‹ Nouveaux élémens de botanique et de physiologie végétaleChapitre 98 sur 129 · DU SYSTÈME SEXUEL DE LINN/EUS · texte numérisé non relu

DU SYSTÈME SEXUEL DE LINN/EUS

Les bases principales du système sexuel de Linnœus reposent presque entièrement sur les différens caractères que l'on peut tirer des organes sexuels mâles, c'est-à-dire, des étamines ; de même que celui de Tournefort est fondé sur les formes diverses que peut offrir la corolle : ce système est partagé en vingt-quatre classes.

Linnœus divise d'abord tous les végétaux connus en deux grandes sections. Dans la première il range tous ceux qui ont des organes sexuels, et par conséquent des fleurs apparentes. Ce sont les phanérogames ou phénogames. La seconde section comprend les végétaux dans lesquels les organes sexuels sont cachés, ou plutôt qui en sont totalement dépourvus; on les nomme cryptogames. De là, deux premières grandes sections dans le règne végétal :

i° Les phanérogames.

■2° Les cryptogames.

Mais, comme le nombre des végétaux de la première section est infiniment plus considérable que celui de la seconde , les phanérogames ont été divisés en vingt-trois classes ; les cryptogames an contraire ne forment que la vingt-quatrième et dernière classe de ce svstème.

4a8 TA.XONOMIE.

Parmi les plantes phanérogames, les unes ont des ileurs hermaphrodites, c'est-à-dire pourvues des deux sexes réunis ; les autres sont unisexuées.

Les vingt premières classes du système sexuel renferment les végétaux phanérogames à fleurs hermaphrodites ou monoclines; dans les trois suivantes sont placées les plantes diclines ou à fleurs unisexuées.

/ monoclines.

3° Phanérogames ]

( diclines.

Les plantes monoclines ont les étamines lihres et détachées du pistil ; ou bien ces étamines sont soudées avec lui.

[ à étamines libres.

4° Monoclines J

( à étamines soudées au pistil.

Les étamines dégagées de toute espèce de soudure avec le pistil peuvent être libres et distinctes les unes des autres ; elles peuvent être réunies et soudées entre elles.

5° Etamines non ( libres et distinctes, soudées au pistil. | réunies entre elles.

Les étamines libres et distinctes sont égales ou inégales entre elles.

Celles qui sont libres et égales sont en nombre déterminé ou indéterminé.

6° Etamines libres ( nombre déterminé.

et égales en : ( nombre indéterminé.

C'est par des considérations de cette nature que Linnœus est parvenu à former les bases de son sys^

* SYSTÈME DE LWNyEUS. 429

tème. On voit d'après cela qu'il est fondé, i° sur le nombre des étamines (les treize premières classes); i° sur leur proportion respective (quatorzième et quinzième); 3° sur leur réunion parles filets (seizième , dix-septième et dix-huitième); 4° sur leur soudure par les anthères (dix-neuvième) ; 5° sur leur soudure avec le pistil (vingtième) ; 6° sur la séparation des sexes (vingt-unième , vingt-deuxième, vingttroisième); 70 enfin sur l'absence des organes sexuels (la vingt-quatrième et dernière).

Nous allons successivement étudier les caractères de ces différentes classes, qui chacune ont reçu des noms particuliers.

i ° E famines en nombre déterminé et égales entre elles.

ire. Classe. Monandrie. Elle renferme toutes les plantes dont les fleurs n'ont qu'une seule étamine: YHippuris vulgaris, leBlitnm, le Canna indica, etc.

2e. 'Classe. Diandrie. Deux étamines : le jasmin, le Hlas , les véroniques, la sauge, le romarin, etc.

3e. Classe. Triandrte. Trois étamines < la plupart des Graminées, les iris, etc.

4e. Classe, Tetrandrie. Quatre étamines: la garance, le caille-lait, les aspérules , les scabieuses , etc.

5e. Classe. Pentandrie. Cinq étamines : Les Borraginées , telles que la bourrache, la pulmonaire; les Solanées, telles que la douce-amère, la belladone, la pomme de terre, l'alkékenge, etc.; les Rubiacées exotiques, tels que les Cinchona, les Psj'chofria, etc.-,

/j3o TAXONOM1E.

les ombellifères, tels que le panais, la ciguë, l'opoponax, la coriandre, etc.

