BA LIVRE I. CHAPITRE IV, DES SOLUTIONS DE CONTINUITÉ
salubres , les fumigations avec le chlore, la propreté la plus exquise, sont les moyens lés plus efficaces de borner où de faire cesser les ravages de la pourriture.
Irritées par des pansements rudes, par l'application réitérée de substances stimulantes , les solutions de continuité s’enflamment parfois avec violence , et, chez quelques sujets irritables, peuvent s’agrandir et dégénérer en ulcères d'aspect cancéreux.
Cette terminaison est plus fréquente au visage, aux lèvres, à la verge, en un mot à toutes les parties abondamment pourvues ve nerfs et de vaisseaux sanguins, que partout ailleurs. Le plus ordinairement , l’ulcère dont il s’agit est primitif et reconnaît pour cause la lésion la plus légère, telle qu’un bouton qui, incessamment irrité par le malade, a donné naissance à une plaie orisätre, ulcéreuse, dont les progrès ne se terminent qu'avec l'existence du malade.
Le cancer des plaies a beaucoup d’analogie avec la pourriture d'hôpital. Comme celle-ci, il débute par un accroissement de la sensibilité locale, avec inflammation de la surface et des bords de la solution de continuité. Ces bords s'élèvent, rougissent, deviennent durs et douloureux ; les chairs phlogosées se détruisent ; la solution de continuité s'agrandit incessamment ; des douleurs aiguës et lancinantes la traversent dans tous lessens; lestissus qu’elleenvahitse durcissent, deviennent lardacés , puis revétent les caractères de la matière cérébriforme et se confondent dans une altération partout homogène. Qui ne reconnaïitrait à ces phénomènes les effets d’une inflammation prolongée et ulcéreuse des organes ?
La véritable nature de la maladie surgit en quelque sorte de toutes les circonstances qui l’accompagnent ; et il n’a pas fallu moins que les préoccupations d’un fanatisme aveuglé , et la direction vicieuse donnée par l’école de Bayle à l'anatomie pathologique, pour la faire méconnaître.
Afin de prévenir le développement de cette dégénérescence cancéreuse de certaines plaies, il convient de ne panserlessolutions de continuité que l’on croit y être disposées, qu'avec douceur, et de ne les recouvrir que de substances émollientes ou inof-
fensives. Lorsque , ces attentions ayant été néplisées, le cancer s’est manifesté, on doit recourir encore : d’abord aux applications relâchantes, aux saignées locales, aux bains, à l’opium , en un mot à tout l’appareil des moyens antiphlogistiques et calmants , qui réussissent fréquemment à ramener les parties à leur état normal. Mais lorsque enfin ces moyens sont demeurés inutiles, il faut, pour arrêter les ravages de la maladie, ou exciser l’ulcère, ou détruire les tissus qui en sont le siége , soit avec le fer incandescent, soit au moyen des caustiqués. Pour que ces opérations réussissent, il importe de ne rien épargner des tissus malades, et, si on les réduit en escarre, de le faire en une ou, au plus, en deux applications.
Parmi les caustiques employés en ces occasions, un des plus efficaces est la poudre dite de Rousselot , dans la composition de laquelle on fait entrer 70 parties d'oxyde sulfuré rouge de mercure, 22 de sang-drason, et 8 d'oxyde blanc d’arsenic. Cette poudre est délayée avec de la salive, de manière à en former une pâte molle, dont on étend une couche d’une demi-ligne à une ligne d'épaisseur sur la plaie, préalablement abstergée, Cette pâte, recouverte de toile d’araignée ou de charpie râpée, se durcit bientôt et forme sur les parties une croûte solide qui tombe du dixième au vingtième jour, et sous laquelle on trouve une solution de continuité de bonne nature, où même déjà recouverte en partie d’une cicatrice blanche et épaisse. Cette préparation ne doit être employée qu'avec précaution sur les plaies fort étendues. On a vu, dans Ces cas, l’absorption de l’arsenic déterminer tous les symptômes de l’empoisonnement et même + la mort.
Pour que les cicatrices se forment, il faut que les tissus divisés conservent un degré convenable d’irritation. Des accidents graves peuvent résulter, ainsi qu’on vient de le voir, de l’exaspération de leur phlopose ; ét si leur atonie excessive n'est pas suivie de phénomènes aussi dangereux , elle a au moins pour effet de laisser la solution de continuité dans une stagnation complète, Les plaies dont l’irritation n’est point assez vive pour permettre au tissu nouveau de la
cicatrice de s'organiser, sont pâles, bla- |
fardes , presque insensibles , froides au toucher, et le siége évident d’actions vitales Janguissantes : les sujets lymphatiques, faibles et scrofuleux, préséntent fréquemment des solutions de continuité de ce genre. II convient alors d'employer les moyens hygiéniques et médicinaux les plus propres à redonner dé la force à la constitution, et panser la plaie avec des substances stimulantes et toniques , telles que la décoction de quinquina, le vin, l’alcool, le coton, la laine, etc.
La dilatation variqueuse des veines voisines des plaies est assez fréquente aux Jambes ,et occasionne la stagnation de la maladie. La situation horizontale du membre, une compression méthodique exercée sur les vaisseaux dilatés, et l'emploi de quelques lotions astringentes, suffisent pour éloigner cet obstacle à la cicatrisation ; bien entendu que, s’il y avait une irritation vive à la plaie, il faudrait s'abstenir de ce dernier moyen, et
Jui substituer momentanément des applica- tions émollientes. :
Le scorbut est une des causes les plus puissantes de la non-cicatrisation des solutions de continuité. Sous l'influence de cet état, les chairs des plaies deviennent molles, fongueuses , bleuâtres , injectées de sang veineux et facilement saignantes. Lorsque l’on reconnaît cette complication, il faut se hâter de la combattre à l’aide d'aliments convenables, de médicaments dits antiscorbutiques et de topiques stimulants appropriés. Par l'effet de ce traitement interne et externe, la plaie acquiert bientôt un meilleur aspect, et reprend sa marche vers la cicatrisation. Des moyens spéciaux indiqués par l'expérience doivent être employés dans le cas où la syphilis, les dartres ou la galé auraient déterminé la solution de continuité, ou contribueraient à perpétuer son existence. L'histoire desmédications internes qu'il convient d'employer dans ces occasions m'entrainerait au delà des bornes que je me suis prescrites. Qu’ilme suffise de dire ici que le soufre dans les dartres et la gale, le mercure dans la syphilis, ne doivent plus être considérés comme des spécifiques infailli-
> Le
régime sévère, des boissons émollientes ou légèrement amères et dépuratives, des topiques doux, narcotiques, des saignées locales répétées, suffisent dans la majorité des cas pour guérir ces affections ; et si leur persistance oblige à recourir à des préparations mercurielles ou autres , analogues , le traitement antiphlogistique en aura préparé le succès et rendra la guérison plus certaine.
Accompagnées'du froissement, de l’attrition, et même de la désorganisation des :
tissus qui forment leur surface, les plaies
| contuses ne sont pas susceptibles de se
réunir immédiatement. Il faut attendre, pour que leurs parois puissent contracter des adhérences, que la suppuration les aït débarrassées des débris de vaisseaux et de tissus qui les recouvrent. Dans les plaies par armes à feu, qui sont contuses au plus haut degré, ces débris forment une couche mince, étendue sur tout le trajet de la division, et qui ne se sépare entièrement qu'après un temps plus ou moins long. Ayant souffertune violence très-considérable, les parties contuses et divisées doivent être nécessairement le siége d’inflammations plus considérables que les plaies simples faites par des instruments tranchants ; aussi réclament-elles , sous ce rapport, des soins spéciaux. Après les avoir débarrassées des corps étrangers qu’elles peuvent recéler, il faut rapprocher, autant que possible, leurs lambeaux, panser leur surface avec des substances adoucissantes, placer la partie dans le relâchement, et la recouvrir de linges humectés d’une liqueur émolliente. Chezles sujets irritables, les appareils pourront être imbibés de liauides légèrement narcotiques, tels qu’une dissolution fort étendue d’opium gommeux dans de l’eau de guimauve. En arrosant incessamment la blessure avec ces préparations, ou même avec de l’eau pure, on parvient souvent à rendre l’inflammation presque nulle. Si ces moyens ne suffisent pas, les saignées locales seront de la plus grande utilité. Lorsque la suppuration est établie, on peut réunir, par seconde intention, les parties qui sont susceptibles de l'être, et on voit alors les bourgeons celluleux et
bles, dont on ne puisse éviter l’usage. Un | vasculaires s’accoler , contracter des ad-