‹ Nouveaux élémens de chirurgie et de médecine opératoireChapitre 188 sur 322 · SECTION III. CHAPITRE I. LÉSJONS DU CRANE · texte numérisé non relu

SECTION III. CHAPITRE I. LÉSJONS DU CRANE

de cette région s’enflammer. La douleur est alors tensive plutôt que brülante ; la chaleur semble Fe marquée au toucher: bien que le sujet s’en plaigne avec une ue vivacité; la fièvre, l'agitation, la céphalaloie font considérables , alors même que les tégumentis ne préséntent pas encore de coloration anormale. La tuméfaction , assez difficile à apprécier, est profonde, comme œdémateuse, et conserve parfois l’impression du doigt. Les environs de la plaie sont rouges et tendus ; la suppuration est d’abord supprimée ; les bords écartés laissent apercevoir des surfaces grisâtres ; enfin, un aspect spécial de distension de la peau et de compression des parties sous-jacentes se fait remarquer.

Bien que susceptible de trouver dans des irritations gastriques, hépatiques, ou autres, des causes prédisposantes de son développement , le flegmon diffus de la tête reconnaît constamment pour point de départ la lésion traumatique elle-même ; c’est par elle qu’il débute , c’est de ses bords qu’il s'étend plus ou moins loin. Il se termine presque toujours ; lorsque ses progrès ne sont pas arrêtés dès le début, par la suppuration et la manifestation d’abcès aux environs des tempes , aux régions frontales , mastoïdiennes et occipitales. Avec le pus de ces collections, s’échappent des lambeaux de tissu cellulaire , de périoste, d’aponévroses; les os sont fréquemment dénudés au loin; les téguments , amincis et privés de leurs vaisseaux nourriciers , se mortifient parfois , et la guérison devient aussi lente que difficile à obtenir.

Cette affection est toujours fort grave, bien que le danger soit proportionné à son intensité , ainsi qé’à l'existence des complications intérieures dont elle peut être accompagnée.:

Aussitôt que les environs d’une piqüre ou

d’une plaie déchirée au crâne se tuméfient, s’enflamment, deviennent douloureux ;-et

présentent les symptômes indiqués. précé-

demment , il convient de porter le bistouri sur la sôlutier de continuité, et de la débrider par une incision cruciale. En semblable occurrence, le chirurgien n’a jamais à regretter ni d’avoir agi trop tôt, ni d’être allé

trop loin ; trop souvent, au contraire, vingtquatre heures , perdues en médications inutiles , ont suffi pour préparer les accidents les plus graves, Après le débridement, les saignées locales , les topiques émollients , les dérivatifs dirigés sur les parties inférieures, les adoucissants à l’intérieur , tels sont les moyens qu’il convient d'employer. Si, malgré l'énergie de ce traitement, ou parce qu’il n'aurait pas été mis en usage dès le début, des abcès se forment, il est indiqué de les ouvrir , à l’aide d’incisions faites prématurément, c’est-à-dire aussitôt que la présence du pus est rationnellement annoncée, et avantque la fluctuation se manifeste àtravers des parties amincies. C’est le moyen le plus assuré de prévenir la destruction étendue des tissus comprimés.

Les chirurgiens multiplient souvent outre mesure , dans les lésions du crâne ; les explorations, les opérations et les pansements, Leur inquiète curiosité semble ne pouvoir jamais être complétement satisfaite. Sans confiance dans la puissance organique, ils contrarient à chaque instant ses eflorts, au lieu de les seconder et de les diriger: Au plus léger soupçon de lésions aux os; des incisions simples, en V, ou cruciales , sont pratiquées , une trace linéairesse montre-t-elle à la surface découverte du crâne? la rugine l'attaque et la poursuit. Les doigts et les stylets ’ promenés, durant les premiers Jours, avec une persévérance déplorable; labourent et déchirent trop fréquemment les lames celluleuses et les filets nerveux qui constituént le fond des plaies. Enfin, le renouvellement journalier des appareils et des pansements expose nécessairement les solutions de continuité à l'impression de l’air ; au contact de l’eau et des autres corps étrangers dont on les arrose ou les couvre. Quel chirurgien observateur , quel praticien d’hôpital, habitué à raisonner ses opérations et ses traitements, ne découvrira dans des pratiques semblables la cause la plus active des acéidents qu’il redoute? Comment ne pas voir , par suite de ces manœuvres , l'irritation augmentée , la suppuration provoquée , ou rendité plus Hbohdanté et plus longue ; en un mot , les chances de douleur , d’étranglement, d’érésipèle, de flegmon diffus ,

d’altération aux os, de méningite et d’encéphalite, multipliées en raison directe des efforts que fait l’homme de l’art, pour obtenir une guérison qui s’achèverait, plus simplement et pie sûrement, s'il voulait ne pas autant s'en occuper ?

Les principes suivants me semblent , sur ce point , devoir être généralement hdopbés :

1° Ainsi que je l’ai déjà établi, toutes les fois que , dans les lésions du crâne , les téguments sont intacts , il convient de les respecter. Ce précepte ne souffre d'exception que pour les cas où le toucher fait reconnaître manifestement , sous la peau, quelque fracture considérable, avec enfoncement des pièces osseuses.

2 Les plaies par piqûre, par instrument contondant, par déchirure , ne doivent être,

nécessairement, ni débridées ni agrandies. :

Les incisions , souvent recommandées , afin de les régulariser, ou de couper nettement les tissus imparfaitement divisés dans leur intérieur , peuvent sans doute ne pas offrir de dangers, elles procurent même une saignée locale , susceptible d'exercer quelque influence avantageuse ; mais elles ont l’inconvénient d'agrandir la solution de continuité, et Je n’ai pas eu encore l’occasion d'observer d’accidents qui puissent être attribués à l’oubli de leur exécution.

8° De quelque nature que soit la solution de continuité, qwelle ait été agrandie, débridée ou non, le chirurgien doit, après avoir rasé au loin les cheveux, rapprocher ses bords, et les maintenir en contact à l’aide d’emplâtres agglutinatifs. Ceux-ci seront taillés en bandes, larges d’un pouce environ, et assez longues pour faire plusieurs fois le tour de la tête. Ces bandes seront disposées de manière à recouvrir toute la plaie, sans le moindre intervalle , et à s’étendre à un pouce et plus au delà de ses limites. Il convient de les serrer assez pour qu’elles exercent sur les parties blessées une compression douce et égale. Lorsqu’elles doivent passer sur les oreilles, de la charpie placée entre la tête et la conque , ainsi que dans la cavité de celle-ci, rendra leur pression facilement supportable.

Lorsqu'il est bien fait, cet appareil, adhérent à toute la circonférence du crâne, et

composé de circulaires dirigées en divers sens, selon la disposition de la solution de continuité, présente une solidité à toute épreuve, et tellement grande qu’il est "4 vent assez difficile d’en débarrasser le ma-

lade.

Il convient d’ailleurs de le recouvrir de quelques compresses, et de tours de bande, qui protégent les bandelettes agglutinatives, et les empêchent de se décoller par l'effet des mouvements du blessé.

4° J'ai déjà dit plus haut que les fractures, lorsqu'elles compliquent les plaies, et qu'elles sont simples, ne doivent en rien s'opposer à la réunion et au pansement indiqué de la solution de continuité. Celles qui s’'accompagnent d’un enfoncement léger, et sont actuellement exemptes de symptômes cérébraux , n’exigent pas d'autre traitement. Enfin, dans les fractures les plus compliquées et les plus considérables, après l'extraction des esquilles enfoncées, ou leur rétablissement à leur situation normale ; en un mot, après la simplification de la lésion, les parties molles doivent encore être rapprochées, maintenues en contact, et recouvertes de l'appareil inamovible.

9° Ces indications locales étant remplies, le chirurgien doit s'occuper de prévenir ou de combattre les accidents dont la blessure peut être suivie. Le sujet sera couché, la tête élevée, dans un lieu faiblement éclairé, loin du bruit et du mouvement. On lui prescrira des boissons délayantes fraîches, des applications chaudes aux pieds, un repos absolu, une abstinence complète des aliments. Îl'conviendra de recouvrir le front de compresses imprégnées d’eau fraîche , incessamment renouvelées. Selon l’âge des blessés et la vigueur de leur constitution, des évacuations sanguines générales ou Locales plus ou moins abondantes seront pratiquées. La saignée veineuse n’est indiquée que dans des cas exceptionnels, chez les sujets très-sanguins et dans la force de l’âge ; en dehors de ces circonstances , les ventouses, et surtout les sanÿsues, jouissent d’une efficacité incontestablement supérieure. |

6° Pendant les premiers jours, jusqu’au sixième ou au dixième , il importe d’inter-

Page 1