‹ Nouveaux élémens de chirurgie et de médecine opératoireChapitre 47 sur 322 · LIVRE I. CHAPITRE IV. DES SOLUTIONS DE CONTINUITÉ · texte numérisé non relu

LIVRE I. CHAPITRE IV. DES SOLUTIONS DE CONTINUITÉ

justes doutes sur la réalité de la plupart des faits cités en faveur de cette opinion. Il faut en effet, pour que la réunion ait lieu, que les deux parties apposées l’une à l’autre jouissent de la vie et puissent s’enflammer.

Or, la portion détachée est frappée de mort par le fait seul de son ablation, et ne saurait être désormais le siége d'aucune action vitale ; iles donc presque toujours inutile de la réappliquer, et un mouvement de çuriosité peut seul fairetenter cette opération, qui n’a au reste rien de dangereux. Lorsque, vers le troisième jour, le froid de la partie, sa couleur noirâtre et l’odeur spéciale qui s’en exhale annoncent sa décomposition , 1l faut l’ôter comme une pièce d’appareil inutile, et panser la division suivant la méthode ordinaire.

Mises encontact, les parois saignantes des plaies s’enflamment , se recouvrent d’une fausse membrane, analogue à celle que l’on observe sur les membranes séreuses, etqui, s’organisant en tissu cellulaire dense, serré et à demi fibreux, forme le tissu de la cicatrice. Ce fait important d’anatomie pathologique a été mis hors de doute par des dissections exécutées à toutes les époques du travail de la cicatrisation des solutions de continuité. Le chirurgien doit donc considérer la partie blessée comme un organe qui doit s’enflammer, mais dont il importe de contenir la phlogose dans de justes bornes.

Trop intense , cette inflammation, au lieu d’être adhésive, se terminerait par la sécréton du pus, ce qui rendrait inutiles tous les efforts de l’art en faveur de la réunion. On doit donc, afin de prévenir cet accident, maintenir le sujet dans un repos absolu, le soumettre à une abstinence sévère, à l'usage

de boissons émollientes, et, s’il est plétho-:

rique , lui pratiquer une saignée plus ou moins abondante. Si, malgré ces précautions, le gonflement inflammatoire survient avec trop de force, il faut recourir aux applications de sangsues sur les bords de la plaie, et apaiser ainsi l'excès d’irritation qui s’y est développé. Enfin, si ces moyens ne suffisent pas, ce qui est rare, il faut relâcher et même supprimer les moyens d’union employés, et abandonner la plaie à elle-même.

Lorsque la surface saignante d’une plaie est abandonnée au contact de l'air, et recouverte par les corps étrangers que nous employons pour les pansements, elle s’en-

| flamme avec une intensité variable ; une

tuméfaction plus ou moins considérable entoure ses bords ; les parties aux dépens desquelles elle est formée sont pénétrées par le sang, qui injecte les vaisseaux capillaires etengorose les tissus ; la surface elle-même devient rouge, sèche, grisâtre, et une douleur plus ou moins vive s’y fait sentir. Ces phénomènes ont acquis, vers le troisième jour, leur plus haui degré d’intensité ; alors aussi existe une fièvre dont la violence est proportionnée à l'étendue et à la vivacité de la phlosose locale. Vingt-quatre heures

après, les accidents ont déjà diminué ; un

suintement, d’abord séreux etsanguinolent, pénètre l'appareil, et la suppuration s’établit ensuite du cinquième au sixième jour, D'abord rougeâtre et sanieuse, elle blanchit et acquiert graduellement les qualités du véritable pus. Pendant ce temps, les tissus qui entrent dans la composition de la plaie perdent leurs caractères organiques spéclaux : la fibrine des muscles, la gélatine des tendons et des aponévroses, etc., sont absorbées ou détruites. La surface entière de la plaie se recouvre de granulations rougetres, celluleuses et vasculaires, que l’on nomme bourgeons charnus. Ces granulations forment une sorte de membrane, qui continue de sécréter du pus, et qui, se desséchant ensuite de la circonférenceau centre, constitue le tissu de la cicatrice. Ces phénomènes se succèdent rapidement dans les parties celluleuses et charnues , avec plus delenteur dans les aponévreves, les tendons, les cartilages et les os, dont les parties mises à découvert sont souvent frappées de mort, et détachées ensuite à la manière des escarres. La formation de la cicatrice est toujours précédée de l’affaissement des bords de la plaie et de leur allongement vers le centre de la division, ce qui a fait croire pendant longtemps à la régénération des chairs et des téguments.

