CHAPITRE IV
RÉSECTION DES ARTICULATIONS
D'une origine plus ancienne qu’on ne le croirait au premier abord , puisqu'elle était connue et pratiquée aux temps d'Hippocrate et de Celse, la résection des articulations n’a pris rang auprès des amputations des membres, et n’a constitué une série d’opérations régulières , que depuis les travaux de Park, White, Moreau, Champion, Percy, Dupuytren, Roux, Crampton, Syme, etc.
Les blessures avec fracas des extrémités articulaires des os , avec intégrité des vaisseaux et des nerfs principaux; les caries étendues et profondes de ces extrémités; la destruction des cartilages, avec établissement de fistules intarissables : en un mot les lésions bornées aux articulations, et qui laissent intactes et susceptibles de cicatrisations la plupart des parties molles environnantes, sont les cas auxquels les
résections peuvent, en général, ètre opposées avec succès.
Des bistouris de formes et de dimensions variées , des scies ordinaires, convexes , à chaîne ou à molette, des gouges, des ciseaux el un maillet de plomb , des plaques de bois flexible ou de carton, des pinces à ligature , des fils cirés, des aiguilles à suture , des éponges, de l’eau, des objets de pansement , et des bandages appropriés aux parties sur lesquelles on opère , tels sont les instruments dont il convient généralement de se munir pour pratiquer les opérations qui nous occupent,
Si nombreux et variés que soient les procédés relatifs à leur exécution , il est possible de les soumettre aux réglés générales suivantes : 1° Attaquer l'articulation sur laquelle on opère par sa région la plus mince,
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et autant que possible par son côté convexe; 2° respecter les vaisseaux et les nerfs principaux du membre; 3° éviter de léser les tendons à l’aide desquels les mouvements devront être conservés , et qui contribueront à l’affermissement des jointures nouvelles ; 4° pénétrer de prime abord dans l'articulation , et diviser ses ligaments par des incisions simples , tellement disposées qu’elles puissent servir à découvrir et à isoler les extrémités des os jusqu’à la hauteur où l’examen direct qu’on en fait le démontre nécessaire ; 5° ménager tellement lés parties molles , et leur donner des formes si régulières, que leur réunion soit facile ; 6° enfin, après l’opération , rapprocher les tissus , placer les membres dans la position qu’ils devront conserver , et qui est l'extension pour les membres abdominaux, et la demi-flexion pour le coude. Cette position sera ensuite rendue stable, au moyen d’attelles , de gouttières ou d’autres pièces d’appareil analogues. Le traitement consécutif doit être le même que celui des plaies graves ordinaires , avec lésion des os.
Appliquons ces règles aux résections en particulier.
La résection des têtes des os du métacarpe est fort simple. Pour l’exécuter , le chirurgien pratique sur un des côtés de la Jointure , un lambeau semblable à celui par lequel on commence ordinairement l’amputation du doigt à sa base, mais dont les angles sont prolongés plus loin, du côté du métacarpe.
Ce lambeau étant détaché, du sommet vers la base, les tendons extenseur et fléchisseur sont mis à découvert et écartés du côté opposé ; puis, l'articulation estouverte, par la section de ses ligaments, et la luxation opérée. La tête du métacarpien fait alors saillie, et le bistouri coupant les muscles interosseux, le long de los, la dégage dans une étendue suffisante, pour que la scie à chaîne, glissée derrière elle, puisse aisément la retrancher. Cette opération serait plus souvent pratiquée si on ne lui préférait généralement l’amputation des doigts.
D’autres personnes ont même enlevé la
totalité du premier os du métacarpe, au moyen d’une incision faite le long de son côté externe. Après avoir détaché les tendons, l'articulation inférieure fut ouverte, luxée, et la tête du métacarpien étant saisie, on put l’attirer graduellement, en coupant les muscles qui s’insèrent à son côté externe, et arriver à l’articulation avec le trapèze , dont on l’a séparé. Le pouce fut raccourci, mais conserva une partie de ses usages,
Dans plusieurs cas de fracture comminutive du poignet, avec déchirure des téguments, et les os faisant à l'extérieur une saillie irréductible, la résection des extrémités inférieures du radius et du cubitus a été pratiquée avec succès. Les sections préliminaires des parties molles Sont alors opérées par la cause vulnérante; mais à la suite des caries, ou d’autres affections organiques analogues, le chirurgien doit employer des procédés plus compliqués et plus méthodiques.
. Le long du bord externe du radius et du bord interne du cubitus, le plus près possible de la face antérieure de ces os, lechirurgien pratique deux incisions, longues de trois pouces environ, dont l’extrémité inférieure ne dépasse que de peu le niveau de l’articulation. De la partie inférieure de ces incisions, il en conduit deux autres, transversalement, en arrière, dans l'étendue d’un pouce à peu près, en ayant l’attention de ne pas toucher aux tendons extenseurs. Les lambeaux ainsi tracés, présentent la forme d’un L. Le chirurgien dissèque et relève d’abord, en arrière, celui qui appartient au cubitus ; puis il sépare les chairs de la partie antérieure de l'os, et fait incliner en dehors les tendons extenseurs, afin d'arriver au ligament interosseux qu'il incise. Une compresse étroite, introduite par la plaie postérieure, entre les deux os, est glissée jusqu’à la plaie antérieure, et ses chefs, tirés vers le radius, laissent le cubitus à découvert. Celui-ci étant coupé d’un trait de scie au-dessus de la maladie, son fragment inférieur doit être attiré au dehors , détaché de haut en bas, et extrait. La même manœuvre est ensuite opérée du côté du radius, dont la résection s'opère d'autant plus facilement que le cubitus nesoutient plusle poignet. Ce procédé,
employé par Moreau, a été suivi de succès.
La scie à chaîne présentérait, pour exécuter la section des os, plus de facilité et de sûreté que la scie ordinaire.
M. Dubled a proposé de la simplifier, en pratiquant, le long du cubitus, et au côté interne du poignet, une incision assez étendue pour permettre de couper le ligament latéral interne, de dégager la tête cubitale, de remonter entre les deux os, et d’y introduire une plaque de bois ou de plomb, sur laquelle la résection serait faite. Uneseconde incision , pratiquée le long du radius , per-
. mettrait d'opérer de la même manière sur cet os, dont la luxation serait d'autant plus facile à opérer que le cubitus ne s’opposerait plus au renversement de la main en
dedans. Ce procédé n’a rien de préférable au précédent ; mais il est des cas qui pourraient se mieux prèter à l'exécution de l’un ou de l'autre.
Indiquée d’abord par Park,et pratiquée ensuite par Moreau de Bar, Percy, Roux, Champion, Syme et quelques autres chirurgiens, la résection du coude exige que le malade soit couché sur le ventre, l’arliculation à demi fléchie, et présentant au chirurgien sa partie postérieure.
Une incision d’un pouce et demi à deux pouces est pratiquée, le long de chacun des bords latéraux de la partie inférieure de lhumérus. On réunit ensuite les extrémités inférieures de ces incisions, par une section transversale, qui passe au-dessus de l’olécrâne. Puis, ainsi que le conseilla Dupuytren, il faut inciser la gaîne qui renferme le nerf cubital, isoler cet organe, etle porter en avant du condyle huméral interne, où un aide le retient, avec une spatule, à l'abri de l'action des instruments. Cela fait, et le tendon du muscle triceps brachial étant divisé, on isole et l’on emporte l’olécrâne, en sciant cette apophyse à sa base. Les ligaments latéraux sont ensuite coupés, et l’avant-bras , fortement fléchi, permet de découvrir, en arrière, la surface articulaire de lhumérus, et de juger de l’étendue de sa désorganisaätion, On relève alors, autant qu’on le juge nécessaire, le lambeau postérieur, puis, le couteau étant glissé entre
l'os et les chairs antérieures , on l’isole, et |