MÉTHODES EN GÉNÉRAL
Mais comme le nombre des organes des végétaux est assez considérable, le nombre des méthodes fut également très-grand, parce que chaque auteur crut reconnaître dans l'un d'eux les bases les plus solides d'une bonne classification. Ainsi les uns fondèrent leur méthode sur la considération des racines et de toutes les modifications qu'elles peuvent offrir; les autres sur les tiges, ceux-ci sur les feuilles, tel que Sauvages, ceux-là sur l'inflorescence, etc.
Dans le seizième siècle, Gessner, né à Zurich, fut le premier qui démontra que les caractères«tirés de la fleur et du fruit étaient les plus certains et les plus importans pour arriver à une bonne classification des végétaux. Il fit de plus entrevoir qu'il existe dans les plantes des groupes composés de plusieurs espèces réunies par des caractères communs. Cette première idée de la réunion des végétaux en genres eut la plus grande influence sur les progrès ultérieurs de la botanique.
Peu de temps après, Csesalpin, né en i5i9, à Arezzo en Toscane, donna le modèle de la première méthode botanique. En effet toutes les espèces y sont rangées d'après la considération des caractères que l'on peut tirer de la plupart des organes des végétaux, tels que leur durée, la présence ou l'absence des fleurs, la position des graines, leur adhérence avec le calice, le nombre et la situation des cotylédons, etc. L'invention d'une semblable méthode, tout imparfaite qu'elle est, doit être considérée comme le premier aperçu d'une classification naturelle, /
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Cependant les découvertes nouvelles allaient toujours augmentant le nombre des végétaux connus, et chaque jour les ouvrages existans devenaient de plus en plus insuffisans. Plusieurs auteurs, parmi lesquels on doit citer avec éloge les deux frères Bauhin, Rai, Magnol et Rivin, donnèrent successivement dans leurs écrits des preuves d'un mérite rare. Plusieurs d'entre eux créèrent même des méthodes nouvelles, mais qui toutes furent éclipsées par celle que Joseph Pitton de Tournefort publia vers la fin du dix-septième siècle.
Ce botaniste célèbre, l'un de ceux dont les écrits ont fait le plus d'honneur à la France, était né «à Àix en Provence, le 5 juin i656. Il fut professeur de botanique au jardin des plantes de Paris, sous le règne de Loui&XIV, qui en 1700 lui donna une mission importante pour le Levant. Tournefort parcourut alors la Grèce, les bords de la mer Noire et les îles de l'Archipel. Il revint à Paris, et publia la relation de son voyage, que l'on peut citer comme un des modèles les plus parfaits en ce genre. Avant son départ, il avait déjà fait connaître, dans son ouvrage intitulé Institutiones rei hcrbarice, sa nouvelle méthode, dans laquelle se trouvaient décrites dix mille cent quarante-six espèces rapportées à six cent quatre-vingt-dix-huit genres.
Le mérite de Tournefort n'est pas seulement d'avoir créé une méthode ingénieuse, dans- laquelle se trouvent décrites et rangées toutcs«les plantes connues jusqu'à lui ; mais son principal titre de gloire
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est d'avoir, le premier, distingué d'une manière plus précise et plus rigoureuse qu'on ne l'avait fait jusqu'alors les genres, les espèces et les variétés qui peuvent s'y rapporter.
Avant lui, en effet, la science n'était encore que confusion et désordre ; chaque espèce n'était pas nettement distinguée de celles donc elle se rapprochait. Ce fut lui qui débrouilla ce chaos, sépara les genres et les espèces par des phrases caractéristiques, et, au moyen de son système ingénieux, rangea méthodiquement les plantes connues à cette époque.
Après Tournefort , parurent encore un grand nombre de botanistes qui ont joui d'une certaine réputation. Quelques-uns d'entre eux proposèrent des méthodes nouvelles ; mais aucune n'avait porté la moindre atteinte à celle de Tournefort. Cette gloire semblait réservée à l'immortel Linnœus.Son système, qu'il publia en 1734, eut la vogue la plus surprenante, à cause de son extrême simplicité, et de la facilité singulière qu'il offre pour parvenir à la connaissance du nom des végétaux.
Linnaeus eut de plus la gbirp de réformer, ou plutôt de créer la nomenclature et la synonymie botaniques, encore si peu avancées par ses prédécesseurs. Tournefort lui en avait tracé la route, sans cependant en faire disparaître tous les obstacles. Chaque espèce , en effet , était encore dénommée par une phrase caractéristique, dans laquelle on ne trouvait souvent pas les caractères propres à la distinguer. Or, ces phrases étant fort longues , il était
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très-difficile d'en retenir un grand nombre. Linnaeus donna à chaque groupe ou genre un nom propre ou générique, imitant en cela l'exemple de Tournefort; mais de plus il désigna chaque espèce de ces genres par un nom adjectif ou spécifique ajouté à la suite du nom générique. Par ce moyen ingénieux , il simplifia considérablement l'étude déjà fort étendue de la botanique.
Le système sexuel de Linnaeus, séduisant par son extrême simplicité , excita une révolution subite dans la science, et fut accueilli partout avec un enthousiasme difficile à décrire.
Quand le premier mouvement d'admiration qu'inspire toujours une grande découverte fut un peu calmé, on ne tarda point à s'apercevoir que ce système si ingénieux présentait cependant quelques inconvéniens, et n'était point à l'abri de toute espèce de reproches. En effet , fondé uniquement sur la considération absolue d!un seul organe, il éloignait souvent des plantes que tous les airtres caractères semblaient réunir trop étroitement pour que l'on pût jamais les isoler avec succès : car déjà l'on avait commencé à entrevoir que certains genres de végétaux ont entre eux tant de points de contact et de ressemblance, que, réunis par l'ensemble général de leurs caractères, ils paraissent en quelque sorte être tous membres d'une même famille. C'est ainsi, par exemple, qu'on avait déjà • rapproché en tribus distinctes les Graminées, les Labiées , les Ombellifères, les Légumineuses, les Crucifères, etc. , et plusieurs
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autres groupes tout aussi naturels. Or, un grand défaut du système artificiel de Linnseus était donc de séparer ces plantes qui paraissaient devoir être pour toujours réunies. Ainsi les Graminées s'y trouvaient dispersées dans la première, la seconde, la troisième, la sixième, la vingt -unième et la vingt -troisième classe de soja système. Les Labiées étaient en partie dans la seconde classe , et en partie dans la quatorzième. Il en était de même de la plupart des tribus naturelles déjà reconnues et conservées par un grand nombre de botanistes. Linnaeus , obligé de suivre rigoureusement son système, s'était ainsi vu forcé de les séparer et de les disperser.
Une nouvelle méthode qui, en conservant les affinités déjà reconnues de certaines plantes, aurait offert l'ensemble de leurs caractères distinctifs , eftt donc été préférable à ce système si ingénieux, mais qui péchait par un des points les plus essentiels.
Adanson avait donné la première esquisse de cette méthode. Bernard de Jussieu médita pendant quarante ans afin de trouver les caractères les plus solides et les plus constans qui pussent lui servir de base. Il étudia avec un soin extrême l'affinité réciproque des diverses espèces et des différens genres entre eux. Mais ce fut son neveu, Antoine Laurent de Jussieu qui , rassemblant les riches matériaux recueillis par ses oncles, y joignant les nombreuses observations qu'il avait lui-même amassées, créa réellement la méthode des familles naturelles, telle que nous l'exposerons bientôt. Ce fut dans son Gênera.
plahtarum, ouvrage marqué du sceau du génie, et l'un des plus beaux monumens des progrès de la botanique, qu'il posa les fondemens d'une méthode qui doit un jour être la seule suivie et adoptée par' tous les bons esprits. Car elle est, sans contredit, de toutes les autres publiées jusqu'à ce jour, celle qui mérite la préférence.
En effet, elle n'a point pour base la considération d'un seul organe; mais elle étudie l'ensemble des caractères fournis par chacune des parties d'un végétal, et rapproche les uns des autres tous ceux qui se touchent par le plus grand nombre de points de contact et de ressemblance. C'est cette -méthode qui, depuis plus de trente ans, a fait faire à la botanique de si rapides progrès, et l'a placée au premier rang parmi ^es sciences naturelles.
Nous avons cru devoir entrer dans quelques détails sur les méthodes en général , avant de faire l'exposition particulière d'aucune d'elles. Il nous a semblé utile de jeter rapidement un coup d'œil sur les principales époques de la botanique, afin de faire mieux connaître l'impulsion et la face nouvelle que les trois classifications de Tournefort , de Linnœus et de Jussieu ont, chacune en particulier, données à la botanique.
En terminant ces considérations générales, nous devons faire remarquer qu'il existe deux espèces bien distinctes de classifications en histoire naturelle. Dans l'une, en effet, on ne prend pour base que la considération d'un seul organe. Ainsi Tournefort s'est servi de la corolle , Linnaeus des étatnines, pour éta-