ESS CANCER DE L'OEIL
Nés, tantôt des paupières, tantôt de la conjonctive ou de la cornée, et parfois de Viris, les cancers de l'œil sont, par.opposition au fongus médullaire , plus fréquents chez les sujets adultes ou les vieillards, que chez les enfants. Rarement primitive, eette altération constitue , chez le plus grand nombre des sujets ; à l’œii, comme dans la plupart des autres organes, un des résultats dirritations chroniques diverses, entretenues ou exaspérées par l’emploi des irritants. C’est ainsi qu’elle succède à la kératite , à la conjonctivite, à la selérotite, à l'iritis, à la rétinite, etc.
Eorsque la maladie a commencé par les paupières, elle tend à se propager, à l’aide
de la conjonctive et du tissu cellulaire , à
la surface de l’œil, dont les parties extérieures s’épaississent , deviennent opaques, se couvrent de végétations de mauvaise nature, font ressentir des douleurs lancinantes aiguës , et sont incessamment baignées d’une sanie sanguinolente , fétide, irritante pour les parties sur lesquelles elle s’écoule. F’altération marche alors de dehors en dedans, et se propage successivement aux chambres oculaires, à Piris, aux membranes profondes jusqu’à ce que la totalité de lorgane soit envahie. Elle dépasse même, fréquemment, ses limites et s'étend, le long du
«nerf optique , jusque dans l'intérieur du
crâne, désorganise les muscles et le tissu cellulaire de Porbite , érode les parois osseuses de cette cavité, et les détruit à des distances plus ou moins considérables. Lorsqu’elle naît de l’œil lui-même, l'affection cancéreuse se manifeste, parfois, d’abord à la cornée, qui se tuméfie, devient opaque, se ramollit et se couvre de végétations fongueuses. Chez d’autres sujets, l'iris ou d’autres parties de la région moyenne étant d’abord affectées, la tumeur fait saillie sous les membranes externes, détermine des sta- phylômes de la cornée ou de la selérotique, et vient faire saillie au dehors. Dans tous les cas , le cancer tend à faire des progrès,
d’une part, en avant et au dehors, en s’étendant aux paupières, à la joue, aux parois de lorbite, de l’autre , en se propageant vers l’intérieur, le long du nerf optique jusqu'au cerveau.
MM. Saunders, Lawrence, et quelques autres praticiens anglais , rapportent des exemples de fongus nés de la cornée ou de l’intérieur de l'œil, et qui, après avoir présenté les apparences du cancer, ont cependant guéri sans extirpation, par l’atrophie du globe ét sa réduction en un bulbe peu volumineux. Si l’on doit puiser dans la méditation de ces faits une certaine réserve lorsqu'il s’agit de prononcer sur l'existence du véritable cancer, je ne pense pas que la conséquence doive aller jusqu’à faire adopter un autre mode de traitement que celui que réclame cetie dernière affection. L’extirpation des productions cancéreuses étant, en effet, accompagnée de probabilités de succès d'autant plus nombreuses qu’elles sont pratiquées plus tôt, et, d’un autre côté, les fongosités cancériformes indiquées par les oculistes anglais ne guérissant jamais que par la destruetion du globe oculaire, 1l est manifeste que, dans les cas douteux, le chirurgien et le malade n’ont presque rien à espérer, mais beaucoup à perdre d’une temporisation plus où moins longue. Que l'œil soit extirpé, ou‘qu'il en reste un bulbe atrophié, cette différence peut-elle compen-
| ser les dangers attachés aux progrès que
pourra faire la maladie, en attendant que ses caractères pathognomoniques se décèlent, et que toutes les incertitudes soient dissipées ?
Les résultats des affections cancéreuses
. de l'œil sont le plus ordinairement funestes.
L'opération est entourée d’incertitudes d’autant plus grandes que la maladie a débuté par des tissus plus profonds, et qu’elle a déjà fait plus de progrès. Il convient d’ajouter à ces éléments du pronostic ceux que fournissent l'observation des principales fonctions , et celle de l’ensemble de lorganisme. :
Le traitement du cancer de l'œil est tellement inutile, il ferait perdre un temps si précieux, que, toutes les fois que la maladie est nettement caractérisée, où que ;
même , en laissant encore des doutes dans l'esprit, elle a cependant altéré l’œil à ce degré qu'on ne puisse espérer de lui conserver ses fonctions et sa forme, il est indiqué de recourir à l’extirpation de cet organe.
Déjà pratiquée sans doute parles anciens, l'extirpation de l'œil n’a , toutefois , été régularisée et introduite qu’au seizième siècle dans le domaine régulier de l’art. Depuis cette époque , les chirurgiens l'ont si souvent employée, qu’elle ne présente presque plus rien d’insolite ou d’effrayant.
