LIV. VIL. MALADIES DE I’APPAREIL DE LA LOCOMOTION
suppléer jusqu’à un certain point à la perte de la clavicule, et servir de point d’appui aux mouvements du bras.
On conçoit que les extirpations de la clavicule et de l’omoplate ne peuvent rien présenter d’ailleurs de fixe et de constant ; qu’elles doivent varier selon la diposition des parties qui les rendent nécessaires, et que, pour les pratiquer, les chirurgiens habiles , les seuls à qui il appartienne de les tenter, ne doivent recevoir de conseil que de leur génie.
Afin de retrancher les extrémités inférieures du tibia et du péroné, opération pratiquée par Gooch, Moreau père et fils ét'autres, le chirurgien doit pratiquer, d’abord , une incision , de deux pouces environ , le long du bord postérieur du péroné , Jusque derrière et au-dessous de la malléole externe. Une seconde incision, partant de la partie inférieure de celle-ci, se prolonge en avant jusqu’à l'insertion du
muscle petit péronier. En dedans, une inci- .
sion longitudinale est ésalement pratiquée, sur le bord postérieur du tibia, jusqu’au sommet de la malléole, pour de là se contourner en avant vers l’attache du muscle Jambier antérieur. Le péroné étant isolé, on le coupe , d’un coup de ciseau , ou avec la scie, au-dessus de la maladie, et sa partie inférieure est extirpée. Le chirurgien renverse ensuite le pied en dehors , et coupe les ligaments attachés à la malléole interne; puis, le tibia faisant saillie à travers la plaie de ce côté, il retranche de cet os tout ce qui.est carié. Si l’astragale présentait luimême des traces de destruction, il serait assez facile d’emporter son éminence articulaire. Le pied doit ensuite être replacé et maintenu dans sa rectitude normale; les lambeaux seront rapprochés, et la consolidation s’opérera entre le tarse et les extrémités des os de la jambe.
Park exécuta la résection du genou en 1781, et fut ensuite imité successivement
par un grand nombre de praticiens , parmi |
lesquels on remarque les deux Moreau,
MM. Roux, Crampton , Syme, etc.
Park fit, au devant de la rotule,
incision cruciale ,
une
£ | dont les lambeaux furent écartés; ce qui permit d'ouvrir l’articula- !
CHAP. IV. RÉSECTION DES ARTICULATIONS
tion, d'isoler successivement les os, et d’en retrancher une assez grande partie.
Le membre étant étendu et contenu avec solidité , le chirurgien doit, suivant le procédé de Moreau , pratiquer de chaque côté de l'extrémité du fémur une incision longitudinale, qui sera réunie , inférieurement, par la section’en travers des parties situées au-dessous de la rotule. Le ligament de cet os, et les ligaments latéraux étant ensuite divisés, le fémur sera mis à découvert, isolé en arrière des parties molles, puis scié à la distance indiquée par la maladie, au-dessus de la surface articulaire , et l’extraction de la pièce osseuse terminera l'opération.
La manœuvre de ce procédé est assez longue et laborieuse. Il expose d’ailleurs à prolonger au delà de ce qui est indispensable les incisions latérales, ou à les laisser insuffisantes. Il vaut mieux, ainsi que nous l'avons plusieurs fois éprouvé, M. Sanson et moi, couper d’abord iransversalement les téguments du genou, au-dessous de la rotule, après avoir fait fléchir la jambe. Les ligaments latéraux et le ligament rotulien étant divisés, les ligaments croisés sont facilement coupés ; puis, isolant successivement le fémur et le tibia, le chirurgien retranche de ces os la longueur indiquée par les progrès du mal. La jambe est ensuite reportée dans l'extension , la plaie réunie, et une gouttière retient le membre dans sa rectitude, jusqu’à l'entière consolidation des parties.
En pénétrant comme nous dans larticulation , par sa partie antérieure, M. Syme commence par circonscerire la rotule au moyen de deux incisions semi-elliptiques et par extirper cet os, ce qui multiplie sans utilité les douleurs du malade, et rend la plaie moins régulière.
Pratiquée une fois par Béclard, pour un cas de spina-ventosa, la résection de la tète du péroné peut être exécutée de la manière suivante. Une incision longitudinale, commencçant à l’extrémité supérieure de cet os, et s'étendant jusqu’au-dessous dela maladie, met à découvert le côté externe de la portion altérée. Une incision transversale donne, supérieurement, à celte première
section la forme d’un T. Les deux lambeaux latéraux sont ensuite écartés; puis, les muscles étant détachés, la scie à chaîne permet de diviser le péroné, dont le fragment supérieur est ensuite saisi, soulevé, détaché de bas en haut, et enfin désarticulé et extrait.
Proposée par White, la résection de l'extrémité supérieure du fémur a été pratiquée plusieurs fois sur l’homme vivant, entre autres par M. Seutin , au siége d'Anvers.
Pour l’exécuter, uneincision semi-lunaire à convexité inférieure , formant, en dehors de l'articulation , un grand lambeau, doit être faite d’un seul trait, et aussitôt relevée. Le chirurgien circonserit ensuite le grand trochanter, divise les muscles qui s’attachent à cette apophyse, attaque la portion externe et postérieure de l'articulation, et découvre, en ce sens, la tête de l'os. Celle-ci faisait saillie au dehors , une plaque de bois sert à protéger les parties molles, et la résection est enfin pratiquée, à la houteur fixée par l'étendue du mal.
Considérées dans leur ensemble, les résections des articulations constituent toujours des opérations laborieuses , prolongées , souvent difficiles ou délicates. Elles donnent lieu à des plaies qui, comprenant tous les éléments constitutifs des membres, et présentant des cavités profondes, ne se réunissent jamais immédiatement dans toutes leurs parties , mais suppurent presque toujours , au contraire, pendant un temps fort long. Les accidents inflammatoires qui suCcèdent à ces opérations sont généralement intenses , et compromettent souvent la vie des malades. Les membres qui en ont été le siége restent affaiblis, plus courts, gènés dans un grand nombre de leurs mouvements, et, parfois, plus à charge qu'utiles aux opérés. Il est vraisemblable, enfin, que les résections fournissent une proportion d'insuccès ou de morts non moins considérable que les amputations des membres.
Toutefois, les résections présentent cet avantage , considéré comme inappréciable par la plupart des malades , à qui la perte totale d’une partie fait horreur, de conserver
les membres , jouissant à un degré sals-
faisant encore, de léurs mouveinents , et
pouvant rendre d’utiles services.
Mais , une distinction doit être faite ; aux
extrémités abdominales, la solidité étant
une condition essentielle, les résections la détruisent presque entièrement. Elles ne laissent que des membres raccourcis, vacillants, irritables, ne pouvant suffire à de longues marches, exposés à des lésions consécutives , sources de douleurs ét d’incommodités pour les sujets, et sous tous les rapports d'un usage moins sûr et moins commode que celui d’un membre artificiel.
Et comme les dangers de l'opération sont au moins égaux, et les guérisons plus longues à obtenir, la plupart des chirurgiens pré-