6e. Classe. Hexa.ndrie. Six étamines: Telles sont la plupart des Liliacées, le lis, la tulipe, la jacinthe; beaucoup dWsparaginées, comme l'Asperge, le muguet, etc. ; le riz.

7e. Classe. Heptandrie. Sept étamines. Cette classe est très-peu nombreuse: on y trouve le marronnier d'Inde, le Saururus , etc.

8e. Classe. Octandrie. Huit étamines: les Rumex, les Polygonum, les bruyères.

ne. Classe. Enféaivdrie. Neuf étamines. A cette classe se rapportent les différentes espèces de lauriers, de rhubarbes; le Butomus umbellatus , etc.

10e. Classe. Décandrie. Dix étamirîes. Nous trouvons ici presque toutes les Caryophyllées, telles que l'œillet, les Ljchnîs , les Silène; la rue, le Plijrtolacca decandra , etc.

i°. Etamines en nombre non rigoureusement déterminé.

11e. Classe. DoDÉciNDRiE. De onze à vingt étamines. Exemples : X Asarum europœum , le réséda , l'aigremoine, le Sempervivum teclorum, etc.

12e. Classe. Icosandrie. Plus de vingt étamines insérées sur le calice. Ici se rapportent toutes les vraies Rosacées; le prunier, l'amandier, le rosier, le fraisier, etc.; les myrtes, les grenadiers, etc.

i3e. Classe. Polyandrie. De vingt à cent étami-

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nés, insérées sous l'ovaire. Dans cette classe sont réunies les véritables Renonculacées, telles que les anémones, les clématites, les renoncules, les hellébores, etc.; la plupart des Papavéracées, tels que le coquelicot, le pavot, la chélidoine, etc.

3°. Proportion des étamines entre elles.

i4e. Classe. Didynamie. Quatre étamines, dont deux constamment plus petites, et deux plus longues, toutes insérées sur une corolle monopétale irrégulière. Cette classe renferme les Labiées et les Personnées de Tournefort; telles sont le thym, la lavande, la bugle, la bétoine, les Antirrhinum , la digitale, la scrophulaire, le catalpa, etc.

i5e. Classe. Tétradynamie. Six étamines, dont deux constamment plus petites que les quatre autres. Corolle polypétale ; fruit, une silique ou une silicule. Cette classe correspond parfaitement aux Crucifères de Tournefort.

4°. Soudure des étamines par leurs Jilets.

16e. Classe. Monadelphie. Etamines eji nombre variable, réunies et soudées ensemble en seul corps par leurs filets. Exemple: la mauve, la guimauve, etc.

17e. Classe. Diadelphie. Etamines en nombre variable, soudées par leurs filets en deux corps distincts. Tels sont la fumeterre, le polygala, et la plupart des Légumineuses, comme l'acacia, le cytise T la réglisse , le mélilot , etc.

18e. Classe. Polyadelphie. Etamines réunies par

leurs filets en trois ou un plus grand nombre de faisceaux. Par exemple, les Hypcricutn , l'oranger, les Melaleuca, etc., etc.

5°. Soudure des ètainj.nes réunies par les anthères.

iqe. Classe. Syngénésie. Cinq étamines réunies et soudées par les anthères; fleurs ordinairement composées, rarement simples. Cette classe renferme îesFlosculeuses, les Sémi-flosculeuses et les Radiées de Tournefort; elle contient aussi certaines autres plantes, telles que les Lobelia, les violettes, etc.

6°. Soudure du pistil et des étamines.

20e. Glasse. Gynandrie. Étamines soudées en un seul corps avec le pistil; telles sont toutes les Orchidées, l'aristoloche, etc.

n°. Fleurs uni sexuées.

21e. Classe. Mofoecie. Fleurs mâles et fleurs femelles distinctes, mais réunies sur le même individu. Exemple: le chêne, le buis, le maïs, la sagittaire, le ricin , etc.

22e. Classe. Dioecie. Fleurs mâles et fleurs femelles existant sur deux individus séparés: la mercuriale, le dattier, le gui, les saules, le pistachier, etc.

23e. Classe. Polygamie. Fleurs hermaphrodites, fleurs mâles et fleurs femelles réunies sur un même individu ou sur des pieds différens. Par exemple :

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le frêne, la pariétaire, la croisette, le micoucoulier, etc.

8° Fleurs invisibles.

i[f Classe. Oi yptog amie. Plantes dont les fleurs sont invisibles ou très* peu distinctes. Cette classe renferme les Fougères , telles que le polypode , l'osmonde, etc., les Mousses, les Lichens, les Prêles, les Algues, les Champignons, etc., etc.

INous venons d'exposer en peu de mots les caractères propres à chacune des vingt-quatre classes établies par Linnaeus dans le règne végétal. On voit que la marche de ce système est simple et facile à suivre. En effet, il semble au premier abord qu'il ne faille que savoir compter le nombre des étamines d'une fleur, pour connaître à quelle classe elle appartient. Mais cependant nous ferons remarquer que, dans plusieurs cas, cette détermination n'est point aussi aisée qu'on le suppose d'abord , et que fort souvent on reste dans le doute, surtout lorsque la plante présente quelque anomalie insolite.

Occupons-nous maintenant de faire connaître les considérations d'après lesquelles ont été établis les ordres particuliers à chaque classe.

Dans les treize premières classes, dont les caractères sont tirés du nombre des étamines, ceux des ordres ont été puisés dans le nombre des styles ou des stigmates distincts. Ainsi une plante de la Pentandric, telle que le panais ou tout autre Ombellifère qui aura deux styles ou deux stigmates distincts sera du

second ordre. Elle serait du troisième ordre, si elle en présentait trois, etc. Voyons les noms qui ont été donnés à ces différens ordres :

Ier ordre. Monogynie , un seul style.

2e ordre. Digynie, deux styles.

3e ordre. T/ïgynie, trois styles.

4e ordre. Tètragynie , quatre styles.

5e ordre. Pentagynie, cinq styles.

6e ordre. Hexagjnie , six styles.

7« ordre. Heptagynie , sept styles.

8e ordre. Décagynie, dix styles.

oe ordre. Polygynie , un grand nombre de styles.

Remarquons qu'il y a des classes dans lesquelles on n'observe point cette série tout entière d'ordres. Dans la Monandrie, par exemple, on ne trouve que deux ordres, la Monogynie , comme daws Y Hippwïs , et la Digynie, comme* dans le Blitum.

Dans la ïétrandrie, il y a trois ordres, savoir : la Monogynie , la Digynie et la Tétragynie. Il y en a six dans la Pentandrie, etc., etc.

Dans la quatorzième classe, ou la Didynamie, Linnœus a fondé les caractères des deux ordres qu'il y a établis d'après la structure de l'ovaire. En effet, le fruit est tantôt formé de quatre petits akènes situés au fond du calice, et qu'il regardait comme quatre graines nues; tantôt, au contraire, c'est une capsule qui renferme un nombre plus ou moins considérable de graines. Le premier de ces ordres porte le nom

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de Gymnospermie ( graines nues ) ; il contient toutes les véritables Labiées, telles que le Marrube , les Phlomis , les IVepeta, le Scutellaria , etc.

Le second ordre , que l'on appelle Angiospermie (graines enveloppées), et qui a pour caractère d'avoir un fruit capsulaire, réunit toutes les Personnées.de Tournefort , telles que les Rhinanthus , les Linaires , les Melampyrum, les Orobanches , etc.

La Tétradynamie , ou la quinzième elasse, offre également deux ordres, tirés de la forme du fruit, qui est une silique ou une silicule. De là on distingue la Tétradynamie en siliculeuse , ou celle qui renferme les plantes dont le fruit est une silicule, telles que le pastel, le cocbléaria, le thlaspi, etc., et en sili'qiteuse, c'est-à-dire celle dans laquelle sont rangés les végétaux ayant une silique pour fruit , comme la giroflée , le choux, les cressons, etc.

Les seizième, dix-septième et dix-huitième classes, c'est-à-dire la Monadelphie, la Diadelphie et la Polyadelphie, ont été établies, d'après la réunion des filets staminaux , en un, deux, ou un plus grand nombre de faisceaux distincts, abstraction faite du nombre des étamines qui les composent. Linnœus a , dans ce cas, employé les caractères tirés du nombre des étamines pour former les ordres de ces trois classes. Ainsi on dit des plantes Monadelphes qu'elles sont triandres, tétrandres , pentandres, décandres, polyandres, suivant qu'elles renferment trois, quatre, cinq, dix ou un grand nombre d'étamines soudées et réunies par leurs filets en un seul corps. Il en est

4^6 TAXONOM1E.

de même dans la diadelphie et la polyadelphie, c'està-dire que le nom des ordres est le même que celui des premières classes du système.

La Syngénésie, ou la dix -neuvième classe du système sexuel, est une de celles qui renferment le plus grand nombre d'espèces. En effet, les Synanthérées forment à peu près la douzième partie de tous les végétaux connus. Il était donc très-important d'y multiplier les ordres, afin de faciliter la recherche des différentes espèces. C'est ce que Linnœus a taché de faire en partageant cette classe en six ordres. Mais ici, comme le nombre presque constant des étamines est cinq, ce nombre n'a pu offrir assez de caractères pour devenir la base de ces divisions ; Linnœus Ta prise dans la structure même de chacune des petites fleurs qui constituent les assemblages connus sous le nom de fleurs composées. En effet, par suite d'avortemens constans, on trouve avec les fleurs hermaphrodites des fleurs mâles et des fleurs femelles, souvent même des fleurs entièrement neutres. Linnseus , dont le génie poétique se faisait remarquer dans tous les noms qu'il donnait aux différentes classes et aux différens ordres de son système, voyait dans ces réunions et ces mélanges de fleurs une sorte de polygamie. Aussi est-ce le nom qu'il a donné à chacun des six ordres de la syngénésie , en leur ajoutant à chacun une épithète particulière. Voici leurs caractères :

Ier Ordre. Polygamie égale. Toutes les fleurs sont hermaphrodites, et par conséquent toutes éga-

SYSTÈME DE LINJT.EUS. l\Z"j

Iement fécondes, comme on le voit dans les chardons, les salsifis, etc.

2e Ordre. Polygamie superflue. Les fleurs du disqua sont hermaphrodites; celles de la circonférence sont femelles; mais les unes et les autres donnent de honnes graines. Par exemple , l'armoise , l'absinthe.

3e Ordre. Polygamie frustranèe. Les fleurs du disque sont hermaphrodites et fécondes; celles de la circonférence sont neutres ou femelles, mais stériles par l'imperfection de leur stigmate : elles sont donc tout-à- fait inutiles; dans l'ordre précédent elles étaient seulement superflues. Exemple : les centaurées, les Helianthus, etc.

4e Ordre. Polygamie nécessaire Les fleurs du disque sont hermaphrodites, mais stériles par un vice de conformation du stigmate; celles de la circonférence sont femelles, et fécondées par le pollen des premières : dans ce cas elles sont donc nécessaires pour la conservation de l'espèce, comme dans le souci, etc.

5e Ordre. Polygamie séparée. Toutes les fleurs sont hermaphrodites, rapprochées les unes des autres , mais cependant contenues chacune dans un petit involucre particulier, comme dans V'Echinops.

6e Ordre. Polygamie monogamie. Les fleurs sont toutes hermaphrodites; mais elles sont simples *et isolées les unes des autres, comme dans la violette, les Lobelia, la balsamine, etc.

Ce dernier ordre, comme il est facile de le voir,

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n'a aucune affinité avec les précédens. Il n'a de commun avec eux que la réunion des étaminës par les anthères.

Dans la Gynandrie, ou la vingtième classe du système sexuel, il y a quatre ordres qui sont tirés du nombre des étaminës. Ainsi on dit : Gynandrie-monandrie, comme dans Y Orchïs, YOphrjs; Gynandriediandrie, comme dans le Cypripedium ; Gynandriehexandrie, comme dans l'aristoloche, etc.

La Monœcie et la Diœcie présentent en quelque sorte réunies toutes les modifications que nous avons remarquées dans les autres classes. Ainsi la Monœcie renferme des plantes monandres, triandres, décandres, polyandres, monadelphes et gynandres. Chacune de ces variétés sert à établir autant d'ordres distincts dans cette classe.

La Diœcie en renferme encore un plus grand nombre de variétés, qui toutes, se rapportant déjà à quelqu'une des classes précédemment établies, sont employées comme caractères d'ordres.

La vingt -troisième classe ou la Polygamie, qui contient les plantes à fleurs hermaphrodites et à fleurs unisexuées mélangées, soit sur le même individu, soit sur deux ou trois individus distincts, a été pour cette raison divisée en trois ordres : i° la Monœcie, dans laquelle le même individu-porte des fleurs monoclines et des fleurs diclines; 2° la Diœcie, dans laquelle on trouve sur un individu des fleurs hermaphrodites, et sur l'autre des fleurs unisexuées; 3° enfin la Triœcie, dans laquelle l'espèce se compose de

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trois individus; un portant des fleurs hermaphrodites; un second des fleurs maies, et le troisième des fleurs femelles.

La Cryptogamie, qui forme la vingt-quatrième et dernière classe, est partagée en quatre ordres : i° les Fougères; i° les Mousses; 3° les Algues; 4° les Champignons. Nous en exposerons bientôt les caractères avec détail.

Après avoir fait connaître les bases du système sexuel , nous avons donné une esquisse des vingtquatre classes et des ordres nombreux qui s'y rapportent, tels qu'ils ont été établis par Linnaeus. Lorsque l'on étudie ce système, on est frappé de son extrême simplicité et de la facilité avec laquelle on arrive avec lui à la connaissance du nom d'une plante. Les classes, en effet, sont, pour la plupart, nettement tranchées et définies, surtout dans celles où. les étamines sont en nombre déterminé. Non-seulement ce système contient toutes les plantes déjà connues, mais il peut encore comprendre toutes celles que l'on pourrait découvrir; aussi a-t-il été universellement adopté à l'époque où il a paru.

Mais il faut avouer cependant qu'il présente plus d'un inconvénient grave. En effet, il n'est pas toujours aisé de déterminer si une plante appartient positivement à certaines classes. Ainsi, par exemple, la rue (Ruta graveolens) a presque toutes ses fleurs munies de huit étamines; une seule au centre de chaque assemblage de fleurs en présente dix. L'élève, dans ce cas, éprouverait quelque embarras et serait

44° TA.XONOMIE.

tenté de placer cette plante dans la huitième classe du système, c'est-à-dire dans "Octandrie. Cependant Linnœus la range dans la D' andrie, parce qu'il regarde la fleur à dix étammes comme étant la plus parfaite.

La Dodécandrie n'est pas non plus caractérisée assez rigoureusement. On y place toutes les plantes qui ont de douze à vingt étamines. Mais l'aigremoine, que l'on y range, a souvent plus de vingt étamines.

Certaines Labiées ou Personnées qui appartiennent à la didynamie ont leurs quatre étamines égales entre elles, et souvent l'irrégularité de la corolle est à peine sensible.

Les ordres de la Syngénésie sont très-souvent d'une difficulté rebutante pour pouvoir être reconnus avec certitude. D'ailleurs le mélange des fleurs mâles, des fleurs femelles et des fleurs hermaphrodites en rejette plusieurs dans la diœcie et la polygamie.

Le sixième de ces ordres, la polygamie monogamie, rapproche des Composées des plantes qui n'ont aucune analogie avec elles, telles que les violettes, la Lobe/ia, les balsamines, etc.

La vingt-troisième classe, c'est-à-dire la polygamie, est un mélange confus de plantes qui appartiennent presque toutes aux différentes autres classes. Si maintenant nous examinons les plantes rassemblées dans chacune de ces classes, nous verrons que le plus souvent les affinités naturelles et reconnues depuis si long -temps ont été entièrement rompues. Ainsi une des familles les plus naturelles, les Gra-

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minées, se trouve dispersée dans la Monandrie, la Diandrie, la Trîandrie, l'Hexandrie, la Monœcie, la Diœcie et la Polygamie. Les Labiées sont en partie dans la Diandrie, en partie dans la Didynamie. Il en est de même d'un grand nombre de familles tout aussi naturelles. Mais comme la classification établie par Linnœus est un système, c'est-à-dire un arrangement méthodique, mais purement artificiel, destiné seulement à faire arriver avec facilité au nom d'une plante que l'on désire connaître, on ne saurait lui faire un reproche fondé d'avoir ainsi éloigné les unes des autres les plantes qui avaient entre elles beaucoup de rapports et d'affinité. Ce n'est donc pas ce système qu'il faut étudier lorsque l'on désire connaître les rapports naturels des différens végétaux entre eux, tandis que parmi tous les systèmes artificiels il mérite sans contredit la préférence pour arriver aisément au nom d'une plante.

Désirant faire disparaître de cet ingénieux système une partie des inconvéniens que nous avons signalés, et rendre son application plus facile dans certains points, feu mon père y a fait quelques modifications importantes que nous allons faire connaître. C'est d'après le système de Linnœus modifié que sont rangées les plantes du jardin de la faculté de médecine de Paris.

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