La cuiller tranchante dont se servit Bartisch pour cerner la tumeur et la séparer de l'orbite, est, aussi bien que le scalpel à double ph courbé sur le plat et tronqué ou boutbntié à son extrémité, que préconisa Fabrice de Hilden , tombée dans l'oubli. Enfin pour fixer la tumeur, personne ne se servirait maintenant , ni de la bourse à coulisse du chirurgien allemand, ni de la ligature passée à travers la substance morbide, comme le fit Saint-Yves.
Le procédé généralement adopté aujourd'hui, et qui fut fixé par Louis, exige que le chirurgien prépare un bistouri droit ordinaire, des ciseaux courbes sur une de leurs faces, ur érigne double , ou mieux encore des pinces à crochets de Hp L'appareil de pansement doit se composer d'un linge pénétré, enduit de cérat, de charpie Hialé lette, de quelques compresses et d’un bandeau. A ces objets doivent être ajoutées des éponges, de l’eau tiède et de l’eau froide, des alèzes, etc.
Il convient de faire coucher le sujet sur
son lit, la tête fortement soulevée sur des
oreillers, et maintenue par un aide placé derrière elle. Cette situation est plus commode, plus facile à garder, et par conséquent plus avantageuse que la position assise sur une chaise ou dans un fauteuil, en ce qu'elle permet au malade d'éviter
toute espèce de mouvement après LAN:
tion.
Placé du côté correspondant à l'œil malade, le chirurgien, si les paupières sont en-
. vahies, les cerne, en commencant par l’inférieure , à la base de l'orbite , et pénètre directement, à travers leur tissu dans cette
cavité. Si elles sont saines , il incise d’un coup de bistouri l'angle palpébral externe, du côté de la tempe, suivant le précepte de Desault , et, les faisant écarter avec force, nie timeur à découvert. Lorsque de légères adhérences de la conjonctive retiennent les paupières sur l’œil malade, il est facile de les détruire par la dissection. Une union plus intime des voiles palpébraux à la tumeur devrait les faire sacrifier , afin d'éviter toutes les chances de reproduction de la maladie.
Que l’opération soit faite, en respectant les paupières incisées à leur angle externe et soigneusement écartées , ou en cernant ces organes avec le cancer : les règles suivantes doivent être observées. La masse morbide sera saisie fortement, à l’aide des pinces de Museux, que le chirurgien conserve dans sa main gauche. Élevant avec elles la tumeur, il plonge, de la droite, la pointe d’un bistouri aigu au grand angle de l'œil, puis le ramène en bas et en dehors, en rasant la paroi inférieure de l'orbite et en coupant l’attache du muscle petit oblique de l’œil. Cela étant opéré, la pince sert à déprimer la production cancéreuse, et le chirurgien, reportant le bistouri à l'endroit où la première section a été commencée, la continue , en haut, en suivant la paroi orbitaire supérieure, et en divisant le tendon du grand oblique, jusqu’à l'angle externe.
L’œil se trouve ainsi complétement cerné et ne tient plus, en arrière, que par son pédi cule musculo-nerveux.
Inclinant alors la tumeur du côté du nez, :
le chirurgien glisse le long de la paroi orbitaire externe, soit le bistouri aigu dont il s'est déjà servi, soit les ciseaux D rbes de Louis, arrive avec cet instrument sur Le pédicule de l’œil, le divise ; et la tumeur, devenue libre, est aisément amenée au dehors.
Le choix de la paroi externe pour cette introduction de l'instrument tranchant, est motivé sur la plus grande facilité que l’on trouve, en la suivant, à arriver transversalement sur le nerf optique, et aussi sur la certitude avec laquelle on évite alors d’engager l'extrémité des ciseaux ou du bistouri dans la fente sphénoïdale ou dans la fente sphéno-maxillaire.
Dupuytren, après avoir saisi l'œil SL un n sujetg
reux, le détachait du contour sourcilier de | Vorbite; puis, avec des ciseaux courbes, glissés le long de la paroi supérieure , coupait son pédicule et le renversait sur la joue. Il ne restait plus qu’à achever la section de ses adhérences inférieures. Ce procédé, d’ailleurs rapide, ne présente pas d'avantages marqués sur l’autre ; dans les cas d'affection des paupières, il Hé permettrait peut-être pas de cerner avec autant d'exactitude la maladie extérieure.
Quoi qu’il en soit, masse cancéreuse, le doist porté dans la cavité orbitaire sert à l’explorer dans toute son étendue, et à rechercher les derniers restes des parties celluleuses endurcies qui peuvent y être restées. Elles seront saisies avec l’érigne et emporiées à l’aide des ciseaux ou Ce bistouri. Il importe en particu= lier de ne pas négliger d'enlever la glande lacrymale, dont lé présence n'aurait d' autre résultat que d’entretenir un larmoiement insupportable. Si les parois orbitaires étaient fongueuses, ramollies, inégales, et semblaient avoir souffert de la communication
qu cancer, il serait indiqué de les cautériser avec précaution, en portant sur elles un cautère incandescent. Fa
Il est inutile de tamponner durement l'orbite : l'éponge avec laquelle vn remplissait autrefois cette cavité est rejetée avec raison. Le pansement le plus doux, celui
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