LÉSIONS DU COEUR
Les solutions de continuité de quelque étendue, qui pénètrent dans les cavités du cœur, sont constamment et rapidement mortelles. Les exceptions à cette règle sont fort rares, et à peine cite-t-on quelques exemples de sujets qui , atteints de lésions de ce genre, ont pu faire encore quelques pas avant de succomber. Les plaies par armes à
feu sont plus promptement et plus sûrement encore suivies de la mort que celles par instruments piquants ou tranchants. Les piqüres étroites et obliques , bien que pénétrantes, peuvent non-seulement laisser vivre le sujet pendant plusieurs heures ou plusieurs jours, mais même guérir entièrement. Le sang alors ne s'échappe qu'en petite quantité à la fois, et si des syncopes, ou d’autres causes d’affaiblissement du mouvement circulatoire exercent leur influence , il se peut que des caillots se forment, assez solides pour oblitérer les ouvertures et pour servir de base à des cicatrices définitives. Saviard, Rodius, Müller, Abington, Latour, Boyer ont cité des faits à l'appui de cette proposition. La présence du corps vulnérant dans la plaie a parfois sufi pour s'opposer à l’hémorragie et pour retarder la mort. On rapporte l'exemple d’un aliéné, qui, s'étant enfoncé une lime pointue dans le cœur, ne succomba que le cinquième jour , lorsque l’extraction de l’instrument fut opérée. Quant aux plaies simples, qui ne traversent pas toute l’épaisseur des parois du cœur, bien que fort
dangereuses, elles ne sont pas nécessairement mortelles, ainsi que de nombreuses observations le constatent.
Les signes des lésions du centre circulatoire se déduisent, lorsqu'elles sont étendues et pénétrantes, de la rapidité même de la mort. Dans un duel dont je fus témoin, un des combattants est frappé ; il fait un pas seulement encore , et tombe en arrière sans offrir le moindre signe de vie : il avait les deux oreillettes traversées par une balle, La mort a lieu dans ces cas, moins par l’hémorragie en elle-même, que par l’épanchement du sang dans le péricarde, qui, distendu. bientôt, rend les mouvements du cœur impossibles. Lorsque l’ouverture faite aux cavités cardiaques est moins considérable ou moins directe, si la vie se prolonge, on observe des lipothymies fréquentes, une anxiété extrême, de la confusion dans les bruits du cœur, une petitesse croissante du pouls, et enfin la mort. Ces symptômes, unis aux signes déduits de la situation ainsi que de la direction de la plaie, de la connaissance de la cause qui l’a produite, et de l'absence des phénomènes caractéristiques des lésions graves du poumon , ne laissent que peu de doutes sur la réalité de la blessure du cœur. Il en est de même dans les cas de plaies non pénétrantes à cet organe.
Alors ses mouvements sont tumultueux ; le blessé est en proie à une profonde anxiété ; le pouls est petit et irrégulier ; une douleur pongitive se fait sentir continuellement à la
région précordiale ; les traits sont grippés ; la respiration s'exécute avec une difficulté analogue à celle qui résulte de Ja pleurésie. Tels sont les principaux symptômes que nous a offerts, au Val-de-Grâce , un officier qui, s'étant précipité Sur son épée dans un accès de délire suicide, se fit, à la région du cœur, une plaie pénétrante dont la profondeur ne put être exactement calculée.
L’arme avait été appuyée contre un mur, et le malade, en marchant contre elle, ne l’avait pas enfoncée suffisamment pour qu’elle traversât la poitrine. Il guérit d’ailleurs parfaitement, bien qu’il ait offert, pendant longtemps encore, après la cicatrisation de la plaie extérieure, et la cessation des principaux symplômes indiqués, une extrême tendance à éprouver de la gêne dans la circulation , et de l'irrégularité dans le pouls.
D’amples saignées générales, des ventouses scarifiées, appliquées en grand nombre sur le côté blessé de la poitrine, le calme le plus parfait de l'esprit et du corps, tels sont les principaux moyens à l’aide desquels il est possible , dans des cas toujours exceptionnels et rares, d’enrayer la marche des accidents que provoquent les lésions du cœur. Ces médications doivent être continuées, alors même que les symptômes les plus alarmants ont cédé; car il est arrivé plusieurs fois que des caillots déjà formés, dans des plaies étroites du cœur, ont été déchirés ou déplacés par des agitations vives, par des accés de colère, et qu’une mort instantanée a succédé aux mouvements tumultueux de l'organe blessé. La digitale pourrait peut-être trouver alors une utile application.
Les plaies de l’aorte ou des veines caves, ainsi que celles de l'artère ou des veines pulmonaires, déterminent constamment la mort. Elles sont, à dimensions égales, plus dangereuses que les lésions du cœur luimême ; et la largeur de la voie qu’elles ouvrent à l'épanchement du sang dans la poitrine est à peu près l'unique mesure de la durée de la vie après qu’elles ont eu lieu. Le traitement indiqué contre les plaies du cœur leur est seul applicable, lorsque, ce qui est excessivement rare, la chirurgie peut encore tenter quelques secours.
L’inflammation aiguë ou chronique du péricarde est assez souvent suivie de la formation d’une collection de liquide dans la cavité de cet organe. Lorsque le malade résiste à la première violence des accidents, et que la présence de l’épanchement n’est plus douteuse, il convient de recourir à tous les moyens conseillés par la médecine interne, pour provoquer l'absorption de la matière morbide : les boissons altérantes, les sétons, les moxas sur la région précor-
diale, trouvent alors leur application ; mais
enfin, lorsque le malade, en proie à la douleur, à l'anxiété, et menacé de perdre prochainement la vie, a fait usage sans succès de tous les traitements indiqués en pareil eas, doit-on l’abandonner à une mort inévitable, ou ne vaut-il pas mieux recourir à l'ouverture de l’enveloppe séreuse du cœur ?
Senac, pour qui cette opération n'avait rien ni d'effrayant, ni même de dangereux, voulait qu'on l’exécutât au moyen d’un troisquarts, porté entre les seconde et troisième
. Côtes asternales gauches, à deux pouces du
En
sternum, et dirigé d'avant en arrière, et de
dehors en dedans, derrière la base de l’appendice xiphoïde. Cette opération exposerait beaucoup à la lésion du cœur luimême : elle n’a vraisemblablement jamais été exécutée.
Desault, dans un cas où il croyait qu’une hydropéricarde existait, ouvrit la poitrine, entreles sixièmeet septième côles sternales,
| du côté gauche. Après la section des tégu-
ments et des muscles, le doigt , porté dans la plaie, fit reconnaître une poche remplie de liquide, et servit à diriger la pointe du bistouri, La sérosité étantécoulée, oncrut sentir le cœur à nu au fond de la plaie; mais l’ouverture du cadavre fitdécouvrir qu'il ne s’était agi que d’un hydrothorax, circonscrit à la partie antérieure etinférieure de la plèvre, et que le péricarde n'avait pas été entamé.
M. Skielderup conseille, ainsi que l'avait déjà fait Riolan, d'appliquer sur le côté gauche de la partie inférieure du sternum une couronne de trépan, et d’inciser l’enveloppe du cœur à travers cette ouverture, IL est manifeste qu’un tel procédé, plus douloureux et plus compliqué que celui de
LÉSIONS DES ARTÈÉRES.
Desault, aurait le désavantage de laisser une plaie difficile à réunir immédiatement, qui livrerait à l'air un passage facile et permanent dans la cavité séreuse, et dont la cicatrisation serait lente à obtemir. Il se pourrait même qu’à raison de sa situation élevée, la sérosité renfermée dans le péricarde ne s’écoulàät que difficilement par elle 1e sujet étant couché sur le dos.
Lei M. Richerand a proposé de pratiquer au devant du cœur une large fenêtre, et d’inciser sa poche remplie d’eau, et de A ensorie que fair, pénétrant dans cette enveloppe, provoque l’inflammation, et par suite l’adhésion mutuelle de ses parois. Loin de partagercette opinion, et de chercher à déterminer une péricardite aiguë, qui serait presque inévitablement mortelle, je voudrais que l’on fit tout pour prévenir un tel accident.
Ainsi, avant d’inciser comme Desault les parois du thorax, je ferais tirer avec force les tégumenis en haut; le péricarde serait
ensuite ouvert par une simple ponction avec le trois-quarts ; et aussitôt après l'évacua-
tion complète du liquide, la plaie extérieure
devrait être exactement réunie, de manière à ce que l'air ne pût en aucune manière y pénétrer. Si le peu d’embonpoint du sujet permettait de reconnaitre exactement les parties, il conviendrait mieux encore d’inciser entre le bord gauche de l’appendice xiphoïde et le cartilage de la dernière vraie côte, afin de pénétrer dans le péricarde sans ouvrir la plèvre, et d’éviter plus sûrement le passage de l’épanchement de la première de ces cavités séreuses dans l’autre. Ces procédés pourraient bien ne pas procurer comme le désire M. Richerand, la cure radicale de la maladie; mais je m'estimerais très-heureux, si, étant suivis d’une guérison palliative, ils prolongeaient les jours du sujet, et donnaient le temps au médecin d'employer les moyens les plus propres à prévenir, ou du moins à retarder le renouvellement du mal.