Tels sont en peu de mots les phénomènes principaux que présentent les diverses périodes des plaies ayec perte de substance,

Il est évident que l’inflammation y joue le

principal rôle, et que la tâche du chirurgien consiste spécialement à modérer sa violence , à abréger sa durée, et par conséquent à rendre ses résultats plus favorables,

Pour cela, on emploiera les pansements doux, simples, faits ayec de la charpie fine et blanche de lessive ; on surveillera attentivement et l’état général du sujet et eelui de la partie affectée, afin de combattre partout où ils pourraient se développer les phénomènes d’une trop vive irritation. La plaie commence-t-elle à se cicatriser? des bandelettes enduites de cérat entoureront ses bords, ou bien on la recouvrira de linges fenêtrés également enduits de cérat, afin de prévenir lestiraillements et les déchirures dont ils seraient le siége si lacharpie pouvait s'y attacher. Ces soins généraux et ces pansements, sur le degré de fréquence desquels je me suis déjà prononcé, suffisent pour amener, en un temps assez court, les plaies les plus étendues à une cicatrisation complète,

Diverses circonstances peuvent toutefois retarder l'exécution du travail réparateur de la nature. Et d’abord, comme toutes les inflammations, celle qui a son siége à la surface des plaies peut être entretenue et exaspérée , de manière à dénaturer les parties qu’elle envahit, où même à provoquer leur destruction. La gangrène constitue cette terminaison funeste, que l’on prévient par des pansements méthodiques, que l'on s'efforce de limiter , ainsi que nous l’avons dit précédemment, par des moyens propres à combattre l’excès d’inflammation qui la détermine , et à laquelle on remédie enfin, soit par des scarifications , soit par l’ablation de la partie, soit en confiant à la nature la tâche de séparer les escarres et de cicatriser les plaies qu’elles laissent après elles.

Les plaies violemment enflammées réagissent sur les viscères, et déterminent parfois des symptômes graves. Pendant toute la durée de ceux-ci, la solution de continuité semble étrangère aux mouvements organiques, ne fait aucun progrès vers la guéri-

son , et le chirurgien ne la ramène à l’ordre

normal qu’en dissipant les excitations intérieures qui l’enrayaient, Pendant la durée du traitement, les viscères, et spécialement les viscères digestifs, exercent l'influence sympathique la plus puissante sur les plaies, et leur irritation détermine très-fréquemment la dégénérescence de ces dernières ; de telle sorte que l’examen des principaux organes de l’économie est pour le chirurgien, comme pour le médecin proprement dit, un objet du plus haut intérêt. Il suffit souvent de faire cesser une irritation gastrique peu intense pour voir l'aspect d’une plaie s’a.

méliorer , et la cicatrisation reprendre son Cours. ;

Un des accidents les plus graves dont les plaies puissent être le siége ou l’occasion est la phlébite. Cette affection envahit tantôt les rameaux volumineux et tantôt les divisions capillaires des veines. Toujours, elle détermine dans les parties blessées une tension plus ou moins considérable, accompagnée de tuméfaction, de chaleur , d’altération du pus ou de suppression de la suppuration. À ces phénomènes locaux s’ajoutent ordinairement une fièvre intense, accompagnée de sécheresse de la peau , d’agitation générale et d’insomnie. Les trajets des veines sont souvent indiqués par des éordons rouges , douloureux, parsemés de nodosités s'étendant jusqu’à la base des membres. Bientôt apparaissent les signes de l'affection des principaux viscères , tels que la stupeur du système nerveux , le délire, l’enduit fuligineux de la langue, la soif, le ballonnement du ventre, la diarrhée, quelquefois des points douloureux, des crachats teints de sang , de l’embarras dans la respiration. Les variétés des constitutions individuelles en déterminent de proportionnées dans la physionomie de ces maladies, et sont cause que tantôt le système nerveux et l’encéphale, tantôt le poumon, la plèvre et le cœur , tantôt l'appareil digestif et le foie, sont spécialement le siége des affections secondaires qui se manifestent.

À la mort des sujets, ontrouve des traces d’inflammation et souvent du pus dans les veines qui naissent de la surface de la plaie ou de son voisinage ; souvent des lésions

inflammatoires existent dans les viscères ; 4*

Page 1