FONGUS MÉDULLAIRE
Soit dans le tissu plus nerveux que vas-
culaire de la rétine, soit dans la trame plus
vasculaire que nerveuse de la choroïde, soit enfin dans l’une et dans l’autre de ces membranes à la fois, se développent assez souvent des tumeurs, sur lesquelles G. Burns , Hey, Wardrop , Cooper , Dupuy-
ren, Breschet, Abernethy, Maunoir et
plusieurs autres observateurs ont successi- vement appelé l'attention. Nommée fongus
hématodes par les Anglais, cette altération a recu en France le nom plus exact de cancer encéphaloïde ou de fongus médullaire.
Cette maladie, dont les causes, éloignées ou déterminantes, sont encore généralement ignorées, semble particulière à l’enfance : elle se développe ordinairement avant la douzième année, rarement après cet âge, presque jamais chez les sujets adultes ou les vieillards. Un coup recu sur le
globe oculaire , a paru quelquefois la provoquer. M. Weller dit l'avoir observée à la suite de la scarlatine , et, dans un autre cas, après la cessation d’un gonflement inflammatoire des ganglions du cou. On l’a presque toujours vue coïncider avec un état scrofuleux plus ou moins prononcé.
Le malade que menace la lésion qui nous occupe , éprouve d’abord de la photophobie; la vision perd de sa netteté; la pupille se dilate , et l'iris devient paresseux et roide ; enfin l’amaurose se prononce et arrive au degré le plus complet. Ces phénomènes fonctionnels sont à peu près ceux de toutes les altérations des parties profondes de l'œil. Mais, en examinant avec attention cet organe, le chirurgien découvre, dans les cas de fongus médullaire, derrière la pupille, dans la région occupée par la rétine, un corps concave, resplendissant, d'apparence métallique , lequel devient plus tard d'un jaune verdâtre ou rougeûtre , irrégulier , et ressemble assez bien à une masse pulpeuse , coagulée au fond de l’œil.
A mesure que ce développement a lieu, l'organe présente au dehors des traces de son état morbide intérieur : les vaisseaux de la sclérotique , ainsi que ceux de la conjonctive, s’injectent et se dilatent, comme dans le glaucôme. L’œil est en même temps le siége de douleurs, d’abord sourdes , profondes , tensives et passagères, mais qui deviennent graduellement lancinantes, presque continues et semblables à celles qu’excitent tous des cancers ramoilis. Le corps verdâtre ou brunâtre du fond de l’œil augmente plus ou moins rapidement de volume , paraît plus distinct, se rapproche de l'iris, et pénètre dans la chambre antérieure , dont le liquide se trouble et acquiert une teinte jaune ou sanguinolente. Le globe oculaire se déforme et devient plus saillant. Parvenu derrière la cornée, le corps fongueux la presse, l’amincit, la fait proéminer en avant ; elle se trouble, suppure, se laisse absorber ou déchirer , et la tumeur devient extérieure. On aperçoit alors un fongus mou, rougeâtre, tacheté de jaune ou de noir, qui fournit, au plus léger contact, des quantités variables de sang , est incessamment baigné d’un liquide sanieux, et
fait souvent éprouver au malade des douleurs atroces. Alors aussi, se manifestent les symptômes propres à la troisième période des cancers, savoir : l’amaigrissement de plus en plus accéléré du malade , l’engorgement des ganglions lymphatiques du voisinage , la fièvre hectique , la détérioraüon profonde de toutes les actions nutritives, et un affaiblissement progressif, qui n’a d'autre terme que la mort. !
À l'ouverture des cadavres , on trouve la substance morbide en contact avec la surface interne de la sclérotique ; la choroïde est désorganisée, parfois inégalement refoulée en avant, ou déplacée sur un des côtés ; la rétine et l'extrémité oculaire du nerf optique sont dégénérées et confondues avec la tumeur, à laquelle elles semblent avoir servi d’origine: En arrière, le tissu graisseux qui entoure le nerf est jaunâtre, induré, souvent adhérent au névrilème ; le nerf lui-même est converti en substance médullaire jusqu'à une distance variable , et chez quelques sujets jusque dans le cerveau, dont les corps striés, les couches optiques et les parties environnantes, ont été trouvés participant à l’altération fongueuse, En avant, le cristallin, l'iris, la cornée , la partie antérieure de la sclérotique , ont plus ou moins complétement disparu ; et selon les progrès que la maladie a pu faire , avant de déterminer la mort, on trouve la conjonctive, les paupières, le tissu cellulaire de la base de l'orbite envahis et désorganisés par La tumeur.
Il est manifeste que la nature de cette grave lésion ne peut être connue que lorsque l'altération matérielle devient appréciable à l'observateur : jusque-là, elle se confond avec le début du glaucôme , ou de certaines variétés de l’amaurose, où même avec la nuance chronique de la rétinite simple.
Le fongus médullaire de l'œil est une affection incurable , autrement que par l’exürpation de l'organe affecté, Et encore, pour que l'opération réussisse , est-il indispensable que la maladie soit bornée , à l'époque où on la pratique, à la rétine et à l'intérieur de l'œil, ou au moins à la portion du nerf optique antérieure au point où sa
section devra être faite, ce qui semble rare, et ce qu’il est absolument impossible de dé-
terminer à l’avance. Plusieurs chirurgiens
affirment que lextirpation ne réussit déjà
plus lorsque la tache se caractérise au fond
de l'œil; et, cependant, comment se ré-
soudre à pratiquer une opération aussi douloureuse et aussi grave , avant que ce pre-
mier signe positif de la nature fongueuse
de la maladie se soit manifesté? Comme à
la suite de tous les cancers , lorsque l’abla-
uon de la masse morbide n’a pas lieu au
delà des limites de l’altération ; elle hâte la
marche des accidents et la mort des sujets :
on voit bientôt renaître alors, au fond de l'orbite , une tumeur molle, saignante , qui prend graduellement l'aspect fongueux, se
développe avec une rapidité croissante , et
renouvelle tous les phénomènes de l’affec-
tion première,
I résulte de ces observations ; fondées sur fanatomie pathologique et l’expérience, que l’art ne peut combattre le fongus médullaire de la rétine qu’à l’aide de moyens bien faibles et bien peu efficaces, si on les compare à la gravité de cette fâtale maladie. M. Weller, partant de cette idée, que laltération cérébriforme des parties profondes de l'œil est une conséquence des scrofules, propose de lui opposer les médications usitées contre cette dernière modification morbide de l’organisme. Il conseille, en outre, d’administrer trois ou quatre fois par Jour un demi-grain à un grain de calomel, uni à la racine de rhubarbe ou aujalap,
| de manière à provoquer et à entretenir une
diarrhée assez forte. Si le calomel n’est pas supporté, on peut, selon lui, le remplacer par l’éthiops antimonial, uni au tartrate de potasse et à la ciguë. L’onguent mercuriel sera employé en friction sur le sourcil, et même introduit entre les paupières ; on pla:
cera un emplâtre stibié à la nuque , le régime se composera d’aliments nutritifs et de digestion facile ; les bains généraux sont nuisibles en ce qu’ils favorisent les congestions vers les yeux. L'oculiste que je cite croit être une fois parvenu, à l’aide du traitement indiqué, à arrêter les progrès d'un fongus déjà caractérisé, et à conserver a malade son œil, dont l'aspect est demeuré
presque normal, mais dont les fonctions ont été abolies: