CHAPITRE VI. AMPUTATION DES MEMBRES
fonde du tissu osseux; 5° les cancers , les fongus hématodes , les ulcères rongeants ; incurables par d’autres moyens ; 6° les anévrismes très-volumineux ; avec altération des os, désorganisation des nerfs, lésions des articulations ; 7° des sphacèles de cause interne, dits spontanés ou séniles.
L’amputation, dans tous ces cas, doit être pratiquée aussitôt que la conviction de ne pouvoir guérir le sujet par d’autres moyens est acquise. La faiblesse, lorsqu'elle existe seule, n’est pas une contre-indication absolue + si le malade peut supporter les douleurs et la perte de sang inséparables de l'opération , celle-ci présente, malgré l'état le plus extrême de débilité, de grandes probabilités de succès. IL n’en est plus de même lorsque les viscères sont affectés, lorsque des tubercules ou d’autres altérations pulmonaires existent, lorsque la diathèse cancéreuse est prononcée, etc. Dans les gangrènes dont la cause est intérieure, les limites ne pouvant être d'avance fixées, il est indispensable d’attendre, pour opérer, que la . nature les ait marquées elle-même, en traçant le cercle inflammatoire.
En général, les amputations des membres doivent être pratiquées le plus loin possible du tronc, l'expérience ayant démontré , d’une part, qu’elles sont suivies de dangers d'autant moindres que la partie retranchée est d’un plus petit volume, el, de l’autre, que les sujets éprouvent , dans l’exercice de leurs fonctions , une gène et des désordres proportionnés à l'étendue de la mutilation.
. Pour les membres thorachiques , cette règle ne comporte pas d'exception. Aux membres abdominaux , au contraire, l'usage , fondé sur une longue observation, à consacré le principe de remonter jusqu’au-dessous du genou, dans les amputations qui pourraient être pratiquées à la partie inférieure ou à la région moyenne de la jambe.
L'opéré devant alors marcher sur Île genou fléchi, logé dans la gouttière d’un membre artificiel, la longueur du moignon de la jambe, replié en arrière, devient, en beaucoup de cas, la cause d’une gêne presque insupportable. Bien que les parties divisées soient, à la base du membre, plus nombreuses qu'à son sommet, que la plaie offre plus
d’étendue, et que l’organisme éprouve une perturbation plus grande , par l'effet d’une soustraction plus considérable , l’accroissement du danger résultant de cesacirconstances n’a pas empêché les chirurgiens de suivre la méthode indiquée. La bottine de Ravaton, renouvelée dans ces derniers temps par M. Velpeau, et destinée à recevoir ce qui reste de la jambe, ainsi qu'à figurer le pied au-dessous d'elle, ne constituera jamais qu'un moyen dispendieux , peu s0lide, d’une application difficile, ordinairement douloureuse, et dont l'usage ne saurait, dans la généralité des cas , remplacer
la jambe de bois.
Sous le rapport des maladies, dont la considération est toujours prédominante, il importe de pratiquer Îles amputations, dans les lésions traumatiques, au-dessus des limites du désordre occasionné par la blessure, et de remonter, par conséquent, dans certains cas de fracture avec éclats, jusqu’à l'articulation supérieure.
M. Baudens , toutefois, a fait observer , que dans les cas de coup de feu, à la cuisse, par exemple , il est possible de laisser intactes les plaies faites par la balle, de diviser les chairs au-dessous d’elles , et d’arriver à opérer la section de l’os dans la fracture elle-même, de manière à n'avoir qu’à resciser el à régulariser le bout supérieur. Cette modification sera souvent avantageuse. J'ai amputé ainsi, en 1630, au-dessous de l'ouverture d'entrée d’une balle à la cuisse, un soldat déposé à l’hôpital de la rue Blanche , et la cicatrisation eut lieu dans le temps ordinaire. Mais on conçoit que cette conduite est subordonnée à la certitude que le chirurgien acquiert de ne laisser au-dessus de la section aucune lésion aux os, susceptible d’eniraver la guérison. Or, cette connaissance ne peui toujours être acquise, et, dans l'incertitude, il y a plus üe sûreté à remonter plus haut qu’à rester dans Îles limites du désordre traumatique.
Dans les affections chroniques profondes, telles que les cancers, les fongus hématodes, le spina-ventosa, la prudence conseille ordinairement de remonter, Pour
amputer, à la division du membre supé-
rieure à celle qui est affectée, afin d’être plus assuré de faire tomber les instruments sur des parties exemptes de toute disposition morbide.
L'appareil qu’il convient de préparer avant de pratiquer les amputations, doit se composer des instruments nécessaires pour exécuter les divers temps de l'opération.
En première ligne se présentent les
moyens destinés à suspendre le cours du sang dans les parties. Aux tourniquets de J.-L. Petit, au compresseur de Dupuytren, à celui de Dahl, spécialement destiné à la compression de l'artère axillaire, au garrot, qui avait l’inconvénient de comprimer toutes les parties , et de nuire à la rétraction des chairs, la plupart des chirurgiens préfèrent la compression ,. exercée à la base des membres, avec les doigts d’un aide vigoureux et habile, soit seuls, soit armés d’une bande roulée, d’une pelote, d’un cachet de bureau garni de linge, ou de tout autre corps analogue.
La compression doit être exercée sur les endroits où les artères sont le plus superficielles, le plus immédiatement appliquées contre des pièces osseuses propres à servir de point d’appui. Ainsi, au membre thorachique, la partie interne et supérieure du bras ; au membre abdominal , le point de l'arcade crurale où l'artère de ce nom passe au devant de la branche horizontale du pubis, sont les lieux d'élection pour l’exercice de la compression dont il s’agit. Ces points n’ont jamais besoin d’être changés.
Seulement, lorsque l’amputation est faite dans les articulations scapulo-humérale ou coxo-fémorale , il n’est pas toujours nécessaire d’y recourir, parce que, dans ces cas, ou artère est liée d’avance, ou sa section est réservée pour le dernier temps de l’opération, et faite au devant des doigts d’un aide, qui la comprime dans l'épaisseur des chairs.
Dans les grandes amputations, des couteaux à tranchants simples ou doubles, proportionnés en longueur au volume des parties à retrancher, servent à la section des téguments, des muscles et de toutes les parties , jusqu'aux os. Ces couteaux étaient . autrefois concaves sur le tranchant, Ct