CHAPITRE VI. AMPUTATION DES MEMBRES
faces divisées étant convenablement dispo- | ques émollients, suffisent presque toujours
sées, la plaie doit être réunie, dans le sens de sa longueur, par le rapprochement des lambeaux, ou par celui des parties opposées des bords circulaires ou ovalaires. Des compresses épaisses , placées dans le sens de la réunion, favoriseront le rapprochement, et des emplâtres agglutinatifs suffiront pour laffermir. Le reste de l’appareil ne diffère pas, dans ses dispositions générales, de celui qu’exigent les amputations précédentes.
Replacé dans son lit, l’amputé doit avoir l'extrémité du membre mollement soutenue sur des coussinets de balle d’avoine, recouverts de draps d’alèze; un cerceau la préservera de la pression des couvertures, et il importe qu’elle ne soit ni trop élevée, niabaisséeau-dessous du niveau du reste du corps. Si aucun accident ne survient, le pansement ne doit être renouvelé que huit à dix jours après l'opération , et encore suffit-il ordinairement de changer les compresses extérieures, les plumasseaux et le linge fenètré, en laissant en place les pièces . profondes de l'appareil. Les autres pansements seront également retardés autant que possible. Depuis plusieurs années je ne panse plus les amputés que tous les trois, quatre ou six jours, et souvent davantage. J’en ai conduit plusieurs à une guérison complète avec trois, et même seulement avec deux pansements.
Soumis à un régime sévère, quoique proportionné à la vigueur de sa constitution , l’opéré n’éprouve que rarement, par le mode de pansement unissant dont il s’agit, des accidents notables : la suppuration est réduite à de très-faibles quantités d’un liquide épais , visqueux, souvent coloré en noir par la matière des emplâtres , et qui .agglutine faiblement toutes les pièces de l'appareil.
Si, cependant, le moignon devenait le siége de douleurs sourdes, profondes , pulsatives, accompagnées de tension, de fièvre, d’agitation générale, il serait indispensable de lever l'appareil, de relâcher les bandelettes, peut-être trop serrées, et de recourir, s’il en était besoin, aux saignées
générales, ou à de larges applications de
sangsues. Ces médications , aidées de topi- ÉLÉMENTS DE CHIRURGIE. T. HN. |
pour calmer l’inflammation trop intense des moignons , et pour permettre au chirurgien de reprendre, en peu de jours, le mode de pansement indiqué plus haut.
Un des accidents spéciaux aux amputations des membres dans leur continuité, est la conicité du moignon. Celle-ci est d’autant plus facile à se produire que le membre amputé renferme plus de muscles qui, passant d’une division de ce membre à l’autre , sont sans attache aux os divisés. On voit alors ces muscles se rétracter graduellement, entraîner avec eux la peau, et la plaie , de concave qu’elle était, devenir graduellement plane, puis saillante, puis offrant un cône allongé en pain de sucre, au sommet duquel se trouve los , dépouillé de son périoste, et nécrosé jusqu’à une distance plus ou moins considérable. Après un mode vicieux de section des chairs, dans lequel celles-ci n’ont pas été assez largement conservées , la cause la plus constante de cette disposition, quirend les cicatrices difficiles, étendues , fragiles, où même impossibles, consiste dans des pansements mal faits et trop souvent répétés. Maintenez les parties en rapport, ne les découvrez que le moins souvent possible, ne les irritez jamais , laissez à la nature le temps et les moyens d’agglutiner solidement entre eux les tissus que vous avez mis en contact; et, si vous n’avez pas trop négligé, lors de l'opération, de former un cône creux avec les parties molles , jamais les moignons de vos amputés ne deviendront coniques ; vous ne verrez même que rarement les extrémités des os se dépouiller de leur périoste et fournir des exfoliations, non pas étendues, mais seulement appréciables. ‘sr
Et alors même que la conicité existe, Jai vu souvent des pansements méthodiques , substitués à ceux qui avaient précédé, ramener les tissus au devant de l'os, rendre les cicatrices possibles, et, en favorisant l’action rétractile du tissu inodulaire, déterminer le rétrécissement de ce tissu nouveau, qui augmente alors , en proportion ;, d'épaisseur et de solidité. Les viroles osseuses se détachent ensuite d’elles-mêmes , et la guérison s'achève. Il faudrait que le
Per
désordre fût porté bien loin, que la saillie des os existât à un degré bien considérable,
pour obliger de retrancher le sommet du:
moignon, et de renouveler presque en entier l’amputation. Cette opération a dù cependant être parfois pratiquée; mais les préceptes établis plus haut mettront certainement à l'abri de cette cruelle nécessité,
À la main, presque toutes les amputations sont exécutées dans les articulations dont cette partie du membre thorachique est si abondamment pourvue. Le peu de longueur des os, la facilité avec laquelle les jointures peuvent être divisées, et les plaies recouvertes par des lambeaux réguliers, sont les principaux motifs de cetie prédilection générale,
Pour amputer les doigts dans leurs articulations iterphalautisancs ; la main doit être placée dans la pronation, et soutenue par un aide, qui, maintenant fléchis les doigts sains, tire en arrière la peau de celui sur lequel on va opérer , et le présente en quelque sorte au chirurgien. Celui-ci saisit de la main gauche l'extrémité de l’organe à retrancher, la fléchit à angle droit, et, avec un bistouri à lame longue et étroite, divise transversalement la partie postérieure de l'articulation. Ceite section doit tomber en avant de la saillie formée par le sommet de la phalange restante, et ouvrir du même coup les téguments et la capsule articulaire. Ensuite , le bistouri étant porté à droite et à gauche, coupe les ligaments latéraux, puis, l’engageant entre Îles os, le chirurgien termine l'opération, en taillant un lambeau palmaire , assez long pour recouvrir la plaie.
M. Lisfrane pense que l’on peut être quelquefois obligé de commencer l'opération par la face antérieure des doigts. Dans ce cas , la main doit être placée dans la supination , et l'organe maintenu étendu avec le pouce do la pres gauche, qui appuie sur sonextrémité, tandis.que l'indicateur avance au-dessous de la jointure à ouvrir. Le bistour, tenu à plat, est alors plongé, de droite à gauche, au devant de ct Gr sous le pli transversal qu’on y remarque , si l'on opère entre la première phalange et la seconde, ei à une ligne plus bas, lors: