Mais un fait des plus remarquables, c'est que

Ton peut impunément fendre et séparer en deux parties latérales un embryon dicotylédoné, celui du haricot, par exemple; si chaque partie contient un cotylédon parfaitement entier, elle se développera aussi bien qu'un embryon tout entier, et donnera naissance à un végétal aussi fort et aussi vigoureux.

Enfin , comme le prouvent les expériences de MM. Desfontaines, Thouin , Labiïlardière et Vastel , il suffit d'arroser les cotylédons pour voir tout l'embryon s'accroître et développer ses parties.

La grande différence de structure qui existe entre les embryons monocotylédonés et les embryons pourvus de deux cotylédons influe d'une manière notable sur le mode de germination qui leur est propre. Aussi croyons-nous nécessaire d'en étudier séparément les phénomènes, afin de faire mieux connaître le mécanisme de cette fonction dans ces deux grandes classes. Nous commencerons par des embryons exorhizes ou dicotylédones, parce que c'est en eux qu'il est plus facile d'observer le développement successif des différens organes qui les composent.

§ 1 . Germination des Embryons exorhizes ou dicotylédones.

Dans l'embryon dicotylédoné la radicule est , en général, conique et saillante. La tigelle est ordinairement cylindrique; la gemmule est nue et cachée entre la base de deux cotylédons , qui sont placés

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face à face et immédiatement appliqués l'un contre l'autre (i).

Telle est la disposition des parties constituantes de l'embryon avant la germination. Voyons les changemens qu'elles éprouvent quand cette fonction commence à s'exécuter. Pour mieux faire entendre ce que nous allons dire, prenons pour exemple le haricot, et suivons-le dans toutes les époques de son accroissement. ( Voyez planche 7, figures 1 , 2,3, 4, etc. ) Nous verrons d'abord toute la masse de la graine s'imprégner d'humidité , se gonfler, l'episperme se déchirer d'une manière irrégulière. Bientôt la radicule, qui formait un petit mamelon conique, commence à s'allonger; elle pénètre dans la terre, donne naissance à de petites ramifications latérales extrêmement déliées. Peu de temps après, la gemmule, qui jusqu'alors était restée cachée entre iesdeux cotylédons, se redresse, se montre à l'extérieur. La tigelle s'allonge , soulève les cotylédons hors de terre , à mesure que la radicule s'y enfonce et s'y ramifie. Alors les deux cotylédons s'écartent; la gemmule est tout-à-fait libre et découverte ; les petites folioles qui la composent s'étalent, s'agrandissent, deviennent vertes et commencent déjà à puiser dans le sein de l'atmosphère une partie des fluides qui doivent

(1) Dans quelques cas fort rares , les deux cotylédons, au heu d'être immédiatement appliqués face à face, sont manifestement écartés , et plus ou moins divergens. C'est ce que l'on observe par exemple dans les genres Monimia et Ruizia ou Boldea de la famille desMonimiées.

38o ORGANES DE LA FRUCTIFICATION.

être employés à l'accroissement de la jeune plante.

Dès lors la germination est terminée, et la seconde époque de la vie du végétal commence.

Quand l'embryon est endospermique , c'est-à-dire lorsqu'il est accompagné d'un endosperme , les phénomènes se passent de la même manière; mais l'endosperme n'acquiert aucun accroissement; on le voit au contraire se ramollir et disparaître insensiblement.

Quelques végétaux dicotylédones ont un mode particulier de germination. Ainsi, par exemple, on trouve fort souvent des embryons déjà germes dans l'intérieur de certains fruits, parfaitement clos de toutes parts. C'est ce que l'on observe assez fréquemment dans les fruits du citronnier, où il n'est pas rare de rencontrer plusieurs graines déjà en état de germination.

Le manglier ( Rhizophora mangle), arbre qui habite les marécages et les rivages de la mer dans les régions équinoxiales, offre un genre particulier de germination qui n'est pas moins remarquable. Son embryon commence à se développer, tandis que la graine est encore contenue dans le péricarpe. La radicule presse contre le péricarpe, qu'elle use et finit par percer. Elle s'allonge à l'extérieur, quelquefois de plus d'un pied. Alors l'embryon se détache, en abandonnant le corps cotylédonaire dans la graine, il tombe; la radicule la première, s'enfonce dans la vase et continue de s'y développer.

Dans le marronnier d'Inde ou hippocastane , dans le châtaignier, et quelques autres végétaux dicotylé-

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