CHAPITRE V. MALADIES DES OS
il importe que les deux mains du chirurgien soient placées aussi près que possible de la fracture , afin de ne pas l’exposer à confondre les mouvements des articulations avec ceux de la solution de continuité. Il importe également de se prémunir contre les apparences de mobilité anormale que fournissent, dans certains cas obscurs, les compressions alternatives exercées sur les membres, et qui, affaissant les parties molles et les muscles, simulent de véritables mouvements osseux.
Les impulsions imprimées aux fragments des fractures, sont ordinairement accompagnées du frottement rude et crépitant des surfaces inégales qui se correspondent. Les mains qui font exécuter ces mouvements percoivent les secousses produites par le frottement qu’ils entraînent. Dans beaucoup de cas , l'oreille entend le bruit résultant de ces collisions. Quelques chirurgiens ont proposé de rendre ce bruit plus sensible au moyen du stéthoscope, appliqué à l'endroit de la fracture ; mais cette addition n’a été que froidement accueillie , parce que c’est moins encore le bruit qu’il s’agit d'entendre, que le craquement qu’il est utile de sentir pour constater l'existence de la crépitation.
À l’aide de ces signes divers, réunis en nombres variables, et méthodiquement recherchés etconstatés, il est difficile de méconnaître la plupart des fractures de la partie moyenne des os longs. Mais le voisinage des articulations vient, dans celles des extrémités de ces organes, jeter, en beaucoup de cas, de l'obscurité sur le diagnostic.
Alors , en effet, l'accident peut avoir déterminé la luxation aussi bien que la solution de continuité de l'os ; la douleur, l’engourdissement, la difficulté de mouvoir le membre , la difformité et le raccourcissement peuvent appartenir à l’une comme à l'autre de ces lésions. La crépitation seule pourrait les distinguer; mais puisqu'elle n’est pas constante dans les fractures, son absence ne suffit pas pour faire prononcer que celles-ci n’existent pas.
Les symptômes des fractures situées au voisinage des articulations , simulent d’autant plus souvent et d'autant mieux les luxations de ces articulations , que les muscles
entraînent, dans le sens de leur plus grande puissance, les os de la partie inférieure du membre avec le fragment qui les surmonte ; ainsi , au coude, l'extrémité articulaire de l'humérus brisé remonte avec le cubitus à la partie postérieure du bras , et la fracture simule la luxation des os de l’avant-bras en arrière ; la fracture du col anatomique de l'humérus, ou le décollement de son épiphyse supérieure, est accompagnée, jusqu’à un certain point, des signes de la luxation du bras dans le creux de l’aisselle, etc.
Ce qui doit alors servir de base au diagnostic est, d’une part, la mobilité des parties déplacées , de l’autre la facilité avec laquelle on les rétablit dans leurs rapports normaux , et, enfin , la constance avec laquelle leur difformité se reproduit spontanément, lorsqu'elles sont abandonnées à elles-mêmes , sans appareil contentif.
La consolidation des fractures est le résultat d'opérations organiques assez multipliées , et qui exigent un temps fort long.
La cicatrice osseuse porte spécialement le nom de cal. Étudiée par Duhamel, qui l’attribuait au périoste ; par Bordenave, qui en trouvait l’agent dans le parenchyme osseux cellulaire, débarrassé de son phosphate de chaux, et se réunissant d’un fragment à l'autre; par Hunter, à l’organisation du sang épanché entre les pièces fracturées ; par Camper, à l'organisation d’un double cal , extérieur et intérieur : étudiée , dis-je, pendant longtemps, et par des hommes éminemment habiles de tous les pays, la formation du cal fut placée dans un jour nouveau par Dupuytren, dont la théorie, admettant ce que toutes les autres avaient de positif, et y ajoutant des faits mieux observés encore, est aujourd'hui généralement adoptée.
A l’aide d'observations et d'expériences nombreuses, ce grand maître constata, dans Ja consolidation des fractures , l'existence de deux grandes périodes. : celle de l'organisation du cal provisoire , et celle de l’établissement du cal définitif. |
Le premier, qui n'a qu'une existence temporaire, passe par les périodes suivantes ;
Dans la première dizaine qui suit la fracture , le sang épanché entre les fragments